Interview de M. Renaud Muselier, député RPR adjoint au maire de Marseille, à France 2 le 9 novembre 1999, l'impact de la campagne pour la présidence au sein du RPR ("la revanche de ceux qui militent au quotidien") et sur son désistement en faveur de M. Delevoye.

Texte intégral

Q - Hier devant les militants RPR des Bouches-du-Rhône, vous avez fait part de votre décision de ne pas maintenir votre candidature à la présidence du RPR. Vous vous désistez au profit de J.-P. Delevoye. Pourquoi ce choix et dans ces circonstances ?

« J'ai lancé ma candidature en juin. Ça fait donc déjà quatre ou cinq mois de campagne. J'estime aujourd'hui avoir atteint mon objectif initial. L'objectif c'était : plusieurs candidats, un débat démocratique et la relance de notre mouvement que nous aimons. Aujourd'hui dans les projets, dans les propositions, dans le programme, tout ce que j'ai demandé est repris dans sa totalité ou à peu près par J.-P. Delevoye. Voilà. »

Q - Par exemple, quelques points concrets qui vous semblent importants ?

« Une structure de coordination entre le RPR, rue de Lille, et les différents groupes à l'Assemblée et au Sénat. Mais surtout le respect de la base, la création d'un parlement pour le RPR après audit financier, l'argent qui restera dans les provinces et qui ne retournera pas à Paris. En fait, essentiellement c'est le plaisir de retrouver, de refaire de la politique dans nos partis politiques. Et le respect de la base, le respect de la différence, puisque nous ne pouvons plus supporter la suffisance de certains Parisiens, ça c'est tout à fait inacceptable. »

Q - Donc, c'est un peu la revanche aussi des provinciaux ?

« Disons que c'est la revanche de ceux qui travaillent et qui militent au quotidien et qui le font dans l'ombre, pour la victoire de nos idées, et qui sont toujours utilisés par les chefs. La réalité, c'est qu'en 20 ans, entre 81 et 2001, nous ne serons restés, nous la droite, que six ans au gouvernement, dont quatre ans en cohabitation. C'est tout à fait inacceptable pour les militants, pour la base ou pour les élus du terrain comme moi. »

Q - Est-ce que, pour vous désister en faveur de J.-P. Delevoye, vous n'auriez pas eu par hasard un coup de téléphone de l'Élysée ? On dit aussi que Claude Chirac s'est rendue à Marseille pour préparer le voyage que le Président de la République doit faire à la fin de la semaine, notamment la Cité de la Réussite à Marseille, et on vous aurait peut-être incité à retirer votre candidature.

« Dans cette démarche, depuis le départ, ce qui est très intéressant c'est que les cinq candidats sont des personnes indépendantes, libres et qu'elles s'expriment en leur nom pour la première fois. On avait la culture : deux chefs avec un seul candidat. Aujourd'hui, il y en avait cinq. C'est une révolution culturelle que nous vivons, moi je suis indépendant et autonome, je suis fidèle à J. Chirac depuis le départ, mais il y a longtemps que je ne lui demande plus l'autorisation de faire ce que j'ai à faire dans la vie politique. Donc je suis là-dessus depuis le départ et j'ai toujours été tout à fait libre et indépendant mais loyal et fidèle. Je sers des idées, je sers une cause et mon combat, ce n'est pas contre ma famille politique mais je dirais contre les socialistes, je ne me trompe pas de cible. »

Q - Donc aucun coup de fil de l'Élysée. Ce n'est pas parce que, selon nos confrères du Parisien, M. Alliot-Marie arriverait devant J.-P. Delevoye dans le coeur des militants du RPR que vous vous désistez aujourd'hui ?

« Je pense que ce qui a été écrit dans Le Parisien est faux. Il faudra plutôt lire en tout cas Le Figaro. Mais aujourd'hui d'après ce que nous avions comme information, J.-P. Delevoye avait à 30/35, F. Fillon à 20/25 avec Alliot-Marie. Ils sont dans la même fourchette, moi j'étais estimé à 15 et P. Devedjian derrière. Donc, voilà grosso modo la fourchette aujourd'hui telle que l'on pouvait la présenter. Écoutez le combat politique, regardez la dignité ! On pensait qu'il y aurait des petites phrases inutiles, stupides, stériles, on pensait qu'il y aurait une bagarre générale à l'intérieur du RPR. C'est une campagne digne. C'est le seul parti de droite qui fait des élections comme ça. Nous n'avons pas mal réussi notre opération. Je crois que le RPR en sortira grandi. »

Q - Est-ce que J.-P. Delevoye vous a remercié, vous a demandé quelque chose, vous a proposé quelque chose ?

« Non, il n'a pas à me remercier et je n'ai rien à lui demander. »

Q - Il n'y a pas d'échange.

« Il n'y a pas d'échange. »

Q - Il n'y a pas de poste de secrétariat.

« Je ne veux pas être secrétaire général du RPR, je veux m'occuper de Marseille. Le Président de la République vient à Marseille pour les 2 600 ans de la ville, nous avons la Cité de la Réussite, il vient ce week-end, j'aurais pu essayer d'en profiter. Ne mélangeons pas les choses, respectons les autres, respectons les fonctions. »

Q - Il n'y a pas de marchandage entre Delevoye et vous ?

« J'ai toujours fait en sorte qu'il n'y en ait pas. Et je souhaiterais qu'au soir du premier tour, l'ensemble des candidats aient la même démarche. On a nos voix, mais pour autant, on ne négocie pas un petit poste dans un coin. »

Q - Aujourd'hui vous allez à Colombey-les-Deux-Eglises avec un train spécial, sénateurs, députés RPR. À quoi ça sert d'aller encore aujourd'hui à Colombey-les-Deux-Eglises alors qu'y compris le fils du Général de Gaulle, la mère du fils du Général de Gaulle, disaient : « Bof ma foi ? »

« Dans la famille de Gaulle, ils ont des positions politiques parfois un peu différentes. »

Q - C'est vrai.

« En tout cas dans notre engagement politique, nous, membres du RPR, membres de la famille gaulliste, héritiers en quelque sorte de cette ligne de pensée, nous estimons nécessaire tous les ans de faire ce pèlerinage. Cette commémoration, ce symbole, est un symbole fort et je crois qu'il est indispensable de le faire sur le plan politique. D'abord ça nous permet de nous retrouver tous ensemble dans un moment de pèlerinage et on peut discuter de beaucoup de choses, dans une ambiance différente. »

Q - Vous allez remettre une lettre à vos confrères sénateurs et députés ?

« C'est une lettre ouverte à tous ceux qui m'ont soutenu, qui me soutiennent, et à mes compagnons du RPR, où j'explique le sens de ma démarche, pourquoi je me retire, ce pourquoi j'estime avoir atteint mon objectif, ce pourquoi je pense que le RPR a bien grandi et pousse dans cette affaire. Et maintenant, écoutez il nous faut un président, il nous faut un chef, et il faut qu'on attaque le troisième millénaire avec panache. »

Q - Le prochain objectif de R. Muselier, c'est la mairie de Marseille toujours ?

« Vous savez je suis un homme pragmatique, je suis un médecin, et donc moi j'aime Marseille. Marseille nous tend les bras avec J.-C. Gaudin. Nous avons bien mené cette ville, pendant cinq ou six ans. Nous aurons… »

Q - Mais vous ne vous voyez pas dans le fauteuil de J.-C. Gaudin ?

« La vie fera ce qu'elle a à faire, les électeurs décideront. En tout cas, je travaille pour ma ville et je le fais avec beaucoup de passion et d'acharnement. »