Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à France 2 le 20 septembre 2019, sur l'accord CETA entre l'UE européenne et le Canada, la question climatique et les tensions dans le Golfe persique.

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Texte intégral

JEFF WITTENBERG
Bonjour Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

JEFF WITTENBERG
Merci d'être avec nous. On va d'abord parler du CETA, parce que c'est votre dossier au sein du gouvernement. Le CETA, je rappelle, l'accord de libre-échange avec le Canada, qui suscite tant de controverses, à la fois dans la sphère politique et surtout chez les agriculteurs. Or vous, ce matin, vous annoncez un bilan, parce qu'en fait on ne le sait pas toujours, mais le CETA s'applique provisoirement depuis 2 ans, et vous dites, à contre-courant quand même de tout ce qu'on entend par ailleurs, que cet accord a été bénéfique pour la France.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, cet accord est un bon accord pour les Français, pour l'emploi français.

JEFF WITTENBERG
Expliquez-nous alors.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et j'ai un chiffre très concret, c'est qu'en 2 ans nous avons multiplié notre excédent commercial par 20. Tenez-vous bien, il était de 40 millions d'euros avec le Canada en 2017, et aujourd'hui nous sommes à 800 millions d'euros. Donc ça veut dire que les PME françaises eh bien elles ont trouvé plus de débouchés, plus d'exportation. C'est très important, ça concerne aussi des PME de l'agroalimentaire. J'ai en tête toute la filière des produits laitiers, du fromage, qui a vu ses exportations bondir de 20 %.

JEFF WITTENBERG
Mais alors, pourquoi diable les agriculteurs dans leur immense majorité, sont-ils vent debout contre cet accord ? Ils ne comprennent pas ce que vous dites ? Ils sont de mauvaise foi ? Que se passe-t-il ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois qu'il y a eu aussi une instrumentalisation du débat, par les oppositions, et je le regrette, parce qu'il est important d'en revenir à la réalité et aux faits. En matière de santé, nous ne transigeons et ne transigerons jamais, naturellement avec nos normes.

JEFF WITTENBERG
C'est-à-dire, par exemple, nous n'exporterons pas de viande nourrie aux farines animales, comme le dénoncent certains ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Par exemple. Ça veut dire que cet accord interdit naturellement l'importation en France et en Europe de boeuf aux hormones, de saumon transgénique, et que nous menons des contrôles scrupuleux. Il est très clair que nous ne transigeons pas sur cet aspect-là. Je dis que notre filière agricole elle a beaucoup à gagner. Quand je vous parlais des chiffres des produits laitiers, c'est de l'élevage et donc c'est également…

JEFF WITTENBERG
Mais l'information ne passe pas ? Pourquoi ne le comprennent-ils pas ces agriculteurs ? Pourquoi s'en prennent-ils aux députés de la République En Marche qui ont voté pour ce texte ? Quel est le message qui passe et quelle est surtout la réalité que vous n'arrivez pas, vous, à faire passer visiblement ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois que la mondialisation elle est une chance pour nos filières. Regardez notre export agroalimentaire est parmi nos meilleurs résultats, et donc je crois que l'on a besoin de montrer que l'on a protégé nos indications géographiques avec cet accord. Par exemple, le jambon de Bayonne, avant il était copié, et les Canadiens étiquetaient « Jambon de Bayonne », désormais ils n'ont plus le droit, parce que l'accord l'interdit, donc on protège nos producteurs, nos terroirs.

JEFF WITTENBERG
Monsieur LEMOYNE, avant d'être ministre vous êtes un élu de l'Yonne, je crois, est-ce que vos amis agriculteurs de l'Yonne ils entendent ce discours, est-ce qu'ils vous disent : « Oui, c'est vrai, tu as raison – pour ceux qui vous connaissent bien – effectivement, c'est bon pour nous le CETA » ou est-ce que vous les avez déjà convaincus ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Eh bien en tous les cas je n'arrête pas d'expliquer matin midi et soir…

JEFF WITTENBERG
Il y a un effort de pédagogie.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
... les bénéfices de cet accord, et surtout le fait qu'il n'y a pas de crainte à avoir, il y a seulement 12 tonnes de viande canadienne qui sont venues en France en 2018, sur une consommation française de 1,3 million de tonnes, c'est 0,01%, parce que les Canadiens ne sont pas outillés pour exporter de la viande qui respecte nos normes, et donc nous, dans ces cas-là, on n'accepte pas.

JEFF WITTENBERG
Donc vous rassurez vos interlocuteurs.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout à fait.

JEFF WITTENBERG
Est-ce que des accords de libre-échange commerciaux sont compatibles avec la transition écologique, commercer c'est transporter, transporter c'est avoir plus d'empreinte carbone. Comment vous justifiez ça aujourd'hui ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors justement, le chef de l'Etat, le président de la République, souhaite que la France porte un message audacieux, et nous l'avons d'ailleurs assumé, lorsque nous avons voté contre l'ouverture de négociations, justement, commerciales avec les Etats-Unis, parce que les Etats-Unis sont sortis de l'Accord de Paris. Et aujourd'hui, eh bien le climat, la biodiversité, pour nous c'est au coeur de l'action. C'est une journée aujourd'hui qui est importante, eh bien nous l'avons assumé également avec le Mercosur, le chef de l'Etat l'a dit…

JEFF WITTENBERG
Il n'est pas signé pour l'instant.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le Brésil n'a pas respecté ses accords pris... ses engagements pris lors de des Accords de Paris, eh bien dans ces cas-là il n'y a pas d'accord possible.

JEFF WITTENBERG
Alors justement, l'environnement, vous allez vous envoler pour New-York avec le chef de l'Etat dimanche pour le sommet de l'ONU. En marge de ce sommet il y aura un sommet sur le climat, lundi, à New-York, on a envie de dire : un sommet de plus. Il y en a au moins un par an, voire deux, il y a la COP 22, 23, et pendant ce temps des scientifiques annoncent que le réchauffement sera sans doute supérieur aux 2°prévus par l'accord de Paris au cours du XXIème, siècle donc à quoi servent tous ces sommets finalement, auxquels ne participent pas par exemple des personnalités comme monsieur BOLSONARO ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le président République a souhaité que le climat soit au coeur de son déplacement aux Nations-Unies. Et donc il y aura d'une part le Sommet pour le climat organisé par les Nations-Unies, et le président va réaffirmer notre ambition, nos objectifs. Mais surtout, la France organise, prend l'initiative à la suite du G7 de Biarritz, où vous vous souvenez nous avions fait une mobilisation des pays du G7 pour l'Amazonie, eh bien nous allons poursuivre cette mobilisation avec une réunion spéciale dédiée à l'Amazonie, pour que, enfin on puisse fédérer les énergies, fédérer les moyens…

JEFF WITTENBERG
Dans les dirigeants brésiliens ou avec ? Avec les dirigeants brésiliens ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
En tous les cas avec un grand nombre de dirigeants de la région. Le président colombien sera là, le président chilien sera là, nous avons beaucoup d'Etats de la région qui sont représentés, parce que l'Amazonie ça concerne 8 et 9 pays, la France est un pays amazonien avec la Guyane, et donc ce n'est pas seulement le Brésil, c'est également l'ensemble de la région qui est concerné, et là eh bien on va voir comment mieux travailler ensemble et mettre des moyens.

JEFF WITTENBERG
Va-t-il poursuivre, Emmanuel MACRON, son offensive, vous en parliez à l'instant, entamée au G7 à Biarritz sur un autre sujet, c'est-à-dire sur le rapprochement avec l'Iran, alors que l'Iran aujourd'hui est suspecté d'avoir téléguidé, on le sait, l'attaque menée contre les installations pétrolières en Arabie Saoudite. Est-ce que c'est encore un bon interlocuteur, crédible en tout cas pour la France ? Est-ce que le président va rencontrer notamment le président ROHANI ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
L'assemblée générale des Nations-Unies a cette vertu que tous les dirigeants du monde entier sont là et sont présents et donc c'est l'occasion pour la France, qui est une puissance d'équilibre dans le monde, eh bien de pouvoir parler à tout le monde, pour essayer d'engager une désescalade. Parce qu'après les événements que nous avons connus le week-end dernier, l'attaque contre l'Arabie Saoudite qui doit être condamnée, naturellement…

JEFF WITTENBERG
Mais l'Iran est mis en cause.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Eh bien une enquête internationale est en cours pour déterminer d'où vient l'attaque, par qui. Et c'est à l'issue qu'il faudra se prononcer. Mais ce que je peux vous dire, c'est que ces événements, on sait que tout peut s'embraser très vite, eh bien ils montrent que la désescalade elle est impérative et que la France elle a un rôle à jouer dans ce cadre-là, pour engager ce chemin-là.

JEFF WITTENBERG
Mais dans ces attaques contre l'Arabie Saoudite, vous, Jean-Baptiste LEMOYNE, est-ce que vous croyez à une responsabilité de l'Iran, qui semble en tout cas approuver au moins ces attaques ? Quelle est votre position ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Attendons encore quelques heures. Une enquête internationale est en cours sur le sol de l'Arabie Saoudite. Vous savez, ces sujets sont trop importants pour qu'on se prononce à la va-vite. Ce que je veux dire, c'est que la France elle porte vraiment une parole qui est celle justement du retour à des fondamentaux. Travaillons au retour à l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, pour que l'on ait la garantie que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire à un moment.

JEFF WITTENBERG
Dernière question, vous me répondez très vite s'il-vous-plaît. Vous venez, on le sait, des Républicains, de la droite, est-ce que vous approuvez, avant de d'avoir rejoint le gouvernement d'Emmanuel MACRON, le tournant opéré sur la politique d'immigration que le président dit vouloir regarder en face. Tout le monde a parlé d'un durcissement voire d'une attitude un peu électoraliste sur ce point, quel est votre sentiment ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
On n'a pas de tournant. Ce sujet-là nous l'avons déjà évoqué avec la loi qu'avait portée en son temps Gérard COLLOMB. Le président, ce qu'il dit, c'est qu'aujourd'hui nous ne sommes ni humain, ni efficace en matière de gestion des flux migratoires, et donc il convient d'avoir le débat pour avoir une vraie stratégie et des outils adaptés.

JEFF WITTENBERG
On vous a entendu ce matin. Julien DENORMANDIE, l'un de vos collègues au gouvernement, sera l'invité, je le précise pour ce week-end, de l'émission « Un dimanche en politique sur France 3 ». Merci beaucoup Jean-Baptiste LEMOYNE, Laurent c'est à vous et je vous souhaite une très bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 septembre 2019