Texte intégral
J.-P. Elkabbach : P. Bérégovoy a-t-il raison ou tort de ne pas retarder l'application du permis à points ?
E. Balladur : Je suis partisan de faire tout ce que l'on peut pour diminuer les accidents de la route qui sont en France parmi les plus élevés d'Europe. Dans ces conditions, le permis à points est sans doute une bonne mesure. Encore faut-il savoir combien de points, dans quels cas on les retire. Si on retire les permis de conduire, que fait-on de ceux dont le gagne-pain consiste à conduire ? Nous sommes dans un état de la société où les réformes imposées d'en haut ça ne passe plus. Et le plus tôt le gouvernement s'en rendra compte, le mieux ce sera. Je souhaite que le gouvernement diffère de quelques semaines ou de quelques mois l'application de ce nouveau système, prenne le temps de discuter, le temps de convaincre et que, dans le même temps, les chauffeurs routiers admettent de leur côté qu'ils ne peuvent pas faire subir à l'ensemble de la population des inconvénients aussi graves que ceux que l'on constate. Que chacun fasse un pas vers l'autre.
J.-P. Elkabbach : C'est une loi qui a été votée et le débat a été engagé.
E. Balladur : Le débat a été mal engagé puisque tout le monde est en désaccord. Évidemment, le gouvernement est gêné parce qu'il a passé son temps depuis trois mois à remettre en cause toutes les décisions qui étaient prises en vue d'une immobilité totale dont il espère qu'elle lui évitera un échec électoral trop grand l'année prochaine.
J.-P. Elkabbach : Vous encouragez le gouvernement à reculer ?
E. Balladur : À force de reculer et d'être immobile, on n'est plus en mesure de dire « cette affaire de permis à points, on la suspend et on rediscute ». C'est le résultat de l'immobilisme du gouvernement.
J.-P. Elkabbach : L'économie est tenue prisonnière, est-ce qu'il y a une solution ?
E. Balladur : C'est de retarder et de discuter. Je ne mets pas en cause le principe du permis à points ni la nécessité absolue pour notre pays de diminuer ses accidents de la route.
J.-P. Elkabbach : Est-il nécessaire, pour le gouvernement, de recourir à la force publique ?
E. Balladur : C'est du cas par cas mais si le gouvernement tient compte de l'avis que nous sommes quelques-uns à lui donner, il suspendra cette affaire et n'aura donc pas besoin d'utiliser la force.
J.-P. Elkabbach : Êtes-vous d'accord avec R. Barre qui dit que la France est dans le poujadisme généralisé ?
E. Balladur : Non, la France a certains aspects de sa situation qui sont bons et d'autres qui sont mauvais. Nous sommes en train de doubler nos déficits budgétaires, les régimes sociaux sont déséquilibrés, les chômeurs risquent de ne plus être payés par l'UNEDIC ni les retraités de recevoir leur pension. En fait, nous sommes le pays de l'OCDE qui a le plus fort taux de chômage. Si les gens ne sont pas contents, je ne me permettrais pas de les qualifier de poujadistes. Les Français ne placent plus d'espoir dans les socialistes. Ils ont envie de changer.
J.-P. Elkabbach : Pour le référendum de ratification du Traité d'Union européenne, c'est oui ?
E. Balladur : C'était oui depuis plusieurs mois puisque devant le conseil national du RPR au début du mois d'avril, j'ai déclaré publiquement que je ratifierai le Traité de Maastricht. Ce Traité offre à la France toutes les garanties possibles pour défendre ses intérêts et son indépendance.
J.-P. Elkabbach : Vous allez faire campagne pour le oui ?
E. Balladur : C'est dans mes intentions. Je commence aujourd'hui avec vous.
J.-P. Elkabbach : Vous vous prononcez pour le oui et vous acceptez la liberté de vote pour vos propres militants ?
E. Balladur : Dans une démocratie, vous avez vu beaucoup de responsables de partis donner des ordres aux électeurs ? C'est un référendum. C'est chaque citoyen qui décide. J'agis en tant que citoyen devant vous aujourd'hui. Je confirme que je voterai oui, je confirme que je souhaite que beaucoup soient décidés à voter oui mais je n'ai pas de directive à donner à qui que ce soit. Chacun se déterminera en conscience.
J.-P. Elkabbach : Êtes-vous partisan d'une campagne pour le oui en commun avec l'UDF ?
E. Balladur : C'est à voir. Cette affaire européenne a été suffisamment mêlée de politique intérieure pour que l'on n'en rajoute pas. J'ai l'intention de donner mon propre sentiment et mes raisons qui ne sont pas nécessairement celles de tout le monde.
J.-P. Elkabbach : L'UDF peut-il devenir le premier parti de l'opposition ?
E. Balladur : Je constate que tous les sondages et toutes les élections confirment que c'est le RPR qui est le premier parti de France.