Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à France Bleu Besançon le 21 mars 2019, sur la loi Pacte et sur l'impact des manifestations des "Gilets jaunes" sur le commerce.

Texte intégral

POL LAURENT
Pour l'instant, sur France Bleu, nous recevons Bruno LE MAIRE. Le ministre de l'Economie est en Franche-Comté pendant deux jours, il passe d'abord l'après-midi à Vesoul, et avant de prendre le train il est avec nous ce matin sur France Bleu.

JOURNALISTE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour.

JOURNALISTE
A Vesoul, cet après-midi, vous venez défendre votre loi, la loi Pacte pour la croissance et la transformation des entreprises, comment vous comptez vous y prendre pour convaincre les chefs de petites et moyennes entreprises d'embaucher, puisque c'est l'un des objectifs de cette loi Pacte. Qu'est-ce que vous allez leur dire ?

BRUNO LE MAIRE
Je compte leur expliquer qu'il y a dans Pacte toute une série de dispositifs qui leur simplifient la vie et qui leur permettent d'embaucher en toute sécurité. Alors, je sais bien que pour un entrepreneur, embaucher c'est une décision qui est lourde, pleine de responsabilités, la simplification des seuils, qui est une des mesures fortes du projet de loi que j'ai porté, doit permettre aux entrepreneurs d'embaucher en toute sécurité. Si vous avez 48 ou 49 salariés, que vous avez un chantier qui ouvre, parce que vous êtes dans le BTP, et que vous passez à 52 ou 53 salariés, eh bien il faudra avoir dépassé ce seuil de 50 salariés pendant 5 ans, pour devoir remplir les obligations sociales et fiscales qui sont liées aux seuils, 5 années consécutives, sinon vous n'avez pas à appliquer le seuil de 50 salariés. Voyez, c'est des mesures qui sont fortes, qui sont simples, et qui permettent aux entrepreneurs d'embaucher en sécurité.

JOURNALISTE
En même temps ce sont des mesures incitatives, il n'y aura pas d'obligation d'embaucher, ça fait partie des reproches qu'on avait fait par exemple au Pacte de compétitivité, est-ce que vous n'avez pas peur finalement de vous retrouver face au même écueil, de faciliter, finalement d'inciter, mais sans imposer, et d'avoir, au bout du compte, moins d'embauches que vous ne pourriez espérer ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne crois pas à l'obligation pour les PME, pour les TPE, pour les commerçants, pour les artisans, on n'oblige pas un commerçant ou un artisan à embaucher, s'il peut embaucher, il embauche, ce qui aujourd'hui l'empêche d'embaucher c'est la complexité, c'est la lourdeur, c'est ces seuils sociaux qui sont trop complexes, avec des obligations qui sont trop lourdes pour eux. Donc, nous les simplifions, nous les allégeons, et nous leur permettons d'embaucher sans prendre de risque, en n'ayant pas d'obligations supplémentaires qui leur tombent sur le dos, donc je crois que c'est un mécanisme qui est puissant. Par ailleurs, vous parliez tout à l'heure de l'apprentissage, de l'alternance, je crois que le premier problème français aujourd'hui c'est que nos entreprises, en particulier nos entreprises industrielles, ne trouvent plus les compétences dont elles ont besoin. Nous sommes un pays qui a près de 3 millions de chômeurs, et qui continue à avoir du mal à recruter, des chaudronniers, des soudeurs, des ingénieurs, parce qu'il n'y a pas les formations et les qualifications adéquates, je crois que c'est un autre champ de bataille sur lequel nous nous investissons totalement, et qui est absolument décisif pour faire baisser le chômage dans notre pays.

JOURNALISTE
Bruno LE MAIRE, de nombreux salariés font souvent ce reproche que les entreprises font des gros bénéfices et que finalement ils n'en voient pas beaucoup la couleur, eux les salariés, vous, dans la loi Pacte, vous avez prévu un chapitre pour faire en sorte que les salariés soient plus souvent intéressés à ces bénéfices, de quelle manière ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord, moi j'entends ce que disent les salariés, ils ont raison, quand vous travaillez dur, que vous avez un métier qui est parfois contraignant, et que vous avez un salaire qui ne vous permet pas de boucler les fins de mois à la fin du mois, ce n'est pas acceptable. Le travail doit payer, et les salariés doivent se dire « je travaille, mais j'ai des rémunérations qui sont correctes, et je peux vivre dignement de mon travail », ça je crois que c'est absolument fondamental pour restaurer l'unité de la société française.

JOURNALISTE
Une fois qu'on l'a dit, effectivement, il n'y aura là non plus pas d'obligation pour les entreprises, juste effectivement une incitation.

BRUNO LE MAIRE
Il y a une incitation extrêmement forte. Nous supprimons la taxe à 20 % sur l'intéressement. Aujourd'hui, une entreprise qui réussit, elle réussit d'abord grâce à ses salariés, donc elle peut partager ses bénéficies en signant un accord d'intéressement avec ses salariés, que ce soit une petite ou une grande entreprise, elle peut le faire. Le problème c'est que le versement de cet intéressement, aujourd'hui 20 % de taxes dessus, c'est complètement dissuasif. Nous supprimons la taxe de 20 % sur l'intéressement et j'invite vraiment toutes les PME, toutes les TPE, toutes les entreprises de moins de 250 salariés, qui peuvent bénéficier de cette mesure, que s'en saisir, parce que c'est leur intérêt, c'est leur intérêt d'avoir des salariés qui sont motivés, c'est leur intérêt de récompenser leurs salariés, et c'est votre intérêt collectif d'avoir un travail qui permet de vivre dignement et qui est mieux rémunéré en France. Quand vous rajoutez tous les dispositifs que nous avons mis en place, l'intéressement sans taxe, la suppression des cotisations assurance maladie, assurance chômage, l'augmentation de la prime d'activité, tout ça doit permettre à chaque salarié français, à la fin du mois, de regarder sa feuille de paie et de dire : mon travail me paie correctement.

JOURNALISTE
Bruno LE MAIRE, lundi, suite aux incidents, aux violences, aux saccages qui se sont produits le week-end dernier à Paris, vous avez déclaré que vous ne vouliez qu'aucun commerçant ne se voit acculé à la faillite à la suite de manifestations et de dégradations lors des manifestations gilets jaunes. On parle souvent de Paris. En régions c'est moins spectaculaire, mais on a ici en Franche-Comté comme ailleurs beaucoup de commerçants qui se plaignent de la baisse de leur chiffre d'affaires, depuis que les manifestations des gilets jaunes ont commencé. Qu'est-ce que vous avez envie de leur dire ? Qu'est-ce que vous pouvez aujourd'hui leur proposer ?

BRUNO LE MAIRE
Vous avez parfaitement raison, les impacts des manifestations, des manifestations le samedi en particulier, des violences et du climat global, il pèse sur tous les commerçants, à Paris mais également dans les régions, en Franche-Comté et ailleurs, donc chez tous les commerçants que je veux aider. Ce que je veux dire aux commerçants, c'est que nous verrons bien en place des dispositifs dont ils doivent se servir. Ils peuvent se servir de l'étalement des charges sociales et fiscales, qui sont vraiment menacés, qui sont à court de trésorerie et qui ne s'en sortent plus, ils peuvent aller sur le site internet du ministère impôts.gouv.fr, il y a une page qui leur est spécifiquement dédiée, et si vraiment ils sont au bord d'une situation très difficile, nous pouvons annuler leurs impôts, impôt sur les sociétés ou impôt sur le revenu. C'est une mesure tout à fait exceptionnelle, avec un seul objectif, c'est qu'aucun commerce ne mette la clé sous la porte à cause de la crise des gilets jaunes.

JOURNALISTE
Un dernier mot Bruno LE MAIRE, vous êtes le quatrième ministre en moins d'une semaine à venir chez nous en Franche-Comté, on vous a donné des consignes ou vous êtes chez nous de votre plein gré ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien écoutez, si vous regardez, je pense que ça fait plusieurs années que je viens très fréquemment en Franche-Comté, j'y ai beaucoup d'amis, je me suis rendu à Luxeuil il y a quelques mois, je suis allé à Vesoul à plusieurs reprises, c'est très lié, chacun le sait, au maire de Vesoul, Alain CHRETIEN.

JOURNALISTE
Oui, donc pas de consigne d'occuper le terrain ?

BRUNO LE MAIRE
Non, c'est surtout un lien personnel avec la Franche-Comté, avec Vesoul et avec le maire de Vesoul, qui explique que je revienne sur le terrain.

JOURNALISTE
Bruno LE MAIRE, donc cet après-midi vous serez à Vesoul, c'est bien ça, à la rencontre de chefs d'entreprise, demain dans le pays de Montbéliard pour visiter les locaux d'HERMES. Eh bien on vous souhaite la bienvenue chez nous en Franche-Comté Monsieur le Ministre.

BRUNO LE MAIRE
Merci beaucoup. Je viens avec grand plaisir, en plus vous avez du soleil, donc c'est parfait.

POL LAURENT
Bonne journée à vous, à bientôt.

BRUNO LE MAIRE
Bonne journée, au revoir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 mars 2019