Texte intégral
DOMINIQUE STRAUSS-KAHN
« La préparation, depuis des années, du traité de Maastricht, les mesures prises en vue de la convergence des économies et des monnaies - je pense notamment à l'harmonisation de la fiscalité - ont déjà été un bien pour l'industrie française.
« La mise en oeuvre du Traité aura bien d'autres conséquences favorables. J'en privilégie deux. La première découle de l'Union monétaire. Il est toujours préférable pour des entreprises de travailler avec une monnaie unique. Cela élimine les risques de changes, les incertitudes.
La deuxième raison, moins connue, c'est que pour la première fois, Maastricht introduit dans la construction européenne un chapitre sur l'industrie. Dans le traité de Rome, il n'y avait pas de texte particulier sur l'industrie. L'Europe s'est construite sur l'agriculture, notamment, et sur d'autres sujets, mais non sur l'industrie.
« Dans ce chapitre, on commence à organiser les coopérations industrielles. Nous ne résisterons pas à la pression du Japon et des Etats-Unis si les entreprises européennes ne sont pas capables d'organiser cette coopération. Maastricht est, en ce domaine, un instrument de qualité exceptionnelle. Les ministres des Douze s'opposent sur certains sujets. Mais ils sont tous d'accord sur un point : l'avenir de l'industrie européenne passe par la coopération.
« A l'inverse, on voit bien dans les sondages qui sont faits aujourd'hui au Danemark que le non est à l'origine d'une dégringolade considérable de toutes les prévisions des chefs d'entreprise. Soixante-quatre pour cent des chefs d'entreprise danois s'attendent, à cause du non, à une diminution de la croissance de l'économie dans leur pays.
Un non français à Maastricht serait un formidable coup de poignard dans le dos de l'industrie européenne.
JEAN-LOUIS GIRAL
« Si je m'oppose au traité de Maastricht, je n'en suis pas moins européen. Il n'est pas dans mon intention de contester que le marché commun, institué par le traité de Rome, ait été bénéfique à l'ensemble de l'industrie et, notamment, à l'industrie française. Un marché de 350 millions de consommateurs potentiels est évidemment plus porteur, les frais d'études, de recherche, de production, sont mieux amortis. Ariane, Airbus - et je pourrais citer bien d'autres exemples - sont des succès à mettre au crédit de l'Europe.
« On ne peut parer Maastricht ni de tous les vices ni de toutes les vertus. Personnellement, je ne crois pas que celui-là modifiera la dynamique industrielle européenne. Globalement, on peut considérer que l'industrie continuera de se développer et que de nouveaux emplois seront créés. Mais le problème est de savoir si ce développement industriel sera français est si les emplois créés le seront encore sur notre territoire. Ne risque-t-on pas un phénomène de délocalisation, dans la mesure où nous n'avons pas la main d'oeuvre la plus qualifiée et la moins chère et que l'harmonisation n'est pas terminée ?
« Mais surtout, en soumettant la politique économique à la politique monétaire, on s'interdit toute possibilité de soutien à notre économie. De quels remèdes disposerons-nous si une crise grave survient en France ? De plus, à partir du moment où, du fait de la monnaie unique, le Traité prévoit que la politique économique est décidée à la majorité qualifiée (54 voix sur 76, la France disposant de 10 voix), on peut craindre que certaines orientations n'aillent pas dans le sens que nous aurions souhaité et soient prises contre notre volonté. Lorsque des fabrications d'Airbus quittent le sud-ouest de la France pour l'Allemagne, l'Europe n'est pas perdante, mais la France si ! »