Interview de M. Henri Emmanuelli, président de l'Assemblée nationale, à Europe 1 le 29 septembre 1992, sur sa mise en cause dans le financement du PS et sur les élections législatives de 1993.

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Média : Europe 1

Texte intégral

J.-P. Elkabbach : C'est le dernier automne de la législature, croyez-vous qu'elle ira jusqu'à son terme ?

H. Emmanuelli : Je crois qu'elle ira institutionnellement jusqu'à son terme. Si d'autres ont d'autres perspectives il faut qu'ils le disent et qu'ils disent pourquoi.

J.-P. Elkabbach : Le gouvernement peut-il vivre au bord du gouffre avec la menace des motions de censure sans que le péril ne lui soit à un moment fatal ?

H. Emmanuelli : En déposant des motions de censure, l'opposition est tout à fait dans son rôle. Si l'une d'entre elles devait passer, il faudrait en tirer les conclusions; ce sont nos institutions. Je vois beaucoup d'agitation se développer. Je croyais qu'au lendemain de Maastricht, les hommes politiques français se préoccuperaient un peu de la situation intérieure. Je les vois polarisés sur un calendrier avec une précipitation qui ne correspond pas à ce qu'attendent les Français.

J.-P. Elkabbach : Reste-t-il une chance pour les socialistes en mars 1993 ?

H. Emmanuelli : La situation est difficile mais l'opposition n'offre pas de véritable alternative. Je ne sais pas quel est le programme de l'opposition, pour l'instant leur seul programme c'est de dire, "chasser les socialistes". Mis à part ces slogans, j'attends les propositions.

J.-P. Elkabbach : Mais vous voyez le projet socialiste ?

H. Emmanuelli : On a une politique sur laquelle on va avoir ici ou là un point de désaccord, mais c'est la règle en politique. Ce que je constate c'est que l'opposition ne dit rien. Que propose-t-elle ?

J.-P. Elkabbach : S'il y a défaite massive des socialistes, voulez-vous que F. Mitterrand s'en aille ?

H. Emmanuelli : Absolument pas. Il est maître de ses échéances, dans ce pays on doit respecter le suffrage universel et on doit respecter les institutions. Tout ce tohu-bohu autour de la cohabitation me paraît indécent. Il serait bon pour la démocratie que les leaders de l'opposition nous expliquent ce qu'ils veulent faire au lieu de se partager les dépouilles d'un animal qu'ils n'ont pas encore abattu.

J.-P. Elkabbach : Serez-vous là pour présider le débat sur la loi anti-corruption ?

H. Emmanuelli : Si j'étais concerné personnellement, j'en tirerai immédiatement les conséquences. Mais étant accroché au titre d'anciennes fonctions, je considère que cette affaire est éminemment politique. Si on m'explique que tous les anciens trésoriers des partis politiques doivent quitter leurs fonctions, alors dans un beau geste de solidarité, pourquoi pas ? Les autres ont témoigné devant une commission parlementaire et, il en est clairement ressorti que le PS n'a pas fait pire que les autres et peut-être moins pire.

J.-P. Elkabbach : Vous avez été maladroit plus que malhonnête ?

H. Emmanuelli : Il se peut aussi que l'on fasse l'objet d'une attention particulière. J'ai parlé de mon dossier en disant qu'il était vide et si on me reprochait des choses précises alors je m'interrogerai, mais ce n'est pas le cas. Il y a des gens qui considèrent qu'il faut faire des exemples. Je suis inculpé dans une affaire qui a commencé par un faux.

J.-P. Elkabbach : Qui sont ces gens qui "utilisent la justice à des fins politiques" ?

H. Emmanuelli : Dieu y reconnaîtra les siens. J'ai toujours dit que j'assumais moralement et politiquement. Il est vrai qu'avant la loi de financement, les partis politiques ont recouru à des procédés qui n'étaient pas légaux, il n'y a pas eu de crime. Je n'accepte toujours pas non inculpation. J'attends que mes plaintes aillent à leur terme et que les magistrats établissent d'où sont venues ces fuites. Je n'ai jamais prétendu être au-dessus des lois et c'est pour cela que, contrairement à ce qu'on me proposait, j'ai voulu être traité comme tout le monde. Si je dois être traité comme tout le monde, qu'on me laisse au moins parler comme tout le monde. Ces gens qui me disent, d'un côté, que je n'ai pas le droit à des égards, j'en conviens ! Mais qui, de l'autre, me disent que comme Président, vous devez vous taire, non ! Je n'ai aucun commentaire à faire sur les juges français dont la plupart font leur travail.