Texte intégral
Monsieur le Premier Ministre de la République tchèque,
Madame le Premier Ministre de la République slovaque,
Monsieur le Commissaire européen,
Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Je suis très honoré de participer à cette séance inaugurale.
Permettez-moi de saluer la République tchèque et la Slovaquie qui accueillent alternativement ce Forum.
Depuis sa création en 2007, lENEF sest imposé comme un rendez-vous incontournable du dialogue sur lavenir de lénergie nucléaire en Europe.
Cet après-midi, je voudrais placer mon intervention sous le signe de lesprit de responsabilité qui doit guider la politique énergétique européenne.
1. Lesprit de responsabilité nous impose tout dabord de réaffirmer la décarbonisation de léconomie comme un choix irréversible.
Il faut réussir la révolution énergétique qui nous permettra de concilier à la fois :
- la sécurité de nos approvisionnements en réduisant la dépendance aux énergies fossiles ;
- le pouvoir dachat des particuliers et des entreprises ;
- des industries européennes innovantes, compétitives et créatrices demplois dans la mondialisation ;
- enfin, la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour lutter contre le réchauffement climatique.
Ce cap pour 2050 a été clairement fixé par nos chefs dEtat et de gouvernement lors du conseil européen du 4 février 2011. Il est ambitieux autant quil est indispensable pour les générations futures. Mais soyons clairs : ces objectifs ne pourront pas être atteints sans le nucléaire.
2. Pour mettre en oeuvre la décarbonisation de léconomie, lEurope a besoin de lénergie nucléaire ET des renouvelables.
Nous ne disons pas « il faut le nucléaire » ou bien « il faut les renouvelables ». Nous disons : « il faut le nucléaire civil et les énergies renouvelables ».
Lavenir énergétique de lEurope doit sappuyer sur des scénarios technologiques et économiques crédibles.
En mars 2010, le groupe de réflexion sur lavenir de lEurope, sous la présidence de lancien Premier Ministre espagnol Felipe GONZALEZ, écrit dans son rapport au conseil européen : « la recherche dune palette énergétique plus viable suppose obligatoirement un recours à lénergie nucléaire ; lEurope ne peut se permettre de renoncer à cette source importante dénergie ».
A linstar de ce groupe de hautes personnalités, représentatives de la diversité politique et géographique de lUnion Européenne, la France continuera de prendre toutes ses responsabilités :
- nous réaffirmons le choix du nucléaire ;
- nous portons les énergies renouvelables à 23% de notre consommation finale en 2020 ;
- nous réalisons 20% de gains defficacité énergétique dans les 10 prochaines années ;
- nous mettons pleinement en oeuvre le paquet énergie-climat qui a été au coeur de la présidence française de lUnion Européenne en 2008.
Maintenant, il appartient à chaque pays de définir souverainement son mix énergétique. Cest le traité de Lisbonne et cest le même pour tous, quon soit pour ou quon soit contre le nucléaire.
Mais je voudrais dire que notre politique européenne doit impérativement éviter 3 écueils qui émergent aujourdhui dans certains Etats membres :
- premièrement, dans les pays qui ont décidé darrêter immédiatement des réacteurs, est-ce que leur population va accepter une augmentation de 15 à 20% du prix de lélectricité ?
- deuxièmement, quand on refuse le nucléaire chez soi, est-ce quon peut continuer dimporter de lélectricité nucléaire pour assurer sa sécurité énergétique ? est-ce quon peut faire porter les investissements par les autres ?
- troisièmement, quand on prend des engagements pour le climat, est-ce que cest compatible avec un retour aux énergies fossiles ?
3. Bien sûr, lesprit de responsabilité commande de tirer toutes les leçons de la catastrophe de Fukushima.
La sûreté doit constituer notre priorité collective au-delà des frontières :
a) Au niveau national, dès le 23 mars, le gouvernement français a demandé à lautorité de sûreté de réaliser laudit de chaque installation nucléaire, c'est-à-dire en allant au-delà des seuls réacteurs de puissance.
Ces études seront menées installation par installation. Elles porteront sur les risques dinondation, de séisme, de perte des alimentations électriques et de perte de refroidissement, ainsi que sur la gestion opérationnelle des situations accidentelles.
Les scénarios extrêmes de cumul des risques seront pris en compte, quelle quen soit lorigine : naturelle, technologique, organisationnelle ou humaine. Les premières conclusions seront connues dici fin 2011.
Comme le Président de la République la dit, nous sommes prêts à en tirer toutes les conséquences. En particulier, tous les investissements nécessaires seront réalisés, EDF sy prépare activement en prenant les mesures financières. Toutes nos politiques doivent intégrer la sûreté comme une priorité, y compris celle qui conduit à louverture du marché de lélectricité en Europe.
b) Notre action sinscrira dans le cadre des tests de sûreté généralisés et coordonnés au niveau européen, conformément aux conclusions du conseil européen des 24 et 25 mars.
Les chefs dEtat et de gouvernement ont donné un mandat aux autorités de sûreté de lensemble des Etats membres. Cest une avancée sans précédent et il ne faut jamais oublier quelle sest effectuée sur une base volontaire.
Maintenant, il faut mettre en oeuvre ce mandat. Nous nous sommes réjouis vendredi quand un accord sest dessiné au niveau des régulateurs indépendants. Nous demandons à ce que cet accord soit mis en oeuvre.
Si des motifs politiques nayant rien à voir avec la sûreté nucléaire empêche dy parvenir, alors chacun devra en assumer sa part de responsabilité de façon transparente et devant les citoyens.
Dans cette affaire, chacun doit tenir son rôle conformément au traité européen, conformément à ses attributions et conformément au mandat du conseil européen : la sûreté nucléaire est une chose trop importante pour faire lobjet dinstrumentalisation politique comme cest le cas aujourdhui.
La France, pour sa part, ne prendra pas ce risque. Les autorités nationales de sûreté se sont mises daccord sur une méthodologie commune que nous mettrons en oeuvre.
c) Au niveau international, nous devons agir ensemble pour faire partager au monde les engagements européens, c'est-à-dire :
- une organisation efficace et transparente de la sûreté confiée, dans chaque pays, à une autorité nationale indépendante ;
- des tests de résistance intégrant les premiers enseignements de Fukushima ;
- la mise en oeuvre des plus hauts standards de sûreté ;
- un renforcement de la gestion des crises et de la convention internationale sur la sûreté nucléaire, ainsi que des moyens dintervention mutualisés.
Nous agirons dans toutes les enceintes, au niveau du G8, de lAgence pour lénergie nucléaire et de lAgence internationale de lénergie atomique.
Mesdames et Messieurs, je voudrais conclure en reprenant les thèmes des 3 ateliers du forum ENEF :
- Lénergie nucléaire est porteuse de formidables « opportunités » : il faut les maximiser pour réussir la décarbonisation de léconomie dans un mix énergétique équilibré.
- Lénergie nucléaire comporte également des « risques » : nous pouvons les réduire et les maîtriser en nous imposant les plus hauts standards de sûreté, ainsi quen adaptant en permanence ces standards et les conditions de leur contrôle.
- Lénergie nucléaire impose enfin de la « transparence » : nos populations doivent être impliquées en toute objectivité mais aussi en toute rationalité dans nos décisions énergétiques.
Voici les 3 axes dune feuille de route pour lénergie nucléaire responsable en Europe et dans le monde. Cest cette feuille de route que la France appelle de ses voeux.
Je vous remercie.
Source http://www.france.cz, le 30 mai 2011
Madame le Premier Ministre de la République slovaque,
Monsieur le Commissaire européen,
Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Je suis très honoré de participer à cette séance inaugurale.
Permettez-moi de saluer la République tchèque et la Slovaquie qui accueillent alternativement ce Forum.
Depuis sa création en 2007, lENEF sest imposé comme un rendez-vous incontournable du dialogue sur lavenir de lénergie nucléaire en Europe.
Cet après-midi, je voudrais placer mon intervention sous le signe de lesprit de responsabilité qui doit guider la politique énergétique européenne.
1. Lesprit de responsabilité nous impose tout dabord de réaffirmer la décarbonisation de léconomie comme un choix irréversible.
Il faut réussir la révolution énergétique qui nous permettra de concilier à la fois :
- la sécurité de nos approvisionnements en réduisant la dépendance aux énergies fossiles ;
- le pouvoir dachat des particuliers et des entreprises ;
- des industries européennes innovantes, compétitives et créatrices demplois dans la mondialisation ;
- enfin, la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour lutter contre le réchauffement climatique.
Ce cap pour 2050 a été clairement fixé par nos chefs dEtat et de gouvernement lors du conseil européen du 4 février 2011. Il est ambitieux autant quil est indispensable pour les générations futures. Mais soyons clairs : ces objectifs ne pourront pas être atteints sans le nucléaire.
2. Pour mettre en oeuvre la décarbonisation de léconomie, lEurope a besoin de lénergie nucléaire ET des renouvelables.
Nous ne disons pas « il faut le nucléaire » ou bien « il faut les renouvelables ». Nous disons : « il faut le nucléaire civil et les énergies renouvelables ».
Lavenir énergétique de lEurope doit sappuyer sur des scénarios technologiques et économiques crédibles.
En mars 2010, le groupe de réflexion sur lavenir de lEurope, sous la présidence de lancien Premier Ministre espagnol Felipe GONZALEZ, écrit dans son rapport au conseil européen : « la recherche dune palette énergétique plus viable suppose obligatoirement un recours à lénergie nucléaire ; lEurope ne peut se permettre de renoncer à cette source importante dénergie ».
A linstar de ce groupe de hautes personnalités, représentatives de la diversité politique et géographique de lUnion Européenne, la France continuera de prendre toutes ses responsabilités :
- nous réaffirmons le choix du nucléaire ;
- nous portons les énergies renouvelables à 23% de notre consommation finale en 2020 ;
- nous réalisons 20% de gains defficacité énergétique dans les 10 prochaines années ;
- nous mettons pleinement en oeuvre le paquet énergie-climat qui a été au coeur de la présidence française de lUnion Européenne en 2008.
Maintenant, il appartient à chaque pays de définir souverainement son mix énergétique. Cest le traité de Lisbonne et cest le même pour tous, quon soit pour ou quon soit contre le nucléaire.
Mais je voudrais dire que notre politique européenne doit impérativement éviter 3 écueils qui émergent aujourdhui dans certains Etats membres :
- premièrement, dans les pays qui ont décidé darrêter immédiatement des réacteurs, est-ce que leur population va accepter une augmentation de 15 à 20% du prix de lélectricité ?
- deuxièmement, quand on refuse le nucléaire chez soi, est-ce quon peut continuer dimporter de lélectricité nucléaire pour assurer sa sécurité énergétique ? est-ce quon peut faire porter les investissements par les autres ?
- troisièmement, quand on prend des engagements pour le climat, est-ce que cest compatible avec un retour aux énergies fossiles ?
3. Bien sûr, lesprit de responsabilité commande de tirer toutes les leçons de la catastrophe de Fukushima.
La sûreté doit constituer notre priorité collective au-delà des frontières :
a) Au niveau national, dès le 23 mars, le gouvernement français a demandé à lautorité de sûreté de réaliser laudit de chaque installation nucléaire, c'est-à-dire en allant au-delà des seuls réacteurs de puissance.
Ces études seront menées installation par installation. Elles porteront sur les risques dinondation, de séisme, de perte des alimentations électriques et de perte de refroidissement, ainsi que sur la gestion opérationnelle des situations accidentelles.
Les scénarios extrêmes de cumul des risques seront pris en compte, quelle quen soit lorigine : naturelle, technologique, organisationnelle ou humaine. Les premières conclusions seront connues dici fin 2011.
Comme le Président de la République la dit, nous sommes prêts à en tirer toutes les conséquences. En particulier, tous les investissements nécessaires seront réalisés, EDF sy prépare activement en prenant les mesures financières. Toutes nos politiques doivent intégrer la sûreté comme une priorité, y compris celle qui conduit à louverture du marché de lélectricité en Europe.
b) Notre action sinscrira dans le cadre des tests de sûreté généralisés et coordonnés au niveau européen, conformément aux conclusions du conseil européen des 24 et 25 mars.
Les chefs dEtat et de gouvernement ont donné un mandat aux autorités de sûreté de lensemble des Etats membres. Cest une avancée sans précédent et il ne faut jamais oublier quelle sest effectuée sur une base volontaire.
Maintenant, il faut mettre en oeuvre ce mandat. Nous nous sommes réjouis vendredi quand un accord sest dessiné au niveau des régulateurs indépendants. Nous demandons à ce que cet accord soit mis en oeuvre.
Si des motifs politiques nayant rien à voir avec la sûreté nucléaire empêche dy parvenir, alors chacun devra en assumer sa part de responsabilité de façon transparente et devant les citoyens.
Dans cette affaire, chacun doit tenir son rôle conformément au traité européen, conformément à ses attributions et conformément au mandat du conseil européen : la sûreté nucléaire est une chose trop importante pour faire lobjet dinstrumentalisation politique comme cest le cas aujourdhui.
La France, pour sa part, ne prendra pas ce risque. Les autorités nationales de sûreté se sont mises daccord sur une méthodologie commune que nous mettrons en oeuvre.
c) Au niveau international, nous devons agir ensemble pour faire partager au monde les engagements européens, c'est-à-dire :
- une organisation efficace et transparente de la sûreté confiée, dans chaque pays, à une autorité nationale indépendante ;
- des tests de résistance intégrant les premiers enseignements de Fukushima ;
- la mise en oeuvre des plus hauts standards de sûreté ;
- un renforcement de la gestion des crises et de la convention internationale sur la sûreté nucléaire, ainsi que des moyens dintervention mutualisés.
Nous agirons dans toutes les enceintes, au niveau du G8, de lAgence pour lénergie nucléaire et de lAgence internationale de lénergie atomique.
Mesdames et Messieurs, je voudrais conclure en reprenant les thèmes des 3 ateliers du forum ENEF :
- Lénergie nucléaire est porteuse de formidables « opportunités » : il faut les maximiser pour réussir la décarbonisation de léconomie dans un mix énergétique équilibré.
- Lénergie nucléaire comporte également des « risques » : nous pouvons les réduire et les maîtriser en nous imposant les plus hauts standards de sûreté, ainsi quen adaptant en permanence ces standards et les conditions de leur contrôle.
- Lénergie nucléaire impose enfin de la « transparence » : nos populations doivent être impliquées en toute objectivité mais aussi en toute rationalité dans nos décisions énergétiques.
Voici les 3 axes dune feuille de route pour lénergie nucléaire responsable en Europe et dans le monde. Cest cette feuille de route que la France appelle de ses voeux.
Je vous remercie.
Source http://www.france.cz, le 30 mai 2011