Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur, à France 2 le 15 novembre 2019, sur le maintien de l'ordre face aux manifestations de "Gilets jaunes" et la laïcité.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

GUILLAUME DARET
Le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur qui s'attend à un week-end chargé et tendu, un avec ces Gilets jaunes qui veulent fêter les un an de leur première mobilisation.
Bonjour à tous, bonjour Laurent NUNEZ.

LAURENT NUÑEZ
Bonjour.

GUILLAUME DARET
Un mot pour commencer sur ces chutes de neige qui ont touché plusieurs départements du Sud-est de la France. Quel est le dernier état de la situation que vous avez ce matin ?

LAURENT NUÑEZ
Oui, alors il y a effectivement cette département qui étaient en vigilance orange verglas, il n'y en a plus qu'un au moment où on se parle, on est dans une phase d'accalmie. Donc on a 320.000 foyers qui sont privés d'électricité au moment où on se parle, malheureusement on déplore une personne décédée suite à des chutes de branches d'arbre. On a 2 voies SNCF qui sont coupées, voilà la situation, nous sommes plutôt sur une phase d'accalmie.

GUILLAUME DARET
Alors je le disais, ce week-end les Gilets jaunes entendent fêter les un an de leur première mobilisation, près de 200 appels à manifester ont été lancés, notamment sur les Champs-Elysées. Dans quel état d'esprit vous êtes à la veille de ce week-end, est-ce que vous êtes inquiet ?

LAURENT NUÑEZ
Ecoutez ! Nous sommes toujours très sereins face à ce genre d'événement, donc c'est important de l'être. Il y a un intérêt un peu plus marqué effectivement, vous l'avez souligné, pour ces 2 journées du 16 et 17 novembre, il y a des appels à manifester à Paris mais aussi en province. Et donc nous aurons un dispositif policier pour encadrer ces manifestations, qui sont parfois déclarées, ça a été le cas à Paris pour samedi et dimanche prochain, donc nous serons là pour encadrer ces manifestations et intervenir s'il devait y avoir des dégradations ou des violences.

GUILLAUME DARET
On parle d'une manifestation… d'une mobilisation exceptionnelle pour les forces de l'ordre, combien de policiers sont mobilisés ?

LAURENT NUÑEZ
Nous ne donnons jamais de chiffres, le dispositif est adapté à ce que nous avons, à la connaissance que nous avons de la mobilisation qui… encore une fois vous avez raison de souligner, qu'il y a un intérêt un peu plus marqué. Et donc les forces de l'ordre seront là pour encadrer ce mouvement comme d'habitude. Et sur les Champs-Elysées, le préfet de police prendra évidemment un arrêté d'interdiction de manifestation sur les Champs-Elysées, sur d'autres secteurs stratégiques de la ville de Paris et, notamment, au plus près des institutions.

GUILLAUME DARET
Nos confrères de Libération affirment ce matin que le nouveau schéma national de maintien de l'ordre, qui va être bientôt entériné, c'est la ligne dure qui a été retenue d'après nos confrères de Libération, avec un contact accru auprès des manifestants, ce qui est contraire à la tradition française. Est-ce que vous nous confirmez cela, est-ce que ça veut dire que vous êtes parfaitement satisfait de ce qui s'est passé au cours de cette dernière année ?

LAURENT NUÑEZ
Libération s'est produit un document de travail, il n'y a aucune décision qui a été prise. D'ailleurs la semaine dernière encore, nous recevions Amnesty International, la Ligue des droits de l'Homme, Reporters sans frontières, donc il y a des discussions qui sont en cours. Le schéma n'est absolument pas validé, voilà. Je note simplement dans l'article 2 choses, d'abord cet article repose sur une conception, une appréciation des troubles à l'ordre public qui est complètement dépassée, et à aucun moment dans cet article on ne signale le niveau de violence extrêmement dur qu'il y a eu à l'endroit de nos policiers ; et d'ailleurs 2ème point, je note qu'à aucun moment on nous dénonce ce niveau de violence, voilà. Ça n'est qu'un article qui est fondé sur un document qui n'est qu'un document de travail, il est très prématuré d'en tirer des conclusions.

GUILLAUME DARET
Alors cette colère sociale, elle s'exprime peut-être différemment cette année mais elle est encore très présente, on le voit bien. Est-ce que vous craignez déjà que peut être parmi les Gilets jaunes les plus radicaux, il y en a certains qui tentent de se greffer aux mobilisations du 5 décembre ?

LAURENT NUÑEZ
Ecoutez ! D'abord le mouvement des Gilets jaunes il y a un an, c'est un mouvement qui était légitime, il y a eu des débordements de violence importants, mais ce mouvement a été entendu. Je rappelle qu'il y a plusieurs plans qui ont été mis en place, 17 milliards d'euros. Donc on nous annonce une nouvelle phase de mobilisation, donc j'espère qu'elle se déroulera sans violence, sans blocages…

GUILLAUME DARET
Le 5 décembre, vous craignez qu'ils viennent se greffer aux manifestations des syndicats ?

LAURENT NUÑEZ
Donc un certain nombre de leaders des Gilets jaunes appellent effectivement à ce qu'on appelle la convergence des luttes, c'est-à-dire à se greffer à cette journée du 5 décembre. Je ne sais pas ce qu'il en sera, ce qui est certain c'est que les forces de l'ordre seront mobilisées pour protéger ceux qui veulent manifester dans le calme, dans le calme.

GUILLAUME DARET
Pourquoi cette fébrilité du gouvernement, on a l'impression d'une opération de déminage depuis plusieurs jours, le chef de l'Etat hier, le Premier ministre, est-ce que vous avez peur de cette mobilisation sociale ?

LAURENT NUÑEZ
Il n'y a aucune fébrilité de la part du gouvernement, il y a beaucoup de sérénité et la mise en oeuvre de ce que nous a demandé le président de la République dans le cadre de l'acte 2, qui est une phase où nous nous concertons, nous discutons. On le fait sur de nombreuses réformes, pour ce qui nous concerne au ministère de l'Intérieur sur la réforme des retraites avec les policiers, il n'y a pas de fébrilité. C'est simplement une phase de discussions, de concertation, elle est importante, le président l'a souhaité, nous la mettons en oeuvre.

GUILLAUME DARET
L'autre gros dossier que vous avez sur la table au ministère de l'Intérieur, c'est la question de la laïcité. Est-ce que vous êtes favorable à ce qu'on puisse toucher la Constitution sur cette question de la laïcité, notamment pour interdire les listes communautaires, c'est ce que soit notamment Xavier BERTRAND que vous avez reçu cette semaine au ministère de l'Intérieur, avec Bruno RETAILLEAU. Est-ce qu'il faut toucher la Constitution ?

LAURENT NUÑEZ
Alors Xavier BERTRAND ne souhaite pas forcément qu'on touche la Constitution, il y a une…

GUILLAUME DARET
Précisez les… sur la laïcité…

LAURENT NUÑEZ
Il y a une proposition de loi de monsieur RETAILLEAU, il y a surtout une réflexion en cours sur la façon de combattre ce qu'on appelle l'islam politique, l'islamisme, qui n'est pas l'islam de France.

GUILLAUME DARET
Juste pour terminer sur la proposition de loi de Bruno RETAILLEAU, vous êtes toujours opposé !

LAURENT NUÑEZ
La proposition de Bruno RETAILLEAU vise à interdire les listes communautaires. Donc encore une fois, il faut vraiment expertiser cela parce que le droit électoral, la possibilité de se présenter à une élection c'est une liberté importante, elle est liée à la liberté d'expression. Et donc la laïcité est un autre principe fondamental…

GUILLAUME DARET
Donc vous dites non à cette proposition de loi ?

LAURENT NUÑEZ
Il faut qu'il y ait un équilibre. Ce que nous faisons par contre, c'est que nous luttons contre l'islamisme politique d'ores et déjà, dont les listes communautaires – si elles étaient avérées – ne sont qu'une illustration. Et l'action que nous menons, c'est vraiment de lutter contre cet islamisme politique qui laisse à penser que finalement, la loi de Dieu serait supérieure à la loi de la République ; et il en découle tout un tas de conséquences, notamment en matière de discrimination homme-femme, de scolarisation d'enfants et ça, il faut lutter.

GUILLAUME DARET
Donc pas question d'accepter cette proposition de loi, pas question de toucher la Constitution non plus !

LAURENT NUÑEZ
Honnêtement, nous n'en sommes pas là, pour l'instant il y a une réflexion qui est en cours sur ce sujet de la lutte contre l'islamisme politique…

GUILLAUME DARET
Pourquoi pas ?

LAURENT NUÑEZ
La réflexion est en cours. Ce qui est important, c'est l'action que nous menons dans ces quartiers où l'emprise communautaire est très forte, où nous contrôlons les écoles, nous contrôlons des débits de boissons, des lieux…

GUILLAUME DARET
Concrètement, vous avez fermé des écoles et combien…

LAURENT NUÑEZ
Où se développe… oui, bien sûr…

GUILLAUME DARET
Depuis ces derniers mois ?

LAURENT NUÑEZ
Il faut savoir que dans une quinzaine de quartiers qui sont particulièrement touchés par les phénomènes d'islam politique, de communautarisme, encore une fois pas d'amalgame avec les musulmans de France, avec l'islam qui est une religion qui se déploie dans notre pays de manière tout à fait calme et pacifique, mais dans ces quartiers oui ! Nous avons fermé des un peu moins de 130 débits de boissons, ce sont 12 lieux de culte qui ont été fermés, 4 écoles hors contrats qui ont été fermées, 9 associations et établissements culturels parce que dans ces endroits-là…

GUILLAUME DARET
Depuis combien de temps ?

LAURENT NUÑEZ
On entendait un discours qui était communautariste d'islam politique, qui faisait passer la loi de Dieu avant les lois de la République et le vivre ensemble.

GUILLAUME DARET
Valérie PECRESSE propose par exemple que la radicalisation islamiste devienne un motif de licenciement dans les services publics, par exemple dans les transports. Vous êtes d'accord avec ça ?

LAURENT NUÑEZ
La radicalisation islamiste violente, attention ! Il faut bien distinguer les choses, il y a des textes qui sont déjà prévus et qui permettent déjà de prendre un certain nombre de mesures, pour tous les agents des services publics et même les fonctionnaires qui sont affectés dans des fonctions de souveraineté et de sécurité. Donc ces textes existent déjà et Mme PECRESSE souhaite qu'il y ait une extension de ce dispositif. Ça figure également dans un rapport parlementaire, donc ces sujets sont à l'étude, nous réfléchissons à étendre éventuellement ces dispositifs à certaines catégories de personnel.

GUILLAUME DARET
Pourquoi pas effectivement. 2 questions rapides pour terminer, qui appellent des réponses rapides. Est-ce que comme d'autres ministres, secrétaires d'Etat vous vous serez candidat aux municipales à Bourges par exemple pour vous ?

LAURENT NUÑEZ
Ecoutez ! C'est un sujet qui est en réflexion chez moi, donc je suis en train de… en pleine réflexion sur le sujet. Mais il est évident que si je devais être candidat aux élections municipales, ce serait forcément à Bourges qui est la ville qui m'a vu grandir, c'est là où je suis né, c'est là où j'ai mes attaches et c'est de là dont je tire mon caractère qui essaie d'être toujours calme et serein, comme le sont tous les Berruyers et les Berrichons.

GUILLAUME DARET
Dernier point, est-ce que vous irez voir « J'accuse », le dernier film de Roman POLANSKI ?

LAURENT NUÑEZ
Je… si l'occasion et si le temps m'en est donné, vous savez moi je… malheureusement j'ai assez peu de temps d'aller au cinéma, mais j'aime tous les types, tout le tous les films, voilà ! Pourquoi pas, pourquoi pas.

GUILLAUME DARET
Donc vous n'êtes pas d'accord avec ceux qui appellent au boycott en raison des accusations…

LAURENT NUÑEZ
Honnêtement, je n'ai pas à me prononcer sur ces appels au boycott. SI j'en ai l'occasion j'irai voir ce film et il y en a tellement d'autres, j'ai tellement de retard sur les films que je dois regarder, voilà !

GUILLAUME DARET
Merci beaucoup Laurent NUÑEZ.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2019