Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la jeunesse, à RMC le 18 janvier 2019, sur la mise en place du dispositif du service national universel (SNU).

Prononcé le

Intervenant(s) :

  • Gabriel Attal - secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la jeunesse

Thématique(s) :

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gabriel ATTAL, bonjour.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et vous pilotez le Service national universel. On veut tout savoir. Première expérience au mois de juin prochain, on est bien d'accord…

GABRIEL ATTAL
On est d'accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
3 000 volontaires dès le mois de juin.

GABRIEL ATTAL
C'est ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
3 000 volontaires venus de 13 départements pilotes.

GABRIEL ATTAL
C'est ça, 13 départements pilotes. Peut-être que c'est pas mal de rappeler pourquoi on fait en service national universel, si vous me laissez, rapidement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, allez-y, très vite. Mais moi ce qui m'intéresse c'est le concret après.

GABRIEL ATTAL
C'est tout le concret et comment ça va s'organiser. Mais pourquoi est-ce qu'on fait un service national ? C'était un engagement de campagne du président de la République. Il y a trois objectifs. Le premier c'est de dire qu'il faut créer un moment de brassage social, de cohésion territoriale, avec les jeunes, autour des valeurs de la République, et que finalement quand on a abandonné de service militaire, on a eu raison de le faire puisque la France n'avait plus besoin de générations entières formées au maniement des armes et c'est plutôt heureux, mais qu'on a abandonné un moment dont l'objectif, je ne dis pas que c'était ça qui se passait à la fin, mais l'objectif était celui-là, celui du creuset républicain. Le deuxième objectif c'est de donner à ces jeunes une formation, une formation sur des nouveaux risques, des nouveaux enjeux, les catastrophes naturelles, les attentats, les gestes de premiers secours, la protection de l'environnement, des sujets comme ça sur lesquels on va revenir. Et puis le troisième objectif c'est de lever les freins à l'engagement. L'engagement c'est quoi ? C'est donner un peu de son temps au service d'une cause à laquelle on croit, donner son temps pour l'intérêt général. Mais quand on s'engage, on s'engage pour les autres, on s'engage aussi pour soi parce qu'on développe des compétences parce qu'on prend confiance en soi, parce qu'on développe des compétences, parce qu'on prend confiance en soi, parce qu'on s'épanouit, parce qu'on grandit, parce que ça nous donne des idées sur notre insertion professionnelle. Or on voit aujourd'hui que tous les jeunes ne s'engagent pas, pas parce qu'il y a des jeunes qui n'ont pas envie de donner du temps pour les autres, mais parce qu'il y a des freins sociaux, culturels, géographiques, parce qu'on est un pays la France qui a encore du mal à montrer à ces jeunes leur utilité sociale, et que finalement avec ce service national et la mission d'intérêt général que les jeunes vont faire auprès d'une association, auprès d'une collectivité, auprès d'un corps en uniforme, ça va leur permettre de voir qu'ils ont tous quelque chose à apporter, qu'ils ont tous des choses à donner pour le pays et que derrière ça va lever des vocations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. On commence au mois de juin.

GABRIEL ATTAL
On commence au mois de juin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous commencez au mois de juin, 3 000 jeunes donc. Quel âge ?

GABRIEL ATTAL
16 ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
16 ans.

GABRIEL ATTAL
C'est dans l'année et l'année qui suit l'année de 3ème, parce que je ne dis pas à la fin de l'année seconde, parce que tous les jeunes ne sont pas scolarisés en seconde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
16 ans voilà, on a 16 ans…

GABRIEL ATTAL
Fin d'année de seconde pour ceux qui sont scolarisés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On a 16 ans, on fait son service national universel. Donc là vous aurez 200 jeunes âgés de 16 ans dans chacun des 13 départements pilotes, à peu près.

GABRIEL ATTAL
C'est ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ça c'est la première chose. Ces jeunes seront hébergés où ?

GABRIEL ATTAL
Alors, ça dépend des départements, parce qu'évidemment quand on s'est lancé dans ce projet qui est un projet massif, puisqu'à terme 800 000 jeunes qui seront accueillis, on s'est évidemment posé la question de savoir où est-ce qu'ils vont dormir. La France a, quand elle a abandonné le service militaire, elle a abandonné les infrastructures qui existaient au moment du service militaire. Donc très concrètement. Il y avoir des internats de lycées, des internats de collèges, il va y avoir des bâtiments militaires qui peuvent accueillir du public parce qu'il en reste quelques-uns, j'en ai visité un dans le Puy-de-Dôme, il va y avoir des centres de formation qui peuvent accueillir des jeunes pendant les vacances, il va y avoir des structures de tourisme social aussi qui peuvent être mobilisées, des structures universitaires. Il y a une pluralité. Selon les départements, aujourd'hui par exemple je vais à dans les Hautes Pyrénées tout à l'heure, je vais les voir un bâtiment de la Fédération des pupilles de l'enseignement public, voilà, ils ont un bâtiment qui peut accueillir des jeunes. Gabriel ATTAL, les bâtiments, qui va les encadrer ? Alors il y aura un encadrement hybride, là-dessus le président a toujours été clair, ce n'est pas le retour du service militaire, mais les militaires participent à l'encadrement. Donc très concrètement vous aurez des jeunes animateurs, des BAFA, des …, des éducateurs spécialisés, des personnels de l'Education nationale qui seront volontaires, et des militaires. Voilà, ça sera ce mélange.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça commence quelle date, là, au mois de juin ?

GABRIEL ATTAL
Ça commence le 16 juin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le 16 juin. Devront-ils abandonner les signes religieux ? Pas de voile, pas de kipa, pas de croix apparente

GABRIEL ATTAL
Alors ça c'est une question qui a été levée dans le débat public, par un avis, l'Observatoire de la laïcité, il y a quelques semaines, évidemment la neutralité religieuse sera de respectée. La question c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Obligatoire d'ôter son voile, par exemple, pour une jeune fille.

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui vous avez la Journée de défense et de citoyenneté, tous les jeunes la font, ça dure une journée. Il y a la neutralité religieuse. Aujourd'hui à l'école il y a une neutralité religieuse, donc évidemment elle sera respectée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les téléphones.

GABRIEL ATTAL
Alors on rentre dans du très concret, mais vous avez raison, c'est ça qui intéresse les jeunes, et quand je me déplace ça fait partie des questions qu'ils me posent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment !

GABRIEL ATTAL
Contrairement à ce que l'on entend parfois, les jeunes ne sont pas du tout opposés par principe au Service national universel. Ils sont très intéressés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais.

GABRIEL ATTAL
Ils posent des questions concrètes comme celles que vous posez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, le téléphone, est-ce qu'on devra laisser à l'entrée ?

GABRIEL ATTAL
Alors la journée oui, pendant qu'il y aura les modules pédagogiques, les activités, évidemment il n'y aura pas de téléphone portable. Après on ne va pas couper les jeunes de leur famille pendant 2 semaines, donc le soir évidemment ils pourront utiliser leur téléphone contacter leurs proches.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Bilan de santé, test de français seront proposés durant ces 15 jours ? Parce que, que vont-ils faire ces jeunes pendant les 15 jours ?

GABRIEL ATTAL
Alors, deux types de choses, d'abord des bilans individuels, vous l'avez évoqué, bilan de santé complet, bilan de la maîtrise du français comme cela existe déjà dans la journée de défense et citoyenneté, des bilans individuels aussi d'orientation parce que l'objectif c'est qu'il n'y ait pas un jeune qui sorte du service national universel sans savoir où est-ce qu'il a envie de s'insérer, quelles sont les possibilités pour lui. Vous savez, là on met 15 milliards d'euros sur la table pour la formation, on veut former un million de jeunes, qui sont aujourd'hui sans emploi ni formation et qui ne sont pas à l'école, donc l'objectif c'est que chaque jeune qui sortira du service national universel ne soit pas en décrochage mais qu'il puisse avoir une perspective de formation La deuxième série de contenus, c'est là ce qu'on appelle des contenus pédagogiques, même si quand on discute avec les jeunes ils vous disent : moi j'ai pas envie d'avoir l'impression d'être à l'école, et ça moi je l'entends parfaitement, et donc l'idée c'est de ne passer que par la pédagogie active, par des activités. Donc il va y avoir des formations sur les sujets que j'évoquais tout à l'heure, comment réagir face à une catastrophe naturelle, comment réagir, intégrer un poste de secours, comment réagir face à un attentat terroriste, comment maîtriser les gestes de premiers secours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura des courses d'orientation, des parcours en forêt…

GABRIEL ATTAL
Oui, des activités de cohésion en extérieur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des activités de cohésion, collectives.

GABRIEL ATTAL
Voilà, des modules sur les institutions de la République, les valeurs de la République, sur la protection de l'environnement, les éco-gestes, on en parle beaucoup, voilà tous ces sujets-là ils seront abordés dans le Service national, avec les encadrants dont on a parlé, avec les intervenants et les militaires, avec les associations qui vont aussi participer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va durer combien de temps, quand ça sera obligatoire ? Ça sera obligatoire quand ?

GABRIEL ATTAL
Ça sera obligatoire dans quelques années.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, quelques années ?

GABRIEL ATTAL
C'est-à-dire qu'il y a un rapport qui a été remis par le Général Daniel MENAOUINE, qui a travaillé sur le sujet. Lui dit, il propose avec son groupe de travail, que ça concerne l'ensemble d'une classe d'âge en 2026.

JEAN-JACQUES BOURDIN
2026 obligatoire tous les jeunes de 16 ans, garçons, filles.

GABRIEL ATTAL
C'est ce qui est proposé dans le rapport. Moi, ce que je souhaite, je l'ai déjà dit, c'est qu'on travaille pour voir si on peut aller un peu plus vite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant 2026.

GABRIEL ATTAL
Voilà. Ça va dépendre notamment de la phase pilote de juin, parce qu'en juin, qu'est-ce qu'on va faire ? On va tester notamment nos capacités d'encadrement, d'organisation, et on va voir dans quelle mesure il est possible d'aller un peu plus vite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va durer donc un mois.

GABRIEL ATTAL
Il y a deux phases. Il y a une première phase d'un mois obligatoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Obligatoires un mois.

GABRIEL ATTAL
A partir de 16 ans, de deux fois 15 jours. Vous avez 15 jours en internat, ce dont on vient de parler, et ce sera en juin cette année. Et puis vous avez une deuxième quinzaine, de mission d'intérêt général, où là les jeunes vont aller réaliser une mission auprès d'une association, auprès d'une collectivité locale, auprès d'un corps en uniforme, pompiers, policiers, armée, donc ça ça sera pendant 15 jours. Et puis ensuite vous avez une deuxième phase, qui est volontaire, à 18 ans, d'au moins 3 mois où les jeunes vont décider de s'engager. Ils vont pour cela s'engager dans des dispositifs d'engagement qui existent, services sanitaires pour les étudiants santé, service civique, pompier volontaire, réserve, bénévolat dans une association, tout ça ça existe déjà, on va le mettre en valeur avec le Service national universel, et les jeunes qui le souhaitent s'engageront de manière volontaire à 18 ans. Et évidemment le succès du SNU il se mesurera notamment au nombre de jeunes qui seront passés par la phase obligatoire et qui derrière à 18 ans se diront : je vais m'engager de manière volontaire dans un de ces dispositifs, c'est comme cela qu'on mesurera notamment le succès du dispositif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, est-ce qu'il y aura un diplôme à la fin du SNU ?

GABRIEL ATTAL
Oui. Ça ne sera pas un diplôme, parce que ce n'est par un cursus scolaire ou universitaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais sans le SNU on ne pourra plus passer le bac, on ne pourra plus suivre des études, on ne pourra plus être apprenti, on ne pourra plus… Je dis ça, parce que est-ce que le SNU sera obligatoire, obligatoire, il faudra l'avoir ce SNU ?

GABRIEL ATTAL
C'est deux questions que vous posez. La première, celle du diplôme, j'entends que c'est de la symbolique républicaine, et ça c'est très important pour les jeunes. La première phase obligatoire elle se terminera par une cérémonie républicaine, présidée par le préfet, et oui il y aura une forme de diplôme, on n'a pas encore le nom mais qui sera remis aux jeunes. Ensuite sur la question de l'obligation, moi je me place pas spontanément dans l'idée que les jeunes n‘aient pas envie de le faire, je le dis parce que dans toutes mes rencontres avec les jeunes, et d'ailleurs tous les sondages le montrent, les jeunes sont intéressés, ça les intéresse, ils ont envie de le faire. Mais aujourd'hui vous avez la journée de défense et citoyenneté, qui dure un jour et qui est obligatoire, si les jeunes ne la font pas, ils ne peuvent pas s'inscrire un certain nombre de choses, notamment le permis de conduire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça sera la même chose ?

GABRIEL ATTAL
On va s'inspirer du même…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça sera la même chose.

GABRIEL ATTAL
Oui ça sera la même chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si on ne fait pas le SNU, on ne pourra pas passer son permis.

GABRIEL ATTAL
A terme, à terme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui, mais c'est quand même très important.

GABRIEL ATTAL
C'est important de le dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ben Gabriel ATTAL c'est pas mal tout ça. Vous voulez dire quelque chose d'autre ? Parce que moi j'ai une autre question qui n'a rien à voir. Vous avez vu le les propos de la députée Agnès THILL ?

GABRIEL ATTAL
Non, je n'ai pas vu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La députée LREM Agnès THILL, opposée à l'extension de la PMA estime que l'absence de genre dans le mot parents favorise l'éclosion d'écoles coraniques. Alors, des propos condamnés par les élus de du groupe LREM qui demandent beaucoup son exclusion.

GABRIEL ATTAL
Je n''avais pas vu ses propos. C'est au groupe LREM, je n'en fait plus partie depuis 3 mois puisque je suis au gouvernement, de déterminer. Moi je connais Agnès THILL, j'étais dans sa dans sa commission.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais.

GABRIEL ATTAL
Elle a des positions effectivement avec lesquelles je ne suis pas d'accord, elle a tenu des propos déjà avec lesquels je ne suis pas d'accord. Maintenant c'est au groupe collectivement de déterminer les choses. Moi je ne suis pas pour les exclusions par principe, je pense qu'il faut regarder les choses ensemble collectivement et chacun a le droit d'exprimer un point de vue, du moment que ça reste dans les valeurs de la République En Marche et évidemment dans le cadre républicain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gabriel ATTAL, je vous garde encore 3, 4 minutes, parce que nous avons Eric BRUNET et Laurent NEUMANN avec nous. Ça va messieurs ?

LAURENT NEUMANN
Très très bien. On écoutait attentivement ce que disait le ministre.

ERIC BRUNET
Très intéressant, d'autant que c'est intéressant, parce que vous savez, cette génération Gilets jaunes, c'est la première génération qui n'a pas connu la hiérarchie, vous savez, les ordres, l'obéissance, voilà, les parents, l'école, ne sont plus tellement à la manoeuvre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable au SNU, vous ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien écoutez, sur l'idée, je suis plutôt favorable mais je dois dire pour être un peu taquin avec votre invité aujourd'hui, je trouve que ça fait, quand même ces 2 stages de 2 fois 15 jours ça fait un peu colonie de vacances citoyenne, je me dis que c'est pas le service militaire clairement, on parle d'éco-gestes etc., c'est bien, c'est sympa, non mais ça éveille à des questions de problématiques environnementales, derrière les engagements ne vont pas donner, ce n'est pas des emplois marchands derrière, c'est des emplois associatifs, bon. Tout ça est très sympathique, ce n'est pas le service militaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pouvez répliquer, si vous voulez, Gabriel ATTAL.

ERIC BRUNET
J'ai écouté avec attention…

GABRIEL ATTAL
Je voudrais juste répondre à ça…

ERIC BRUNET
Moi je suis de la vieille école, vous savez, on n'est pas quand même dans le service militaire et ses vertus.

GABRIEL ATTAL
Non, et on a toujours été clair sur le fait qu'il ne s'agissait pas de remettre un service militaire, parce qu'on n'a pas besoin de 800 000 jeunes chaque année à qui on apprend à tirer au Famas.

ERIC BRUNET
Très bien, enlevez le Famas, on n'est pas dans le service militaire.

GABRIEL ATTAL
En revanche je ne suis pas d'accord avec vous quand vous parlez de l'insertion. Vous savez, et c'est démontré, quand un jeune s'engage, il développe un certain nombre de compétences, des compétences à la fois sur le fond mais aussi ce qu'on appelle des compétences sociales, qui sont très recherchées par les employeurs aujourd'hui. Vous parlez avec un chef d'entreprise, le fait d'avoir sur le CV d'un jeune la ligne service civique qui veut dire qu'il s'est engagé, certes sans doute auprès d'une association, eh bien pour lui c'est un gros plus parce que ça montre que dans le relationnel, tout ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est vrai. Laurent NEUMANN.

LAURENT NEUMANN
Non, moi, à titre personnel les choses sont très claires, je ne suis pas d'accord avec Eric, moi j'y suis absolument favorable, pour toutes les raisons qui ont été évoquées, le creuset national etc., la mixité, le … social, tout ça est absolument fondamental, l'apprentissage…

ERIC BRUNET
Mais ça ne va pas changer grand-chose Laurent, deux petits stages de 15 jours ça ne va pas changer grand-chose.

LAURENT NEUMANN
Il y a un aspect qui n'a pas été abordé, c'est qu'au cours de ces 2 fois qu'un jour on peut vérifier un certain nombre de choses bilan de santé, maîtrise de la langue, maîtrise de la langue ! On ne peut pas passer son temps depuis 10 ans, 15 ans, 20 ans à expliquer que la maîtrise de la langue c'est la base et ne rien faire pour s'assurer qu'elle soit réellement maîtrisée cette langue française. L'orientation professionnelle, mais alors j'y mets 2 conditions quand même. La première c'est pourquoi attendre 2026 ? Alors si c'est pour une question d'argent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va coûter cher.

GABRIEL ATTAL
Attendez, si c'est une aussi bonne idée, il faut le faire avant la fin du quinquennat. Premier point. Deuxième point, la question de la laïcité elle ne doit même pas, on ne doit absolument pas transiger sur cette question-là. Et évidemment l'autre caractéristique c'est que c'est obligatoire. Si c'est une bonne idée, alors c'est pour tout le monde, garçons et filles sur une tranche d'âge, voilà, à ces 3 conditions là, j'y suis évidemment largement favorable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gabriel ATTAL, précisions ?

GABRIEL ATTAL
On est totalement d'accord. Sur la première chose, évidemment que mon souhait et le souhait du président, c'est que ça soit mis en place et généralisé le plus vite possible. Maintenant on est pragmatique, on veut faire les choses bien. Il y a des enjeux de sécurité, il y a des enjeux de formation des encadrants, il faut former des encadrants nombreux etc., c'est pour ça que le Général MENAOUINE a proposé un scénario avec un rythme de progression qui va jusqu'à 2026, ce que j'ai annoncé à Jean-Jacques BOURDIN c'est qu'on regardait dans quelle mesure on pouvait aller plus vite et que justement la phase pilote de juin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant 2026.

GABRIEL ATTAL
Oui la phase pilote de juin…

LAURENT NEUMANN
Avant la fin du quinquennat.

GABRIEL ATTAL
La phase pilote de juin elle va nous permettre de mesurer dans quelle mesure c'est possible. Je veux dire que si dans la phase pilote on se rend compte qu'il faut d'autres organisations, qu'il faut former beaucoup plus d'encadrants…

LAURENT NEUMANN
Est-ce que vous avez réussi à convaincre l'armée ? Parce qu'on n'est pas dupe, visiblement dans la hiérarchie militaire on n'était pas très très chaud, mais est-ce que vous avez réussi à les convaincre ?

GABRIEL ATTAL
Alors, quand vous dites « les armées n'étaient pas très très chaudes », sur deux choses, un ils disaient : on ne veut pas que le budget de la défense soit amputé pour le budget du Service national universel, et deux, on ne veut pas seuls assumer ce sujet-là, c'est plus notre mission. Et ça, évidemment on l'a entendu…

LAURENT NEUMANN
Qui va payer ?

GABRIEL ATTAL
Juste d'abord sur les armées, parce que c'est un point important, évidemment que les armées elles sont chaudes comme vous dites pour participer au dispositif, elles organisent aujourd'hui déjà la JDC. J'ai vu le Général LECOINTRE, le chef d'état-major des armées, on en a parlé ensemble, je travaille avec Geneviève DARRIEUSSECQ, Florence PARLY sur le sujet, ils participeront totalement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va coûter combien Gabriel ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
Alors ça c'est une autre question, que vous posez, évidemment que le budget à terme quand ça concernera 800 000 jeunes, il va dépendre d'un certain nombre de paramètres, notamment le nombre d'encadrants, parce que c'est ça qui coûte entre guillemets, la masse salariale, évidemment les organisations pratiques, tout ça on en tirera les conclusions au moment de la phase pilote, la phase pilote elle sert à tester nos organisations. On est, et je pense que Jean-Jacques BOURDIN vous êtes sensible à ça, on est économe de nos moyens, on est pragmatique, mais avant de se lancer…

LAURENT NEUMANN
Les lieux d'accueil ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ailleurs on en a parlé.

LAURENT NEUMANN
Je sais, j'ai écouté.

GABRIEL ATTAL
On ne va pas construire des centres, c'est-à-dire qu'on s'appuie…

ERIC BRUNET
Y compris quand on aura 800 000 personnes à accueillir ?

GABRIEL ATTAL
Y compris quand on aura 800 000 personnes, parce que ça se passera sur plusieurs périodes dans l'année. 800 000 jeunes ne vont pas faire leur service national en même temps, il y aura plusieurs périodes sur l'année, sans doute entre 8 et 10.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre 8 et 10 périodes sur l'année. Voilà une information.

GABRIEL ATTAL
Ça fait environ 80 à 100 000 jeunes par période, avec les dispositifs et les infrastructures qui existent, on peut les accueillir. Voilà on est pragmatique on ne veut pas jeter l'argent des Français par les fenêtres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien merci Gabriel ATTAL, je vous laisse.

GABRIEL ATTAL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 janvier 2019