Interview de M. Philippe Séguin, président du RPR, à RTL le 21 mars 1999, sur la responsabilité pénale du Président de la République dans l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris et du financement du RPR, la démission de la Commission européenne, la nécessité de réformer les institutions et d'élaborer une défense européenne et sur la préparation des élections européennes.

Texte intégral

Olivier Mazerolle : Bonsoir Monsieur Séguin.

Philippe Séguin : Bonsoir.

Olivier Mazerolle : L’Europe, la démission de la commission de Bruxelles, la relance de l’affaire Dumas et la décision du Procureur de Nanterre estimant que la responsabilité éventuelle du Président de la République pour ce qui est du financement de son parti en 1993 ne relève pas d‘une justice ordinaire. Voilà des sujets à votre mesure Monsieur Séguin dont nous allons parler avec Anita Hausser et Patrick Jarreau dans ce Grand Jury retransmis simultanément en direct à la radio sur RTL, à la télévision sur LCI et Le Monde publiera l’essentiel de vos déclarations dans son édition de demain.

Alors tout de suite l’actualité Monsieur Séguin et cette affaire de financement du RPR en 1993 après la décision du Procureur de Nanterre qui a donc jugé que la responsabilité éventuelle du Président de la République, avant qu’il ne prenne ses fonctions, ne pourrait être examinée que par éventuellement la haute cour de justice et en aucun cas par une juridiction ordinaire. Après cette décision on peut en rester là ?

Philippe Séguin : Vous me demandez quoi là, de vous parler de quoi, de vous parler de l’affaire, du cas Chirac comme j’ai lu dans un… Le cas Chirac pour reprendre l’expression d’un journal du soir, représenté autour de cette table.

Olivier Mazerolle : Est-ce qu’il y a un cas Chirac ?

Philippe Séguin : Bon vous me demandez d’apprécier ce qu’à fait le Procureur. Le procureur il s’est référé à une décision du Conseil Constitutionnel. Une décision du Conseil Constitutionnel qui a été prise si je ne m’abuse à l’unanimité, qui me paraissait aller de soit. Que le Conseil Constitutionnel a pris d’ailleurs, non pas dans le cadre d’un marchandage comme je l’ai lu ça ou là mais parce que le Conseil Constitutionnel n’avait pas le choix et devait se prononcer sur ce problème dès lors qu’il était saisi simultanément par le Président de la République et le Premier Ministre du problème de la compatibilité avec la constitution française du traité instituant la cour pénale internationale donc il avait à se demander si notre Président pouvait ou ne pouvait pas être traduit devant la cour en question, il a rappelé une évidence, c’est que le Président de la République n’est pas un citoyen comme les autres, il est encore plus citoyen que les autres. C’est un citoyen qui a des responsabilités particulières, une charge particulière et en conséquence il est très normalement protégé par la constitution.

Olivier Mazerolle : Mais à votre avis c’est compris d’une part par l’opinion publique et admis ?

Philippe Séguin : Ecoutez je ne sais pas si c’est compris par l’opinion publique mais c’est la constitution, moi pour ma part je n’en ai jamais jugé, il n’y a jamais eu d’ailleurs que trois ou quatre juristes pour prétendre le contraire. Même si on a fait beaucoup d’échos à leurs allégations, pour le reste c’est d’une évidence telle que je m’étonne qu’on ait bâti toutes ces théories fumeuses sur la possibilité par un juge d’instruction de déférer le Président de la République, que sais je, de le mettre en examen, en garde à vue, enfin tout ça est ridicule. Alors maintenant il y a un deuxième problème, c’est ce que vous avez appelé le cas Chirac, alors là c’est vraiment ubuesque. Je me dis qu’il y a quelques semaines encore nous nous moquions des Américains qui pouvaient monter des usines à gaz au sujet de leur président, on se disait que tout ça était vraiment dérisoire, mais alors que dire de cette affaire, de quoi s’agit-il ? Il s’agit d’une intervention de Monsieur Jacques Chirac en faveur d’une secrétaire sur le point de prendre sa retraite et il s’agit pour Monsieur Chirac d’obtenir qu’elle ait une retraite un peu plus conséquente que celle qui lui est promise grâce à un avancement d’échelon à la veille de son départ.

Bien, où est l’affaire d’emploi fictif, où est délit, j’observe d’ailleurs que le Procureur n’a jamais dit que le délit était constitué, en vérité on a procédé dans cette histoire par amalgame et c’est tout à fait déraisonnable. Je crois d’ailleurs que plus vite on sortira de toutes ces histoires qui ont déjà été à l’origine d’assez de cacophonie, d’assez de désinformation et le mot désinformation en l’occurrence, vous ne me démentirez pas, n’est pas un mot excessif, assez de manipulations. Il faut qu’on revienne aux choses sérieuses.

Patrick Jarreau : D’accord mais Monsieur Séguin, est-ce que quand même dans votre résumé de l’affaire…

Philippe Séguin : Et bien si vous êtes d’accord n’en parlons plus !

Patrick Jarreau : Est-ce que vous n’oubliez pas dans votre résumé de l’affaire un aspect qui est l’aspect essentiel…

Philippe Séguin : Quel est l’aspect essentiel ?

Patrick Jarreau : C’est que dans cette lettre du Président de la République demandant la promotion de la secrétaire dont vous parlez, il était fait état des services qu’elle avait rendus au RPR, pas des services qu’elle avait rendus à la ville de Paris !

Philippe Séguin : Il n’est pas question des services qu’elle a rendue au RPR, il est question des services…

Patrick Jarreau : Ah si ! C’est précisément tout le problème !

Philippe Séguin : Non, non Monsieur… Moi je n’ai pas vu cette lettre, vous, vous l’avez vue parce que visiblement, enfin la justice retransmet les documents, moi je ne suis pas sur le fax direct, j’ai moins de chances que vous enfin moi je…

Patrick Jarreau : Mais enfin vous le résumiez quand même, sans l’avoir vue alors…
Philippe Séguin : Je lis ce que vous écrivez !

Patrick Jarreau : D’accord…

Philippe Séguin : Alors qu’est-ce que je lis là-dessus, je lis qu’une dame travaillait pour Monsieur Pasti, mais Monsieur Pasti, il est de notoriété publique et je peux même vous en apporter le témoignage, que depuis 1973 il est un conseiller de Monsieur Chirac, quelles qu’est été les positions occupées par Monsieur Chirac, quelles qu’est été les activités de Monsieur Pasti, il a toujours été son conseiller agricole, et il a été son conseiller pour l’agriculture et puis aussi pour les problèmes européens…
Patrick Jarreau : Aussi le conseiller agricole du président du RPR, on est bien d’accord !

Philippe Séguin : Mais pas du tout, d’ailleurs au moment où la lettre est écrite, je crois que vous l’avez-vous-même écrite Monsieur Jarreau, Monsieur Pasti n’est pas chargé des problèmes agricoles au RPR, c’est Monsieur Aullier. C’est Monsieur Aullier et je peux vous en apporter la preuve, j’ai ici les organigrammes, mais vous me croyez sur parole !
Patrick Jarreau : Alors quelles sont les fonctions de Monsieur Pasti à ce moment là alors ?

Philippe Séguin : Mais il est conseiller du maire de Paris !

Patrick Jarreau : Conseiller agricole du maire de Paris !

Philippe Séguin : Mais écoutez le maire de Paris n’est pas un maire comme les autres, le maire de Paris reçoit des chefs d’état, le maire de Paris il ouvre des congrès internationaux, le maire de Paris est un maire qui a à s’exprimer sur les grands problèmes de notre société. C’est d’ailleurs pour cela Monsieur Jarreau, je vais vous livrer un scoop que pendant longtemps la république n’a pas voulu de maire à Paris, c’était parce qu’elle sentait bien que ce maire là il ne serait pas un maire comme les autres et il aurait forcément une autre dimension alors il est absolument normal à mes yeux que lorsque Monsieur Chirac ouvre un congrès d’agriculteurs ou lorsqu’il a à remettre le grand prix d’agriculture de la ville de Paris…

Patrick Jarreau : En tant que maire de Paris !

Philippe Séguin : Mais bien sûr, mais bien sûr, moi-même en tant que maire d’Epinal je vais vous faire un aveu Monsieur Jarreau, j’ai reçu le congrès de la FNSEA, j’ai reçu le congrès du CNJA, j’ai reçu le congrès de la fédération des producteurs de lait et je me suis exprimé à chaque reprise sur les problèmes agricoles, je ne me suis pas contenté de leur dire qu’il y avait des images à Epinal…

Olivier Mazerolle : J’en reviens simplement à ma question du début, le Procureur explique donc que en aucun cas un Président de la République ne pourrait ne pas répondre de ses actes antérieurs devant une juridiction ordinaire mais il dit « ça c’est éventuellement l’affaire de la haute cour de justice » alors croyez-vous que des députés ou des sénateurs vont entamer une procédure…

Philippe Séguin : Je vais vous dire, ça m’apparaît assez improbable, de se donner le ridicule de lancer une procédure sur les faits en question alors qu’il n’y a même pas de délit constitué, c’est de la rigolade… Alors peut-être retrouvera-t-on 58 députés pour se lancer dans cette opération. Je pense qu’elle sera très rapidement bloquée enfin mais je n’arrive pas à y croire une seconde !

Patrick Jarreau : Monsieur Séguin quand même une question. Vous dîtes il n’y a pas de délit constitué puisque le juge d’instruction n’est pas autorisé à poursuivre son enquête !

Philippe Séguin : Attendez, attendez… Ecoutez arrêtons…

Patrick Jarreau : Non mais je vous pose la question !

Philippe Séguin : Ecoutez Monsieur Jarreau, là vous êtes en train de travailler là. Vous êtes dans les locaux de RTL…

Patrick Jarreau : Comme vous je pense !

Philippe Séguin : Vous êtes dans les locaux de RTL. Vous n’êtes pas dans les locaux du Monde. Or c’est Le Monde qui vous paye, est-ce qu’il y a un problème, est-ce qu’il faut vous mettre en examen…

Patrick Jarreau : Mais c’est dans le cadre d’une émission qui s’appelle le Grand Jury RTL, Le Monde, LCI. Bon bref je ne pense pas que ce soit ce qui intéresse nos spectateurs et nos auditeurs !

Philippe Séguin : Madame Ségolène Royal elle a des collaborateurs, ils ne sont pas forcément…

Patrick Jarreau : Non vous avez simplement dit que le délit n’est pas constitué, je vous fais observer que le juge n’ayant pas le droit de poursuivre son enquête, le délit ne sera jamais constitué !

Philippe Séguin : Mais pardonnez-moi de vous dire Monsieur Jarreau que le juge, il fait ce qu’il veut et ça n’est pas parce que le Procureur a dit quelque chose que le juge…

Patrick Jarreau : C’est quand même… Ca pèse d’un certain poids !

Philippe Séguin : Excusez-moi Monsieur Jarreau. Si vous voulez me rappeler le droit, je vous le rappelle aussi !

Olivier Mazerolle : Monsieur Séguin autre chose. A l’heure actuelle, dans ce dossier, Monsieur Juppé est mis en examen. Est-il vraisemblable que Monsieur Juppé puisse éventuellement comparaître pour répondre de cette affaire…

Philippe Séguin : Ecoutez, écoutez, nous sommes en train de parler du Président de la République, mois je vous parle de la campagne qui a été initiée avec un certain nombre de journaux qui sont les vaisseaux amirales de la flotte de la désinformation contre le Président de la République. Oui, oui Monsieur Jarreau, oui Monsieur Jarreau et je vais vous en donner la preuve par exemple. Je vais vous donner la preuve de la désinformation.

La justice face au cas Chirac, qu’est-ce que ça veut dire ça ? Ça veut dire que vous êtes en train de faire un amalgame et un amalgame scandaleux en tentant d’accréditer la théorie là de l’échange…

Patrick Jarreau : On va parler de Roland Dumas…

Philippe Séguin : Non, non mais vous êtes d’accord avec ce titre, avec ce sous-titre ? Vous le découvrez peut-être ?

Patrick Jarreau : Ecoutez c’est un titre parfaitement normal, je veux dire on résume un certain nombre d’informations, il ne vous a pas…

Philippe Séguin : Mais absolument pas ! Vous n’avez qu’à mettre la justice face aux problèmes politiques ou je ne sais quoi mais pas la justice face au cas Chirac parce que, dans la mesure où vous mettez un sous titre, Monsieur Jarreau permettez-moi de vous le dire, vous mettez un sous titre relatif à Madame Deviers-Joncours et à Monsieur Dumas sous un titre concernant Monsieur Chirac, vous faites de l’amalgame, vous faites dans le subliminal et vous êtes dans une opération…

Patrick Jarreau : Alors sortons de la conférence de rédaction du Monde si vous le voulez bien et passons à la suite, alors simplement…

Philippe Séguin : Mais on n’est pas dans la conférence de rédaction du Monde, on est dans la dénonciation d’une campagne dont il serait souhaitable qu’elle se termine !

Que vous ne soyez pas d’accord avec Monsieur Chirac, je le conçois tout à fait mais allez le chercher sur le terrain des idées et arrêtons d’entretenir ce climat indigne qui fait surtout du mal à notre démocratie.

Anita Hausser : Pour vous quelles sont les forces qui mènent cette campagne, il n’y a pas que les vaisseaux amirales de la presse comme vous dites !

Philippe Séguin : Les vaisseaux amirales, ils ont forcément un rôle particulier parce qu’il y a beaucoup de gens qui suivent le vaisseau amiral…

Patrick Jarreau : Non mais Monsieur Séguin vous avez dit autre chose, vous avez dit la semaine dernière qu’il y avait un rapport selon vous entre ce qui s’est passé à Bruxelles, c'est-à-dire la démission de commission de Bruxelles, et d’autre part, les informations qui ont été publiées, je vous le signale d’ailleurs, dans plusieurs journaux et pas d’abord dans Le Monde, concernant cette lettre de Monsieur Chirac en 93…

Philippe Séguin : J’ai trouvé qu’il y avait une certaine coïncidence et je le maintiens.

Patrick Jarreau : Mais au-delà de la coïncidence, qu’est-ce que ça veut dire, vous pensez que les juges agissent sous impulsion politique ?

Philippe Séguin : Je ne parle pas des juges, je parle de la place absolument démente qui est faite à une affaire qui est, je le répète, une affaire ubuesque mais qui n’a strictement aucun intérêt…

Patrick Jarreau : Il y a plusieurs instructions en cours sur le financement du RPR et sur les liens entre le RPR et la ville de Paris !

Philippe Séguin : Mais enfin écoutez, parlons du Président de la République, le Président de la République a envoyé une lettre à son secrétaire générale si je ne m’abuse…

Patrick Jarreau : Le secrétaire général de la ville !

Philippe Séguin : C’est ça, très bien. Qui d’ailleurs n’a pas donné suite en plus, ça vous montre que les choses sont bien organisées parce que l’intervention de Monsieur Chirac ou de pas Monsieur Chirac, il n’y a pas eu d’interventions…

Patrick Jarreau : Donc vous avez bien lu la presse !

Philippe Séguin : Je n’ai pas besoin de la presse pour le savoir, pardonnez-moi de vous le dire !

Patrick Jarreau : Donc vous avez votre propre information…

Philippe Séguin : Et bien oui j’ai ma propre information parce que j’ai eu l’occasion d’en discuter figurez-vous, pardonnez-moi de ne pas simplement me référer au journal du soir, pardonnez-moi !

Patrick Jarreau : Oui, oui au contraire, au contraire…

Olivier Mazerolle : Monsieur Séguin, en d’autres temps, lorsque Monsieur Juppé a été convoqué par le juge d’instruction, vous aviez émis l’idée qu’il faudrait trouver une méthodologie pour sortir de ces affaires…

Philippe Séguin : Vous ne voulez vraiment pas arranger mes affaires avec Monsieur Jarreau, parce que Monsieur Jarreau ??? a fait écrire dans Le Monde un article intitulé « Monsieur Séguin a tort », j’ai tort, je ne vais pas embêter Monsieur Jarreau hein !

Patrick Jarreau : Monsieur Séguin, je ne pense pas que les spectateurs et les auditeurs s’intéressent exclusivement aux rapports de Monsieur Séguin avec Le Monde donc…

Philippe Séguin : Les spectateurs, laissez-les se déterminer librement…

Patrick Jarreau : Justement donnons-leur des éléments supplémentaires d’appréciation !

Philippe Séguin : Ne faites pas les questions et les réponses Monsieur Jarreau !

Olivier Mazerolle : Monsieur Séguin, donc vous êtes là l’invité d’une émission. Je crois utile de vous poser cette question, est-ce que vous êtes toujours dans le même état d’esprit concernant les affaires de financement des partis politiques, trouver une solution pour sortir de ces affaires sans que pour autant l’opinion publique y trouve à redire et surtout elle a le sentiment que les hommes politiques s’exonèrent eux-mêmes.

Philippe Séguin : Je crois effectivement que nous vivons une situation très paradoxale. Jamais le financement de la vie publique n’a été aussi transparent qu’aujourd’hui et jamais les français n’ont eu autant le sentiment que leur vie politique était pourrie. Bon, et cela tient à quoi ? Cela tient au décalage qu’il y a entre l’application des règles nouvelles et d’autre part, le solde des affaires anciennes. Bon, moi je reconnais bien volontiers qu’il y a une, et je m’en réjoui d’ailleurs, qu’il y a une volonté de transparence, de clarté, de morale dans la gestion des affaires publiques, je m’en réjoui, cela étant, soyons justes, pendant des années et des années on a vécu dans un système où tout le monde était complice, y compris l’opinion publique. Moi je me souviens en 1979 j’ai déposé à la commission des lois mon premier rapport tendant à un financement public des partis politiques, en 1979, vous le retrouverez sans difficultés et que m’a-t-on expliqué pour ne pas le mettre à l’ordre du jour, c’est que les français n’accepteraient jamais l’idée d’un financement public alors les français ne voulait pas savoir, personne ne voulait savoir, et puis chacun s’est débrouillé. Ensuite, on a fait des lois, j’observe d’ailleurs que c’est Jacques Chirac qui a fait la première en 1988, seulement ces lois ont été imparfaites et il a fallu les compléter au fur et à mesure, et la dernière loi qui est intervenue, la loi 1995…

Patrick Jarreau : A votre initiative !

Philippe Séguin : Je vous remercie Monsieur Jarreau de le rappeler. Et c’est une loi importante dans la mesure où elle a coupé définitivement le cordon ombilical entre les entreprises et les partis politiques. Alors qu’il y ait eu dans cette période transitoire encore des choses qui ne se soient pas arrêtées immédiatement etc. C’est probable. Faut il, faut il empoisonner, surtout dans la mesure où il n’y a pas de prescriptions pendant encore 10 ou 15 ans la vie politique française. Ne vaut il pas mieux, dès lors qu’il n’y a pas d’enrichissements personnels, dès lors qu’il n’y a pas eu volonté affirmé de fraude, dès lors qu’il n’y a pas eu de corruption. Tout cela je le mets évidemment à part, faut il continuer pendant 10 ou 15 ans je le répète, à donner aux français l’impression que leur système politique est pourri alors que c’est tout le contraire !

Anita Hausser : Monsieur Séguin, puisque vous mettez en avant…

Philippe Séguin : Moi je réponds, pardonnez moi puisque je réponds, je réponds par l’affirmative, oui il faut faire en sorte que…

Anita Hausser : Vous mettez l’opinion publique en avant, est ce que vous pensez que l’opinion publique aujourd’hui est prête à accepter une loi d’amnistie, notamment sur l’abus de bien social ?

Philippe Séguin : La différence entre le peuple et l’opinion publique, c’est que le peuple par définition ne se trompe pas alors que l’opinion elle peut se tromper.

Anita Hausser : Et vous savez ce qu’il pense ?

Philippe Séguin : Mais il faut avoir le courage parfois, de faire des choses qui ne vont pas dans le sens de l’opinion publique, levée des impôts par exemple !

Anita Hausser : Enfin ce courage là, tous les gouvernants l’ont !

Philippe Séguin : Oui, ça je vous le concède !

Olivier Mazerolle : Mais tout de même quelle est la méthodologie que vous voyez, c’est quoi, c’est un vote d’amnistie, comment voyez-vous les choses ?

Patrick Jarreau : En 90, c’est ce qu’avait fait le gouvernement de l’époque, socialiste et ça lui avait été énormément reproché !

Philippe Séguin : N’employez pas ce mot, prenez simplement pour la période transitoire, un texte disant quels sont très précisément les actes délictueux ou criminels le cas échéant qu’on poursuivra. Je vous parlais de corruption, je vous parlais d’enrichissement personnel, on pourrait compléter cette liste et puis laissons le reste. Je l’avais dit précisément cela déjà au moment où Monsieur Juppé avait été mis en examen.

Olivier Mazerolle : Alors toujours dans l’orbite de la justice mais cette fois ci évidemment il s’agit d’une affaire tout à fait différente puisqu’il s’agit de Monsieur Dumas qui lui est mis en examen, mis en examen, cela ne veut pas dire qu’il sera condamné d’ailleurs ni même qu’il est coupable, mis en examen, et un certain nombre d’hommes politiques, la semaine dernière, sont montés au créneau pour dire, bon maintenant son cas dépasse le principe même de la présomption d’innocence, il est président du conseil constitutionnel, c’est une institution importante, il faudrait qu’il s’en aille.

Philippe Séguin : Ecoutez, il y a une contradiction dans cette affaire depuis l’origine entre deux principes effectivement, celui de la présomption d’innocence et puis d’autre part la nécessité d’avoir dans le conseil constitutionnel une institution inattaquable, insoupçonnable, il y a une contradiction.

Je voudrais vous rappeler à nouveau, quoi que certains aient pu parfois prétendre le contraire, que ni le Président de la République, ni quiconque n’a la possibilité de démettre Monsieur Dumas. Donc la décision, elle est entre les mains de Monsieur Dumas et de lui seul…

Olivier Mazerolle : C'est-à-dire qu’ils font appel au monde du conseil constitutionnel pour qu’ils demandent à leur président de s’en aller.

Philippe Séguin : Oui pour faire pression. Attendez, attendez, je n’ai pas terminé. Alors moi je sais ce que je ferais si j’étais à la place de Monsieur Dumas mais…

Olivier Mazerolle : Que feriez-vous ?

Philippe Séguin : Mais, mais je le ferais au nom de principes qui font que je ne pourrais pas être à la place de Monsieur Dumas. Alors, en conséquence…

Olivier Mazerolle : Pourquoi, vous ne pourriez pas être président du conseil constitutionnel ?

Philippe Séguin : En conséquence. Je vous redis que c’est à Monsieur Dumas de prendre cette décision, pour autant je souhaite qu’on puisse tourner la page le plus rapidement possible.

Anita Hausser : Et est-ce que c’est au Président de la République de lui demander, je n’ai pas dit de le démettre ?

Philippe Séguin : Vous savez s’il ne lui a pas déjà demandé ?

Olivier Mazerolle : Et vous, vous le savez ?

Philippe Séguin : Si je le savais, je ne vous le dirais pas ! Mais c’est à lui. Vous vous rendez compte du précédent que ça constituerait si on se mettait à démettre sous prétexte qu’il est mis en examen, comment dirais-je, le président du conseil constitutionnel. On aurait démis Madame Guigou, le Président de la République aurait démis Madame Guigou lorsqu’elle a été mise en examen elle-même !

Patrick Jarreau : Enfin vous venez quand même de dire que s’il avait des principes il ne serait pas là où il est, en tout cas il n’y resterait pas.

Philippe Séguin : Je suis content que vous avez compris ce que j’ai dit Monsieur Jarreau !

Patrick Jarreau : Bon, mais alors la question qui m’intrigue Monsieur Séguin c’est pourquoi est-ce qu’on entend soudain tant de responsables de l’opposition qui jusque là tenaient un langage très réservé sur Monsieur Dumas, et qui maintenant, vous-même aujourd’hui, Monsieur Pasqua ce matin, Monsieur Madelin qui est votre deuxième de liste, Monsieur Poncelet le président du Sénat vendredi, qui tous se retrouvent pour dire que cette fois la coupe est pleine et Monsieur Dumas doit s’en aller ?

Philippe Séguin : Je parlais tout à l’heure de la contradiction entre deux éléments, le premier élément c’est la présomption d’innocence, celui là n’a pas évolué, le deuxième, l’atteinte à la crédibilité du conseil constitutionnel, vous conviendrez avec moi que ce qui s’est passé pendant les derniers jours, les informations qui ont été portées à la connaissance du public etc, dont certaines me paraissent avérées, ont chargé la barque.

Patrick Jarreau : Elles ont changé notablement la situation ?

Philippe Séguin : S’agissant de la crédibilité du conseil constitutionnel et de ses décisions, oui il me semble qu’elle s’en est trouvé affecté d’autant.

Olivier Mazerolle : Alors passons maintenant à la commission de Bruxelles qui elle a démissionné en bloc uniquement sur une notion de responsabilité collective puisque le rapport qui la met en cause dit bien qu’il n’y a pas eu de délit ni de fraude commis par les membres de la commission. A votre avis, est-il normal qu’elle ait démissionné collectivement cette commission ou bien est-ce que Madame Cresson, qui est la seule à être un peu pointée du doigt pour cause de favoritisme, aurait dû démissionner toute seule ?

Philippe Séguin : Il faut savoir, il faut se rappeler ce qui s’est passé parce que j’ai l’impression que nous n’avons pas tous la même lecture des évènements. Ce que le comité des sages a dénoncé, ce n’est pas tant des, comment dirais-je, des aventures personnelles, des fraudes individuelles, non c’est un système, c’est un système, c’est ça qui est essentiel. C’est pas que Madame Cresson, Monsieur Marine ou je ne sais qui ait fait ceci et pas fait cela, non, c’est un système, le système... Qu’a dit le comité des sages, il a dit la commission n’est plus en mesure de maîtriser l’administration qu’elle doit normalement commander, bon c’est donc le système qui est mis en cause, et pourquoi cette situation ? Cette situation parce que la commission, au cours des dernières années, et depuis pas mal de temps d’ailleurs parce que le pauvre Monsieur Santer est chargé de tous les péchés d’Israël mais il n’est pas le seul responsable, ni même le principal responsable. La commission, depuis des années et des années, a eu les yeux plus gros que le ventre, elle a eu une véritable boulimie de compétences nouvelles et elle a eu une volonté systématique d’intervenir dans le détail de l’application des décisions, c'est-à-dire qu’elle s’est pris, disons le mot, pour un gouvernement de l’Europe qu’elle n’est pas et qu’elle n’a pas à être. Bien alors c’est ce système qui a été contesté, et dans la mesure où c’était un système qui était contesté, que la commission actuelle n’avait fait qu’amplifier, il y a eu une démission collective.

Olivier Mazerolle : Le rapport dit aussi tout simplement qu’il n’y a pas assez d’effectif, il faudrait davantage de monde autour de la commission.

Philippe Séguin : Oui mais enfin écoutez, je ne pense pas qu’il y ait eu une démission à cause de ça, cela étant il y a peut être une contradiction entre les compétences que se donnait la commission et d’autre part les arbitrages budgétaires…

Olivier Mazerolle : Juste une question…

Philippe Séguin : Non, mais attendez, avant de poser les questions vous pourriez attendre la fin des réponses et la fin des arbitrages et des arbitrages budgétaires qu’elle a vendu, ça n’a pas l’air de vous intéresser ce que je dis !

Olivier Mazerolle : Attendez, Anita Hausser va vous interroger sur le rôle de la commission mais juste une question d’actualité, est-ce qu’elle doit partir tout de suite cette commission là puisqu’elle a démissionné, est-ce qu’on doit en nommer une autre immédiatement ou est-il envisageable qu’elle reste six mois encore en fonction ?

Philippe Séguin : C’est pas une petite question ça, c'est-à-dire c’est une autre question à la place de celle qu’à…

Anita Hausser : Non, non mais je poserai la mienne tout à l’heure !

Philippe Séguin : C’est une question considérable. Bon, moi je vais vous dire, je crois qu’il est hors de question que la commission actuelle démissionnaire aille jusqu’au terme de son mandat, c'est-à-dire jusqu’au 31 décembre.

Mais par ailleurs je ne crois pas qu’il faille passer par l’épisode intermédiaire d’une commission intérimaire. D’abord parce qu’on ne trouvera pas de président pour cette commission intérimaire, regardez par exemple ce qu’à dit Monsieur Praudy, moi je suis prêt à être président de la commission, pas question que je le sois pendant 6 mois ou 5 mois.

Bon, deuxièmement ça nous ferait quand même trois présidents de la commission en moins d’un an alors si je n’étais pas à RTL, me souvenant du passé, je dirais que l’on se croirait au Paris Saint-Germain, trois présidents en moins d’un an. Troisièmement, la commission aujourd’hui, en application du traité d’Amsterdam, est nommée dans des conditions différentes de la précédente, c'est-à-dire que… Or, le texte n’est applicable qu’à compter du 1er mai, sous réserve de vérification, bon c'est-à-dire qu’il y a une codécision des gouvernements et du parlement européen et puis il y a deux votes, un vote sur le président de la commission et un vote sur la commission dans son ensemble. On ne va pas quand même nommer une commission avec l’ancien système.

D’autre part, le nouveau parlement européen va être élu en juin, on ne va pas laisser au précédent le soin de mettre en place une commission. Dernier argument, nous avons dans les jours qui viennent, peut être même pas dans les semaines qui viennent mais dans les jours qui viennent, des problèmes importants à trancher, le problème d’agenda 2000 et autre où la commission actuelle est impliquée, elle a fait des propositions…

Patrick Jarreau : Alors qu’est-ce qu’on fait dans l’intervalle, la commission actuelle continue à fonctionner ?

Philippe Séguin : Et bien écoutez, elle continue à fonctionner et dès que le parlement européen est en place on revoit son calendrier de manière à ce que dès l’été la nouvelle commission soit en place.

Olivier Mazerolle : Anita Hausser.

Anita Hausser : Oui moi je voudrais revenir sur votre réponse de tout à l’heure lorsque vous parliez de boulimie de compétences nouvelles. Est-ce que c’est vraiment la commission qui avait cette boulimie ou est-ce que ce ne sont pas les gouvernements qui se sont un peu déchargés sur cette commission en…

Philippe Séguin : Je suis tout à fait d’accord, je suis tout à fait d’accord avec vous Madame Hausser !

Anita Hausser : En se lavant les mains !

Philippe Séguin : C'est-à-dire que tout le monde a été complice là encore, la commission est responsable…

Anita Hausser : Et puis après on attaquait les technocrates !

Philippe Séguin : La commission a été responsable, le conseil des ministres a laissé faire et le parlement européen aussi, c’est pour ça que je suis très mesuré là devant les actes d’enthousiasme sur l’action du parlement européen. Le parlement européen il est pour assez peu de choses dans ce qui s’est passé, il avait cautionné le système, il l’avait accepté et il est d’ailleurs allé jusqu’à refuser de voter la censure contre la commission…

Patrick Jarreau : Oui d’accord mais enfin…

Philippe Séguin : Oui et bien il n’a pas voté la censure !

Olivier Mazerolle : Pour vous Monsieur Séguin, quel est le rôle…

Philippe Séguin : Il n’a pas voté la censure !

Patrick Jarreau : Mais est-ce que la commission aurait démissionné…

Philippe Séguin : Monsieur Jarreau il n’a pas voté la censure.

Patrick Jarreau : Oui mais attendez laissez moi poser ma question ! Alors pourquoi la commission a-t-elle démissionné ?

Philippe Séguin : La commission a démissionné parce qu’elle a été l’objet d’une pression médiatique à l’échelle de l’Europe extrêmement forte et parce que les accusations sur l’insuffisance de la maîtrise de l’administration par ses soins posait un problème…

Patrick Jarreau : Et pas parce qu’elle craignait une censure du gouvernement ?

Philippe Séguin : Qu’est-ce que ça aurait changé ?

Patrick Jarreau : Je ne sais pas mais ça a l’air d’être important à vos yeux !

Philippe Séguin : Ca venait après… C’était les carabiniers qu’arrivaient !

Olivier Mazerolle : Maintenant puisque vous allez faire campagne là dans toutes les semaines qui viennent. Quel est pour vous le rôle précis de la commission européenne ?

Philippe Séguin : Le rôle de la commission c’est de ne pas être le gouvernement de l’Europe, l’instance suprême de l’Europe c’est le conseil européen et accessoirement le conseil des ministres, la commission est un organe original mais c’est bien un des enjeux de la construction européenne, il ne faut pas essayer de transposer des modèles existants, il faut faire quelque chose d »original et la commission est un organe de proposition au conseil qui décide parfois avec le parlement européen et ensuite d’exécution sous réserve de ce qu’elle doit normalement déléguer aux états membres. Notamment elle a eu tellement de méfiance vis-à-vis des états membres qu’elle a voulu appliquer les choses elle-même, finalement elle a été complètement dépassée par les évènements.

Olivier Mazerolle : Sur le fonctionnement de l’Europe, M. Séguin, une question de Patrick Jarreau.

Patrick Jarreau : Dans la plate-forme que vous avez établie avec Démocratie Libérale pour les élections européennes, vous appelez de vos vœux une réforme des institutions européennes qui serait présentée au début de l’an 2000. Dans quel sens est-ce que doit se faire cette réforme selon vous ? Est-ce que les pouvoirs du parlement, par exemple, peuvent être accrus et est-ce qu’il faut, puisque c’est un des éternels sujets de débats européens, sortir de la règle de l’unanimité pour les décisions prises au sein de l’union européenne ?

Philippe Séguin : Bien d’abord une explication. Si nous avons évoqué ce problème dans notre plate-forme, c’est parce que le problème est traité généralement parallèlement avec celui de l’élargissement. Or, nous pensons que les difficultés que nous avons à réformer les institutions ne doivent pas être un alibi pour différer éternellement l’élargissement et l’entrée de nouveaux membres. C’est la raison fondamentale de ce que nous avons écrit. Alors, pour le reste, il y a incontestablement une commission à réorganiser. Si les sages ont surtout, à mes yeux, soulevé un problème politique, il y a aussi des problèmes d’organisation. Nous avons probablement une commission trop nombreuse et à cette commission trop nombreuse correspondent des directions beaucoup trop nombreuses. Il faut recentrer la commission sur ses véritables vocations, améliorer le fonctionnement du conseil européen. Je crois qu’il serait bon que le président du conseil européen puisse rester en place pour une période beaucoup plus longue.

Patrick Jarreau : Maintenant c’est six mois.

Philippe Séguin : Deux ans, deux ans et demi. Je crois que ça serait une bonne solution.

Olivier Mazerolle : C’est un homme ou le pays ? Parce que le président peut être démissionné chez lui ou au parti.

Philippe Séguin : On peut en discuter.

Patrick Jarreau : Donc, le conseil européen pourrait élire un président…

Philippe Séguin : Oui, le conseil européen pourrait élire un président. Se mettre d’accord sur une personne avec effectivement une rotation possible.

Patrick Jarreau : C’est un de ses membres en tout cas ?

Philippe Séguin : Bien sûr. Un membre du conseil européen et en aucun cas un président élu au suffrage universel ou que sais-je.

D’autant que je ne me souviens palus très bien si c’est le président du conseil européen qu’on veut élire au suffrage universel ou si c’est le président de la commission.

Patrick Jarreau : Vous parlez de la proposition de Jacques Delors ?

Philippe Séguin : Oui, la proposition de Jacques Delors qui a été reprise par d’autres qui parlent beaucoup de cette solution et qui souhaitent absolument transposer le système des Etats-Unis, ce qui je le répète, ne me paraît pas une bonne solution, qui ne parait pas d’ailleurs une bonne solution, je le note au passage, au parti populaire européen lui-même. Comme quoi il peut y avoir des démocrates chrétiens qui prennent des libertés avec…

Patrick Jarreau : Est-ce que le parlement européen doit se renforcer ? Est-ce que c’est la bonne manière de lutter contre, ce qu’on appelle, le déficit de démocratie ?

Philippe Séguin : Oui, mais ce renforcement il doit aller de paire avec une meilleure implication des parlements nationaux. Je veux dire par là d’une part les parlements nationaux doivent renforcer leur capacité d’interventions, leur capacité d’influence sur les positions prises par le pays concerné autour de la table du conseil. Et, je regrette à cet égard qu’on ait refusé, lors de la réforme constitutionnelle d’étendre comme nous le souhaitions les capacités du parlement français à cet égard. Et puis d’autre part, il me semble que les parlements nationaux doivent pouvoir disposer d’un droit d’alerte en matière de respect de la subsidiarité. Ce qui me conduit au dernier point s’agissant des institutions, je crois qu’il faut que nous établissions un document clair, reconnu par les uns et les autres, qui ne soit pas simplement la juxtaposition des traités et de la jurisprudence de la cour de justice.

Patrick Jarreau : De constitution européenne ?

Philippe Séguin : Le mot fait peur et le mot reçoit des interprétations différentes. Disons, un texte de synthèse des différents traités applicables, qui nous permettra enfin de faire la part entre ce qui est du niveau européen et ce qui est du niveau national.

Anita Hausser : Nous, ça serait qui, M. Séguin ? Parce que finalement, il y a eu cette conférence intergouvernementale qui n’a débouché sur rien. Pourquoi est-ce que tout d’un coup, peut-être à cause de la crise de la commission, je ne sais pas, est-ce qu’on arriverait à faire une réforme des institutions qui satisferait tout le monde. Parce qu’actuellement… Là, vous faites un tableau assez complet, mais on sent bien qu’il y a une tentation très forte d’établir un régime parlementaire européen.

Philippe Séguin : Alors, premièrement pour la première partie de votre question, je vais vous faire un aveu, Mme Hausse. Si j’ai décidé d’aller siéger, proposer aux Français d’aller siéger au parlement européen…

Olivier Mazerolle : Vous aurez bien un élu sur la liste.

Philippe Séguin : C’est précisément parce que je pense que ce qui se passe au niveau européen, ne correspond pas tout à fait à ce qui serait idéal. Si tout marchait bien, je ne ressentirai pas le besoin d’y aller. Or, pour ce qui me concerne, les choses sont très claires. L’Europe, j’y vais et j’y vais pour de bon. Bien.

Anita Hausser : Avis aux autres !

Philippe Séguin : Oui effectivement. Quand on est tête de liste, je dis bien quand on est tête de liste, la moindre des choses c’est d’honorer le mandat qu’on vous confie. Moi, j’y vais parce que j’estime qu’on ne peut pas dire à la fois l’Europe c’est de plus en plus important dans notre vie quotidienne et d’autre part, se dire, l’Europe c’est pas fait pour les leaders nationaux. Mais, il faut qu’il y ait des leaders nationaux qui aillent aussi au niveau européen. Voilà.

Alors, ça c’est un acte fort, je reconnais bien volontiers. C’est un acte original, c’est un acte qui tranche avec les positions d’autres, mais c’est un acte que j’entends assumer totalement.

Alors, maintenant, pourquoi ce qui a été impossible hier, serait possible demain. C’est précisément parce qu’il va falloir exprimer une volonté politique. Ne serait-ce que parce qu’il est impossible d’élargir si on pas retravaillé sur…

Patrick Jarreau : On ne doit pas non plus élargir en maintenant la règle de l’unanimité dans les prises de décision.

Philippe Séguin : Attendez, je reviens au problème de l’unanimité. Je ne vois aucun inconvénient à ce qu’il y ait une extension du vote à la majorité et dans un certain nombre de domaines supplémentaires. Je dis simplement que lorsque les intérêts majeurs d’un pays sont engagés, il faut conserver, comment dirais-je, une sorte d’agrément général, écrit ou non écrit, au terme duquel on ne passe pas en force contre le pays concerné.

Olivier Mazerolle : Question. Lorsque vous serez au parlement européen, vous adhérerez au groupe du PPE ou pas ?

Philippe Séguin : J’adhérerai au groupe du PPE dans la mesure où nous réussissons à avoir un accord avec le groupe du PPE. Nous, notre souhait c’est qu’on en finisse effectivement avec une organisation du parlement européen qui ne correspond plus à la réalité politique d’aujourd’hui. Je veux dire par là, qu’à vos yeux, vous nous l’avez souvent entendu dire, le problème de savoir si on est pour ou contre l’Europe est un problème tout à fait dépassé.

Or, le parlement européen porte encore la marque de ce conflit, ce qui exprime la connivence qui a existé jusque dans le détail du règlement entre le groupe socialiste et le groupe du parti populaire européen. Exemple : alors que normalement on devrait élire un président pour cinq ans, pendant la durée de la législature, le président est élu pour deux ans et demi, deux ans et demi pour le socialiste, deux ans et demi pour les démocrates chrétiens. Or, à nos yeux, le problème maintenant est un problème politique qui se pose dans les mêmes termes qu’au niveau national et en conséquence, il faut organiser le parlement européen, non point entre les pro et les anti-européens, mais entre les socialistes et leurs alliés et ceux qui leur sont opposés.

Olivier Mazerolle : Tout de même, ceux qui vous combattent pendant cette élection, notamment François Bayrou qui, lui, veut une Europe fédérative, dit : « mais attendez. Si on diminue le rôle de la commission qui est le lien entre les états, eh bien chaque état va faire valoir ses intérêts de manière égoïste ». Le cas le plus symbolique est l’histoire du chef britannique que Mme Tatcher a réclamé et finalement obtenu. Alors, comment cet attelage va-t-il fonctionner s’il n’y a pas quelqu’un qui effectivement fait le lien pour assurer quand même une activité politique, aussi, à l’Europe ?
Philippe Séguin : A l’inverse, à l’inverse, M. Mazerolle, quand bien même 14 pays aujourd’hui décideraient contre un pays, dans la mesure où ce pays considère que ce sont ses intérêts fondamentaux, il n’y a pas de règle de la majorité qui puisse s’appliquer. C’est un problème de réalité politique. Regardez le problème agricole. Il y a 14 pays qui semble se mettre d’accord sur un compromis. Nous nous considérons que ce n’est pas un compromis, que ce sont des propositions inacceptables. Bon. Eh bien, l’Europe ne peut pas décider contre la France.

De la même façon, demain, si on va plus loin dans le domaine de la défense commune par exemple, vous imaginez qu’on puisse décider d’engager des soldats irlandais dans un conflit que l’Irlande n’aurait pas souhaité, sous prétexte qu’on aurait voté à la majorité. Il y a une réalité pratique dans le problème. Il est de se demander ce qu’on veut faire de l’Europe. Est-ce qu’on veut mettre tout dans un même moule, j’ai employé l’image du mixer, mais comment dirais-je, les ingrédients différents. On appuie sur le bouton et puis ça donne un mélange qui est donc la moyenne de tout ce qu’on a mis dedans, ou est-ce qu’on souhaite que l’Europe soit le moyen de faire de faire des choses ensemble et de préserver ensemble nos diversités.

Olivier Mazerolle : Alors, sur la défense, puisque vous venez d’en parler. D’une part, comment voyez-vous la construction de cette défense européenne par rapport à l’alliance atlantique ? Quelles seraient son articulation, son autonomie et est-ce que vous croyez que les Anglais, puisque la France et l’Angleterre sont assez engagées dans les discussions sur la défense européenne, partagent les mêmes objectifs que la France ?

Philippe Séguin : Non. Ca prendra beaucoup de temps. Ca prendra beaucoup de temps. Cela étant, à quoi bon faire l’Europe si ça n’est pas pour que l’Europe pèse dans les affaires du monde. Vous savez tout se tient. Les négociations commerciales et les problèmes de défense.

Aussi longtemps que, lorsqu’il y aura un problème sur le territoire européen, au Kosovo, comme aujourd’hui, comme hier en Bosnie, on aura besoin d’une intervention américaine pour mettre de l’ordre aussi longtemps que les européens ne pourront pas prendre en charge eux-mêmes la prévention des conflits sur le sol et leurs solutions, et bien on sera ensuite dans une position défavorable, dans une position d’infériorité lorsqu’on aura à discuter des problèmes d’exportation de bananes. Alors, ça ne se fera pas demain, ça ne se fera pas demain, mais nous, notre conception de l’Europe, est celle-ci. Une Europe qui soit un grand de ce monde et qui fasse se prévaloir sa vision des affaires du monde.

Patrick Jarreau : Et tout en restant dans le cadre de l’OTAN évidemment ?

Philippe Séguin : Mais bien sûr, nous restons les amis des Etats-Unis. Dans un premier temps, cela se traduira par une autonomie progressive de la branche européenne de l’OTAN. Il ne s’agit pas de rompre avec les Etats-Unis. Pour autant, il s’agit de faire en sorte que demain, nous soyons au même niveau que les Américains du nord au du Sud ou que les Africains, c'est-à-dire que nous puissions régler nos affaires nous-mêmes. Parce que je vous fais observer que politiquement, nous avons moins d’autonomie en la matière que n’en ont les Africains. Les Africains, même si ça bringuebale parfois, ils ont l’organisation de l’union africaine qui a vocation à régler les problèmes sur le continent africain.

Alors, nous, nous n’avons même pas ça.

Anita Hausser : Je voudrais revenir un instant à la campagne européenne, M. Séguin. Vous dites que vous faites campagne contre l’euro-socialisme. Indépendamment du fait que vous dénoncez le super impôt européen, qui n’a pas encore vu le jour, qui verra peut être le jour, qui n’est pas promis, quel est le point fort de votre campagne. Je veux dire sur quoi est-ce que vous allez accrocher les gens ?

Philippe Séguin : attendez, ça se sont deux questions différentes là. Sur le problème socialiste, pardonnez-moi, sur le super impôt européen, ce n’est pas sorti de mon imagination. C’est M. Moscovici qui a parlé très clairement, très explicitement…

Anita Hausser : Ca fait partie de l’euro-socialisme…

Philippe Séguin : Oui d’accord. C’est pour vous dire que je n’ai rien inventé. De la même façon, dans le programme socialiste, vous avez tout un développement sur le fait qu’une Europe qui ne dispose que de 1,27 % du produit brut de l’ensemble de l’union, c’est largement insuffisant pour tout ce qu’il y à faire, etc. Donc, la perspective d’un prélèvement supplémentaire est quelque chose de tout à fait envisageable.

Alors, on peut l’ignorer et on est tout à fait excusable, parce qu’il est très difficile, je vous le concède, de se retrouver dans le programme socialiste, à l’heure qu’il est, parce qu’on ne dispose pas de moins de trois textes.

Patrick Jarreau : Et les grands travaux, c’est une bonne idée ?

Philippe Séguin : Attendez. De trois textes qui disent des choses contradictoires sur certains points. Vous avez le texte d’abord socialise qui doit être amendé, discuté, samedi et dimanche prochains, si je ne m’abuse, donc le parti du parti socialiste. Vous avez ensuite l’accord parti socialiste – MDC qui dit des choses différentes et vous avez ensuite le texte des européens, du parti socialiste européen, signé par le parti socialiste. Bon.

Alors, regardez le problème des 35 heures, il y a les 35 heures dans le texte socialistes français, il n’y ait pas dans le texte socialiste européen.

Vous avez la règle de l’unanimité qui est exaltée dans le texte socialiste français et le texte socialiste européen et la règle d’une unanimité qui est mise de côté dans le texte avec le MDC. Vous avez dans le texte avec le MDC la nécessité d’intégrer l’emploi dans les objectifs de la Banque Centrale et vous avez le refus de prendre en considération cette demande dans le texte socialiste, au point qu’il faut un amendement de la gauche socialiste pour tenter de le réintroduire. Bon, tout ça pour dire qu’on a quelques difficultés à s’y retrouver.

Olivier Mazerolle : Monsieur Séguin, dans cette campagne…

Philippe Séguin : Alors, maintenant, quelle campagne allons-nous faire ? La grande difficulté, c’est que l’Europe, s’étant faite pour l’essentiel en dehors des gens, il est très difficile d’intéresser les gens aux problèmes européens. Et c’est la raison pour laquelle, la première tâche que nous nous donnons, est une tâche de caractère pédagogique. Hier, j’avais encore 3 000 membres du RPR qui étaient rassemblés dans 13 régions. Il y en avait 2 000 la semaine précédente pour justement préparer cette campagne pédagogique. Il faut que nous expliquions aux Français ce qu’est l’Europe, il faut qu’avant même de leur dire ce qu’est à nos yeux leur bon choix, qu’on leur dise quels sont les éléments du choix.

Pourquoi l’Europe c’est aujourd’hui quelque chose de très important dans les domaines les plus insoupçonnés ? Si nous n’avons qu’une équipe de première division en quart de finale de la coupe de France, M. Mazerolle, on a procédé au tirage au sort ce matin, c’est pas parce que l’Europe s’occupe du football, elle ne s’en occupe pas, mais ce n’est parce que nous avons des différences fiscales et sociales avec les autres pays européens, ce qui fait que tous nos grands joueurs partent jouer à l’étranger. Donc, l’Europe, ça à quelque chose à voir avec quelque chose qui intéresse les Français. Le sel de Guérande, j’étais à Guérande il y a 48 heures, le sel de Guérande, on nous explique qu’il n’a pas 97 % de chlorure de sodium et qu’en conséquence, cela va poser des problèmes de commercialisation. Bon, il faut expliquer aux gens de Guérande que c’est un problème qui se traite au niveau européen, que c’est important.

Olivier Mazerolle : Monsieur Séguin. Quel va être votre ambition durant cette campagne pour le soir du 13 juin ? Dans votre liste, il n’y a pas d’UDF, il n’y a pas M. Pasqua. Est-ce que vous n’avez toujours pas envie d’être devant le parti socialiste ?

Philippe Séguin : Je ne parle pas de M. Pasqua, mais attendez de connaître notre liste pour dire ce qu’il y a dedans et ce qu’il n’y a pas. Notre liste réunira des membres, nos amis de Démocratie Libérale dont je salue la présence ici même, ce soir, des membres du RPR et puis d’autres membres de l’opposition qui se reconnaissent.

Olivier Mazerolle : Votre ambition, c’est d’être devant le parti socialiste ?

Philippe Séguin : Notre ambition c’est de faire au mieux. Nous savons bien qu’en tout état de cause, ça se jouera entre le parti socialiste et nous et que c’est ça le véritable enjeu politique de cette campagne. Qui, du parti socialiste ou de nous, fera le meilleur résultat ? Alors, n’attendez pas de moi de rodomontades. Je n’ai pas l’habitude de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué et je ne suis pas comme M. Lang qui nous a expliqué que s’il avait été choisi comme tête de liste à la place de M. Hollande, le parti socialiste aurait fait six points de plus.

Patrick Jarreau : Vous avez dit la semaine dernière, que la seule manière de s’opposer aux socialistes, c’était de voter pour votre liste.

Philippe Séguin : Tout à fait.

Patrick Jarreau : Ça veut dire que les listes de François Bayrou, de Charles Pasqua, peut-être demain de Philippe de Villiers, ne s’opposent pas au pouvoir socialiste ?

Philippe Séguin : Ecoutez, c’est nous qui sommes la liste de l’union de l’opposition. C’est nous qui nous sommes unis ; c’est nous qui incarnons l’union de l’opposition et pas les autres.

Patrick Jarreau : Jacques Chirac s’entretient régulièrement avec François Bayrou. Il n’a pas l’air de considérer que l’opposition aujourd’hui se réduit à vous-même et à Alain Madelin.

Philippe Séguin : Vous me demandiez quelle était la liste de l’opposition. Je vous réponds, c’est la nôtre. C’est la nôtre, pourquoi ? Parce que le soir, le soir des résultats, il se passera ce qui se passe aujourd’hui quand on lit les sondages, c'est-à-dire qu’on regardera l’écart qui existera dans un sens ou dans l’autre, entre la liste socialiste et la nôtre.

Et les électeurs doivent comprendre que s’ils votent pour une autre liste, s’ils se reconnaissent dans l’opposition et s’ils votent pour une autre liste que la nôtre, je suis désolé, ils feront plaisir aux socialistes.

Anita Hausser : Comment voulez-vous que les Français s’y retrouvent, quand ils voient que le Président de la République, qui n’est pas socialiste et le Premier ministre parlent d’une même voix au sommet européen ?

Philippe Séguin : Attendez. D’abord, vous me parlez d’une partie de l’exécutif européen, c'est-à-dire d’une partie du conseil des ministres. Il ne s’agit pas d’une partie du conseil des ministres, en l’occurrence, il s’agit du parlement européen. Alors, au parlement européen…

Anita Hausser : Au parlement européen, les Français défendent…

Philippe Séguin : Au parlement européen, on s’exprime nos vues. D’autre part, pardonnez-moi de vous dire que le Président de la République et le Premier ministre, à ma connaissance, ils ne sont jamais spontanément d’accord sur quelque chose. Cela étant, la contrainte constitutionnelle fait qu’ils doivent arriver à une position commune. Cela ne n’empêche pas les sentiments et les vues différentes.

Olivier Mazerolle : M. Séguin, tout de même. Puisque vous dites qu’il faut vraiment que les électeurs de l’opposition votent pour nous plutôt que pour d’autres, qu’est-ce que vous dites à ceux qui sont tentés de voter UDF en se rappelant la campagne de Maastricht et qui se disent : « Philippe Séguin, il a failli l’emporter à ce moment là, il s’en est fallu de peu, en tout cas avec d’autres. Et s’il l’avait emporté, on n’aurait pas l’euro, aujourd’hui. Alors, qu’est-ce que vous dites à cela qui disent : «  Qu’est-ce qui nous garantit qu’avec Philippe Séguin avec bien l’Europe à laquelle on aspire » ?

Philippe Séguin : Vous auriez pu me faire le reproche complètement inverse, parce que moi j’entends des choses tout à fait contradictoires. Il y a des gens qui me reprochent de n’être pas fidèles à mes idées et il y en a d’autres que vous citiez, à l’instant, qui me reprochent de l’être. Ce qui explique qu’ils ne veulent pas faire de listes communes avec moi. Bon, qu’est-ce que je réponds. Je réponds que j’ai toujours été un européen convaincu. Ce qui est vrai, c’est que je ne veux pas de n’importe quelle Europe. Je ne veux pas d’un super état fédéral, je ne veux pas d’une Europe inféodée aux Etats-Unis et se résignant à un monde uniforme. Je n’ai jamais changé de conviction. Pour autant, j’ai pris acte. J’ai pris acte de la décision de notre peuple. Et je m’inscris dans le cadre de sa décision. Maintenant, je ne me réjouis absolument pas des positions que j’avais prises. Qu’est-ce que j’avais dit à l’époque. J’avais dit qu’il fallait refaire ce traité parce que d’une part, il n’y avait pas de préalable politique.

D’autre part, j’avais dit qu’il y avait un déficit démocratique qui s’aggravait. J’avais dit encore qu’il était inenvisageable à mes yeux que tout le gouvernement économique de l’Europe se donnait à un collège de banquiers.

Patrick Jarreau : Vous avez dit que le gouvernement économique n’est pas dans votre plate-forme, celle que vous avez rendu publique la semaine dernière.

Philippe Séguin : Je vous ai dit que j’étais contre le gouvernement économique par la banque centrale européenne sans qu’il y ait un contrepoids.

Patrick Jarreau : Vous avez renoncé aujourd’hui à l’idée du contrepoids ?

Philippe Séguin : Attendez, vous permettez que j’aille jusqu’au bout. Et quatrièmement, je parle. Ecoutez, je veux bien répondre à toutes les questions que vous me posez, mais enfin si vous m’en posez deux différentes. Je réponds à la question de M. Mazerolle. Il me parle de Maastricht. Alors je reprends. Qu’avais-je dit ? J’avais dit qu’il manquait une entente préalable politique. J’avais dit qu’on ne réglait pas de manière satisfaisante le problème de la subsidiarité et le problème des régions que je voyais se profiler, qu’il y avait un problème de déficit démocratique aggravé, qu’il y avait un problème de gouvernement économique conféré à des banquiers centraux sans contrepoids politique et d’autre part, qu’on ne mettait pas l’emploi au cœur des préoccupations de la banque centrale européenne. Mais, je n’ai strictement aucun regret. J’ai d’autant moins de regrets d’avoir émis ces objections qu’aujourd’hui elles paraissent reprises assez communément.

Patrick Jarreau : Assez communément, sauf sur un point qui est celui du gouvernement politique ou de ce que vous appelez le contrepoids politique à la banque centrale européenne, qui lui n’est pas repris dans la plate-forme que vous avez rendu publique la semaine dernière.

Philippe Séguin : le contrepoids politique de la banque centrale européenne pour nous, ça n’a jamais été un gouvernement économique. C’est simplement le moyen d’établir un dialogue qui est interdit par le traité de Maastricht actuellement, entre les banquiers centraux et d’autre part les politiques, sur les choix fondamentaux en matière de taux d’intérêt.

Patrick Jarreau : Et Démocratie Libérale est d’accord là-dessus ?

Philippe Séguin : Ecoutez, vous leur poserez la question.

Patrick Jarreau : Je vois que ce n’est pas dans le texte que vous avez signé avec eux.

Philippe Séguin : De toute façon, nous pouvons avoir des différences. Nous avons des différences. Ça fait 41 ans que nous sommes alliés, 41 ans…

Olivier Mazerolle : En dehors de l’Europe, M. Séguin, pourquoi les Français voteraient-ils pour vous plutôt que pour la liste socialiste. Qu’est-ce que l’Alliance a à proposer comme éléments ?

Philippe Séguin : Attendez, ne parlez pas de l’alliance.

Olivier Mazerolle : Le gouvernement Jospin ne se porte pas si mal dans les sondages. Pourquoi voter contre les socialistes ?

Philippe Séguin : Ecoutez, nous disons, que les problèmes nationaux et que les problèmes européens sont liés, qu’il faut choisir au niveau européen comme au niveau national. Et de même que nous contestons l’approche socialiste au niveau national, nous la contestons au niveau européen. Et qu’il faut faire un choix politique. Et nous développerons exactement les mêmes thèmes que ceux que nous développons sur le plan national, à savoir que nous ne faisons pas confiance aux socialistes pour déterminer demain une politique d’immigration à l’échelle européenne quand on voit la façon dont ils traitent ce problème au niveau national. Nous ne leur faisons pas confiance en terme de sécurité intérieure quand on voit qu’à part du bla-bla on n’a strictement rien à se mettre sous la dent en la matière, et nous contestons leur politique économique, leur politique budgétaire qui consiste en dépit des engagements qu’ils avaient pris, à maintenir, voire à aggraver les prélèvements obligatoires qui nous mettent à 10 % au-dessus de la moyenne des autres pays européens et ce qui va atténuer notre capacité de compétition.

Olivier Mazerolle : En quarante secondes, dernière question d’Anita Hausser.

Anita Hausser : Est-ce que les élections européennes auront des conséquences de politique intérieure ?

Philippe Séguin : Bien sûr qu’il y aura des conséquences.

Anita Hausser : Y compris pour vous-même ?

Philippe Séguin : Ça n’a strictement aucune importance. Enfin, ça aura une conséquence effectivement. C’est que sauf si ma liste ne faisait pas 5 % ce dont je doute quand même, je me retrouverai au parlement européen. Ça sera un sacré changement et je me retrouverai au parlement pour défendre les intérêts de la France et des Français. Et j’irai au parlement européen pour ça, pas pour faire de la philosophie.

Pas pour me demander s’il faut élire au suffrage universel le président de l’Europe, mais dossier par dossier, pour faire en sorte que les intérêts ce ceux qui m’auront élu, soient défendus. Voilà.

Olivier Mazerolle : Merci M. Séguin. C’était votre grand jury. La semaine prochaine nous recevrons Martine Aubry. Bonne soirée à tous.