Texte intégral
P. Lapousterle : Vous êtes secrétaire générale des Forces démocrate, vous êtes donc un haut responsable de l’UDF et en plus vous êtes médecin. Je vais donc vous demander votre diagnostic sur l’état de l’UDF. Est-ce que l’UDF est en crise, est-ce que l’état est désespéré, et faut-il changer la nature de cette confédération ?
P. Douste-Blazy : C’est un état d’urgence, parce que nous avions deux problèmes essentiels. Un problème de lisibilité : demandez au Français ce qu’est l’UDF ? Peu de gens vous diront qu’ils connaissent l’UDF. Et surtout, pire, deuxième problème : quel est notre projet ? Pourquoi un Centre-droit dans la vie politique française ? Au moment où le Chancelier Kohl incarne le Centre-droit en Allemagne, où moment où J.M. Aznar, le Premier ministre Espagnol ; le fait en Espagne, au moment où en Italie c’est un Premier ministre centriste qui y est aussi, en France, le Centre-droit de la vie politique française, n’est pas arrivé à être lisible. Et pourtant, c’est fondamental pour les grands rendez-vous de demain, pour la génération qui a 20 ou 30 ans aujourd’hui. Elle a besoin d’avoir des hommes et des femmes du Centre-droit qui lui proposent des choses, comme l’Europe, comme une économie de marché à vocation sociale – ne pas laisser les pauvres de côté -, bref…
P. Lapousterle : Et alors ? est-ce qu’il faut, est-ce que c’est la bonne démarche, qu’il y ait un nouveau parti, comme l’a proposé M. Bayrou ?
P. Douste-Blazy : Il faut un grand parti moderne. Aujourd’hui nous avons cinq chapelles, cinq petits partis qui sont confédérés en une famille que l’on appelle l’UDF. Vous ne pouvez pas réagir dans l’urgence, vous ne pouvez pas gouverner, vous ne pouvez pas dire à vos élus sur le terrain ce qu’il faut faire si vous n’avez pas une structure organisée, structurée, et qui fonctionne. Nous proposons un grand centre-droit, une seule famille unitaire au sein des partis qui sont issus de l’UDF.
P. Lapousterle : Si je comprends bien, ce nouveau parti est fait avec les mêmes que tous ceux qui composaient les composantes ?
P. Douste-Blazy : Justement pas. Je crois qu’on peut demander en effet à tous les partis qui sont issus de l’UDF de venir. Mais on peut aussi demander à d’autres d’arriver.
P. Lapousterle : Qui par exemple ?
P. Douste-Blazy : S’il y a des gens qui pensent qu’il faut faire la construction politique de l’Europe, qui pensent que le tout-libéralisme et le tout-argent n’est pas leur manière de penser l’avenir de la France, ils peuvent nous rejoindre. Et s’ils sont dans notre famille politique, ils peuvent nous rejoindre. C’est donc une démarche de rassemblement, et ce n’est pas une manœuvre de fractionnement. Il faut demander à tous les militants de voter pour savoir quel sera le chef de ce nouveau Centre.
P. Lapousterle : Ce sont les militants qui doivent désigner le chef de l’UDF ?
P. Douste-Blazy : Oui. Je crois que s’il y a une grande leçon à tirer de ce qui s’est passé depuis cinq ans en France, on voit qu’il faut moderniser la vie politique, en particulier au niveau des partis. Écouter les militants, leur donner la parole et ensuite les faire voter, les faire choisir démocratiquement, et pour le chef, et pour le projet. Nous n’avons pas suffisamment écouté les Français. Moi, c’est la leçon que je retire des deux échecs passés.
P. Lapousterle : Je vais vous poser une question très simple : est-ce que M. Madelin, par exemple – avec ce qu’on connaît de lui et ce qu’il vient de faire récemment – est appelé à faire partie de votre nouveau parti ?
P. Douste-Blazy : C’est une demande de rassemblement. Dès l’instant où nous avons posé, clarifié – démarche de clarification, démarche de refondation : sommes-nous pour ou contre les alliances avec le Front national – la réponse est : nous sommes contre -, donc, si tout le monde est clair là-dessus, tout le monde peut venir. Dans la mesure où on est d’accord pour un projet.
P. Lapousterle : Et les libéraux – que représente M. Madelin – sont appelés à faire partie du Centre ?
P. Douste-Blazy : Mais comment voulez-vous, demain – en dehors de M. Jospin – qui peut penser, en France, faire un avenir positif pour ce pays, sans avoir un projet, sans dimension libérale ? Ce n’est pas possible. Il faut aussi, à côté de la dimension libérale, une dimension sociale. La dimension libérale, cela ne veut pas dire ultra-libérale. Cela veut dire simplement, qu’aujourd’hui dans le monde entier, c’est le marché qui permet de vendre et d’acheter. Et à côté, une fois qu’on a créé les richesses, il faut les partager. C’est la dimension libérale et sociale. C’est ce que M. Blair fait ; c’est ce que M. Kohl fait ; c’est ce que M. Clinton fait ; c’est ce que tout le monde fait.
P. Lapousterle : Donc, tout le monde est appelé à faire partie du Centre et donc ce sont les mêmes qui vont revenir, avec un nouveau label ?
P. Douste-Blazy : Il peut y avoir aussi d’autres personnes. Je connais des gens qui, au centre de la vie politique française, ne sont pas du tout pour que l’État fasse tout : que les emplois-jeunes soient payés par l’État, qu’on travaille maintenant 32 heures – parce que si on prend des astreintes… J’ai appris que M. Cochet et la majorité socialiste viennent de présenter un amendement qui vise à dire que, lorsqu’il y aurait cette astreinte pendant 30 heures ou 32 heures chez soi, à la disposition de son employeur, on a fait sa semaine. Et moi si j’avais eu cet amendement, pendant 20 ans, je n’aurais pas eu besoin d’aller à l’Hôpital à Toulouse ? J’aurais fait ma semaine sans y mettre les pieds.
P. Lapousterle : est-ce que vous êtes autorisés, M. Bayrou et vous, à Force démocrate, à décider que l’UDF sera – l’ensemble de l’UDF – consultée par référendum d’ici le mois de juin ? Parce qu’il y a d’autres gans à l’UDF !
P. Douste-Blazy : Il est très important d’aller vite. Aujourd’hui, les différents chefs de partis vont se rencontrer. Il me paraît important de faire deux choses : un, se mettre d’accord pour que les militants votent tous.
P. Lapousterle : Toute l’UDF ?
P. Douste-Blazy : Oui, c’est un parti politique neuf. Et ensuite, il faut qu’ils soient tous d’accord pour qu’il n’y ait qu’un seul parti à la sortie. Le RPR se rénove, il faut que le Centre-droit se rénove. À partir de ce moment-là, faisons de notre pluralisme une force. Et n’évitons pas, artificiellement, de cacher nos différences.
P. Lapousterle : La consultation du Président de la République commence aujourd’hui pour la modernisation de la vie politique. Faut-il changer le mode de scrutin, comme par exemple, les européennes l’an prochain ? À commencer par cela ?
P. Douste-Blazy : Je demande la modification du scrutin pour les élections européennes qui ont lieu en juin 1999, car elles sont, comme vous le savez à la proportionnelle ; et si, au niveau d’une circonscription nationale – c’est le pays entier qui vote pour des listes -, qu’on ne change pas, avec mes mêmes causes on aura les mêmes effets. Et ce sera le Front national qui servira, qui fera encore une fois, qui prendra en otage la vie politique française. Alors, on a deux scrutins qui ne posent pas de problèmes : le scrutin présidentiel, le scrutin municipal. Non seulement, il faut les garder mais il faut s’en inspirer. Ensuite, le scrutin législatif : là, je propose deux modifications. La première, ce que G. Vedel avait demandé en 1993 : c’est d’ajouter aux députés, élus par circonscription, une dose de 60 députés à la proportionnelle, parce que cela permet à tous les partis politiques – y compris le Front national – d’être présents à l’Assemblée nationale. Il ne s’agit pas de bâillonner trois millions ou trois millions et demi d’électeurs. A l’inverse, je demanderai aussi – deuxième modification – que ce soit uniquement les deux premiers du premier tour qui se présentent au second.
P. Lapousterle : Comme à la présidentielle.
P. Douste-Blazy : Comme à la présidentielle. Cela évitera justement aux extrêmes de prendre en otage la vie politique française.
P. Lapousterle : Cela évite les triangulaires.
P. Douste-Blazy : Et quant aux régionales, il ne faut pas voter département par département ; il faut voter au niveau d’une région entière.
P. Lapousterle : Midi-Pyrénées, votre région, qui sera président ?
P. Douste-Blazy : Je voudrais saluer le courage de M. Censi et de son équipe. Il a montré la leçon. Il a montré aux autres ce qu’il fallait faire. Deuxièmement…
P. Lapousterle : Qui sera le Président alors maintenant ?
P. Douste-Blazy : D’abord, lorsqu’on regarde les voix, quand on voit que M. Censi – les listes de M. Censi – ont fait 480 000 vois en Midi-Pyrénées, et que celle de M. Malvy n’en a fait que 440 000, M. Malvy devrait peut-être beaucoup plus humble et beaucoup plus modeste. Alors, comme vous le savez, il y a deux ligues révolutionnaires, il y a de radicaux de gauche, il y a les socialistes et de l’autre côté il y a un bloc RPR-UDF uni. Personne ne peut savoir aujourd’hui qui sera président. Je souhaite que ce soit M. Censi, d’abord parce que c’est un grand président – et là, c’est le maire de Lourdes qui parle. Mais aussi, parce que M. Censi c’est un humaniste, et qu’on a besoin d’humanistes démocrates en France.