Interview à RTL le 18 janvier 1993 et déclaration le 19 de M. Michel Sapin, ministre de l'économie et des finances, sur l'initiative européenne de croissance, la privatisation partielle de Rhône Poulenc et la coopération franco-allemande pour défendre le franc contre la spéculation.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Circonstance : Point de presse de M. Sapin le 19 janvier 1993

Média : RTL

Texte intégral

RTL : 18 janvier 1993

P. Caloni : J. Chirac s'agissant de la retraite à 60 ans, a dit : « on n'y touche pas. »

M. Sapin : Je suis très sensible au fait que J. Chirac ne veuille pas toucher à la retraite à 60 ans. Je dirais qu'il est bien d'accord avec nous sur ce point. La différence c'est que la retraite à 60 ans, nous l'avons voulue, nous l'avons faite voter et, à l'époque, il a fait l'inverse. Le seul problème c'est que quand on est un responsable politique – J. Chirac passe pour tel – il ne suffit pas de dire, maintenir la retraite à 60 ans comme nous. Il faut dire comment faire face au fait qu'il y aura de plus en plus de personnes à la retraite, indépendamment du fait qu'il y a de moins en moins de personnes au travail. C'est cela la responsabilité d'un politique. Je trouve que dans une élection comme celle-ci, où les Français sont placés devant des grands choix, au lieu d'asséner des vérités ou des contre-vérités – comme l'a fait J. Chirac hier – il vaut mieux essayer d'argumenter, de faire réfléchir, de dire quels sont les enjeux et les choix. Dans ce domaine le choix est simple : va-t-on faire face aux difficultés pour maintenir la retraite à 60 ans, en maintenant un système de solidarité entre les gens ? Va-t-on y substituer ce que J. Chirac a appelé avec une forme d'élégance, « des régimes complémentaires » ? Le régime complémentaire dans l'esprit de J. Chirac – c'est écrit dans le programme du RPR – est un mécanisme de capitalisation individuel. À savoir que chacun mettra de côté pour lui-même ; et tant pis pour les pauvres, tant pis pour ceux qui n'auront pas mis de côté.

P. Caloni : Plus la capitalisation que la répartition ?

M. Sapin : C'est le maintien de la répartition au niveau d'aujourd'hui, 16 % de cotisation par personne. Mais on sait que ceci ne permet pas du tout de faire face aux enjeux demain. Il y avait beaucoup d'enfants – j'en fais partie – après-Guerre, qui seront retraités après l'An 2000 ; mes enfants devront faire face aux besoins qui seront ceux de ma génération. Il faut répondre à cela et pas simplement dire « 60 ans on n'y touche pas ! »

P. Caloni : Il y a eu de la part du gouvernement une valse-hésitation, à tel point qu'on a le sentiment que le gouvernement a dû céder devant les injonctions du PS...

M. Sapin : Ce n'est pas une valse-hésitation, il s'agit de faire des propositions. Je ne souhaite pas, je ne peux pas accepter que l'on ait des débats politiques, électoraux comme si on était 20 ans en arrière. Les Français réfléchissent, ils choisissent, regardent, analysent, ils sont intelligents. Je n'aime pas qu'on les prenne comme J. Chirac hier, pour des imbéciles, à qui on va faire croire n'importe quoi parce qu'on dit des choses à un micro. Le gouvernement a dit : « faisons face aux problèmes immédiats, rééquilibrons les comptes de la sécurité sociale pour 93, il le fait. Demandons aux partenaires sociaux de faire face à l'évolution des choses jusqu'à l'An 2000. » Le gouvernement a dit aussi : « dès maintenant, je suis prêt à mettre de l'argent de côté pour faire face au grand enjeu au-delà de 2020. »

P. Caloni : J. Chirac a évoqué hier soir « la dette socialiste. » C'est celle de la France, du pays ?

M. Sapin : Terme facile. Dans la dette de l'État aujourd'hui, il y a aussi ce que MM. V. Giscard d'Estaing ou Chirac ont endetté de la France avant 81, et qu'il faut rembourser maintenant.

P. Caloni : On ne va pas s'envoyer ça jusqu'à...

M. Sapin : Les emprunts que J. Chirac a fait entre 86 et 88, c'est la dette de la France. Là aussi, qu'est-ce que ça veut dire que cette façon de faire peur aux Français en disant : « vous êtes endettés, c'est épouvantable, on ne va pas pouvoir faire face. » Il y a un organisme international, objectif, reconnu comme tel par tout le monde, l'OCDE. Il classe tous les pays du monde en trois catégories : fortement endettés, moyennement endettés, faiblement endettés. L'OCDE classe la France dans la troisième catégorie. C'est vrai que la France aujourd'hui est faiblement endettée. C'est vrai aussi, et je le revendique en tant que responsable de l'économie et des finances de la France, nous avons décidé de laisser croître le déficit budgétaire pour faire face au ralentissement de l'économie. Si nous n'avions pas fait cela, au lieu des 2 % de croissance de 92, nous aurions eu la moyenne européenne, à savoir deux fois moins.

P. Caloni : Certains Français ne comprennent pas l'équation : franc fort, chômage fort. Est-ce compatible ?

M. Sapin : C'est un sophisme. Ce n'est pas parce qu'il y a un franc fort ou une inflation faible, qu'il y a un emploi obligatoirement fort ou un chômage faible. Lorsque la monnaie est faible et lorsque l'inflation est forte, le chômage est encore plus fort et la récession encore plus forte. L'Angleterre, avec un gouvernement proche de celui de V. Giscard d'Estaing ou de J. Chirac – à savoir pas socialiste et même contre les socialistes de là-bas – perd de la richesse tous les mois. Et le nombre des chômeurs a augmenté dans des proportions considérables depuis plusieurs mois, deux fois plus rapidement qu'en France. Ils ont aujourd'hui une monnaie faible et une inflation qui a été longtemps forte, qu'ils sont en train de réduire. Il faut la stabilité monétaire, l'inflation faible. Mais, il faut aussi des politiques actives de l'emploi et, en particulier, la réduction du temps de travail.

P. Caloni : Bref, pour la France tout va bien ?

M. Sapin : Non, chacun le sait. Le premier devoir des hommes politiques, quand ils se présentent devant des électeurs, c'est de ne pas leur raconter des sornettes et de leur dire les choses en face. Il faut dire la vérité sur la situation d'aujourd'hui, qui est difficile d'un point de vue économique, même si elle peut être considérée comme moins mauvaise que celle des autres pays. L'ensemble du monde est en situation difficile : chômage, équilibre des régimes sociaux. Quand les choses sont difficiles, on ne doit pas raconter des facilités, on ne doit pas croire que l'on fait face aux difficultés par la facilité. Le langage de la vérité c'est celui qu'attendent les Français.


Mardi 19 janvier 1993
Point de Presse de Michel Sapin

M. Sapin : Bonjour à tous. Excusez-moi pour ce quart d'heure de retard.

En introduction à notre discussion de ce sur trois matin, j'aimerais faire des commentaires points. Le premier concerne la réunion de Bruxelles, hier, où ont été définis les éléments de l'initiative européenne de croissance. J'aimerais aussi vous dire un mot sur une opération dont vous savez qu'elle a démarré hier, qui est la cession d'une partie des actifs de Rhône Poulenc. Et enfin, un mot sur le franc.

Sur la réunion d'hier, vous savez que Edimbourg a vu, parmi beaucoup d'éléments, la concrétisation de l'initiative qui fortement portée par la France au printemps dernier, qui est celle de l'initiative européenne de croissance.

La pertinence de cette initiative était d'autant plus mise en valeur par la révision faite par la Commission des perspectives de croissance pour 1993 dans l'ensemble des pays de la communauté. Elle confirme que ces perspectives de croissance sont faibles, difficiles dans les principaux pays européens, et en particulier en Allemagne.

En effet, il se confirme que l'Allemagne a vu fin 1992 et verra au cours de 1993, pour sa partie ouest (la plus significative) une décroissance, et pour l'ensemble de son territoire, une croissance zéro.

Comme je le dis depuis plusieurs semaines, tout cela ne peut rester sans conséquences pour l'économie européenne et pour l'économie française. Cela confirme le pronostic que je fais depuis quelques semaines, suivant lequel nous ne pourrons pas atteindre au cours de l'année 1993, la croissance de 2,6 % qui, dans le courant de l'été dernier, avait été considérée par beaucoup (en particulier l'OCDE et le FMI) comme des perspectives de croissance crédibles pour la France.

Donc, une perspective 1993 morose en termes de croissance européenne. D'où une nécessité encore plus forte, de mettre en place et de réussir des initiatives concertées de croissance dans chacun de nos pays et au niveau européen.

Cette initiative européenne de croissance comporte deux volets.

Le premier volet est un fonds européen d'investissement, sur le modèle de ce que nous avons déjà décidé s'agissant des PME et des PMI, avec SOFARIS – ? – On met un peu d'argent dans un fonds qui garantit beaucoup plus d'investissements par des mécanismes de levier bien connus.

Ce fonds européen d'investissement pour être mis en place, nécessite une modification du statut de la banque européenne d'investissement, pour l'autoriser à rentrer au capital de ce fonds. Il nécessite, ce qui se fera le plus rapidement possible, dans les semaines qui viennent, une réunion intergouvernementale et une ratification ensuite de cet accord intergouvernemental.

Je souhaite que cette réunion ait lieu dans les trois semaines qui viennent et que l'accord intergouvernemental, qui sera certainement très facile à obtenir, puisse être rapidement ratifié par le Parlement français au cours de sa session de printemps. Ainsi, les choses pourront-elles démarrer.

Le deuxième volet va être opérationnel beaucoup plus rapidement, dans les jours qui viennent. C'est une aide à l'investissement : 5 milliards d'écus mis en place par la banque européenne d'investissement dans des procédures qui sont déjà habituelles. Cette aide va permettre, de manière exceptionnelle, de soutenir des projets d'investissement en Europe, et en particulier en France.

Le Président de la banque européenne d'investissement nous a annoncé hier, en réunion des ministres des Finances, que dès la semaine prochaine, au conseil d'administration de la banque européenne d'investissement, les derniers éléments de mise en place de ces 5 milliards seraient décidés et que les premiers projets à financer commenceraient à être examinés.

J'ai dès hier fait part à mes collègues et au Président de ce que la France mettrait en avant, pousserait en avant parmi les projets à caractère européen, le financement, ou la participation au financement, du TGV Est qui n'est pas seulement un TGV Est de la France mais aussi un TGV Est européen. Comme vous le savez, les perspectives de développement de cette ligne vont bien au-delà de Strasbourg. Strasbourg n'est pas un terminus, ce sera une grande gare sur TGV ira beaucoup plus loin à l'est.

Donc, sur cette opération les engagements d'Edimbourg sont tenus. Hier, nous avons fait le point et dès la semaine prochaine, les premières décisions européennes de croissance pourront être prises s'agissant du fonds. Il y a des obstacles juridiques qui seront surmontés le plus rapidement possible.

Le deuxième commentaire que je voulais vous faire, porte sur Rhône Poulenc. Est-il besoin de commenter beaucoup ? J'avais commenté devant vous, dès la fin de l'année dernière, la décision de principe que j'avais prise. J'avais également commenté au mois de décembre, la décision que j'avais également prise de ne pas mettre sur le marché les actifs en question compte tenu de la situation qui prévalait à la toute fin de l'année dernière, au mois de décembre, sur les marchés boursiers.

Cette situation est aujourd'hui différente, en particulier s'agissant de la cotation des actifs actuellement cotés de Rhône-Poulenc. Cela rend possible, dans des conditions respectueuses (j'avais insisté sur ce point en décembre) de la valeur du capital public, cette opération.

Elle est donc lancée depuis ce matin. J'ai signé, hier, l'ensemble des accords nécessaires. Vous en connaîtrez bien entendu les résultats dès qu'il nous sera parvenu, ce qui doit intervenir en début de semaine prochaine, pour l'ensemble des tranches, qu'il s'agisse de la tranche nationale ou des deux tranches internationales (l'internationale et l'américaine). Vous savez que nous sommes obligés de couper en deux compte tenu des spécificités de la réglementation américaine dans ce domaine. Les choses très correctement.

C'est une bonne opération pour l'entreprise qui va simplifier considérablement la structure de son capital. Cela permet à l'État de rester majoritaire dans la structure du capital, mais qui va donner une nouvelle impulsion à une entreprise qui marche bien, qui est dynamique, et qui avait tout à gagner à voir la part du privé augmenter dans son capital.

Troisième point, sur le franc, je ne veux pas aujourd'hui vous faire de commentaires, sauf si vous me posiez des questions sur ce point et sur la situation des marchés. Chacun la connaît, chacun voit bien que depuis 15 jours, la contre-offensive franco- allemande a porté ses fruits. En conséquence, les choses sont en train de revenir à la normale. 

Mais j'avais exprimé devant un certain nombre d'entre vous, en particulier au cours de mes vœux, le sentiment profond que j'avais que cette politique de stabilité monétaire et de stabilité des prix, la lutte contre l'inflation et la stabilité du franc, n'était pas une politique technocratique. Ce n'est pas une politique mythologique. C'est une politique qui est portée en profondeur par le peuple français. C'est mon sentiment. Et de conversations que je pouvais avoir avec les uns et les autres, pas vraiment grands spécialistes de l'équilibre économique, je sentais bien que les Français, en particulier les plus modestes, avaient un vrai attachement à la stabilité monétaire et une lutte contre la hausse des prix.

Un sondage qui a été fait au cours des derniers jours, me confirme dans cette opinion, sondage qui Vous sera bien entendu diffusé dans son intégralité. Que fait apparaître ce sondage ?

Il fait d'abord apparaître que les Français sont très majoritairement, dans une proportion de 60 % contre 24 %, favorables au système monétaire européen et à l'appartenance du franc au système monétaire européen. Tous les débats sur « faut-il en sortir ou pas ? » ne portent pas dans l'opinion. Elle est favorable au système monétaire européen. Elle y est favorablement car elle sent que c'est un élément de stabilité, que c'est aussi un élément de construction de l'Europe et de construction, d'avancée vers l'union économie et monétaire.

Vous verrez aussi dans ce sondage, que ces proportions, sont très importantes dans toutes les catégories socio-professionnelles, et aussi dans toutes les appartenances politiques ou presque toutes. C'est en particulier le cas à gauche, que ce soit le Parti Communiste, le Parti Socialiste, Les Écologistes, ou à l'UDF, que cette appartenance au système monétaire européen est la plus largement soutenue.

Le deuxième enseignement du la stabilité des prix. Les Français considèrent, dans leur majorité, que 2 %, c'est correct. Il y en a même un certain nombre qui considèrent que 2 % c'est encore trop. Quand on regarde le détail des choses, on voit, avec un certain pittoresque, que les femmes considèrent, d'une manière générale, que c'est encore beaucoup trop. On voit bien que la proximité par rapport à la réalité des choses est plus perçue par celles-ci que par ceux-là.

Donc, la politique de stabilité des prix, la politique de lutte contre l'inflation est une politique qui est profondément soutenue dans le pays et les catégories socio-professionnelles, qui sont les plus exposées aux difficultés de la vie, sont aussi les plus attachées à la stabilité des prix. On bien que c'est leur propre revenu, leur propre pouvoir d'achat qu'ils défendent par l'inflation.

Le troisième élément : la question était de savoir ce que les Français pensaient de la dévaluation. Avec la volonté de ne pas colorer ce terme de dévaluation : apporte-t-il des choses négatives ou positives ? Que pensez-vous du principe même d'une dévaluation ? La réponse est d'une grande clarté puisque 72 % des Français sont en désaccord avec l'idée des suivant laquelle il faudrait dévaluer ; 11 % Français sont d'accord avec cette idée.

Les plus opposés à l'idée de dévaluation sont à la fois le Parti Socialiste, les Verts et l'UDF. Vous verrez que l'appartenance politique la plus favorable à la dévaluation, encore qu'elle soit majoritairement contre, est l'appartenance politique au RPR.

Il y a donc sur tous ces points, attachement au système présence du franc, la lutte contre politique de stabilité monétaire et non acceptation de toutes perspectives de dévaluation, un attachement profond du peuple français, qui est plein de bon sens, qui ne se laisse pas bercer par les illusions portées par quelques-uns qui n'ont pas grand-chose à craindre ni pour leur capital ni pour leurs revenus. Il ne se laisse pas bercer par toutes ces illusions. Il est bien sur terre, il voit tout l'intérêt qu'il a au maintien de cette politique.

Je le dis d'autant plus que vous verrez toutes les cela est porté majoritairement par toutes les appartenances politiques. C'est manifestement la politique de la France dans ses plus profonds soubassements qui est ainsi soutenue.

Voilà les éléments de commentaires que je voulais faire avant de répondre à vos questions.

Mme C. Laik (L'Express) : Monsieur le ministre, pourquoi avez-vous fait faire ce sondage ? Est-ce pour vérifier le bien-fondé de la politique d'un ministre ?

M. Sapin : Non, je n'ai aucun doute sur la pertinence de cette politique. Mais il est important aussi, à un moment donné, de regarder s'il y adéquation entre la pertinence que l'on sait être celle d'une politique et l'attachement d'une population, d'un ensemble.

Au fur et à mesure que ces batailles du franc, en septembre, et nouvelles attaques en décembre et début janvier, se déroulaient, j'ai ressenti profondément le sentiment que le Gouvernement (mais plus que lui encore puisque les positions des uns et des autres sur cette affaire ne recouvrent pas opposition/majorité – heureusement, se sont très largement la majorité et l'opposition qui soutiennent cette position), j'avais le sentiment que c'était plus profondément porté par l'ensemble du peuple qui ne fait pas un raisonnement économique mais qui essaye d'avoir une appréciation sur les conséquences dans sa vie quotidienne.

Connaître cette opinion est un élément indispensable lorsque l'on mène à la fois une action « technique » (mais le terme est insuffisant), lorsque l'on est ministre de l'économie et des finances on cherche ce qu'il y a de plus pertinent comme politique. On mène aussi une action politique au plein sens du terme, on aime bien savoir s'il y a adéquation entre les deux. En l'occurrence, il y en a une. Tant mieux. Cela renforcera la position majoritairement émise par l'ensemble de la classe politique, majoritairement émise par l'ensemble du peuple.

Jacques Launere (RMC) : Monsieur le ministre, deux questions : 

1) La Banque de France, actuellement, récupère-t-elle les sorties de devises, les dépenses de franc qu'elle a effectuées au cours des semaines passées ?

2) Compte tenu des révisions à la baisse du taux de croissance pour 1993, vous l'aviez dit, le budget était tablé sur 2,8... 

M. Sapin : 2,6, n'exagérez pas !

Jacques Launere : Finalement, on arrive à 1. Vous dites même...

M. Sapin : Non, je n'ai pas dit 1 ; 1%, ce sont les prévisions de la commission qui a eu l'habitude pendant plusieurs mois ou plusieurs années de pêcher par excès d'optimisme. J'ai l'impression qu'elle a envie de corriger les choses par une forme d'excès de pessimisme.

Jacques Launere : Prévoyez-vous des baisses de recettes ?

M. Sapin : J'ai déjà fait là-dessus un raisonnement qui se confirme, y compris dans les prévisions de la commission puisque quand celle-ci regarde la consommation des ménages, elle fait des prévisions qui sont plutôt à un niveau correct.

Or, comme vous le savez, les recettes fiscales sont la principalement portées par consommation interne et la consommation des ménages. À l'extérieur, cela ne fait pas de recettes ; les entreprises non plus, ou peu puisque cela ne fait pas de TVA. Donc, ce qui est plus porteur en termes de recettes fiscales, c'est la demande interne et la demande des ménages. C'est d'ailleurs l'élément qui a baisses au cours des années dernières. 

Donc, je pense que sur ce point-là les choses sont conformes à nos prévisions et il n'y aura pas, sur ces rentrées fiscales qui sont les importantes, d'évaluation à la baisse de ces rentrées.

S'agissant de la Banque de France, avez vous connaissance, par définition, je crois que c'est un excellent élément de clarté et de transparence du bilan hebdomadaire de la Banque de France, des outils utilisés pour lutter contre la spéculation et ceux-ci l'ont été, dans des proportions un peu moindres qu'en septembre dernier mais dans des proportions importantes. Je crois qu'il fallait le faire. Ce sont de vraies attaques contre le franc qui ont été portées. Il fallait donc résister et nous avons résisté. 

Les choses, comme je l'ai dit, sont maintenant revenues à la normale. C'est un retour à la normale sur tous les fronts : retour à la normale en termes de situation du franc dans la bande; évolution que je crois très positive sur un certain nombre de taux. Je pense que vous avez tous observé l'évolution des taux longs français qui sont à un niveau très bas et qui évoluent de manière très favorable puisque nous avons les taux les plus bas depuis au moins 6 ans. Et encore, il y a 6 ans c'était une petite fenêtre, si je puis dire. 

Donc, on a vraiment des taux qui sont historiquement bas en termes de taux longs, ce qui me paraît être un signe de confiance dans notre économie et dans notre monnaie.

Il y a aussi une baisse des tensions sur le taux à trois mois, ce qui est une évolution qui me paraît une bonne évolution. Il faut cependant faire attention et le retour à la normale doit se faire progressivement. 

Corinne Laik (L'Express) : Où en est-on concernant le franc ?

M. Sapin : Nous sommes aussi domaine du retour à la normale mais il n'est pas dans mon habitude de commenter au jour le jour la situation sur ce front. Mais vous en serez informé. 

Éric Bassi (AFP) : Une précision... (suite inaudible) L'affectation se fait-elle sur le budget 1992 ou 1993 ?

M. Sapin : L'affectation se fait au compte d'affectation spécial qui est déjà prévu en 1992 mais qui est en l'occurrence le compte d'affectation spécial décidé par la loi de finances 1993. Celle-ci prévoyait 16 milliards de francs de produits de cessions. Voici les premiers milliards de l'année.

Nous faisons en sorte que ceci se passe sur l'ensemble de l'année en respectant un étalement dans le temps. Rien ne serait plus mauvais que de vouloir aller trop vite ou trop brutalement.

Je le répète, sur ce point, ce à quoi y soit j'étais attaché, et j'aimerais que chacun y soit attaché à tout moment, c'est que l'on ne brade pas le patrimoine public et que l'on fasse attention à la gestion de ce patrimoine. Et l'on fait attention aux conditions dans lesquelles on met sur le marché. J'y étais très attaché, j'y ai fait attention, j'ai refusé qu'une opération puisse avoir lieu dans des conditions qui ne paraissaient pas acceptables. Aujourd'hui, ces conditions sont bonnes, tant mieux.

Gérard Horny (Investir) : Pensez-vous acceptable de laisser seulement trois jours aux actionnaires pour se décider ?

M. Sapin : Oui, par définition. Il y a eu toute une publicité qui a précédé en décembre. Ce sont par définition des opérations qui ne peuvent pas se faire sur un temps très long, vous le savez très bien, compte tenu des conséquences que cela a dans la gestion de ces entreprises, etc. On est exactement dans des conditions déjà connues sur d'autres cessions d'actifs.

Fred Kapner (Bloomberg). Pour retourner à la normale concernant le franc, en octobre vous nous disiez par exemple : on a récupéré 50 % des fonds que l'on a dépensés. Pourriez-vous nous donner au moins une idée...

M. Sapin : Je vous ai dit que l'on était dans un retour à la normale et que je vous ferais des commentaires en vous tenant informés au fur et à mesure.

Je vous ferais simplement remarquer que le retour à la normale en septembre s'est fait sur un mois. Donc, on n'est à même pas 15 jours de la contre-offensive et de l'arrêt de la spéculation. Donc, je ne faisais pas à cette époque-là les commentaires que vous venez de dire. Il faut laisser du temps pour que les choses se mettent en place. Mais cela va dans le bon sens.

Barbara Cassassus (Market News) : Quand allez-vous trancher sur l'affaire Gaumont/Pathé, sur la concentration ?

M. Sapin : Très vite.

Barbara Cassassus : C'est-à-dire ?

M. Sapin : C'est le genre d'affaires qu'il faut savoir trancher rapidement. J'ai maintenant tous les éléments pour éclairer ma décision, en particulier un avis qui a été rendu par le conseil de la concurrence.

Un intervenant : Dans quel sens ?

M. Sapin : Comme tous les avis du conseil de la concurrence, il sera publié au moment où ma décision sera prise, que ma décision soit conforme ou différente. Vous aurez les deux.

Fred Kapner : Sans donner d'avis à la Bundesbank...

M. Sapin : Je m'en garderais bien !

(Rires)

Fred Xapner : Pouvez-vous nous dire plus ou moins jusqu'où les taux allemands pourraient baisser dans l'année ? Monsieur Shlessinger (?) a dit...

M. Sapin : Monsieur Shlessinger, qui est tout de même mieux placé que moi pour commenter l'évolution des taux allemands, a dit qu'ils iraient plutôt dans le sens de la baisse.

Fred Kapner : Il a tout de même été assez précis.

M. Sapin : Oui, il a exprimé une idée correcte, non ? Une idée réconfortante des choses.

Non, je me garderais bien de commenter l'évolution des décisions de de la Bundesbank, surtout avant qu'elles ne soient prises. 

Corinne Laik : Et si la Banque de France devenait indépendante, indépendamment des mouvements de taux en Allemagne, de combien les taux français pourraient-ils baisser ?

M. Sapin : Vous connaissez ma position sur ce point, je suis favorable au principe, d'autant plus qu'il a déjà été tranché du côté de Maastricht. Donc, le débat est derrière nous sur le principe de l'évolution du statut. La seule question qui se pose est : quand ? Vaut-il mieux le faire, en avançant les échéances par rapport au Traité de Maastricht ou non ?

Deuxième élément : j'ai toujours dit que cela ne devait pas être une réponse à de l'agitation de marché parce que je pense que c'est un élément suffisamment lourd et durable pour ne pas être utilisé comme une arme parce qu'il y aurait une effervescence sur les marchés. Il y a d'autres armes à utiliser lorsqu'il y a de l'effervescence non légitime sur les marchés. Celle-ci n'est pas faite pour cela. 

Par contre, le fait que l'on décide (ce qui est ma position que j'ai exprimée au cours de l'année 1993) de la mise en place d'un nouveau statut de la Banque de France me paraît être bon pour faire en sorte que les perspectives de marche vers l'union économique et monétaire, et en particulier la détermination française à aller vers l'union économique et monétaire, soient réaffirmées pleinement. Puisqu'il faut le faire pour rentrer dans la troisième phase, donc dans la monnaie unique, pourquoi ne pas le faire dès maintenant et montrer que notre détermination, et en particulier la détermination franco-allemande d'aller dans ce sens-là, est pleine et entière ?

Certains ont pu en douter à un moment donné. Je pense qu'ils en doutent moins aujourd'hui. Je crois que ce serait un élément de confiance utile dans l'avenir et de forme de sécurité dans la marche en avant pour les mois et les années à venir et non pas pour les jours ou les semaines qui sont devant nous.

Mais là aussi, pas de précipitation. Des propositions ont été faites. Je me réserve d'en faire aussi un certain nombre. Ce que je souhaite, c'est que sans précipitation, et parce que ce sera porté par un vrai débat et par une vraie majorité dans le pays, une évolution puisse aller dans ce sens-là.

Corinne Laik : Cela va-t-il dans un sens positif sur le niveau des taux d'intérêt en France ?

M. Sapin : Pensez-vous que cela pourrait avoir des incidences négatives ?

Corinne Laik : Je ne suis pas ministre des finances, mon opinion importe peu.
 
M. Sapin : Je dis qu'il faut rendre confiance, rassurer et marquer une direction. Que s'est-il passé au cours de l'année dernière ? En juin dernier, à la suite d'une période où la direction était claire, en particulier pour les marchés (on a vu les taux d'intérêt, en particulier à long terme, orientés à la baisse, on a vu le franc à un bon niveau) avec le référendum danois, cette forme de confiance, cette forme d'avenir clair, tout à coup, s'est obscurcie.

Je pense qu'avancer les étapes de Maastricht dans le processus interne français est un élément, avec d'autres, qui peut redonner cette visibilité à la construction européenne, qui redonnera cette visibilité à la construction européenne. Et lorsqu'il y a plus de certitude sur l'avenir, d'une manière générale, cela a plutôt tendance à faire baisser les taux d'intérêt. La certitude se paie dans les taux d'intérêt. La certitude et la clarification ont des effets positifs sur les taux d'intérêt. Ce n'est pas le seul élément mais c'est un élément très important, vous le savez bien. 

Le taux d'intérêt, c'est à la fois la rémunération de l'épargne et le coût de l'incertitude, d'où la nécessité d'avoir une monnaie stable car là au moins il y a une incertitude en moins par rapport à une monnaie instable. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le raisonnement suivant lequel sortir du SME ou une dévaluation du franc pourrait faire baisser les taux d'intérêt est un raisonnement économiquement idiot.

David Pearson (A.-P. Dow Jones) : L'autre jour vous avez indiqué que la coopération monétaire franco-allemande serait développée dans les mois et les idées plus semaines qui viennent. Avez-vous des idées précises, notamment concernant les lignes de swap entre la Bundesbank et la Banque de France ?

M. Sapin : Je ne vais pas vous décrire le dispositif. Il existe, il a marché, on en voit les conséquences aujourd'hui. Il a fonctionné en septembre et en janvier. Je le répète, tout cela crée (et cela continue à s'entretenir) une vraie relation confiance entre les autorités monétaires des deux pays telle qu'elle n'avait jamais existé. C'est un élément très positif, aussi bien pour la construction européenne, pour la stabilité du système monétaire européen que pour la stabilité de la monnaie française. C'est dans ce sens-là que les choses vont.

Bien. Pas d'autres questions ?