Entretien de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, à Europe 1 le 16 janvier 2019, sur le Brexit.

Texte intégral

Q - Bonsoir, Nathalie Loiseau.

R - Bonsoir.

Q - Je me souviens, vous étiez dans notre studio quand le Sénat avait adopté ces mesures. Cette fois c'est au tour de l'Assemblée, à l'instant. On me dit "à l'unanimité sauf une voix", c'est bien cela, Nathalie Loiseau ?

R - C'est cela oui.

Q - Des mesures qui font presque l'unanimité alors. Mais, Nathalie Loiseau, des mesures, très clairement, pour que l'Etat français soit prêt à ce qu'on appelle le "no deal", un "hard Brexit", une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord. C'est vers cela qu'on se dirige désormais, Nathalie Loiseau ?

R - Ce que l'on sait c'est que la Première ministre britannique a essuyé un vote négatif très net, hier soir, en proposant la ratification de l'accord de retrait. On ne sait pas quel va être le choix des Britanniques aujourd'hui. La balle est dans leur camp. Il y a en réalité trois options et trois options seulement. Si l'on veut un Brexit ordonné, il y a l'accord de retrait qui a été négocié pendant 17 mois et conclu entre Londres et l'Union européenne. Sinon c'est : pas d'accord du tout ou alors pas de Brexit. Donc, le risque qu'il y ait une sortie du Royaume-Uni sans accord, il est moins impensable, moins improbable aujourd'hui. C'est pour cela que nous nous sommes préparés avec l'aide du Parlement en préparant des mesures qui protègent nos compatriotes, qui protègent les Britanniques qui vivent France et qui protègent les entreprises qui travaillent avec le Royaume-Uni.

Q - Vous êtes ministre chargé des affaires européennes et c'est le Français Michel Barnier qui était chargé de ces négociations, Nathalie Loiseau, la décision elle est britannique, le peuple britannique souverain évidemment, ça c'est la décision du Brexit. Sur l'accord d'hier, ce sont les élus britanniques, donc là-dessus rien à redire, mais dans cette négociation quelle est notre part d'échec à nous ? Dans la négociation en vue de la sortie du Royaume-Uni ?

R - D'abord l'histoire n'est pas finie. Ce soir, Mme May est confrontée à une motion de censure, je pense qu'elle l'emportera et qu'elle va rester Première ministre. Première réalité. Ensuite, elle doit - parce que le Parlement britannique le lui a demandé -, venir lundi avec un scénario. Après tout, ce sont les Britanniques qui ont demandé à quitter l'Union européenne, c'est à eux de dire vers où ils veulent aller. Nous, ce que nous leur disons, c'est "faites vite, dépêchez-vous, l'heure tourne, le 29 mars c'est demain". Ensuite, nous verrons ce qu'elle demande, ce qu'elle propose, ce qu'elle peut obtenir comme majorité, pour quel projet ?

Q - Si le Brexit était décalé, Nathalie Loiseau, c'est ma dernière question, est-ce qu'il est envisageable que les Britanniques participent aux Européennes et qu'on ait des députés anglais au Parlement européen élus ou réélus au mois de mai ?

R - D'abord, c'est une hypothèse et à aucun moment, ni le Premier ministre britannique ni personne de son entourage ne nous a demandé un report. Peut-être que cela viendra, ça n'est en tout cas aujourd'hui qu'une hypothèse. C'est techniquement, juridiquement possible. Ensuite il faut que ce soit porté par les Britanniques, il faut que ce soit accepté par les 27 Etats membres de l'Union européenne à l'unanimité et cela aurait comme conséquences que les élections européennes se feraient avec des députés britanniques. Là on voit bien la difficulté politique mais ça n'est pas à moi de le dire, c'est aux Britanniques là encore.

Q - Merci beaucoup, Nathalie Loiseau.

R - Merci à vous.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 janvier 2019