Texte intégral
Le Figaro : 21 octobre 1992
Le Figaro : En cas de présidentielle anticipée, souhaitez-vous que des primaires soient organisées ?
Gérard Longuet : Bien sûr. J'ai toujours été favorable à l'organisation de primaires. Je le reste. À partir du moment où une large majorité de l'opposition souhaite donner à la France des institutions stables, avec une majorité législative et présidentielle homogène, ce qui veut dire une élection présidentielle la plus rapprochée possible, il est évident qu'il faut les préparer. Nous avons conçu un dispositif de primaires avec une option courte et une option longue. Il faut le mettre en œuvre. Les propositions de notre ami Bayrou, hier matin, constituent une aimable plaisanterie. En tout cas, elles ne peuvent pas constituer un préalable.
Le Figaro : Que proposez-vous ?
Gérard Longuet : De mettre en place ce qui est prévu : la réunion d'un « comité des sages », la constitution de l'instance permanente chargée, au plan national, de préparer le dispositif, la mise en place de comités départementaux, la diffusion d'informations auprès des électeurs. Ceux-ci doivent savoir précisément, dans les deux cas de figure (présidentielle à date normale ou présidentielle anticipée), dans quelles conditions ils seront amenés à se prononcer, directement dans le premier cas, indirectement par le biais de leurs élus locaux dans le second. Il faut tout faire pour démocratiser le système et non tout faire pour le contourner.
Le Figaro : Une double candidature UDF-RPR au premier tour de la prochaine présidentielle est-elle, selon vous, à exclure ?
Gérard Longuet : Oui. La division, le duel puis l'échec, ça suffit, on a déjà donné ! Il est vrai qu'une division est un peu moins grave quand la campagne est courte (présidentielle anticipée) que quand la campagne est longue (présidentielle normale) : on s'étripe seulement pendant trois semaines… Mais le problème d'une compétition du premier tour, ce n'est pas qu'il y ait deux candidats mais qu'il y en aura quatre !
Compte tenu de l'importance que revêt l'élection présidentielle, du statut médiatique de tout candidat à cette élection, il n'y aura pas deux postulants s'il n'y a pas une présélection, il y en aura 6 ou [chiffre illisible]. Les primaires ne sont pas destinées à contraindre Giscard ou à contrôler Chirac elles doivent tout simplement nous éviter d'aller droit dans le mur. En cas de multiplication de candidatures, Le Pen peut arriver en tête : on oublie Le Pen, mais il pèse encore 13-14 %.
Le Figaro : Les tenants de la candidature du premier tour renversent l'argument : pour eux, les primaires n'empêcheront jamais un candidat autonome de se présenter.
Gérard Longuet : C'est une erreur de jugement : devant l'opinion, ce candidat autonome n'aurait pas la légitimité et la crédibilité de celui qui serait désigné par les primaires il apparaîtrait comme le diviseur universel, il serait rejeté et finalement marginalisé.
RTL : 22 octobre 1992
P. Caloni : L'opposition est-elle parfaitement unie ?
Gérard Longuet : En tout cas, elle l'a écrit et signé. Maintenant il faut qu'elle l'applique, son unité.
P. Caloni : Primaires, pas primaires ? Il y a eu les déclarations de F. Bayrou. Il y a eu aussi le souhait éventuel exprimé par V. Giscard d'Estaing de se représenter à l'Élysée dans la mesure où le mandat serait réduit à cinq ans. Tout cela fait déjà vue, éternel retour ?
Gérard Longuet : C'est la raison pour laquelle les primaires étaient souhaitées dans l'opposition. Dans l'hypothèse d'une élection à date normale, on a le temps de consulter les électeurs, principalement ceux de l'opposition pour qu'ils choisissent leur candidat. La primaire à l'Américaine qui doit servir d'exemple est un bon système. Ce sont des éliminatoires comme la coupe de France de football : tous les candidats ont leurs chances et ceux qui sont éliminés vont soutenir le candidat de leur préférence. C'est un accord compliqué, mais il faut le faire car cela nous donne la certitude d'avoir un seul candidat au premier tour. Je reconnais qu'il y a un cas de figure un peu difficile dans l'hypothèse où le président de la République décide d'anticiper les élections.
P. Caloni : Ne risque-t-on pas de retomber dans le combat des chefs entre V. Giscard d'Estaing et J. Chirac ?
Gérard Longuet : Si les deux candidats qui s'imposent sont J. Chirac et V. Giscard d'Estaing on ne peut en vouloir à personne. Ce sont les électeurs qui les ont choisis. Ce qui est effectivement un peu gênant pour les électeurs de base, c'est d'avoir des candidatures imposées. Si en définitive, après avoir vu en compétition, par exemple M. Noir, P. de Villiers, Léotard, Séguin, Chirac ou V. Giscard d'Estaing, on s'aperçoit en définitive que la demi-finale c'est Chirac – V. Giscard d'Estaing, et la finale l'un des deux. On ne pourra leur en vouloir d'être les meilleurs. Ce qui est frustrant pour un électeur de l'opposition, cela n'est pas la division aujourd'hui, ce serait l'impossibilité de participer au choix du candidat.
P. Caloni : Avant les présidentielles il y a les législatives. Alors là encore, primaires pas primaires :
Gérard Longuet : Un accord est un accord. Dans celui-ci, il est prévu que le RPR et l'UDF, pour les législatives, présenteront des candidatures communes dans toutes les circonscriptions, et que les batailles pour choisir le candidat peuvent avoir lieu, mais ce sont des exceptions et elles sont décidées en commun. Nous devrions être en mesure de présenter une immense majorité de candidatures uniques.
P. Caloni : La discussion sur le projet de loi de Finances. Qu'en pensez-vous ?
Gérard Longuet : Nous avons un budget qui a deux caractéristiques: il renonce à la construction européenne et s'écarte des critères de coopération monétaire que la France a contribué à édicter. Et si nous appliquons le projet tel qu'il est voté, nous ne serons pas en mesure de rester dans le peloton des pays de tête qui peuvent bâtir ensemble l'unité économique et monétaire de l'Europe.
P. Caloni : Quel aurait été pour vous le bon budget ?
Gérard Longuet : Un budget qui aurait respecté les engagements européens de la France. Il y a des efforts à faire une maîtrise des dépenses publiques et des efforts fiscaux au bénéfice de l'appareil de production et des entreprises. Quoi qu'il en soit, il faut que l'Europe applique la préférence communautaire. Les douze pays sont dans la crise, il faut qu'ils aient la sagesse de serrer les liens et de mettre en place, le plus souvent possible, face à des concurrences déloyales au plan international, l'application de la préférence communautaire et ne plus accepter d'être manipulé par les USA ou par le Japon.