Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à Public Sénat le 11 octobre 2019, sur les secteurs de l'automobile et du ferroviaire, le phénomène des radicalisations et l'appel à la grève des transports le 5 décembre.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invité politique ce matin, c'est Jean-Baptiste DJEBBARI. Bonjour.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous.

ORIANE MANCINI
Merci d'être avec nous. Vous êtes secrétaire d'Etat chargé des transports. Vous êtes avec nous pendant vingt minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale représentée ce matin par Fabrice VEYSSEYRE-REDON, journaliste au groupe EBRA. Ce sont les journaux régionaux de l'est de la France. On va commencer avant de parler de vos dossiers, Jean-Baptiste DJEBBARI, par l'actualité. Sylvie GOULARD retoquée hier par les députés européens. C'est Emmanuel MACRON qui l'avait proposée à ce poste. Est-ce que c'est un désaveu pour le président de la République ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, c'est une difficulté temporaire pour la France. Emmanuel MACRON s'est exprimé hier. Il a dit qu'il avait présenté trois noms à Ursula VON DER LEYEN, nouvelle présidente de la Commission, et qu'il y aurait une discussion à nouveau avec lui. Moi je respecte le Parlement européen, je crois qu'il faut respecter absolument la souveraineté de ceux qui décident pour eux-mêmes, mais je ne suis pas tout à fait dupe des jeux politiques qui s'y sont exercés cette fois-ci.

ORIANE MANCINI
C'est un jeu politique ou c'était une erreur de casting de la part d'Emmanuel MACRON ?

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'était quand même un risque important qui était identifié. Pourquoi le président de la République l'a-t-il pris, ce risque ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'était une candidature souhaitable pour la France dans la mesure où sur le plan des compétences, de l'expérience et de l'ambition qu'elle avait pour le poste qui est un poste éminent, le poste de la Commission qui est attribué à la France, c'était une candidate qui remplissait parfaitement les conditions de compétences et d'expérience pour la France et pour ce poste. Il n'en reste pas moins qu'effectivement le Parlement est souverain, a posé un certain nombre de questions et a décidé souverainement que cette candidature n'était pas retenue. Il revient donc maintenant au président d'avoir cette discussion exigeante et féconde, j'espère, avec la présidente de la nouvelle Commission pour que la France, et je crois que c'est quand même ça l'important, préserve un poste qui est un poste important avec le marché intérieur, l'industrie et la recherche, le spatial et qui donc permettra à la France d'exprimer son ambition qu'elle a pour l'Europe. C'est cette ambition qui parfois…

ORIANE MANCINI
Mais Emmanuel MACRON voulait redorer le blason de la France sur le plan européen. Est-ce que là, il n'est pas en train de l'affaiblir, la France ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais je crois que là, on commente évidemment cette information et c'est une information importante mais…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est quand même la première fois dans l'histoire européenne que la France se fait retoquer son candidat.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais les jeux qui s'exercent au sein du Parlement sont aussi inédits. Vous savez très bien que cette force centrale qui s'est imposée recompose assez largement un bipartisanisme entre le PPE et, on va dire, socio-libéraux/socio-démocrates de l'autre côté qui s'était exercé depuis cinquante ans et que tout ça a certainement crée des tensions.

ORIANE MANCINI
Il n'y a pas aussi une forme d'arrogance de la part d'Emmanuel MACRON de penser qu'il pouvait imposer son candidat ?

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
D'autant qu'il s'était un petit peu vanté d'avoir réussi l'accession de VON DER LEYEN à la tête de la Commission européenne.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il n'y a pas d'arrogance, il y a une ambition très forte de la France pour l'Europe dans un moment où l'Europe est en train de se fragmenter. Et moi je crois que la responsabilité de la France, c'était effectivement de proposer quelqu'un qui avait tous les gages en termes de compétences et d'expérience. C'est ce qu'il a fait avec Sylvie GOULARD, le Parlement en décide autrement, ça se respecte, et donc le président aura cette discussion avec la nouvelle présidente de la Commission pour voir quel candidat peut remplir cette fonction éminente avec un poste très important.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous avez des noms ? On a déjà des idées de…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais il y a des noms qui avaient déjà été cités à l'époque. J'ai entendu ce matin Laurence TUBIANA ou d'autres noms comme ceux-là. Ce sont des gens qui sont tout à fait compétents pour le job.

ORIANE MANCINI
Un mot sur RENAULT puisque le conseil d'administration de RENAULT est réuni en urgence ce matin. Au menu, la possible éviction du directeur général du groupe, Thierry BOLLORE. Est-ce qu'il faut s'inquiéter pour l'avenir du constructeur français ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non. D'abord l'Etat fait toute confiance à Jean-Dominique SENARD, le président, pour proposer le cas échéant les incarnations qui permettraient de conduire à la fois le groupe et l'alliance sur une stratégie entrepreneuriale. Vous savez que la filière automobile aujourd'hui est un peu au croisement de toutes les transitions. On parle de l'électrique mais ça se recompose, ce marché se recompose au niveau mondial et l'alliance RENAULT NISSAN au sein de cette recomposition a un rôle tout à fait important à jouer. Donc ce qui compte aujourd'hui, c'est la stabilité de l'alliance, c'est sa capacité à conquérir de nouveaux marchés, à faire cette transition notamment sur l'électrique, et nous avons toute confiance en Jean-Dominique SENARD pour proposer la stratégie adéquate.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous y croyez à l'électrique ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors ça pose des problèmes, l'électrique, sur le cycle de vie. Ça pose effectivement des questions sur les marchés. Ça pose l'accompagnement de la transition et on le voit partout où nous avons à faire ce travail. Moi j'ai reçu hier matin d'ailleurs la filière automobile, les industriels, les services, les poids lourds. On voit que tout s'est aujourd'hui enclenché. Il n'y a plus de réticences comme encore il y a quelque temps où on cherchait absolument à raffiner le moteur diesel comme cela a pu exister. Aujourd'hui cette transition est en cours, est en oeuvre mais il faut l'accompagner parce qu'effectivement les besoins d'investissement sont absolument massifs et le marché est mondial, les grandes alliances…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Sur l'infrastructure aussi ? Pour préciser ma question, est-ce que la France est prête à recharger tout son parc électrique ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais vous avez raison, il y a plusieurs sujets. Il y a la construction, il y a les services, il y a l'infrastructure notamment les bornes de recharge. Il y a encore des défis sur l'habitat au collectif, c'est vrai. Nous avons déjà posé des éléments dans la loi des mobilités qui permettent de commencer à adresser ces sujets. Mais oui, c'est un défi, c'est un beau challenge industriel et pour le réussir, il nous faut des groupes qui soient solides et NISSAN RENAULT est singulièrement un groupe qui doit rester solide, raison pour laquelle nous avons confiance en son président.

ORIANE MANCINI
Et un groupe qui est dans la tourmente, MICHELIN, qui annonce la fermeture de son usine de La Roche-sur-Yon en Vendée. Six cents emplois menacés. Que peut faire le gouvernement ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord le gouvernement a dit qu'il serait très attentif à la construction du plan de sauvegarde pour l'emploi. Le président du groupe a dit très précisément qu'aucun emploi, en tout cas que chaque salarié se verrait proposer une solution adaptée, et donc le préfet de Vendée…

ORIANE MANCINI
Pas d'inquiétude à avoir pour les plus de six cents salariés ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
De la vigilance mais le préfet de la Vendée a été mandaté pour tenir dès la semaine prochaine réunion avec le groupe, les différents partenaires locaux de manière à voir comment tout ça peut se mener de la façon la plus fluide possible.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Comment on explique cette crise du pneu ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Encore une fois, c'est un marché qui intègre beaucoup d'innovation qui est très en concurrence, et puis il y a des logiques certainement de filières et de flux internationaux qui aujourd'hui fragilisent territoire par territoire.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Des questions d'écologie aussi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. Alors oui et ça dépend des filières. Parce que par exemple dans l'aéronautique, le pneu à cette vertu de….

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous en venez, vous, de l'aéronautique. Vous connaissez bien.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. Cette vertu à être recyclé beaucoup, plusieurs fois, jusqu'à sept fois. Et donc, le pneu est vraiment – on fait un débat sur le pneu, c'est intéressant - le pneu est vraiment quelque part un peu à croisement des chemins.

ORIANE MANCINI
(propos inaudibles)

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais oui. Ces modèles économiques de toute façon sont tous questionnés et y compris ceux de groupes internationaux comme chaque MICHELIN.

ORIANE MANCINI
On va parler d'un autre sujet, Christophe CASTANER qui était auditionné hier au Sénat. Ça pose la question des radicalisés dans les sites sensibles, cette attaque au couteau à la préfecture de police de Paris. Est-ce qu'à votre connaissance il y a des cas de radicalisés de ce type, du profil de celui de l'auteur de cette attaque à la préfecture de police dans votre secteur, le secteur des transports ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous savez qu'il y a eu des rapports assez précis cette dernière année, il y a notamment eu un rapport d'un député La République en Marche Eric POULLIAT qui dit que le régalien est en général assez préservé mais qu'il y a des zones de fragilité, notamment dans les transports. Et donc il y a une vigilance toute particulière des entreprises publiques de transport, la SNCF, la RATP, non seulement au moment du recrutement mais aussi au moment des changements de postes, et nous opérons de plus en plus des criblages automatiques de manière à vérifier, dans les services publics au sens large, que nous sommes suffisamment armés.

ORIANE MANCINI
Est-ce que vous avez des chiffres de ce nombre de radicalisés ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, nous avons des chiffres que je ne vais pas donner là mais en tout cas…

ORIANE MANCINI
Christophe CASTANER a donné hier ceux de la police, ceux de la gendarmerie. Vous ne pouvez pas donner les chiffres dans le secteur des transports, vous ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, parce qu'il y a des enquêtes qui sont faites. Il y a un nombre d'enquêtes, c'est plusieurs centaines d'enquête par an qui sont faites dans ces différentes entreprises.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Et des sanctions déjà ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a des sanctions qui sont prises et pour donner un chiffre que j'ai déjà donné, il y a eu une dizaine de licenciements qui ont été opérés dans les entreprises publiques de transport pour ces raisons-là de radicalisation, parce que les gens ont refusé de serrer la main des femmes, parce qu'ils contrevenaient à notre pacte républicain, à la laïcité, à la liberté d'expression.

ORIANE MANCINI
Est-ce que vous avez parlé avec les entreprises comme la RATP, la SNCF, mais les aéroports aussi - le secteur de l'aérien est peut-être touché - pour mettre en place de nouvelles procédures ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Evidemment oui. Alors en fait les procédures pour être très honnête, elles sont en train d'être modifiées depuis 2015. Vraiment je crois que le Bataclan a été un peu un tournant dans la capacité ou la culture des services publics pour être plus efficaces. Ça met un petit peu de temps. Par exemple pour les aéroports, vous savez que les personnes qui travaillent en zone réservée dans l'aéroport ont un badge qui est délivré par la préfecture et nous mettons en place, en lien avec l'intérieur, un système de criblage automatique qui, à échéance régulière, vérifie que l'ensemble des titulaires du badge ne sont pas soit des fichés notamment des fichés S ou d'autres fichés liés à la radicalisation et le risque terroriste.

ORIANE MANCINI
Donc vous avez eu des contacts avec ces entreprises cette semaine, depuis ce qui s'est passé à l'attaque au couteau.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Déjà avant, singulièrement hier. Et d'une manière générale, nous savons que c'est un défi qui s'impose évidemment aux entreprises publiques mais aussi la société, et donc nous devons y être très vigilants.

ORIANE MANCINI
Les gens licenciés dont vous parlez, c'est à la RATP, à la SNCF ? Est-ce que c'est dans les aéroports ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Là les exemples que je vous cite, c'est la RATP mais cela existe dans d'autres entreprises.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Essentiellement à la RATP. On sent bien qu'à la RATP, il y a quand même une problématique ancienne.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je ne sais pas. Enfin, je ne sais pas si elle est ancienne. En tout cas ce qui est sûr, c'est qu'en région parisienne, notamment dans le transport de bus, il y a eu plusieurs cas de personnes, de conducteurs qui ont été détectés, qui refusaient de s'asseoir dans le bus après leurs collègues féminines ou de serrer la main à des femmes et, du coup, cela a été jugé tout à fait hors de propos et traités comme il se doit par la hiérarchie de cette belle entreprise.

ORIANE MANCINI
Autre sujet, c'est la gare du Nord. C'est la première gare d'Europe en termes de nombre de voyageurs. Il y a un projet de restructuration qui est prévu avec notamment une multiplication des surfaces commerciales. Il ne fait pas plaisir à tout le monde, ce projet, il doit y avoir un avis rendu prochainement.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Aujourd'hui.

ORIANE MANCINI
Est-ce que vous y êtes favorable ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ç'a été voté hier, il sera rendu public aujourd'hui. Comme le comité est indépendant, je lui laisse évidemment la primeur du résultat.

ORIANE MANCINI
Mais vous êtes optimiste ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
L'Etat a dit qu'il y était favorable. D'ailleurs tout le monde a été favorable jusqu'à encore peu de temps puisque ce projet avait notamment été voté en conseil de Paris en juillet dernier. Et sur les espaces commerciaux, puisque ç'a été l'argument qui a été souvent avancé, moi je note simplement qu'il n'y a pas plus d'espaces commerciaux prévus dans la gare du Nord future que dans la gare d'Austerlitz actuellement en travaux.

ORIANE MANCINI
Vous dites « tout le monde y a été favorable », sauf que la mairie de Paris a un petit peu changé sa position.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, ç'a été voté en conseil de Paris et depuis, effectivement, la mairie de Paris a changé sa position.

ORIANE MANCINI
Comment vous l'expliquez, vous ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est parfaitement son droit. Moi je dis quelque chose d'assez simple. C'est que ce projet, il est très structurant pour les Franciliens, que se sont six cent mille personnes par jour qui fréquentent la gare du Nord, que l'état de la gare du Nord - on peut assez facilement s'en convaincre - nécessite ces travaux de rénovation et que donc il ne fallait pas que ce projet soit pris à partie dans le débat politique à l'aune des échanges municipales par exemple.

ORIANE MANCINI
Vous êtes optimiste sur la faisabilité, sur le fait que ce projet va se faire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas, j'ai dit ce que l'Etat pensait et la décision sera prise aujourd'hui.

ORIANE MANCINI
On va passer à un autre sujet, la SNCF.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, on reste dans le ferroviaire quand même Oriane. La SNCF…

ORIANE MANCINI
Le coût de la SNCF.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Le coût est de 215 euros par Français.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'ai vu ça hier.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, vous avez vu les chiffres aussi.

ORIANE MANCINI
14,4 milliards, la SNCF.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, c'est ça. Ça fait un peu plus de 14 milliards d'euros. Elle coûte trop cher la SNCF aux Français ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bon, c'est quand même assez démagogique de toujours faire des ratios entre la subvention publique et le nombre de Français. Il y a une phrase qui dit que les services publics ont un coût mais n'ont pas de prix. Donc moi ce que je dis, c'est que d'abord c'est vrai que c'est un coût et l'Etat d'ailleurs l'année dernière a pris ses responsabilités, puisque ce système ferroviaire était très endetté et que l'Etat a repris - que nous avons repris - 35 milliards de dette.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Sur 50 ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Sur les 46 l'année dernière mais quasiment 50 milliards, vous avez raison, de SNCF RESEAU. Et que par ailleurs, quand on regarde vraiment qui paie quoi, c'est là que c'est un peu démago ce chiffre-là. Vous avez 30 % sur l'ensemble du système ferroviaire qui est payé par l'usager : le prix du billet, le prix d'abonnement, et 70 % qui est payé par le contribuable, donc l'entreprise ou les ménages. Donc ces chiffres ne veulent finalement assez rien dire et tendent à stigmatiser un service public essentiel, par ailleurs en pleine transformation, avec un nouveau président Jean-Pierre FARANDOU qui est, me semble-t-il, est très motivé pour transformer la société nationale des chemins de fer.

ORIANE MANCINI
Pour vous ces chiffres, ce sont de la démagogie, de la stigmatisation ? Il n'y a pas de problème dans la gestion de la SNCF ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je ne vois pas dans quelle mesure ces chiffres sont une information utile, si ce n'est de faire croire aux Français ou d'instiller l'idée dans le débat public que la SNCF coûte trop cher aux contribuables.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Mais est-ce qu'elle peut coûter moins cher ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais elle peut coûter moins cher, absolument.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est le but de la réforme.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est même une des missions de monsieur Jean-Pierre FARANDOU. Elle peut coûter moins cher de plein de façons possibles. Si on prend un sujet sur les petites lignes, il y a…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, alors les petites lignes qui concernent tous nos territoires parce qu'on parlait de la gare du Nord tout à l'heure mais il y a tout le reste de la France.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous savez que les petites lignes, ce sont… Enfin le niveau de vétusté du réseau de manière générale est aujourd'hui assez important - le réseau est âgé - et qu'il faut donc trouver des façons de faire mieux, différemment, parfois moins cher. Et donc la mission de Jean-Pierre FARANDOU s'agissant les petites lignes, c'est de trouver des solutions qui soient innovantes. Il est venu chez moi à Limoges en Haute-Vienne samedi dernier, nous avons par exemple parlé du train léger. Le train léger, c'est un train moins lourd à l'exploitation, moins cher à l'achat, qui va moins solliciter les voies qui donc ont des besoins financiers plus modestes et qui permettra d'avoir une solution adaptée aux territoires, et par ailleurs probablement de créer une filière industrielle…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Pardon, à quelle échéance le train léger ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien ça peut aller assez vite parce que le paradoxe français, c'est que ce qu'on fait à l'étranger - par exemple KEOLIS le fait déjà au Pays de Galles - ce qu'on fait à l'étranger, on oublie parfois de le faire en France. Donc si on s'appliquait à nous-mêmes ce qu'on propose et qu'on vend aux autres, on pourra aller relativement vite sur ces sujets ô combien structurants pour les territoires.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Fabrication française ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Fabrication européenne. Moi je souhaite que les constructeurs français se saisissent de l'opportunité et je ne doute pas qu'ils le feront.

ORIANE MANCINI
Vous parliez de Jean-Pierre FARANDOU. Il était auditionné devant le Sénat il y a quelques jours en vue de sa nomination. Il a parlé de ces petites lignes et il a parlé d'une injustice territoriale. Il a assuré aux sénateurs que pour lui les petites lignes étaient importantes. Est-ce qu'il faut stopper les fermetures de petites lignes pour vous ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais vous voyez, ça c'est un tout petit peu démagogique, parce qu'il y a des petites lignes qui sont d'ores et déjà arrêtées, suspendues. Chez moi Limoges-Angoulême, Limoges-Brive arrêtées. Limoges-Angoulême intégralement arrêtée, Limoges-Brive arrêtée dans sa portion centrale. Donc ce discours, le moratoire qu'on entend sans arrêt au Sénat ou à l'Assemblée de fait il ne s'impose pas. Les lignes sont dégradées et sont parfois suspendues pour des raisons de sécurité. Donc ce qu'il faut faire maintenant, et c'est ce que j'ai demandé comme député…

ORIANE MANCINI
Pour des raisons de sécurité parce qu'il n'y a pas eu d'entretien de ces petites lignes parce que l'entretien s'est concentré sur le TGV aussi.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument. Parce que les investissements se sont concentrés sur les lignes à grande vitesse, vous avez tout à fait raison. Parce que tout le monde s'est renvoyé la balle pendant des années : l'Etat finançait mal, les régions ne décidaient pas, les élus locaux étaient perdus.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
On sent bien que les régions quand même maintenant là vous les titillez. Vous leur dites : il faut y aller. Vous les bousculez un petit peu.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Chacun est dans sa responsabilité. Les régions, ce sont les chefs de file de la mobilité. S'agissant des TER, ce sont elles qui décident quel est le plan de service pour les voyageurs. Donc oui quand on a des solutions alternatives, et c'est d'ailleurs le travail très partenarial qui a été fait avec le préfet Philizot, on pose les solutions possibles et on décide et on décide vite, de manière à mettre en oeuvre un plan d'action, de faire émerger de nouvelles filières -je parlais du train léger - et surtout de rendre un service aux usagers. Je crois qu'on a perdu beaucoup de temps à se renvoyer la balle ces dernières années et finalement, pendant ce temps-là, le service s'est dégradé. Certains des usagers se sont détournés du train, ce qui est toujours malheureux, et donc aujourd'hui nous devons, exemple par exemple, retisser un peu ce lien avec les territoires, avec les usagers et faire émerger de nouvelles filières, de nouvelles opportunités.

ORIANE MANCINI
Puisqu'on parle de petites lignes, on va juste écouter une sénatrice, Dominique ESTROSI SASSONE. Elle vous interpelle sur une ligne de son département des Alpes-Maritimes, la ligne des Merveilles. On l'écoute.

DOMINIQUE ESTROSI SASSONNE, SENATRICE DES ALPES-MARITIMES
La ligne ferroviaire entre Nice, Breil et Cunéo en Italie est aujourd'hui menacée. Aussi je vous demande, Monsieur le secrétaire d'Etat en charge des transports, qu'entend faire le gouvernement français ? Entend-il entreprendre des investissements qui sont nécessaires à son exploitation et à son entretien courant ? Mais également quand la commission mixte bilatérale entre le gouvernement français et le gouvernement italien va-t-elle enfin se réunir ? Parce qu'elle est chargée d'élaborer ces modalités entretien courant et d'exploitation, qu'on nous avait annoncé sa réunion dans le courant de l'année 2018 et que depuis, aucune nouvelle n'a été donnée. Il est important que nous ayons une réponse sur ces deux questions, il en va du désenclavement vallées de la Roya, de la Bévéra et du Paillon et de leur attractivité touristique et économique.

ORIANE MANCINI
Qu'est-ce que vous lui répondez, Jean-Baptiste DJEBBARI ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je lui réponds que quand vous êtes secrétaire d'Etat aux transports, il faut connaître toutes les petites lignes et les routes nationales ce qui prend toujours un peu de temps, mais je réponds que sur ces petites lignes…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Il y a peu de temps que vous êtes là, vous êtes encore excusé.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais je connais un tout petit peu le sujet parce qu'en fait, il y a il y a deux sujets. Il y a une partie nord effectivement qui remonte et qui est une petite ligne simple pour lesquelles le financement, de mémoire c'est 30 millions à peu près pour les Italiens et la moitié moins, enfin 15 millions pour les Français. Il y a des études qui sont en cours chez RESEAU. Donc cette partie-là, elle est inscrite, on va dire, sur le plan budgétaire. Il y a une partie qui n'est pas la partie sud, qui n'est pas dans les contrats de plan Etat-région et qui relève de ce qu'on s'est dit avant, du rapport Philizot et d'un plan d'action concerté avec les collectivités, avec la région pour savoir comment chacun participe aux travaux de régénération et de remise à niveau de cette ligne. Et donc je ferai une réponse écrite, détaillée à Madame la sénatrice, mais vous voyez bien qu'on est dans le sujet qu'on a évoqué précédemment.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Il y a d'autres personnes auxquelles vous allez répondre, c'est celles et ceux qui prévoient des blocages en décembre sur la SNCF justement, dans le cadre de la réforme de ce régime spécial de retraite que finance de façon assez importante l'Etat : 3 milliards je crois. Ça s'annonce difficile ? C'est l'un de vos gros chantiers.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est un gros chantier. Alors vous savez que dans le champ du ministère, les régimes spéciaux SNCF, RATP, les routiers, les pilotes, les contrôleurs, donc je vais avoir un petit peu de travail ces prochains mois. Mais ce que nous avons commencé à faire, d'abord moi j'ai essayé de comprendre quel était le ressort de l'anxiété, et je crois qu'il y a de l'anxiété réelle, notamment dans les régimes spéciaux que vous…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est leur fin.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est en tout cas la volonté de les faire converger vers le régime universel. Et je pense qu'il y a des vrais sujets de discussion avec l'ensemble des syndicats et des agents d'une manière générale sur comment on fait la convergence, comment on traite les départs anticipés, comment on intègre la pénibilité et la dangerosité, évidemment comment on donne le maximum de visibilité sur le niveau de pension à l'avenir. Ça c'est des sujets de négociation et un par un on va les prendre dans les bilatérales qui commencent la semaine prochaine. Et puis il y a l'ambition sociétale qu'on se fixe pour nous-mêmes collectivement. Nous avons toujours ces deux discussions avec les syndicats : le projet de société sur lequel nous sommes parfois en désaccord, mais là je crois qu'il faut être clair. Il y a eu un vote, il y a une légitimité démocratique du président de la République à conduire ce projet structurant et puis il y a – et c'est très normal – des anxiétés individuelles et il faut que nous y répondions entreprise par entreprise.

ORIANE MANCINI
Vous, vous parlez discussions, négociations, eux ils parlent grèves, ils parlent blocages. Est-ce que vous craignez une paralysie du pays ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non. D'abord la crainte est toujours mauvaise conseillère en politique. Moi je dis que nous allons construire ensemble cette réforme des retraites et que nous allons donner des garanties secteur par secteur, sans ne rien nier de l'ambition d'une manière générale qui est une ambition sociétale pour la France de se doter quand même de ce qui représente un des fondements de son pacte social, d'un régime de retraite soutenable dans le temps pour tous et pour les générations futures. Et puis nous allons travailler sujet par sujet et ceux que j'ai cités avec les syndicats de manière à avoir une réforme qui soit acceptable pour eux.

ORIANE MANCINI
Donc vous dites : attendez les discussions avant de faire grève. C'est ça le message que vous leur faites passer ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors oui, c'est un bon message par exemple, et je leur dis que la semaine prochaine nous allons discuter avec l'ensemble des syndicats pour commencer à construire, à cranter ces avancées une par une sur les sujets qui les intéressent au fond.

ORIANE MANCINI
Pour finir sur cette réforme des retraites, François FILLON s'est exprimé dessus hier. C'était dans une télévision suisse. Il a dit qu'Emmanuel MACRON allait reculer sur cette réforme. Qu'est-ce que vous lui répondez à François FILLON ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. Il a aussi eu une démarche un peu viriliste en comparant ses 2,5 millions… Enfin, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise là-dessus ? J'observe François FILLON…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous ne rentrez pas dans la compétition.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Nous ne rentrons pas évidemment dans la compétition et nous avons une ambition très structurante autour de la réforme des retraites. Il a fait une réforme paramétrique que d'ailleurs ont fait tous les gouvernements depuis une vingtaine d'années. Je ne critique pas ça. C'était probablement nécessaire pour tenir le système un peu plus longtemps. Je note que notre ambition…

ORIANE MANCINI
Nécessaire pour faire cette réforme systémique que vous voulez faire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Parce que la réforme systémique, effectivement, elle permet de se projeter dans le futur, pour tout le monde d'ailleurs, de façon plus équitable et pour l'ensemble des générations.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Pour terminer, on va parler un petit peu de vous. On parle des municipales. Est-ce que vous serez candidat à Limoges ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors j'ai dit que je serai candidat sur la liste à Limoges, que je souhaitais une liste autonome à Limoges car nous avons, je crois, commencé à faire un travail qui est reconnu localement. Nous avons enclenché une dynamique. Ceci sera tranché par la commission nationale d'investiture d'ici à la fin octobre.

ORIANE MANCINI
Mais vous, vous serez sur la liste. Ça, c'est acté.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'ai dit que si nous avons une liste autonome, je serai sur la liste et je serai très motivé pour accompagner la campagne qui va débuter - ou qui a déjà débuté dans les faits - mais qui débutera très prochainement pour nous.

ORIANE MANCINI
Justement la stratégie municipale à la République en Marche, on a du mal à voir la lisibilité de cette stratégie. Est-ce que finalement vos tâtonnements, ça illustre le manque d'ancrage local, le manque de connaissance du terrain à la République en Marche ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais je ne crois pas, parce que d'abord toutes les… Ce qu'on dit de Limoges, on ne va évidemment pas le dire d'autres villes et il y a des circonstances très locales et pendant deux ans il s'est passé plein de choses…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Ce sont des villes-clés quand même.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce sont des villes-clés mais…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Paris, Bordeaux, Lyon.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Là, vous parlez des grandes villes. Donc sur les grandes villes, c'est une chose, et moi ce qui m'intéresse singulièrement c'est Limoges, mais d'une manière générale c'est notre capacité à continuer le renouvellement des têtes en politique et à s'ancrer dans les territoires parce que le pari qu'on fait, c'est celui de s'installer durablement pour faire changer la façon dont la politique est réalisée partout dans nos territoires. C'est quand même ça l'objet dont on parle. Et donc je crois qu'il faut prendre territoire par territoire les circonstances locales, essayer d'y apporter des réponses, parfois en alliance, parfois effectivement en soutenant les maires sortants qui ont fait un travail honorable, et parfois en menant des entreprises de conquête comme à Limoges par exemple où je crois que nous avons tout à fait la capacité de le faire.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que cette stratégie ne risque pas de vous perdre, de vous faire perdre certaines villes, et y compris de faire perdre les maires sortants comme à Bordeaux par exemple ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais moi, je crois que la politique… Encore une fois vous parlez de peur de perdre des villes. La politique c'est la conquête, le débat et je crois qu'on aurait tort de s'inhiber a priori, et que quand on a un projet pour une ville ou un territoire, on doit proposer ce projet, le soumettre au débat contradictoire, au vote des citoyens et en tirer les conséquences. Mais la politique, ce n'est pas la crainte et le repli sur soi. La politique, c'est l'envie et la conquête.

ORIANE MANCINI
Eh bien merci beaucoup.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci.

ORIANE MANCINI
Merci Jean-Baptiste DJEBBARI d'avoir été avec nous ce matin. Lundi à votre place, ce sera votre collègue du gouvernement, Jean-Baptiste DJEBBARI, ce sera Adrien TAQUET, secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 octobre 2019