Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, à LCI le 29 mai 2019, sur la politique industrielle, les élections européennes et la politique du logement.

Prononcé le

Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le ministre de la Ville et du Logement est notre invité ce matin, bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va commencer par deux dossiers industriels, qui peut-être signent une forme d'échec du gouvernement, on a appris que après, 2 jours après les résultats des européennes, il y a quand même deux entreprises qui vont mal, ça concerne deux régions, deux territoires, Belfort d'abord avec GENERAL ELECTRIC, et puis WHIRLPOOL dans le fief du président de la République. Est-ce que c'est un hasard s'il a fallu attendre les élections, la fin des élections européennes, pour que ces dossiers industriels ressortent ?

JULIEN DENORMANDIE
J'entends cette petite voix effectivement s'élever. Vous prenez le dossier de Belfort, de G.E à Belfort, c'est un dossier qui est connu depuis des semaines, il y a eu beaucoup de réunions avec les élus locaux, avec…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais la suppression de 1000 emplois intervient aujourd'hui.

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais c'était un dossier qui était connu, pour une raison très simple, qui est malheureuse, mais qui est très simple à expliquer, que tout le monde comprend, c'est qu'aujourd'hui le site de Belfort il produit à peu près une trentaine de turbines à gaz, il y a 10 ans il en produisait 3 à 4 fois plus. Pourquoi ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le marché s'effondre.

JULIEN DENORMANDIE
Parce que le marché s'effondre. Et pourquoi il s'effondre ? Parce qu'on veut aussi cette transition écologique, donc faire plus d'énergies renouvelables et moins d'énergie avec des turbines à gaz ou des turbines à charbon, et donc c'est aussi le sens de l'histoire de faire plus de renouvelables et moins de gaz et moins de charbon.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais alors, qu'est-ce qu'on fait pour ce millier de salariés, qui va être victime de la transition écologique si je puis dire ?

JULIEN DENORMANDIE
Un, on les accompagne, et ça c'est essentiel, moi j'ai travaillé, il s'avère, dans un passé, sur l'accompagnement des entreprises de petite taille qui avaient des difficultés sur le territoire, et là vous fait deux choses, à chaque fois, un votre obsession doit être d'accompagner tous les salariés, c'est-à-dire de faire en sorte que tous ceux qui peuvent continuer à travailler dans l'entreprise puissent le faire, et puis deuxièmement, ceux qui ne peuvent pas, à ce moment-là puissent être accompagnés vers de nouveaux jobs et de nouveaux emplois. Et puis deuxièmement, c'est la revitalisation du territoire. Sur Belfort, aujourd'hui, la question, et Bruno LE MAIRE y travaille, c'est de se dire si on fait moins ou pas de turbines, est-ce qu'on ne peut pas développer de nouvelles branches industrielles.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et ça c'est le rôle de l'Etat, de savoir quelles branches on va développer ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien c'est le rôle de l'Etat de s'assurer que l'entreprise qui ferme mette les investissements nécessaires pour pouvoir redynamiser le territoire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
… une entreprise qui ferme, vous dites ce matin, on ne va pas intervenir, avec GENERAL ELECTRIC sur… s'ils décident de fermer et de supprimer 1000 emplois c'est leur rôle.

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais vous avez un Etat de droit, vous avez des droits, mais aussi des devoirs dans…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce qu'on a donné beaucoup d'argent à GENERAL ELECTRIC, comme à WHIRLPOOL, dont on parlera, pour rien finalement.

JULIEN DENORMANDIE
GENERAL ELECTRIC, aujourd'hui, du fait des engagements qu'il a pris, devant l'Etat, met en place un fonds de 50 millions d'euros, et ce fonds de 50 millions d'euros il vise justement à redynamiser le territoire. Parce que, encore une fois, vous pouvez… et ça peut être, d'un côté, le sens de l'histoire, ou de l'autre côté des difficultés, tout le monde peut comprendre qu'ici où là des industries aient l'obligation de fermer, mais par contre tout le monde est en train d'attendre du gouvernement qu'il obtienne des entreprises, justement, cet effort pour réindustrialiser le territoire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais, vous avez raison Julien DENORMANDIE, mais regardez le cas WHIRLPOOL, qui a été en fait, notamment, un exemple industriel au coeur de la campagne présidentielle, on se souvient que, et Emmanuel MACRON, et Marine LE PEN, s'étaient rendus sur place, Emmanuel MACRON a dit « je ne vous laissera pas tomber », enfin pas tout à fait, il était quand même plus nuancé, en tout cas il a fait un plan, il a participé, il a contribué au plan de redressement, et puis finalement, 1,5 an après, 1 an après, eh bien le repreneur est en dépôt de bilan.

JULIEN DENORMANDIE
Mais que vous ayez des entreprises qui aient des difficultés, y compris une entreprise qui a repris une ancienne entreprise, ça encore, vous avez des réalités, tout le monde le sait très bien, le rôle de l'Etat, dans ce cas-là, c'est d'accompagner pour ne jamais, jamais, laisser tomber les salariés, ne jamais laisser tomber les sites industriels.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais on leur a fait croire il y a 1 an…

JULIEN DENORMANDIE
Pas du tout, on s'est battu.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'ils allaient pouvoir continuer à travailler.

JULIEN DENORMANDIE
Pas du tout, on s'est battu, on s'est battu pour trouver un repreneur, et on continuera à se battre pour faire en sorte que le repreneur, soit puisse continuer, soit qu'un autre puisse prendre le relais. L'emploi industriel ce sont des combats, et ces combats on les mène, parfois on perd, parce que, quand aujourd'hui vous produisez des centrales à gaz ou à charbon, et que le marché n'existe plus, et que pour une transition écologique c'est très bien ainsi, donc parfois ce combat-là vous ne pouvez pas le gagner, mais vous en gagnez d'autres, c'est-à-dire redévelopper d'autres technologies ou redynamiser d'autres sites industriels. Moi je tiens à conclure sur un point, c'est que, pour la première fois, depuis plus de 10 ans, notre pays a recréé des emplois industriels, c'est essentiel…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça c'est vrai, mais ça veut dire que, du coup, qu'est-ce que vous dites ce matin aux salariés de WHIRLPOOL et de GENERAL ELECTRIC qui nous regardent ?

JULIEN DENORMANDIE
Que l'Etat sera à leurs côtés, et pour eux, et pour les sites et les territoires, donc je le dis…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais c'est dur pour eux quand même, vous savez, parce que…

JULIEN DENORMANDIE
Mais moi j'ai fait ce travail pendant plusieurs années d'accompagner les salariés, je connais à la fois la souffrance, le stress, le côté imprévisible qui est terriblement angoissant, et c'est pour ça que l'Etat se doit d'être à leurs côtés, c'est ce que nous faisons, c'est ce que fait Bruno LE MAIRE, Agnès PANNIER-RUNACHER, et nous continuerons en ce sens. Mais il faut aussi dire que notre pays, pour la première fois depuis 10 ans, recrée des emplois industriels. Moi je crois dans l'industrie française, je crois dans cette attractivité des territoires. Voyez ce dernier élément, où, pour la première fois la France est rentrée dans le Top 5 des pays les plus attractifs, donc des entreprises viennent pour y installer de l'emploi, et c'est très bien ainsi, on va continuer en ce sens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on va parler des élections européennes 3 jours après. Alors, c'est marrant, parce que le soir-même vous étiez derrière le Rassemblement national, et puis finalement la petite musique depuis c'est, au fond vous avez gagné cette élection, vous avez fait exploser la droite façon puzzle, comme le dirait Emmanuel MACRON, et puis finalement vous avez finalement un rival pour 2022, qu'est le rival idéal, Marine LE PEN. J'ai bien résumé ?

JULIEN DENORMANDIE
Donc, je crois qu'on a eu déjà beaucoup d'humilité parce que, vous savez, à la fin on a le même nombre de sièges, entre le front national et La République en marche, c'est-à-dire on va envoyer le même nombre de députés européens…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et ça, symboliquement, c'est important pour vous, au Parlement ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est important, pour moi c'est la première fois que La République en marche envoie des députés au Parlement européen, c'est-à-dire que le combat européen, ça y est, il est là, on aura des personnes qui, au sein du Parlement, vont se battre pour une Europe plus sociale, plus écologique, pour une Europe avec une économie qui soit plus attractive, donc ça c'est très bien. Maintenant, la question que vous pose c'est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En pourcentage, vous êtes un petit peu en-dessous.

JULIEN DENORMANDIE
Bien sûr, et moi, vous savez, moi j'ai toujours eu un engagement qui a été aussi fondé sur la lutte contre les extrêmes, et moi je ne vous dis pas que le Rassemblement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc c'est un échec quand même ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est une grosse déception, oui, c'est parce que le Rassemblement national c'est le front national, et donc moi mon objectif a toujours été de pouvoir me battre contre les extrêmes, avec un projet, un projet pour l'Europe, un projet pour la transition, transition écologique, numérique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais, on va se parler franchement, ça là, 8,5 % Les Républicains, c'est une bonne nouvelle.

JULIEN DENORMANDIE
Non, détrompez-vous.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pour vous.

JULIEN DENORMANDIE
Mais non, moi j'aurais vraiment préféré que tout le débat démocratique, au moment de l'élection, notre principal adversaire, soient des partis républicains traditionnels, comme Les Républicains, comme le Parti socialiste, plutôt qu'un parti d'extrême comme le front national.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais ça veut dire que lors du duel 2022 ça va être plus facile de gagner, c'est ce que vous pensez en tout cas.

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais attendez, le front national… il faut quand même qu'on réalise que le front national c'est la deuxième fois qu'il arrive en tête des élections européennes, que Marine LE PEN elle a été au second tour de la dernière élection présidentielle, moi tout ça je ne l'oublie pas, qu'aujourd'hui vous avez beaucoup de nos concitoyens qui vont se retrouver dans le repli que propose le Front national, et ça moi je ne l'accepte pas, je ne le juge pas, mais je ne l'accepte pas en ce sens où ça veut dire que mon combat il continue, mon combat doit continuer pour faire en sorte que toutes celles et ceux qui aujourd'hui se retrouvent dans le Rassemblement national, eh bien ils comprennent que c'est une voie de repli, une voie sans issue, et qu'au contraire il faut constituer un vrai projet, projet de société, ouvert, conciliant, et que ça c'est ce que la majorité présidentielle, notamment, propose.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors j'imagine que vous avez, comme nous tous, décortiqué les résultats électoraux, vous avez vu que, sur les fiefs de la droite, que ce soit en province, dans les grandes villes, dans l'Ouest, mais aussi dans les quartiers chics parisiens, le 16e, le 7e, Neuilly, c'est La République en marche qui est devenu le premier parti, et de loin. Est-ce que vous êtes devenu un parti de droite ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, moi je pense qu'on a… alors, on est un parti de rassemblement, pour répondre à votre question, de rassemblement, et c'est essentiel parce que le, et de droite, et de gauche, le « et en même temps » qui était…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais c'est plutôt « et de droite et de droite », là, non ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, eh bien vous savez moi je viens, par exemple je suis plutôt un catho de gauche comme on dit, donc moi j'ai des racines sociales très fortes, et je me retrouve pleinement dans le projet politique d'En Marche…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais la droite aussi elle a été une droite sociale à un moment donné, vous avez repris les codes, quand vous dites catho de gauche, vous avez repris les codes d'une droite sociale.

JULIEN DENORMANDIE
Mais non, mais vous savez, pour moi ce qui est essentiel dans En Marche, dans ce qu'on fait, c'est que nous avons créé un mouvement politique autour d'un projet, d'un projet européen, d'un projet écologique, d'un projet social, d'un projet d'économie, là où les partis traditionnels, et c'est pour ça que moi je crois, malheureusement, dans la fin de ces partis traditionnels. La droite aujourd'hui, quel a été son projet ? Ce n'était pas un projet, c'était un rassemblement identitaire, c'était ça la réalité, et donc d'un côté…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais quand vous regardez…

JULIEN DENORMANDIE
Juste pour terminer – d'un côté vous aviez un rassemblement identitaire, avec aujourd'hui beaucoup de voix qui s'élèvent en disant « est-ce que la ligne de WAUQUIEZ sur ce rassemblement identitaire était la bonne ou pas ? »

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Apparemment non, c'est ce que lui disent tous ses camarades de jeu.

JULIEN DENORMANDIE
Manifestement non, et j'ai l'impression qu'il y a beaucoup d'explications, entre les membres de la même famille, qui sont en train de se faire. Et puis de l'autre côté, face à ce repli identitaire, si je puis dire, ou ce rassemblement identitaire, vous aviez un rassemblement de projet, ce que nous nous proposons, avec la majorité présidentielle, en disant vous pouvez avoir une identité initiale de droite, ou de gauche, mais si vous croyez dans l'Europe, si vous croyez dans cette transition écologique, si vous croyez dans l'économie, eh bien à ce moment-là rassemblez-vous autour de ce projet. Je crois que, dans la vie, on avance avec les projets.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais alors quand même, quand vous regardez les têtes d'affiche de ce gouvernement, le Premier ministre, le ministre de l'Economie, le ministre du Budget, le ministre des Territoires, c'est quand même, c'est un peu…

JULIEN DENORMANDIE
C'est sympa pour les autres de dire que les autres ne sont pas des têtes d'affiche, j'aurais pu vous en mettre d'autres aussi, ce sont…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'accord, mais enfin je vous ai pris le Premier ministre et les ministres de Bercy, c'est des gros ministres, c'est des têtes d'affiche.

JULIEN DENORMANDIE
Eh ben oui, non mais attendez, regardez le ministre de la Défense, regardez le ministre des Affaires étrangères, regardez le ministre de l'Agriculture, donc non ! Vous savez, En Marche, moi j'y étais au premier jour, En Marche on a fondé toujours sur cette ouverture, c'est-à-dire on part d'un constat, mais que tout le monde fait, que ce constat qui est de dire un parti politique ça ne peut pas être une identité uniquement, c'est un projet, et nous on a fait ce projet de rassemblement, on compte bien continuer à le faire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors justement, vous voulez être, et de droite, ça on avait compris, vous l'étiez quand même un peu, et de gauche, et on a vu, quand on décortique encore une fois les résultats de l'élection de dimanche, vous avez perdu une partie de vos, et de gauche, de vos électeurs de gauche, qui ont notamment voté pour Yannick JADOT, Europe Ecologie-Les Verts, c'est très clair dans les statistiques, est-ce que vous avez perdu, vous êtes en train de perdre, votre aile gauche, qui finalement est en train de constituer un pôle écologique, social, de gauche, autour de Yannick JADOT ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne sais pas si on l'a perdu, mais force est de constater qu'on n'a pas suffisamment convaincu, et je pense qu'il faut le dire là aussi avec beaucoup d'humilité, parce que, ce qui est très paradoxal, c'est que rarement un gouvernement a autant fait en faveur de la transition écologique. On ferme les centrales à charbon, moi, dans mon domaine, on accompagne énormément la transition énergétique des bâtiments, on lutte contre les pesticides, donc on fait beaucoup de choses, mais, mais…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais attendez, on vous dit que ça ne va pas assez vite, on vous dit que le glyphosate, finalement c'est 5 ans, on vous dit que le pesticide…

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais attendez, le glyphosate c'est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Que votre majorité a voté une loi pour continuer à produire des pesticides en France et les exporter, que les centrales nucléaires on les ferme moins vite que prévu.

JULIEN DENORMANDIE
Tous ceux-là sont de merveilleux exemples, les centrales nucléaires…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est vrai ce que je dis ou pas ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais non, parce que les centrales nucléaires, regardez, on est le premier gouvernement à mettre effectivement en place la fermeture des deux premiers tranches…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
De Fessenheim.

JULIEN DENORMANDIE
De Fessenheim. Sur les centrales à charbon, songez qu'il y a encore des centrales à charbon dans notre pays, on est le premier gouvernement à y mettre fin. Sur le glyphosate, ça fait des années que ça existe le glyphosate, on est le premier gouvernement à dire, y compris à Bruxelles, ça ne va pas assez vite, donc on va faire cette transition.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais est-ce que ça va assez vite par rapport çà l'urgence climatique ?

JULIEN DENORMANDIE
Evidemment non.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Regardez la jeunesse, elle est allée voter pour l'écologie !

JULIEN DENORMANDIE
Evidemment non, et donc…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les 18-24 ans, le premier parti chez les 18-24 ans c'est l'écologie.

JULIEN DENORMANDIE
Mais, on est tout à fait d'accord, donc évidemment non, et c'est pour ça que je vous dis avec beaucoup d'humilité, on n'a pas suffisamment convaincu, alors même qu'on fait beaucoup de choses, et donc face à ça qu'est-ce qu'il faut faire ? Eh bien il faut aller encore plus vite, aller encore plus fort. Moi mon défi, dans le domaine de l'habitat, c'est de faire en sorte que nos concitoyens ils puissent rénover leurs bâtiments, de façon beaucoup plus rapide…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce qu'il y a beaucoup de passoires énergétiques, dans les logements qu'occupent les Français.

JULIEN DENORMANDIE
Il y en a énormément, et les passoires énergétiques c'est des problèmes écologiques, mais c'est des problèmes de pouvoir d'achat.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous avez changé, par exemple il y avait des déductions pour les fenêtres etc., au début du quinquennat vous avez enlevé tout ça.

JULIEN DENORMANDIE
Non, aujourd'hui, moi je vais vous donner un exemple, dans mon ministère…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est les signaux que vous avez envoyés au départ, vous êtes d'accord ou pas ? D'ailleurs vous avez corrigé le tir.

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais s'il y a eu des incompréhensions, c'est possible, et c'est pour ça que je vous dis, encore une fois, on n'a pas suffisamment réussi à convaincre, donc il faut aller beaucoup plus vite et fort sur cette transition. Moi, dans le domaine du bâtiment, mon objectif il est très simple, c'est que les Français ils puissent rénover énergétiquement leurs bâtiments. Aujourd'hui vous avez plein d'aides différentes, c'est très compliqué d'utiliser…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'est-ce qu'on fait alors, pour que ce soit plus simple ?

JULIEN DENORMANDIE
Typiquement, sur la rénovation énergétique des bâtiments, il faut simplifier tout cela, il faut faire en sorte que, aujourd'hui, quiconque puisse appeler un numéro de téléphone, on l'a créé, ça s'appelle « Faire », c'est le 0808.800.700, en disant si vous…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
0808.800.700.

JULIEN DENORMANDIE
800.700, si vous appelez ce numéro de téléphone vous avez derrière quelqu'un qui vous accompagne, qui vous dit pour faire la transition, la rénovation du bâtiment, voilà comment on va faire. Il faut également accompagner là où c'est très difficile, on sait que pour certaines personnes vous avez le sujet du reste à charge, avec François de RUGY, par exemple, on a créé la chaudière à 1 euro, cette chaudière à 1 euro ça permet d'avoir un reste à charge nul pour toutes celles et ceux qui en ont besoin. Mais on sait aussi un phénomène qui est très compliqué à résoudre, ce sont, dans les endroits les plus ruraux, un certain nombre de pavillons, parce que ça coûte beaucoup d'argent de les rénover, eh bien avec les partenaires sociaux on lance, au début du mois de septembre, un très grand plan de rénovation de 25.000 pavillons dans les territoires les plus ruraux. Tout ça c'est du très concret, il faut encore accélérer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on va parler d'une de vos responsabilités, c'est la construction de logements, et là, franchement, Julien DENORMANDIE, c'est en panne, on a vu des nouveaux chiffres hier, de mises en chantier et de permis de construire, -6,6 % sur 1 an, sur 3 mois pour la… ça c'est les mises en chantier, et -8 % pour les permis de construire. Ça ne va pas la loi Denormandie, ça ne fonctionne pas ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, alors vous avez plein de raisons qui expliquent ces chiffres, y compris quand vous faites des réformes, parce qu'on a fait beaucoup de réformes de fond sur le logement, vous venez de le dire, et donc, au moment où vous faites des réformes vous avez aussi des personnes qui se demandent quelles vont être la fin de ces réformes, et donc vous pouvez avoir un certain attentisme. Et puis après vous avez d'autres raisons, vous avez des élections locales qui arrivent, on sait que ce n'est jamais le bon moment de constructions à ce moment-là, et donc…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a une pénurie de logements en France, c'est ce qui pousse les loyers à la hausse, et les prix de l'immobilier à la hausse, vous le savez ça.

JULIEN DENORMANDIE
Mais bien sûr, il en manque profondément…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On ne construit pas assez.

JULIEN DENORMANDIE
On ne construit pas assez.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On en construit moins.

JULIEN DENORMANDIE
Et donc, moi, mon objectif, c'est de faire en sorte que la loi, qui a été finalisée, qui a été adoptée, qui aujourd'hui a donné lieu à tous les textes d'application, elle puisse entrer en oeuvre le plus rapidement possible.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est pas le cas encore ?

JULIEN DENORMANDIE
Quand vous passez la loi, la loi a été votée il y a quelques mois tout juste, vous avez ce qu'on appelle les décrets d'application, est-ce que ça me satisfait ? non, c'est le temps institutionnel, et donc moi mon boulot, c'est de faire en sorte que ça aille le plus vite possible, pour que cette loi entre en vigueur et que, effectivement, demain il soit plus facile de construire, avec la même qualité.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc si vous en réinvite dans 1 an, ça sera en plus les chiffres de construction de logements en France ?

JULIEN DENORMANDIE
En tout cas c'est ce pourquoi je me lève tous les matins, sur la construction, et puis sur un deuxième sujet, moi j'en ai fait un très gros marqueur de mon action, c'est sur la rénovation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça on en parlé, notamment énergétique.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, la rénovation énergétique, après vous avez d'autres rénovations, par exemple la rénovation des grandes copropriétés dégradées, la rénovation urbaine, ou l'investissement locatif. J'ai lancé un nouveau dispositif qui dit que toutes les personnes qui nous écoutent et qui veulent investir dans l'immobilier, vous avez le choix d'investir, jusqu'à présent, que dans le neuf, eh bien moi maintenant je vous propose d'investir aussi dans l'ancien, avec la rénovation, et je vous incite à le faire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler d'un autre sujet qui intéresse beaucoup les Français, parce que vous êtes toujours rattaché à la Cohésion des territoires, et donc vous avez gardé un peu vos anciens dossiers, notamment la fin des zones blanches. Beaucoup de Français, encore, ont des problèmes pour téléphoner, vous aviez promis, notamment en rallongeant les concessions des opérateurs, que bientôt tout ça n'existerait plus, on en est où là, parce que ça décroche toujours quand on appelle !

JULIEN DENORMANDIE
Oui, ça avance bien, et ça avance très rapidement. Est-ce que c'est suffisant ? Non, c'est-à-dire qu'il faut continuer à mettre en oeuvre un accord essentiel, qu'on a signé il y a tout juste 1 an avec les opérateurs de téléphonie mobile. Cet accord il était incroyablement innovant, c'est 3 milliards d'euros supplémentaires dans le déploiement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et les Français ils peuvent vérifier facilement parce qu'avec leur téléphone ils voient s'ils ont une barre de plus ou pas !

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Depuis le 1er janvier 2018 on a déjà traité 4000 communes qui avaient les anciennes technologies, c'est-à-dire le 2G, le 3G, et à qui on a fait passer aux nouvelles technologies, la 4G. Depuis le 1er janvier 2018 c'est près de 900 zones blanches qui ont été identifiées, qui sont en cours de traitement. Dans les prochaines semaines j'annoncerai de nouvelles zones blanches qu'on continue à identifier, et qui feront l'objet de ce traitement. Donc, ça fait que ça avance, il faut que ça avance encore plus vite, ça c'est mon boulot, mais aujourd'hui on s'est donné les moyens, à la fois d'apporter des solutions sur le mobile, parce que c'est insupportable de ne pas avoir ces barres sur le téléphone, c'est insupportable, mais aussi sur le numérique, parce qu'aujourd'hui, quand vous habitez dans des villages qui n'ont pas accès au numérique, eh bien c'est les enfants qui partent, c'est l'attractivité du territoire qui est mise en cause, et ça aussi ce n'est pas acceptable, et donc là on a un objectif, qu'on va tenir, c'est du bon débit pour tous en 2020 et du très haut débit pour tous en 2022, on est en cours de déploiement et ça marche très bien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dernière question, il y a encore une nouvelle technologie qui va arriver, la 5G, là il y a une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, avec notamment HUAWEI qui fabrique notamment les équipements de 5G. J'ai vu que, aussi en France, on commençait à faire la guerre à HUAWEI, notamment au Sénat avec une proposition de loi, où on va finalement, l'Etat va contrôler l'identité des équipementiers, et les opérateurs ne sont pas contents.

JULIEN DENORMANDIE
Non, il y a deux questions. La première question c'est, faut-il ou pas développer la technologie 5G ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La réponse est oui.

JULIEN DENORMANDIE
La réponse est oui.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il faut le faire avec les Chinois ?

JULIEN DENORMANDIE
D'abord, la premier étape c'est qu'il faut que le régulateur français ouvre les fréquences, c'est-à-dire ouvre…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mettre aux enchères les fréquences.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, et donc ça c'est en cours de déploiement et c'est géré par mes amis de Bercy. Et après il y a une deuxième question c'est s'assurer que notre réseau, notre réseau de téléphonie…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ne sera pas espionné par les Chinois, parlons clairement.

JULIEN DENORMANDIE
Il soit totalement sûr, et ça je crois que tout le monde peut le comprendre, et donc il y a eu des initiatives parlementaires à ce titre qui sont en discussion.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On fait comme TRUMP, on fait la guerre à HUAWEI ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, moi je ne suis pas dans des questions de guerre ou pas guerre, je suis par contre dans des questions de protection, de protection des données, de protection de sécurité des réseaux, et je crois que toutes celles et ceux qui nous écoutent le comprennent bien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE d'avoir été notre invité.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juin 2019