Texte intégral
Je reconnais avoir, parfois, désespéré.
Au Biafra, en Afghanistan, en Mer de Chine, au Liban, au Liberia, au Kurdistan, en Croatie et en Bosnie, en Somalie, les « french doctors » sont restés longtemps bien seuls.
Nous étions des médecins. Nous connaissons la souffrance, nous nous devons de la soulager.
Nous ne pouvons accepter d'autres limites que celles de la médecine, de notre savoir.
Comment s'arrêter devant une frontière lorsque de l'autre côté des enfants meurent ? Comment se taire lorsqu'un peuple disparaît ?
Silence, ici l'on tue.
Le silence est l'arme absolue du bourreau.
Avec mes amis de « médecins sans frontières », de « médecins du monde » et tant d'autres de ces volontaires de l'action humanitaire, avec mes complices de l'UNICEF, du HCR et de la Croix Rouge internationale, nous avons brisé le silence et dévoilé les images, pour convaincre les hommes de bonne volonté d'agir.
Qu'il est toujours possible d'agir.
Pour cela, c'est vrai, il faut parfois franchir des frontières, toujours dire des vérités qui font mal, montrer souvent l'insoutenable.
Depuis près de cinq ans, la diplomatie française – c'est son honneur – a érigé l'action humanitaire au rang de priorité.
Avec patience et ténacité, la petite équipe de l'action humanitaire a développé un réseau et déployé une activité qui a permis à la France d'être présente sur presque tous les terrains du monde.
Dans près de 100 pays, elle a mené plus de 300 opérations. Avec l'aide de nombreuses autres administrations, en particulier les Forces armées, et en relation avec le monde associatif.
Et toujours, ou presque, en étroite coopération avec les Nations Unies.
Car c'est là, en ce moment même, que se joue l'avenir de cette ingérence humanitaire qui vient de s'imposer au Kurdistan, en Somalie et en Macédoine.
Depuis 1988 et les résolutions 43/131 et 45/100 de l'Assemblée générale qui ont consacré les principes de libre accès aux victimes et de corridors humanitaires, la conscience universelle a progressé.
Retrouvant l'inspiration des auteurs de la Charte de l'ONU – qui commence par ces mots « Nous, peuples des Nations Unies… » – la communauté internationale a déclenché un véritable engrenage humanitaire.
Maintenant, l'action humanitaire justifie des interventions militaires, comme au Kurdistan en 1991 ou en Somalie, depuis quelques jours.
Aujourd'hui, la protection des minorités permet d'obtenir la fermeture de camps de détention, les camps serbes de Bosnie, ou le déploiement de Casques bleus à titre préventif, comme Macédoine.
Demain, nous irons plus loin.
Les Nations Unies proposeront et mettront œuvre un véritable droit d'ingérence démocratique.
En imposant, grâce à une force permanente de paix, une véritable diplomatie préventive, au service d'un « droit d'urgence international ».
Pour empêcher les dictateurs de réduire au silence et de massacrer leur propre peuple. Pour que les soldats servent non pas à faire la guerre, mais à l'empêcher.
Pour qu'une diplomatie internationale prévienne les conflits avant qu'ils n'éclatent.
Peu importe le fracas des aigris et le silence des jaloux.
Je crois à l'Organisation des Nations Unies. Je crois à la morale.
Je crois à la conscience universelle.