Interview de M. Edouard Balladur, député RPR, dans "La Montagne" du 26 mars 1999, sur la réforme de la PAC, la baisse des prix agricoles et l'intervention de l'OTAN en ex-Yougoslavie.

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LA MONTAGNE. – Vous serez aujourd'hui dans le Cantal, dans un département à vocation agricole, au moment où se tient le Sommet de Berlin, qui examinera la réforme de la PAC ? Quel message souhaiteriez-vous transmettre à ces agriculteurs de zone de montagne particulièrement inquiets pour leur avenir ?

EDOUARD BALLADUR. - Comment dissimuler que je suis étonné des propositions actuelles de la réforme de la PAC ? Certaines sont positives, je pense en particulier à la revalorisation, proposée par la commission de Bruxelles, des primes à la vache allaitante. Mais d'autres sont négatives, et je comprends qu'elles préoccupent le monde agricole.

La baisse des prix de la viande et du lait envisagée par la commission est manifestement excessive. Je n'ignore rien de la nécessité d'éviter une explosion des dépenses européennes, mais il y a d'autres solutions que celles préconisées par Bruxelles, notamment pour les zones de montagne.

Les efforts déployés par les professionnels dans le domaine de la production laitière et de la production bovine devraient être mieux reconnus.

Il faut développer ce que l'on appelle les « signes de qualité » dans ces deux secteurs. C'est l'assurance de dépenser moins en termes de crédits communautaires et de répondre mieux à l'attente des consommateurs.

Surtout, j'avoue ne pas comprendre l'urgence que Bruxelles attache à baisser les prix du lait. Le secteur laitier nous pose aucun problème majeur en Europe dans les cinq ans qui viennent.

D'une manière plus générale, je souhaite que la spécificité de l'agriculture de moyenne montagne soit prise en compte. A la différence de la haute montagne, où le tourisme joue un rôle économique important, en moyenne montagne, ce sont les agriculteurs qui tiennent l'économie.

Ils ne sont pas seulement des producteurs agricoles. Du point de vue du maintien de l'activité et, de l'aménagement du territoire, leur, rôle est irremplaçable.

Enfin, je crois indispensable que le travail agricole soit, comme tout autre, rémunéré à son juste prix. C'est particulièrement vrai, lorsque, comme dans le Cantal, il s'agit d'un travail de qualité. Toute autre politique serait absurde.

LA MONTAGNE. - L'Intervention de l'OTAN au Kosovo, dans la nuit de mercredi à jeudi, était-elle, selon vous, indispensable ?

EDOUARD BALLADUR. - La réaction de la communauté internationale et spécialement celle de l'Union européenne était à la fois légitime et souhaitable : M.  Milosevic a été averti à de nombreuses reprises, depuis de nombreux mois, des risques que pouvait faire naître la situation au Kosovo, et l'Union européenne ne pouvait accepter que les droits de l'homme y fussent piétinés. Cela étant dit, je regrette que le Parlement français n'ait pas été appelé à en débattre, car cette évolution n'avait rien d'imprévisible. Il eut été parfaitement possible d'organiser un débat, la semaine dernière par exemple, si l'absence du Premier ministre, cette semaine, ne pouvait permettre autre solution