Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des fiances, à RMC le 23 mai 2019, sur l'avenir de l'aciérie Ascoval.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Agnès PANNIER-RUNACHER, bonjour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Ça ne vous surprend pas cette alliance entre les autonomistes corses et Yannick JADOT, et Europe Ecologie-Les Verts, le régionalisme, une Europe fédérale ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Une Europe fédérale, une Europe des régions fortes, je ne pense pas qu'on soit contre une Europe des régions fortes, parce que tout l'enjeu de la NOTRe et de la déconcentration pour permettre aux régions de jouer pleinement leur rôle économique, c'est quelque chose qu'on soutient et qu'on déploie aujourd'hui sur le terrain…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et qui est intéressant. Et je développerai avec Yannick JADOT tout à l'heure, parce que ça a été peu abordé dans cette campagne, bien. Parlons d'ASCOVAL, je me mets à la place des salariés d'ASCOVAL qui se battent pour que leur outil, que leur outil puisse être pérennisé, on leur dit : voilà un repreneur, qui est formidable, BRITISH STEEL, et puis, on apprend et ils apprennent que BRITISH STEEL est en liquidation, en faillite ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors déjà, moi aussi, je me mets à la place des salariés d'ASCOVAL, et en plus de cela, on les a régulièrement en contact téléphone, je peux vous dire qu'on suit complètement leur toboggan émotionnel. La deuxième chose, c'est qu'il faut arrêter de raconter n'importe quoi, ASCOVAL n'est pas en faillite. BRITISH STEEL n'est pas en faillite, il est en procédure judiciaire, et troisième chose…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, procédure de liquidation.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, c'est une procédure collective, voilà le terme exact, parce que le droit du Royaume-Uni n'est pas le même que le droit français, et donc les termes pour traduire ne correspondent pas, donc ce n'est pas une procédure de liquidation, c'est un intermédiaire, ce qui se rapproche le plus, c'est le redressement judiciaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que BRITISH STEEL a besoin d'argent, clairement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça veut dire que BRITISH STEEL, qui ne possède pas ASCOVAL, qui appartient à l'actionnaire d'ASCOVAL, et c'est là où tout est différent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui est OLYMPUS !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Qui est OLYMPUS, et qui est un fonds, le fonds a dans son portefeuille BRITISH STEEL et ASCOVAL. Et pourquoi il a ASCOVAL ? Parce qu'il est en train de faire, de voir que sur le marché du Royaume-Uni, à cause du Brexit, il est en train de perdre ses clients, et que ses clients sont en train de prendre des commandes dans l'Union européenne, et pourquoi il a acheté ASCOVAL ? Pour pouvoir prendre des commandes dans l'Union européenne et pouvoir repositionner des sites…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, j'ai compris, oui, j'ai compris…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc c'est totalement paradoxal comme situation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais sauf que non, mais très bien, là, je comprends très bien, je comprends mieux. Sauf que, mettez-vous à la place des salariés…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ah, mais je me mets complètement à leur place…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que le fonds, très bien, très bien, c'est OLYMPUS. Mais alors, il faut qu'OLYMPUS apporte l'argent attendu.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais ils ont apporté l'argent

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça y est ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Factuellement il y a une semaine, ils ont pris l'argent sur la table.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
La semaine dernière, ils ont mis 5 millions d'euros sur la table et ils ont sécurisé des lignes. Donc bien sûr que le sujet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'engagement est beaucoup plus important que 5 millions d'euros.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On est d'accord mais ça va en fonction de la mise en oeuvre des investissements et ce qu'il faut dire aussi sur ASCOVAL, c'est qu'ils ont des contrats qu'ils ont sécurisé avec la SNCF, pour livrer des rails. Donc on est dans une situation où on mélange la situation du Royaume-Uni qui est particulièrement éclairante par rapport au Brexit et qui montre tout l'intérêt d'être dans l'Union européenne, parce que dans l'Union européenne vous avez accès aux marchés des autres pays, dans l'Union européenne vous avez la protection avec les mesures de protection sur l'acier et c'est pour ça que BRITISH STEEL est en difficulté aujourd'hui et c'est pour ça que son actionnaire est en train de négocier avec le gouvernement et dans un rapport de force assez clair, soit tu me donnes de l'argent, soit je ferme des sites. Et je peux vous dire que mon homologue au Parlement mardi dernier a pris devant l'ensemble des parlementaires une position en disant, oui bien sûr, on ne peut pas laisser faire les choses on va devoir accompagner BRITISH STEEL.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi pour les salariés, d'abord vous allez recevoir aujourd'hui je crois, encore les délégués.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, les représentants du personnel, on va les recevoir aujourd'hui, encore une fois on est au téléphone avec plusieurs fois par jour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ça veut dire que vous allez encore une fois les rassurer, ça veut dire que là vous vous êtes clair, vous vous engagez devant moi, ASCOVAL ne fermera pas, ASCOVAL a du travail et du travail à offrir à ses salariés.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je m'engage sur le fait qu'il faut à ASCOVAL un repreneur, le repreneur apporte de l'argent, le repreneur croit au plan d'investissement, le repreneur va mettre de l'argent, c'est ça le sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a apporté 5 millions, il doit en mettre 47.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, par tranches successives et assez rapidement. Et là ou si vous voulez, il faut qu'on soit clair…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que le repreneur, pourquoi est-ce que le repreneur ne va pas voir les salariés et tenir aux salariés le discours que vous nous tenez ce matin ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'abord parce que le repreneur va voir les salariés, mais il ne vous aura pas échappé qu'ils ont un petit peu de travail au Royaume-Uni et qu'ils ont aussi des discussions avec le gouvernement et BRITISH STEEL au Royaume-Uni…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça n'a rien à voir, vous me dites avec la Grande-Bretagne, ASCOVAL ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non mais ça les occupe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ca explique qu'ils soient Londres et qu'ils enchaînent leur réunion entre Londres et Valenciennes en l'occurrence. Donc le repreneur est également en contact avec les organisations syndicales, nous on leur parle. Bruno LE MAIRE leur parlera encore aujourd'hui avant la réunion avec les salariés et les élus pour leur refaire un point et être très direct en disant ces engagements, ils doivent être tenus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous me dites ce matin que les salariés d'ASCOVAL garderont leur boulot et qu'ils auront du travail dans les mois, dans les années qui viennent.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi ce que je vous dis, monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous me dites ça ce matin ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vais vous répondre, est-ce que vous savez demain combien vous allez avoir d'auditeurs ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non.

AGNES PANNIER-RUNACHER
En revanche ce que je peux vous garantir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je sais si j'aurai du boulot ou pas demain.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pas nécessairement. Ce que je peux vous garantir, c'est que vous ayez un micro qui marche, c'est que vous ayez un studio qui fonctionne et que vous ayez une bonne équipe et c'est ça qu'on doit obtenir de l'investisseur. Il doit donner l'investissement, il doit permettre à ASCOVAL de se développer et effectivement ensuite on joue dans un marché qui est difficile…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les salariés d'ASCOVAL auront du travail pour les semaines et les mois qui viennent ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vous refais la même réponse, vous ne savez pas combien vous aurez d'auditeurs, mais si vous êtes bon, si vous avez les investissements et si vous avez ce qui fonctionne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas une question d'auditeurs…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais c'est la même chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais aujourd'hui je sais, aujourd'hui je sais que j'aurai du travail dans 6 mois, vous vous ne savez pas pour ASCOVAL.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vous réponds que ce n'est pas exact. Moi, ce que je sais pour ASCOVAL, c'est que vous avez une aciérie électrique qui est au meilleur standard du marché…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais.

AGNES PANNIER-RUNACHER
… qui est performante et en plus paradoxalement est décarbonnée, c'est-à-dire que c'est la meilleure façon de produire de l'acier à un moment où tout le monde a à la bouche le terme transition écologique énergétique, donc c'est ça qu'il faut faire, ils ont des contrats à long terme avec SNCF qui démarrent l'année prochaine et qu'aujourd'hui il faut qu'ils puissent remplir l'usine avec des clients. Et plus les gens diront, ASCOVAL est en faillite, ce qui n'est pas vrai, plus le risque c'est de perdre ces clients qui se diront, il ne faut pas venir à ASCOVAL. Ce qui est, pardonnez-moi l'expression, dégueulasse, parce qu'en réalité ils ont tout ce qu'il faut pour réussir, ils ont un investisseur, ils ont des équipes qui fonctionnent très bien, qui ont fait une performance industrielle l'année dernière remarquable. Ils se battent tous les jours sur le terrain et moi je comprends qu'à force de passer par le toboggan émotionnel et de lire des dépêches qui leur dit qu'en gros ils sont en faillite, ils en ont un peu ras le bol.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien merci d'être venue nous voir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 juin 2019