Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "France-soir" du 13 octobre 1999, sur l'éventualité d'une reprise de l'immigration en cas de stagnation de la démographie en France.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : France soir

Texte intégral

Une fois par mois France Soir et l’institut IPSOS invitent une personnalité à sonder l’opinion sur une question centrale. Cette semaine François Bayrou a voulu savoir si le pays est prêt à recevoir une nouvelle main d’œuvre étrangère pour compenser sa faible démographie, comme l’a envisagé Alain Juppé.

Xavier Jullien : Pensez-vous que la France, compte tenu de sa faible croissance démographique, aura besoin d’un nouvel apport de main d’œuvre étrangère au cours des prochaines années ?

Oui 71 %
Non 26 %
Sondage IPSOS — France Soir du 8 et 9 octobre 1999 auprès d’un échantillon de 953 personnes.

Les réponses à cette question sont sans surprise. L’immigration appelle des opinions tranchées, emportées, le plus souvent négatives, dans tous les secteurs de l’opinion. On voit bien que la question du chômage en France est loin d’être effacée et que la perspective d’accueillir de nouvelles populations immigrées pour répondre à un besoin accru de main d’œuvre demeure une réflexion très abstraite, loin des réalités que les Français ressentent dans leur vie. Pour les Français, le chômage demeure une réalité ou une menace de tous les jours. Appeler de nouveaux immigrants pour remplir un travail qui n’existe pas aujourd’hui leur parait sans fondement.

Cela ne veut pas dire que le problème démographique n’existe pas ! Le vieillissement des Français, l’incapacité à renouveler les générations est un problème politique majeur. Mais il n’y a aucune raison d’accepter à l’avance l’idée que la croissance démographique sera toujours déficiente !

Désir d’enfant

Dans les rythmes des peuples, il y a des périodes de pessimisme où les naissances se font rares et des périodes plus optimistes, plus entreprenantes, plus vivantes, où le désir d’enfant renaît. Le siècle qui vient n’est pas condamné à voir vieillir la France. En tout cas, les responsables ne doivent pas s’accommoder de cet échec, comme on le fait trop souvent depuis des années ! Leur perspective doit être de rendre plus facile la naissance et l’éducation des enfants.

Même pour ceux qui ont le souci de la main d’œuvre dans l’avenir, l’Europe offre un véritable espoir. L’Europe qui se construit va s’élargir, à l’est, vers des peuples dont certains sont plus jeunes que les nôtres et dont la mobilité permettra d’apporter une réponse européenne à cette crainte.

En tout cas, on le voit bien : seules des politiques coordonnées entre les Quinze pourront permettre une maîtrise crédible des entrées et des sorties, des installations acceptées et des reconduites à la frontière.