Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à Radio Classique le 2 avril 2019, sur la poursuite du grand débat national et le remaniement ministériel.

Texte intégral

Marlène SCHIAPPA 
Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, 
chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes 
et de la lutte contre les discriminations

Radio Classique, Guillaume Durand – 8h15

2 avril 2019


GUILLAUME DURAND
Nous allons parler de Georges POMPIDOU dans un instant avec Guillaume TABARD, bonjour Marlène SCHIAPPA, le livre s'appelle « Une & indivisible », il s'agit de la République, publié aux éditions de l'Aube, on va en parler dans un instant, du livre et de l'ensemble de l'actualité politique avec ce remaniement, l'arrivée du grand débat à l'Assemblée nationale et aussi l'arrivée, peut-être mouvementée, du président de la République pour clôturer ce grand débat en Corse, ce sera dans un instant.

(…)

GUILLAUME DURAND
« Une & indivisible », le livre est évidemment consacré à la République, Marlène SCHIAPPA bonjour, vous faites partie de ce gouvernement.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

GUILLAUME DURAND
Le remaniement vient d'avoir lieu, il y a deux versions des choses qui circulent dans la presse ce matin concernant le président et le remaniement, certains considèrent que le président est totalement rincé, au bord du burn-out, vous avez probablement lu cet article du Parisien il y a quelques jours, et que ce remaniement, finalement, n'est que le remaniement de quelques proches parce qu'il ne trouverait personne d'autre pour l'accompagner dans son gouvernement, et puis l'autre version des choses c'est, ce sont des proches, il est encore en forme, il va toujours se battre. Quelle est, de ces deux versions, celle qui vous paraît la plus probable ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord moi je suis toujours un peu frappée par la lecture d'articles qui font l'analyse, soit médicale, soit psychologique, des gens qui sont à la tête de l'Etat, ce n'est pas nouveau, on avait des choses assez similaires, par exemple sur Nicolas SARKOZY à l'époque. Ensuite, moi ce que j'observe c'est que le président de la République a, au contraire, une énergie extrêmement forte, assez…

GUILLAUME DURAND
Donc burn-out c'est faux ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je ne partage pas cette analyse…

GUILLAUME DURAND
Non, mais je ne parle pas de l'analyse, je parle de la vision que vous pouvez avoir de lui quand vous le croissez en Conseil des ministres comme hier matin.
MARLENE SCHIAPPA
Moi je vais vous donner un exemple, lorsque nous avons fait un grand débat à Pessac, c'est le dernier grand débat, le dernier déplacement que j'ai pu faire avec le président de la République, il a fait 6 heures de débat avec des femmes, en faisant des réponses circonstanciées, très longues, ensuite nous avons eu un dîner de travail en préfecture qui a duré très longtemps, et ensuite le président a poursuivi par une réunion de travail avec le préfet pour préparer ses prochaines réunions du lendemain, donc je le trouve plutôt extrêmement en forme, oui.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que ce remaniement est un remaniement, finalement a minima, en dehors de la personnalité de Sibeth NDIAYE, qui est soulignée par la presse ce matin ? Au fond les gens disent, Cédric O il est très compétent, Amélie de MONTCHALIN est très compétentes, Sibeth NDIAYE c'est son métier, elle connaît la communication, mais en même temps il n'y a pas de nouveau support politique que beaucoup de remaniements ont apporté dans l'histoire de la Ve République. Bref, ce sont des proches.

MARLENE SCHIAPPA
D'abord moi, en tant que « marcheuse » des premières heures je suis extrêmement heureuse de voir trois personnes qui ont elles aussi fortement contribué au projet d'En Marche, puisque, que ce soit Sibeth NDIAYE ou Cédric O, ils étaient dans la construction du mouvement politique En Marche, et dès la première seconde, et même avant, la campagne présidentielle, et Amélie de MONTCHALIN nous a rejoints très rapidement.

GUILLAUME DURAND
Mais ce n'est pas un élargissement les fidèles.

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est pas un élargissement, mais je ne suis pas certaine que le but de cet ajustement-là c'était d'élargir, d'ailleurs deux des personnes, mais même trois si on inclut Nathalie LOISEAU, qui partent, étaient aussi des proches, Benjamin GRIVEAUX était porte-parole pendant la campagne présidentielle et Mounir MAHJOUBI était directeur du numérique pendant la campagne présidentielle, donc on remplace des gens qui viennent de la même provenance politique, ça ne me choque pas. Mais surtout, sur Sibeth NDIAYE, ce que je voudrais dire, c'est que je trouve ça assez formidable, vous savez que je suis très attachée à la question des rôles modèles, notamment pour les femmes, et moi je suis assez enthousiaste de me dire que Sibeth NDIAYE, de par ses compétences et de par son parcours, est en train de devenir un rôle modèle pour plein de jeunes filles qui la regardent, qui se projettent en elle et qui se disent moi aussi je peux devenir une femme porte-parole du gouvernement, je trouve ça très bien.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous considérez justement – alors cet élargissement, il aura lieu quand, après les européennes ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça je ne sais pas, il y a déjà un élargissement assez important. Vous savez qu'au gouvernement il y a des ministres MoDem, il y a des ministres Agir, il y a des ministres qui ont quitté leur famille politique, des Républicains, comme Bruno LE MAIRE ou Gérald DARMANIN…

GUILLAUME DURAND
Oui, mais ça c'était le départ, moi je parle de maintenant, de la situation d'aujourd'hui, qui est une situation quand même critique.

MARLENE SCHIAPPA
Mais là vous savez qu'on a encore élargi, puisque dans le cadre des européennes nous avons été rejoints par les Radicaux, ce qui est un nouveau partenaire pour nous puisqu'ils ne faisaient pas partie de la majorité présidentielle…

GUILLAUME DURAND
Ça c'est la liste, ce n'est pas le gouvernement.

MARLENE SCHIAPPA
C'est la même chose, c'est le rassemblement qui se fait autour du président de la République et qui réussit à agréger des personnalités très variées.

GUILLAUME DURAND
Vous parlez de la foule, vous citez Jean-Luc NANCY le philosophe du peuple, et de la haine qui règne dans ce pays, Maxime NICOLLE. Quel que soit ce qui va être décidé à l'Assemblée nationale, dans les deux jours qui viennent, concernant le grand débat, quelle que soit la présence d'Emmanuel MACRON en Corse, quel que soit ce débat avec les enfants, vous l'avez vu, sur les réseaux sociaux il dit « nous on continue, en avril, en mai, et peut-être même à la rentrée », donc il n'est pas question d'arrêter. Est-ce que nous sommes dans un pays qui va vivre, d'une manière rémanente, ces épisodes de revendications et de violences, quels que soient les résultats du grand débat ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, moi je crois que c'est inacceptable honnêtement, et assez tôt j'ai été à la fois dans le dialogue, puisque j'ai rencontré très tôt des gilets jaunes, dès le début, dès le mois de novembre, et en même temps dans la grande fermeté, et c'est tout le discours que je partage dans ce livre sur la République.

GUILLAUME DURAND
« Fermeté à l'égard des séditieux » dites-vous dans le livre.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, parce que moi je crois…

GUILLAUME DURAND
NICOLLE c'est quoi, c'est un séditieux ?

MARLENE SCHIAPPA
Complètement. Je crois que quand on attaque, comme il le fait, même symboliquement, et même verbalement, des élus de la République, quand on encourage les violences, quoi qu'on en dise, qu'on les cautionne, qu'on ne les condamne pas, je crois que quand on soutient quelqu'un qui tabasse les forces de l'ordre, moi je pense que ce sont des actes très graves, et je suis choquée qu'il n'y ait pas une condition unanime de la classe politique vis-à-vis de ces actes contre la République, ce n'est plus tolérable. Maintenant nous sommes au mois d'avril, depuis le mois de novembre, tous les samedis sont des samedis de blocages, de violences, ce ne sont plus des revendications.

GUILLAUME DURAND
A partir du moment où la loi anticasseurs est adoptée, vous voulez dire qu'il devrait être arrêté par anticipation, ne serait-ce que pour les propos qu'il tient ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je souhaite que toutes les dispositions de la loi anticasseurs…

GUILLAUME DURAND
Lui, DROUET et les autres ?

MARLENE SCHIAPPA
Une fois qu'elle sera promulguée, soient mises en oeuvre et qu'on puisse…

GUILLAUME DURAND
Et que ces garçons soient arrêtés ?

MARLENE SCHIAPPA
On verra, ce n'est pas de mon ressort, mais tout ce qui est prévu par la loi doit pouvoir être mis en oeuvre. Moi j'ai visité un commissariat, là au Mans, je suis élue du Mans comme vous savez, j'ai visité un commissariat, le commissaire m'a montré les armes utilisées par les gens qui profèrent des violences et des pillages tous les samedis, parmi ces armes il y a des blocs de pierre énormes, il y a des feux d'artifice, ils fabriquent des boucliers en métal, il y a des choses, des boulons qui sont lancés sur les forces de l'ordre, des choses qui sont destinées à blesser grièvement ou à tuer des forces de l'ordre, on ne peut pas laisser ça se produire.

GUILLAUME DURAND
Vous savez que dans ce grand débat, qui va avoir lieu à l'Assemblée nationale, une grande partie de la classe politique ne veut pas y participer, on a l'impression que la majorité attend que l'opposition lui fasse des propositions, alors je vous en suggère une parmi celles qui pourraient passer… est-ce que vous considérez, par exemple, que le vote – enfin, qui sont personnelles, puisque vous réfléchissez… - devrait devenir obligatoire en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne pense pas qu'il soit nécessaire qu'il devienne obligatoire, mais c'est une réponse personnelle, parce que derrière la question du vote obligatoire, qu'est-ce qu'on met, est-ce qu'on met une sanction quand quelqu'un ne vient pas voter, est-ce qu'on met une amende ? Je ne suis pas certaine que ce qui ressort du grand débat ce soit ça. En revanche je pense qu'il pourrait être pertinent de reconnaître le vote blanc et de trouver une manière de faire en sorte que les citoyens puissent davantage s'engager dans la construction de la loi, moi j'ai l'impression que c'est surtout ça la demande qui ressort. On a mené un certain nombre d'auditions, puisque j'ai présidé le groupe de travail sur la démocratie pour La République en marche, et Pierre ROSANVALLON nous a rappelé que la démocratie ce n'est pas juste le pouvoir au peuple, c'est surtout le dialogue permanent entre les élus et les citoyens.

GUILLAUME DURAND
Mais vous vous rendez compte, par exemple, que les jeunes ne votent pas. Prenons l'exemple de la Grande-Bretagne, ils sont tous pour le Brexit en Grande-Bretagne, notamment les Londoniens, ils n'ont pas voté lors du référendum voulu par CAMERON, et du coup ils n'ont pas voté, ils se retrouvent avec le Brexit, qu'ils combattent maintenant, alors qu'ils n'ont pas voté avant, donc il y a peut-être une pertinence à vouloir que le vote devienne obligatoire.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais ça, si vous voulez, c'est un forme de paradoxe, c'est comme les gens, là, autour des gilets jaunes, qui demandent des référendums et qui ne sont pas allés voter aux élections, à un moment il y a des rendez-vous électoraux, c'est un devoir de citoyen que d'aller voter, il y a des gens qui se sont battus pour qu'on puisse avoir le droit de vote et que ce soit un suffrage universel direct en ce qui concerne l'élection présidentielle, je crois qu'effectivement, quand on ne va pas voter, on se plaint pas après.

GUILLAUME DURAND
Vous dites dans le livre « je crois en ce président », beaucoup considèrent que ce président est une provocation, ça a été le cas, vous le savez, du Front national, ça a été le cas de la France insoumise, qui demandent toujours la proportionnelle, qui demandent toujours la dissolution de l'Assemblée. Donc, au fond, il faut quoi, parler de ce qui se passe à l'Assemblée nationale ou dissoudre l'Assemblée nationale, comme le réclament un certain nombre de formations politiques qui se considèrent comme largement sous-représentées ? La France insoumise a même d'ailleurs mis sur pied un institut de sondages qui lui est propre, considérant que les sondages classiques qui sont donnés dans les journaux sont faux.

MARLENE SCHIAPPA
Pourquoi pas, c'est leur droit, leur propre média, leur propre institut de sondages, pourquoi pas. Néanmoins, moi ce que j'observe c'est que, effectivement, une dose de proportionnelle à l'Assemblée nationale me semblerait souhaitable, mais de la même façon que je défends la démocratie, le mandat, c'est confier un mandat à quelqu'un, et pour une durée, donc je pense que si on dissout l'Assemblée nationale dès lors qu'il y a une manifestation, une mobilisation, à l'extérieur, je m'interroge sur le signal qui serait envoyé vis-à-vis de la démocratie, je pense qu'il faut que le mandat puisse se conduire à son terme, et qui nous donne aussi l'occasion d'instaurer une dose de proportionnelle, et pour chacun de se préparer, y compris sur la question du financement des campagnes, sur lequel La République en marche a fait un certain nombre de propositions.

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce que c'est finalement ce nuage informatique qui va permettre de réunir toutes les propositions, qui viennent de tous les côtés, qu'il s'agisse du site Internet ou des cahiers de doléances, c'est le président de la République tout seul qui va décider ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors il y a d'abord un débat…

GUILLAUME DURAND
Parce que c'est un des grands reproches qui lui est adressé !

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais vous savez, je trouve que les gens ont une relation un peu paradoxale…

GUILLAUME DURAND
Tout seul, dans son bureau, il va dire « eh bien voilà, j'ai décidé que. »

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr, mais je trouve que c'est assez paradoxal, c'est-à-dire qu'en même temps on blâme le président de la République de décider seul…

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce que c'est ce qui va se passer ?

MARLENE SCHIAPPA
Pour l'instant il y aura un débat, déjà, à l'Assemblée nationale, ensuite il y a des propositions qui seront faites, le gouvernement travaille et planche, de longue date, collectivement sur ces propositions, et, in fine, il y a quelqu'un qui arbitre, et cette personne c'est le président de la République. La Constitution de notre pays est ainsi faite que, in fine, les arbitrages sont rendus par le président, et on ne peut pas à la fois lui reprocher d'être trop là et pas assez là, et je crois qu'il y a une relation un peu paradoxale d'une partie de la population vis-à-vis du président.

GUILLAUME DURAND
Dernier déplacement, donc le 4 avril, dans 2 jours, à Cozzano en Corse du Sud, la Corse vous connaissez bien, vous en êtes originaire. Des engins explosifs, une enquête du Parquet terroriste. Le moins qu'on puisse dire c'est que le dernier voyage du président en Corse c'est assez mal passé, d'ailleurs Gilles SIMEONI qui tend la main à la France, c'est-à-dire en fait à Paris, et au pouvoir central, on a l'impression qu'il n'a absolument rien obtenu. Ce n'est pas une certaine manière, Emmanuel MACRON, de le mettre en danger lui, parce que fondamentalement en Corse il y a beaucoup de nationalistes, d'autonomistes, qui sont au bord de la violence, encore aujourd'hui, lui il tend la main et finalement on lui refuse.

MARLENE SCHIAPPA
Moi je dirais que la situation en Corse elle a vraiment évolué. Vous avez rappelé que je suis originaire de Corse, et donc je vois véritablement la manière dont les choses se passent. Il y a une période il y avait beaucoup plus de violences que ça, et là la lutte armée a été, par l'ensemble des groupes représentatifs, mise de côté, maintenant les violences sont vraiment fermement condamnées.

GUILLAUME DURAND
Oui, mais enfin, il y a eu un vote aux élections régionales, ils ont obtenu la majorité, ils n'obtiennent rien du tout, sur la langue, sur la Constitution…

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ça on va voir, il y a des discussions qui sont en train…

GUILLAUME DURAND
C'est mon dernier point.

MARLENE SCHIAPPA
Il y a des discussions qui sont en train d'être menées. Moi j'ai organisé une réunion avec l'ensemble des députés et des élus de Corse pour travailler sur Madame Julie DOUIB, qui est une femme qui a été tuée par son ex-conjoint en Corse, tous les députés sont venus, y compris les députés qui ont une étiquette nationaliste, dans un état d'esprit très constructif, pour la Corse et pour l'égalité femmes/ hommes, parce que je crois qu'il y a des sujets qui dépassent les clivages politiques, et y compris ceux-là.

GUILLAUME DURAND
Merci. Marlène SCHIAPPA était l'invitée politique de la matinale, le livre s'appelle « Une & indivisible », c'est un plaidoyer pour la République, qui est publié aux éditions de l'Aube, et ce n'est pas simplement un livre, c'est un livre aussi qui fait partie d'une réflexion justement sur le rôle de la foule et du peuple, parce que la foule et le peuple ce n'est pas exactement la même chose. J'évoquais tout à l'heure le philosophe Jean-Luc NANCY, qui est abondamment cité.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 avril 2019