Article de M. Bruno Durieux, ministre chargé du commerce extérieur, dans "Le Monde" du 10 février 1993, sur la situation de la balance commerciale en 1992, intitulé "les leçons du redressement du commerce extérieur".

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Média : Le Monde

Texte intégral

Pour la deuxième année consécutive, la France améliore fortement ses échanges extérieurs. En 1992, pour la première fois depuis 1978, la balance commerciale aura été excédentaire. Quant à la balance des paiements courants, elle aura été équilibrée. On ne peut imputer ces bons résultats à des facteurs accidentels conjoncturels. La croissance en France, même faible, aura été en 1992 plus élevée qu'en 1991, plus élevée aussi que dans la Communauté européenne et dans l'ensemble de la zone OCDE. L'investissement productif, dont une partie importante est acquise à l'étranger, n'aura pas été plus faible qu'en 1991 et la croissance de la consommation des ménages aura été un peu plus soutenue.

En fait, l'élément déterminant, observé depuis plusieurs années, est le développement des positions commerciales occupées par les entreprises françaises à l'étranger en 1992, nos parts de marché mondiales auront atteint leurs niveaux les plus élevés. Simultanément, nous avons reconquis des parts de marché intérieures (dans l'automobile notamment). Il est ainsi clair que nous bénéficions d'un excellent niveau de compétitivité. Confirmation peut en être trouvée dans le fait que nos échanges avec la CEE sont excédentaires et que, par ailleurs, nous exportons de plus en plus vers les marchés solvables, c'est-à-dire les plus concurrentiels. L'OCDE représentait 70 % de nos exportations il y a dix ans et 80 % actuellement.

Deux choix majeurs de politique économique, arrêtés il y a huit ans et confirmés avec une grande continuité, sont à l'origine de ces succès la stabilité de la monnaie et de la maîtrise des prix et des coûts de production. C'est à ces orientations que nous devons un avantage de prix en particulier dans la Communauté, y compris après les dévaluations récentes des monnaies de certains de nos partenaires. Renoncer à ces orientations serait retomber dans la spirale de l'inflation, des dévaluations du franc, des déficits commerciaux et de l'endettement extérieur. Sans compter les conséquences incalculables sur la construction européenne.

Nos succès doivent aussi beaucoup au fait que l'économie française est maintenant largement internationalisée.

Une fiscalité compétitive

Les entreprises françaises ont développé leurs activités internationales à un rythme très soutenu, multipliant leurs investissements industriels commerciaux et financiers à l'étranger, s'assurant ainsi des positions solides, favorables à la conquête de nouvelles parts de marché. En 1991, les entreprises françaises ont investi pour plus de 110 milliards de francs de par le monde, occupant ainsi le premier rang mondial. Par ailleurs, les PME, dont la contribution aux échanges extérieurs français était traditionnellement faible, vont en nombre croissant vendre leurs produits à l'étranger. En dix ans, les entreprises de moins de 500 salariés ont vu leur part dans le total de nos exportations passé d'un cinquième au quart.

Pour encourager l'internationalisation de notre économie, les différents gouvernements qui se sont succédé depuis quelques années ont doté notre pays d'une fiscalité compétitive pour les entreprises et pour l'épargne, ont supprimé les réglementations inutiles, qui entravaient les investissements français à l'étranger, les investissements étrangers en France, les mouvements de capitaux. Ils se sont efforcés d'accentuer l'ouverture du marché français à la concurrence internationale – européenne par la mise en place du marché unique au 1er janvier dernier, mondiale dans le cadre des discussions multilatérales au GATT – et réciproquement, dans l'intérêt de nos entreprises, d'élargir l'accès aux marchés tiers et d'assurer une lutte efficace contre la concurrence déloyale.

Les excédents commerciaux enregistrés en 1992 sont donc le fruit d'une amélioration en profondeur de la compétitivité globale de notre économie où la politique macro-économique, la modernisation de nos structures économiques et la stratégie offensive des entreprises trouvent chacune leur part.

On a soutenu la thèse que le surplus de nos échanges commerciaux avait pour contrepartie l'accroissement du chômage. Pour qu'il en soit ainsi, il faudrait que ceux-ci puissent être imputés à une croissance économique plus faible chez nous que chez nos partenaires. On a vu que ce n'est pas le cas. La vérité est que le surplus commercial de 1992 a permis de limiter la progression du chômage. Selon une étude menée par le cabinet Mac Kinsey en 1991, un point de part de marché gagné par des progrès de compétitivité représente 10 % d'exportation industrielle supplémentaire par rapport à nos concurrents, soit, sur une année, 140 000 emplois créés ou conservés et 310 000 à horizon de cinq ans.

Points faibles

Nos succès ne doivent pas faire oublier nos points faibles. La France est encore insuffisamment présente sur les deux plus grands marchés du monde (États-Unis - Japon), ainsi que sur les marchés à fort potentiel de croissance comme ceux d'Asie. La part des produits à haute valeur ajoutée dans nos exportations pourrait être améliorée. Le nombre des entreprises exportatrices reste encore faible (la moitié des exportations est assurée par 250 entreprises). Nous rattrapons notre retard, mais nous ne l'avons pas comblé en ce qui concerne les investissements à l'étranger. Enfin, les réflexes protectionnistes restent encore tenaces dans certains secteurs de l'opinion.

Nos succès ne doivent pas davantage nous conduire à relâcher l'effort. La compétition est rude. Aucune position n'est jamais définitivement acquise. L'âpreté des négociations du cycle de l'Uruguay nous rappelle que les États-Unis sont déterminés à reprendre les parts de marché que le Japon, la CEE et certains nouveaux pays industrialisés ont conquises au cours des années passées.

Cependant, que de progrès accomplis en quinze ans Les Français sont-ils conscients des bonds remarquables qui ont été réalisés par notre économie et nos entreprises dans la compétition internationale ? Ce n'est pas sûr. Ce serait pourtant très souhaitable car, en ces temps de doute, la France, que l'on a souvent prétendue « structurellement » vouée au déficit extérieur (comme d'ailleurs à l'inflation et à l'instabilité monétaire), démontre depuis deux ans qu'un effort continu mené dans la durée est payant et qu'elle peut se placer parmi les économies les plus performantes du monde.