Interviews de M. Antoine Waechter, porte-parole des Verts, dans "Le Figaro" du 13 et à France 2 le 14 novembre 1992, sur la proposition de primaires écologistes pour l'élection présidentielle, la réforme de la Constitution, l'accord avec Génération écologie et l'attitude des Verts vis-à-vis du PS.

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Média : Le Figaro - France 2

Texte intégral

Le Figaro : 13 novembre 1992

Le Figaro : Que pensez-vous de l'initiative de certains écologistes de proposer des primaires pour la présidentielle ?

Antoine Waechter : Je ne veux pas faire d'interprétation interne, bien qu'il soit possible que certains ne soient pas dénués d'arrière-pensée. Je pense qu'il y a confusion dans les esprits. Ce n'est pas parce que nous sommes parvenus à une unité d'action pour les législatives – sur la base de mesures concrètes qui ne résument en rien une philosophie écologiste –, que nous arriverons à la même chose pour la présidentielle. Personne ne fera croire que Brice Lalonde est sur la même ligne politique que nous. De même que personne ne fera croire qu'un candidat GE acceptera de soutenir un candidat Vert.

Il est clair que dans le cadre d'élection présidentielle, une candidature unique écologiste réunirait moins de voix que deux candidatures distinctes. Nous avons réussi à surmonter des difficultés de forme et de fond pour les législatives. Je ne vois pas comment cela peut être possible pour la présidentielle. Il y a d'abord un problème de base électorale. Les Verts sont une structure organisée, rigoureuse, pas GÉ.

Il faut être naïf – au sens étymologique du terme – pour imaginer dos primaires sur la base d'un électoral flou. Je me souviens de ce qui s'est passé en 1980 au second tour, GÉ avait mobilisé jusqu'au clochard parisien. En fait, l'hypothèse d'une candidature unique ne serait possible que s'il s'agissait d'une candidature emblématique mais cela nous ferait revenir dix-huit ans en arrière, ou si les deux organisations fusionnaient. Et ce n'est vraiment pas d'actualité.

Le Figaro : Comment cette proposition sera-t-elle accueillie à l'AG de Chambéry ?

Antoine Waechter : C'est l'un des véritables clivages qu'il y a au sein des Verts. Ce sont d'ailleurs les mêmes qui étaient très favorables à un accord avec GÉ, en étant prêt à tout abandonner, qui prônent, et depuis quelque temps déjà, un système de primaires. C'est l'avenir des Verts qui est en jeu. Il faut savoir si l'on veut d'une écologie politique charpentée ou d'une bouillabaisse dont le seul objectif est l'image.

Le Figaro : Que pensez-vous des réformes constitutionnelles qu'envisage d'engager le Président de la République ?

Antoine Waechter : Ce sont de bons chantiers, mais François Mitterrand n'a pas indiqué ce qu'il va y construire précisément. J'ai demandé au président de nous recevoir.

Parmi les réformes que nous souhaitons, nous demandons depuis longtemps que soit institué un référendum d'initiative populaire. Pour que l'Assemblée soit plus libre vis-à-vis de l'exécutif. Nous pensons que le système allemand qui, pour renverser un gouvernement, exige qu'il puisse y avoir un gouvernement de rechange, est un bon système. Il serait judicieux également que l'ordre du jour soit fixé par le bureau de l'Assemblée et le gouvernement ou que l'application du 49.3 soit réservée aux cas exceptionnels.

Le Figaro : Et que pensez-vous des propos du président sur les écologistes ?

Antoine Waechter : Je crois que si le Président de la République avait été plus jeune, il aurait choisi les écologistes plutôt que les socialistes. À l'entendre, s'il s'est prononcé pour le PS, c'est qu'il n'a pas eu le choix.

Le Figaro : Venons-en au projet d'entente passé la semaine dernière avec GÉ pour la préparation des législatives. Certains points de votre programme, comme le droit de vote des immigrés, ont disparu.

Antoine Waechter : C'est le seul point qui a, non pas disparu, mais a été atténué. J'avais suggéré que l'on modifie le texte pour que l'on s'engage à organiser un référendum sur le sujet. La proposition n'a pas plu aux Verts Pluriels. C'est Dominique Voynet qui a rédigé le texte arrêté.

Le Figaro : Certains, comme Harlem Désir, vous reprochent de faire désormais le Jeu de la droite ?

Antoine Waechter : J'ai rencontré Harlem Désir, et je lui ai clairement dit que nous ne nous inscrivions pas dans une énième perspective de recomposition de la gauche. À la limite, peu nous importe : ce n'est pas nous qui avons imposé le scrutin majoritaire. Je considère malgré tout que personne n'a intérêt à ce que l'Assemblée soit constituée de 450-500 députés UPF. II faut éviter d'avoir une chambre monocolore.

Le Figaro : Vous serez donc, entre les deux tours, plus conciliant avec le PS que GÉ ?

Antoine Waechter : Le protocole d'accord que nous avons signé prévoit des rencontres entre nous au lendemain du premier tour « pour examiner la situation politique ». Les choses ne sont donc pas aussi figées que l'on pourrait le croire.

Je pense qu'à ce moment les Verts et GÉ auront des logiques différentes. Il y aura des modulations, mais je ne sais pas encore comment on les gérera. La différence avec GÉ, c'est qu'eux veulent en découdre avec le PS Je ne vois pas pourquoi les Verts privilégieraient l'effet de nuisance sur tout autre effet.

Il n'y aura pas de caractère de généralité. Il n'est pas question que l'on s'inscrive dans un accord national, et ces « modulations » ne devront pas être interprétées comme autre chose que le désir d'éviter en dehors de tout « magouillage » politique – une future Assemblée monocolore.

Le Figaro : Pensez-vous que ce projet d'entente Verts-GÉ pour les législatives sera adopté sans encombre par l'AG des Verts ?

Antoine Waechter : Son adoption sera plus difficile que prévu.


France 2  : 14 novembre 1992

B. Masure : Vous avez ramé pour faire passer cet accord avec Génération Écologie.

A. Waechter : C'est vrai qu'il y a eu beaucoup de résistance. En particulier, de la part de ceux qui ont mal vécu les régionales, un refus de s'engager. Mais 70 % ont choisi de construire cette force pour les législatives. Ce n'est pas seulement une démarche électorale, mais aussi politique. Nous avons aussi défini ensemble ce que nous voulons faire à l'Assemblée nationale.

B. Masure : Toutes les plaies entre vos deux mouvements vont-elles se cicatriser le temps d'une campagne électorale ?

A. Waechter : Nous avons pris le temps de la discussion depuis mai. Ce temps a permis, entre les équipes dirigeantes, de mieux se connaître. Sur le terrain, il y a encore des difficultés. Je suis convaincu qu'elles vont s'aplanir. Nous espérons un groupe parlementaire aussi. Si les Français, qui voulaient ce type d'accord, disent qu'il faut des écologistes à l'Assemblée, il y en aura, et beaucoup

B. Masure : Vous défendrez tous les deux le même programme de gouvernement ?

A. Waechter : Nous avons défini un dénominateur commun pour la prochaine législature. Ce sont des mesures susceptibles d'avoir soit un poids symbolique, soit d'engager une dynamique. Pour le reste, car tout n'est pas dans cet accord, on défendra son propre projet, sa propre identité.

B. Masure : Si vous étiez parlementaire, voteriez-vous la mise en accusation des ministres socialistes ?

A. Waechter : La mise en accusation ne signifie pas qu'on les désigne comme coupables. C'est demander que des juges décident s'il y a eu faute.