Interview de M. Daniel Vaillant, ministre des relations avec le Parlement, à RTL le 21 novembre 1997, sur le congrès du PS à Brest, les relations du Gouvernement et du PS et la gauche plurielle.

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Circonstance : Congrès du PS à Brest du 21 au 23 novembre 1997

Média : Emission L'Invité de RTL - RTL

Texte intégral

Q. Alors un congrès je dirais sans surprise. Il est loin le temps des divisions : une opposition réduite à sa plus simple expression. Le parti de F. Mitterrand a vécu ?

R. C'est un congrès du Parti socialiste qui se présente bien. Les militants ont débattu. Ils ont voté.

Q. Plutôt bien pour la majorité du parti ?

R. Oui. Le texte présenté par F. Hollande, que nous soutenions, a recueilli l'aval de beaucoup de militants, avec une forte participation. Je crois que maintenant F. Hollande sera un premier secrétaire qui aura la légitimité de l'ensemble du parti, parce que je pense que tous les socialistes doivent maintenant se rassembler pour servir la France, être, comme L. Jospin le dit souvent, avec un seul objectif : l'intérêt général du pays, fidèles à nos valeurs, fidèles à nos idées, à notre stratégie de rassemblement, notamment avec les partenaires de la majorité plurielle qui sont au Gouvernement.

Q. Nous allons y revenir, mais je viens de vous entendre dire : un parti pour servir le Gouvernement. Mais ce parti créé en 71 par F. Mitterrand était fait pour faire élire un Président de la République. Le parti d'Epinay doit rester une écurie pour compétitions électorales ?

R. Oh, sûrement pas. Je n'ai d'ailleurs pas dit : un parti pour servir le Gouvernement. J'ai dit : un parti pour servir le pays, et c'est vrai qu'il doit, pour cela, comme il le fait, soutenir le Gouvernement, l'accompagner et quelque part éclairer aussi son chemin pour l'avenir. Le Parti socialiste doit rester un parti de militants, un parti de responsables où les élus, les gouvernants, les parlementaires travaillent ensemble, et il ne doit pas être un parti, comme vous dites, présidentialiste. Nous venons de gagner les élections législatives, un peu à la surprise générale. Il nous faut maintenant réussir et réussir, c'est travailler, rester cohérents et être le pôle moteur de cette majorité plurielle qui a, je crois, aujourd'hui la confiance du pays. Ceci ça doit se faire dans la durée, pour que toutes les réformes, les engagements que nous avons pris soient réalisés d'ici la fin de la législature.

Q. Alors, le congrès de Brest, D. Vaillant, sera le congrès où soufflera la rénovation jospinienne, avec donc un scénario couru d'avance : F. Hollande, premier secrétaire. Que répondez-vous par exemple à J.-L. Mélenchon qui souhaitait un congrès d'orientation et de débats ?

R. Je dis à J.-L. Mélenchon : les militants, depuis deux ans, sous la houlette de L. Jospin ont travaillé, réfléchi, débattu et voté. Le congrès de Brest n'avait pas la vocation de revenir sur ce qui a été déjà décidé, et ce qui est mis en œuvre par le Gouvernement, avec, encore une fois, la confiance des Français. Le congrès de Brest doit être un congrès qui scelle le rassemblement, et qui s'engage sur la voie de la rénovation telle que L. Jospin l'avait fait lui-même depuis 1995. C'est devant le pays que nous avons ce devoir de rénovation de la vie politique française. Donnons l'exemple au Parti socialiste. C'est ce que veut faire. F. Hollande, c'est ce que nous avons voulu autour de L. Jospin. Il faut continuer dans ce sens, et je souhaite que J.-L. Mélenchon et ses amis soient, je dirais, dans cette logique de rassemblement et de rénovation.

Q. D. Vaillant, est-ce que, après ce congrès de Brest, la gauche est à la veille d'un congrès de Tours à l'envers. A Tours, en 1920, c'était la séparation. Est-ce que l'heure des grandes retrouvailles est arrivée ? Est-ce que c'est possible, est-ce que c'est souhaitable ?

R. Personnellement, je pense qu'il est toujours souhaitable de trouver petit à petit les voies effectivement du dialogue et de la cohérence. Mais je pense qu'un congrès de Tours à l'envers n'est pas à l'ordre du jour. Ce serait ne pas respecter nos partenaires. Il y a une gauche diverse, avec des histoires différentes, des cultures différentes. Nous sommes rassemblés, nous sommes cohérents. Je crois que les Français apprécient. Il vaut mieux avoir une majorité plurielle rassemblée, qu'une majorité qui semble unie, comme était la droite, en 1993, et qui a explosé en plein vol. Eh bien, je crois que l'heure n'est pas à une fusion organique des partis de gouvernement, Parti communiste, Parti socialiste. Respectons-nous entre partenaires, et le Parti socialiste entend respecter ses partenaires, mais dans un état d'esprit de courtoisie, de cordialité et de solidarité. C'est, je crois, le sens de la participation de R. Hue au congrès du Parti socialiste.

Q. Certes, D. Vaillant, mais ces différentes composantes de la majorité plurielle que vous venez d'évoquer, ne pourraient pas se réunir un jour dans une seule fédération ?

R. Vous savez, si dans dix ans, dans cinq ans, dans quinze ans, cette question se pose, vous aurez, chez les socialistes, toujours des partisans du rassemblement. Mais moi je ne voudrais pas que du congrès du Parti socialiste, soit émise l'idée que l'on veut, je dirais, fusionner avec des partenaires qui ne le souhaitent pas. Il faut respecter les autres et donc, ça n'est pas le message que je veux lancer ce soir sur vos antennes. Je pense qu'il faut respecter cette diversité, en même temps rassembler dans l'action. Vous savez, si on réussit, M. Defrain, d'ici la fin de la législature, et que les Français disent : « ben voilà, on est content du bilan, on veut aller plus loin », alors d'autres perspectives pourront toujours s'ouvrir. Ce n'est pas à l'ordre du jour du congrès de Brest.

Q. Le Parti socialiste ne risque-t-il pas de se voir attribuer ce qu'on donnait à une autre formation aujourd'hui dans l'apposition le qualificatif de parti godillot ?

R. Oh, je crois que vous n'avez rien à craindre. Les socialistes sont des gens qui n'ont pas envie d'être godillots. Peut-être l'ont-ils été trop dans le passé. Eh bien, soyons équilibrés : un parti de gouvernement, un parti de responsabilité, mais un parti de débats. Le Gouvernement gouverne, la majorité soutient le Gouvernement et, en même temps, le Parti socialiste doit éclairer sur des débats d'avenir. Il y a des problèmes de la société française qui émergent. D'autres émergeront sur des tas de sujets. Eh bien, au parti de réfléchir collectivement, l'ensemble des militants. Il n'y a pas que le sommet, il n'y a pas que l'élite au Parti socialiste. Il y a aussi toute cette masse de jeunes qui viennent au Parti socialiste pour participer à une aventure collective, pour affronter le XXIe siècle. Je crois que la gauche française en a besoin, et en même temps, si nous pouvions avoir une contagion positive au niveau de nos partenaires socialistes, socio-démocrates européens, je crois que nous aurions fait œuvre utile, et j'ai le sentiment qu'à travers par exemple le sommet de Luxembourg, eh bien, là encore, le Gouvernement de la France, avec la gauche, a donné l'exemple et que l'emploi est maintenant quelque chose qui apparaît comme une priorité. Vous aviez dit vous-même dans votre journal que ce sommet de Luxembourg est une réussite. Eh bien, voyez, on est utile à la France, et peut-être est-on utile à l'Europe. C'est d'ailleurs le slogan du congrès de Brest.