Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, à CNews le 1er mars 2019, sur les questions européennes, l'accusation d'agression sexuelle portée contre l'ambassadeur du pape en France et sur les relations franco-italiennes.

Texte intégral

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Soyez la bienvenue, Nathalie LOISEAU bonjour.

NATHALIE LOISEAU
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être avec nous sur CNEWS. L'Europe est absente, l'Europe est malade, on le dit de tous les côtés, pire que ça, son fonctionnement est mécanique, elle a l'air de vivre dans un coma profond. Est-ce que vous croyez à la résurrection des morts vous ?

NATHALIE LOISEAU
Je crois à la renaissance de l'Europe, parce qu'on en a besoin, et parce que c'est possible. Depuis 2 ans que Emmanuel MACRON est au pouvoir en France, il a déjà bougé l'Europe, il a fait beaucoup de propositions, il y en a beaucoup qui sont mises en oeuvre, il faut aller beaucoup plus loin, pas vers une Europe fédérale, comme certains le disent, mais vers une Europe qui marche mieux et qui est plus proche des citoyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quand on regarde l'actualité, toute l'actualité européenne est faite d'histoires de divorces ou de ruptures possibles.

NATHALIE LOISEAU
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Même l'esprit européen a disparu.

NATHALIE LOISEAU
Non, c'est faux. Regardez, sur le Brexit, on ne peut pas dire que c'est le plus beau des divorces, mais les 27 Etats membres sont parfaitement unis, pas contre le Royaume-Uni, mais parce qu'ils croient dans le projet européen.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va trouver les autres exemples, mais d'abord je voudrais commencer avec la tribune, dans Libération d'aujourd'hui, de trois hommes, trois adultes, qui accusent d'agression sexuelle l'ambassadeur du Pape François en France, les trois réclament la levée de l'immunité diplomatique de Monseigneur Luigi VENTURA, qui nous écoute peut-être. Quelle est la position de Paris ?

NATHALIE LOISEAU
D'abord, si les faits sont avérés, c'est des faits particulièrement graves parce que, quand on est une autorité religieuse, on est souvent supposée être une autorité morale, donc je dirais que c'est un facteur aggravant. Alors il y a une enquête qui est en cours…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A Paris, la justice française ?

NATHALIE LOISEAU
A Paris, la justice française a lancé une enquête puisque le Parquet a été saisi. Moi ce que j'en pense c'est qu'il faut que cette enquête puisse aller au bout, ce qui compte c'est que la vérité soit connue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il peut être mis en garde à vue ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, à ce stade il bénéficie de l'immunité diplomatique, mais le Saint-Siège est évidemment au courant des accusations graves qui sont portées contre le nonce apostolique, et je ne doute pas une seconde que le Saint-Siège prendra la bonne décision.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que la France a échangé, soit par l'intermédiaire de votre ambassadeur auprès du Vatican ou par des notes ?

NATHALIE LOISEAU
On a évidemment une ambassade au Saint-Siège, et naturellement c'est le rôle de notre ambassade au Saint-Siège d'échanger avec le Vatican sur cette question, notamment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais d'ici là, si Monseigneur VENTURA demandait à venir vous voir, à aller voir le président de la République, à aller voir Jean-Yves LE DRIAN, est-ce que vous le recevriez ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, en ce qui me concerne ça ne fait pas partie du périmètre de mes fonctions de recevoir le nonce, c'est chez Jean-Yves LE DRIAN que ça se passe, mais aujourd'hui c'est plutôt la justice qui a besoin d'entendre le nonce, que le ministre des Affaires étrangères.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous attendez une décision ferme du Pape François ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, j'attends…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce sera entre ses mains.

NATHALIE LOISEAU
J'attends que le Saint-Siège prenne ses responsabilités.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est important ce que vous dites, c'est grave, qu'il prenne ses responsabilités, dans quel sens ?

NATHALIE LOISEAU
Je n'oublie pas davantage…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Si la justice maintient les accusations, va au-delà des soupçons, vous souhaitez que… ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, vous l'avez dit, si la justice va au-delà des soupçons, je n'oublie pas davantage la présomption d'innocence, parce que c'est ce qui fait la grandeur d'un pays qui respecte le droit, c'est de toujours respecter les personnes, mais ce que je souhaite, d'abord et avant tout, c'est que la vérité soit connue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les cas qui concernent l'état actuel de l'Europe. AIR FRANCE KLM, la France est piégée, les Pays-Bas sont ingrats. Tout à l'heure le ministre de l'Economie et des Finances, Monsieur Bruno LE MAIRE, va recevoir son collègue néerlandais, etc., il va lui faire des reproches, « vous venez de faire un coup inamical, en douce », etc., ce sont des remontrances, mais, et après ?

NATHALIE LOISEAU
Attendez, d'abord c'est la vie des entreprises. Ce qui est inamical c'est de ne pas avoir prévenu, et ce qui est inapproprié c'est de politiser l'avenir d'une compagnie. AIR FRANCE KLM c'est un fleuron européen, c'est une compagnie qui a beaucoup souffert, l'année dernière, elle a eu beaucoup de difficultés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle a d'abord été sauvée par AIR FRANCE, depuis 2004, et après il y a un renversement…

NATHALIE LOISEAU
Aujourd'hui il y a une nouvelle gouvernance, il y a Ben SMITH qui fait un très bon travail, ce qu'il faut c'est le soutenir, ce qu'il faut c'est ne rien faire qui fragilise une entreprise aussi importante. On a besoin d'avoir un fleuron européen dans l'aérien, donc mon message à moi c'est, pas de politisation, et rien qui fragilise la gouvernance actuelle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais les Pays-Bas, les Néerlandais applaudissent ce que fait le gouvernement, ils pensent qu'il ne politise pas, mais qu'il rééquilibre à l'intérieur du fonctionnement d'AIR FRANCE et KLM, du groupe, la mécanique.

NATHALIE LOISEAU
Rééquilibrer quoi ? Si c'est rééquilibrer la présence d'un Etat, c'est quand même de la politisation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui de celui qui incarne ou qui représente l'Etat.

NATHALIE LOISEAU
Le but c'est aussi qu'il n'y ait pas de tiraillements, donc tout ça va être discuté entre Bruno LE MAIRE et son homologue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais ce matin il doit y avoir à peu près 14,3 et 14, c'est-à-dire ils sont presque à égalité dans le capital.

NATHALIE LOISEAU
Eh bien qu'ils se mettent d'accord pour soutenir la compagnie, pour soutenir la gouvernance et faire en sorte que cette compagnie puisse exister à travers le monde. Aujourd'hui, les concurrences, à l'intérieur de l'Union européenne, ça affaiblit l'Europe par rapport au reste du monde, c'est vrai à chaque fois, on a besoin de se réunir et pas de se tirer dessus.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce qu'il n'y a pas une contradiction ? Le président MACRON, et vous les ministres, vous dites partout « nous sommes européens »…

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et là, en l'occurrence, vous paraissez comme des protectionnistes.

NATHALIE LOISEAU
Pas du tout, puisque ce que je vous dis c'est que c'est une compagnie européenne, est-ce que vous croyez que AIR FRANCE sans KLM, et KLM sans AIR FRANCE, seraient toujours là aujourd'hui ? On sait que non, c'est pour ça qu'il faut qu'on ait des champions européens, mais il faut éviter les effets de manche, les effets peut-être électoraux, vous avez dit ça plaît aux Néerlandais, c'est une chose, mais enfin on ne prend pas des décisions économiques pour des raisons électorales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans le meilleur des cas. Mais, ça veut dire que si les Pays-Bas n'avaient pas choisi le secret pour cette augmentation de capital, la réaction de Paris, actuelle, montre bien que vous lui aurez dit non.

NATHALIE LOISEAU
Ce qui est étrange c'est de le faire en secret, ce qui est étrange c'est que Bruno LE MAIRE a parlé avec son homologue néerlandais la semaine dernière, qu'ils ont parlé de beaucoup de choses, qu'ils ont notamment parlé d'AIR FRANCE KLM, et que derrière il y a quelque chose qui se fait en douce, ça ce n'est pas convenable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce qu'il peut y avoir des conséquences sociales importantes pour les personnels d'AIR FRANCE ?

NATHALIE LOISEAU
L'objectif c'est précisément de renforcer la compagnie et c'est de permettre à cette compagnie, qui repose sur le savoir-faire de ses personnels, de se développer, certainement pas d'aller dans l'autre sens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et puis il faut peut-être rappeler que les vrais adversaires, pour ne pas dire les ennemis, sont plutôt les compagnies américaines, chinoises, etc.

NATHALIE LOISEAU
Sont à l'extérieur de l'Europe, c'est exactement ce que je dis, oui, tout à fait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les pays du Golfe. En quittant CNEWS vous allez tout à l'heure au Salon de l'agriculture, est-ce que vous allez assurer que les agriculteurs français continueront de recevoir les 9 milliards par an de la PAC ?

NATHALIE LOISEAU
Les agriculteurs français je les vois régulièrement, j'étais encore hier dans la Manche, où je suis allée voir des agriculteurs…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et des pêcheurs.

NATHALIE LOISEAU
Et des pêcheurs, et, par définition, ils me connaissent, ils savent que je dis et que j'agis de la même façon, depuis des mois, la seule qui ne le sait pas c'est Marine LE PEN, et pourtant elle a été députée européenne, ça dit tout. Ça dit qu'elle ne s'intéresse pas à l'Europe, ou alors qu'elle n'hésite pas à proférer des mensonges quand elle va au Salon de l'agriculture.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement on va l'entendre, parce qu'elle a été très dure, elle a dit que les agriculteurs vont voir leurs revenus baisser de 12 %, alors qu'on dit que Bruxelles dit 5%, et que vous êtes des menteurs, que vous ne vous occupez pas, vous, le président de la République, même quand vous allez passer des heures au Salon, des agriculteurs.

MARINE LE PEN, PRESIDENTE DU RASSEMBLEMENT NATIONALE
Monsieur MACRON dit « je suis contre la baisse », sauf qu'il est allié avec un groupe, qui est le groupe des libéraux au Parlement européen, qui eux sont les principaux demandeurs de la baisse de cette PAC, donc il faut être cohérent, il faut arrêter de mentir, et il ne faut pas livrer, ce qui n'est pas seulement un secteur économique, qui est un secteur d'autonomie, d'indépendance de notre pays, de sécurité alimentaire, c'est essentiel l'agriculture.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui ment, qui dit la vérité ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, si Madame LE PEN s'appliquait à elle-même ses préceptes, je dirais effectivement il faut respecter les Français, il faut arrêter de leur mentir, il faut arrêter de dire n'importe quoi. On a réuni 20 pays derrière nous, dans l'Union européenne, pour défendre la Politique Agricole Commune. Depuis le début de la négociation budgétaire, tout le monde sait qu'on n'avancera pas dans cette négociation si on touche à la PAC. Tout le monde sait que la position de la France, et de 20 pays de l'Union européenne, c'est de conserver, à 27, les crédits de la PAC.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc 9 milliards pour les agriculteurs français.

NATHALIE LOISEAU
Une seule personne ne le sait pas, c'est Marine LE PEN, parce que quand elle était au Parlement européen, elle n'y était jamais, elle en est sortie mise en examen pour des emplois fictifs et des détournements de fonds, c'est pathétique. C'est pathétique de prétendre s'intéresser à l'Europe, de prétendre s'intéresser aux agriculteurs, et de ne pas savoir, et de mentir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, vous avez été blessée quand elle vous accuse tous d'être des menteurs ?

NATHALIE LOISEAU
Blessée non, parce que c'est assez intéressant que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous lui renvoyez le compliment.

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, il y a un mensonge par jour avec Marine LE PEN, hier c'était dire qu'un migrant fraîchement arrivé – elle n'a jamais dû rencontrer un migrant pour utiliser un terme pareil – touchait plus de l'Etat qu'un retraité qui avait travaillé toute sa vie, c'est faux. Avant-hier c'était prétendre que la France vendait l'Alsace et la Lorraine à l'Allemagne, c'est faux. C'était prétendre que nous cédions notre siège au Conseil de sécurité, c'est faux. Quand on n'a pas de projet, on raconte n'importe quoi, et on essaye de dresser les gens les uns contre les autres, ce n'est pas le Rassemblement national, c'est la division nationale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais normalement on pensait que vous ne faisiez pas, ou feriez pas de la politique, elle, vous l'allumez, c'est votre cible, mais elle vous le rend…

NATHALIE LOISEAU
Comment est-ce que vous voulez être au gouvernement et ne pas faire de politique ? Il faut faire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y en a qui l'ont cru, venant la société civile. Vous savez ce qu'elle vous répond à vous personnellement ? Je ne sais pas si vous avez un Tweet.

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, je ne passe pas ma vie à regarder les Tweets de Marine LE PEN.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
« C'est bon », vous a-t-elle dit, « c'est bon Nathalie… On comprend que tu voulais être tête de liste aux élections européennes, n'en fais pas trop, on t'as vue. »

NATHALIE LOISEAU
Alors, ça dit que ce que je dis la met mal-à-l'aise, ça dit aussi qu'on ne se connaît pas, je ne sais pas pourquoi elle m'appelle par mon prénom et qu'elle me tutoie, parce qu'on se fréquente dans l'hémicycle de l'Assemblée, mais on ne se connaît pas, et ça dit que, une fois de plus elle n'a rien compris, je ne suis pas candidate.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça on va le voir tout à l'heure. Est-ce que vous êtes prête à un débat avec elle pour lui apprendre ce qu'est l'Europe ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, je ne suis pas là pour apprendre ce qu'est l'Europe, je ne suis pas professeure et elle n'est pas une élève.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais un débat politique…

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur le fond de l'Europe ?

NATHALIE LOISEAU
Bien sûr, parce que les Français ont besoin qu'on leur dise la vérité, pas qu'on leur raconte n'importe quoi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On verra si elle relève le gant. Le Royaume-Uni est en pleine discorde et confusion, dans 1 mois il devrait quitter l'Europe, est-ce que vous lui demandez d'assumer son vote, ses responsabilités, qu'il s'en aille ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, ce qui se passe depuis 2 ans c'est qu'il y a une décision, la décision britannique, que nous regrettons, nous aurions préféré que les Britanniques restent dans l'Union européenne, mais que nous respectons, et ça fait 2 ans qu'on déploie des efforts incessants pour que cette séparation se passe en douceur. Maintenant c'est aux Britanniques de choisir, soit on se sépare à l'amiable, et c'est ce que Michel BARNIER a négocié avec les Britanniques, soit on se sépare brutalement, c'est leur choix, ce n'est pas le nôtre, mais ça aura des conséquences redoutables sur le Royaume-Uni, ça en aura aussi sur l'Europe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous savez le coût que ça aurait pour les Français ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, ce qu'on sait c'est que l'Etat s'est préparé, nous nous sommes prêts, nous avons pris nos responsabilités, j'ai fait passer une loi au Parlement, on a pris 6 ordonnances, les décrets sont en train d'être finalisés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ça a un coût élevé…

NATHALIE LOISEAU
Eh bien ça coûte 50 millions d'adaptation des ports et des aéroports pour remettre en place les contrôles qui n'existaient pas dans le Royaume-Uni et dans l'Union européenne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Theresa MAY change à peu près deux fois par semaine de stratégie, vous savez ce qu'elle veut ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, j'ai l'impression que ce qu'elle veut d'abord c'est durer, sa difficulté c'est d'être face à un Parlement qui, comme l'ensemble des Britanniques, a su dire quelque chose, ils ont su dire ce dont il ne voulait plus. Le référendum c'est le meilleur moyen de savoir dire non, mais après savoir quel est le chemin et dire ce qu'on veut pour la suite, ça a l'air beaucoup plus compliqué.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on voit bien que Tony BLAIR, mais lui il a été constant dans la demande d'un deuxième référendum, il n'aime pas le Brexit…

NATHALIE LOISEAU
Oui, mais il n'a pas convaincu manifestement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, peut-être les Travaillistes qui sont en train d'évoluer, quelques conservateurs, des chefs d'entreprise. Quelle est la préférence de la France, un deuxième référendum ou alors qu'on applique… ?

NATHALIE LOISEAU
Ce n'est pas à nous de le dire, ce n'est pas à nous de dire aux Britanniques ce qu'ils doivent faire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On applique ce qui a été décidé ?

NATHALIE LOISEAU
Il y a un accord de retrait qui a été négocié, qui a été conclu, qui est la moins mauvaise solution possible et qui donne 2 ans pour travailler sur le futur de notre relation. On ne va pas se séparer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. On dit le 29 mars, mais est-ce que la France, et donc les Européens, mais en ce qui nous concerne c'est vous, Nathalie LOISEAU, les Français, nous sommes prêts à donner un report, une prolongation, un délai supplémentaire, à Madame Theresa MAY ?

NATHALIE LOISEAU
La question c'est pour quoi faire ? S'il y a un projet convaincant qui est soutenu par une majorité au Parlement britannique et qui correspond à nos priorités, pourquoi pas, mais, pour le moment, je ne sais rien de tout ça. Un report pour un report ça n'a pas de sens, ça fait 2 ans qu'on en parle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Votre importante déclaration, tout récemment au journal Le Monde, est passée presque inaperçue, vous avez dit « la France ne voit aucune raison de s'opposer à l'extradition en Italie des anciens des Brigades Rouges exilés ici. » d'abord, combien sont susceptibles d'être extradés ?

NATHALIE LOISEAU
Une douzaine, si je suis bien informée. C'est évidemment une affaire qui est gérée par la justice, et ce sont aux magistrats de décider ce qui doit être fait de cette douzaine de cas. Moi je considère que pendant des années, en France, on a sous-estimé le traumatisme du terrorisme qui est né des Brigades Rouges en Italie, et c'est quelque chose que je ne partage pas et qui me choque.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais ça il y a longtemps.

NATHALIE LOISEAU
Oui, mais quand un pays connaît la violence, connaît les morts, connaît les enlèvements, on ne peut pas fermer les yeux et dire « tout ça c'est de la révolution, c'est sympathique. » Aujourd'hui c'est aux magistrats, en fonction du droit, donc il faut examiner au cas par cas, d'abord les incriminations, s'il y a eu crime de sang ce n'est pas la même chose que s'il n'y en n'a pas eu, s'il y a prescription c'est autre chose….

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il peut y avoir prescription.

NATHALIE LOISEAU
C'est à la justice à se prononcer au cas par cas, pas à moi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les Italiens vous ont demandé combien d'extraditions déjà, sur la douzaine ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, c'est les magistrats qui parlent entre eux, et c'est une bonne chose, ce n'est pas à un ministre, notamment pas à un ministre de l'Intérieur italien, de se mêler du travail de la justice.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce qu'ils font, mais si les faits ne sont pas prescrits il faut renvoyer à Messieurs SALVINI et DI MAIO…

NATHALIE LOISEAU
Pas à Messieurs SALVINI et DI MAIO, à la justice.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc à la justice italienne…

NATHALIE LOISEAU
Mais bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La douzaine d'Italiens qui ont été bénéficiaires du droit d'asile depuis les années MITTERRAND.

NATHALIE LOISEAU
Au cas par cas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au cas par cas, et donc la France agirait, dans ces cas-là, comme Monsieur BOLSONARO, le brésilien, qui a rejeté de manière spectaculaire Cesare BATTISTI, on ne va pas faire la même chose ?

NATHALIE LOISEAU
Ne nous comparons pas à Monsieur BOLSONARO, et c'est la justice française qui fera une proposition aux autorités.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le gouvernement italien voudrait qu'on leur rende les tableaux des grands maîtres italiens, et même, parait-il « La Joconde » du Louvre, et le ministre de la Culture français, Franck RIESTER, est allé discuter hier, je ne sais pas encore quels sont les résultats, mais on ne va pas leur rendre « La Joconde », et comment on s'entendrait avec l'Italie, parce que j'ai dit qu'il n'y a que des divorces ou des menaces de ruptures, comment on s'entend avec eux ?

NATHALIE LOISEAU
Non, il n'y a pas des divorces, on travaille tous les jours avec l'Italie. Quand l'Italie dépasse les bornes, quand certains politiciens italiens dépassent les bornes, comme quand Monsieur DI MAIO vient en France rencontrer quelqu'un qui appelle à l'insurrection…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Lui aussi en douce.

NATHALIE LOISEAU
On le dit, on réagit, et d'ailleurs les autorités italiennes ont regretté ce comportement. Le président de la République a parlé avec son homologue italien monsieur MATTARELLA…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui on en est où ?

NATHALIE LOISEAU
Et hier Franck RIESTER a décidé d'aller en Italie, parce que la culture c'est ce qui rapproche nos deux pays. On est deux superpuissances culturelles, la France et l'Italie, cette année c'est le 500e anniversaire de Léonard de VINCI. Léonard de VINCI il appartient ni à l'Italie, ni à la France, c'est un génie mondial, c'est un génie européen.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qui avait vécu en France, et qui a amené ici « La Joconde. »

NATHALIE LOISEAU
Mais bien sûr. Ce que nous souhaitons c'est que les musées italiens et les musées français travaillent ensemble, sans esprit de polémique, sans politiser, là encore, on va voir quelles toiles italiennes peuvent venir en France sans risquer d'être dégradées, et puis l'année prochaine c'est l'année Raphaël, il y a des tableaux de Raphaël qui sont actuellement en France et qui iront en Italie, c'est la magie de l'Europe, c'est la beauté de l'Europe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà un hymne à l'Europe. Vous avez dit tout à l'heure que vous ne seriez pas, ou vous ne voulez pas être tête de liste.

NATHALIE LOISEAU
J'ai dit que je ne suis pas candidate, je l'ai dit 10 fois, merci de me donner à nouveau l'occasion de le redire devant vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais si le président de la République vous disait « Nathalie, ou Nathalie LOISEAU, j'aimerais bien que vous alliez à la tête de liste de la liste macroniste, juppéiste, etc., » vous qui avez été proche de JUPPE, qu'est-ce que vous lui diriez, vous pourriez lui dire « je veux pas y aller ? »

NATHALIE LOISEAU
J'adore ce que je fais, c'est un moment difficile et passionnant pour l'Europe, et j'espère le faire bien, en tout cas j'espère être utile.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais à l'Europe il faut un médecin, Agnès BUZYN y serait bien là ?

NATHALIE LOISEAU
Agnès BUZYN est quelqu'un de formidable pour qui j'ai à la fois de l'amitié et de l'estime.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites ça pour l'encourager à y aller, pour pas que ce soit vous ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, si elle a envie d'y aller… si elle a envie d'y aller, mais je l'ai entendue dire un petit peu autre chose, je crois qu'elle fait aussi un travail magnifique, notamment sur la santé, mais pas seulement, si elle a envie d'y aller ce serait une très belle tête de liste, ce n'est pas à moi de le dire, c'est à elle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites non, c'est un non définitif, qu'on le sache ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, je ne suis pas candidate, c'est la 12e fois que je le dis.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'y aura pas de 13e avec moi. Est-ce que la bataille pour l'Europe se fera vraiment entre progressistes et national-populistes ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, regardez ce qui se passe partout en Europe, si l'Europe va mal c'est qu'aujourd'hui il y a des nationalistes qui veulent détruire le projet européen, qui n'ont que du rejet et aucun projet, on a besoin de tout le contraire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je vous remercie d'être venue, vous connaissez tous les leaders et tous les mécanismes de l'Europe, qui est souvent coupée du peuple, vous l'avez dit tout à l'heure, vous voudriez le contraire, en avril vous allez publier une bande dessinée…

NATHALIE LOISEAU
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas la première, vous en avez fait une sur la démocratie.

NATHALIE LOISEAU
Une fan de BD, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà, une bande dessinée, « l'Europe racontée aux enfants. »

NATHALIE LOISEAU
Oui, parce que je pense qu'on connaît mal l'Europe, c'est une bande dessinée qui n'est pas « eurobéate », je dis aussi mes énervements sur ce qui ne marche pas dans l'Europe, mais je pense qu'on a besoin de comprendre et de savoir l'héritage, dont nous sommes tous les héritiers, de le faire vivre et de le faire progresser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Envoyez-nous cette bande dessinée, on les lit volontiers, et Clélie et Romain aussi…

NATHALIE LOISEAU
Avec plaisir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A vous maintenant, l'information continue sur CNEWS. Merci d'être venue.

NATHALIE LOISEAU
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er mars 2019