Interview de Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice, à BFMTV le 26 novembre 2019, sur les violences conjugales, la réinsertion après la prison, la réforme des retraites et les municipales de 2020.

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APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Nicole BELLOUBET.

NICOLE BELLOUBET
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous. Vous êtes Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Hier Edouard PHILIPPE a annoncé un certain nombre de réponses, de mesures face au nombre de féminicides. Vous aviez avant cela été assez lucide. Vous aviez dit, je vous cite : « Très clairement, ça ne va pas. La chaîne pénale n'est pas satisfaisante. » Au moins, c'était franc. Vous aviez promis un protocole de réponse qui ne laisse place à aucune faille. Concrètement, ça va passer par quels moyens ?

NICOLE BELLOUBET
Alors à la fois des mesures de nature législative ou réglementaire. C'est ce qui a été annoncé hier par le Premier ministre. Mais également un travail au sein des juridictions pour en quelque sorte établir une procédure, un protocole qui montre qu'entre la police et la justice, au sein de la justice entre les différents juges, qu'il s'agisse du juge aux affaires familiales, du juge des enfants, des procureurs, puis entre police, justice e associations, il n'y ait donc aucun interstice pour que…

APOLLINE DE MALHERBE
Pour qu'ils se parlent.

NICOLE BELLOUBET
Pour qu'ils se parlent bien sûr. Et également, je le redis, pour que les femmes qui viennent nous voir, qui ont subi des violences conjugales parce que ce n'est pas que féminicides, c'est violences conjugales dans l'ensemble, pour que ces femmes-là trouvent des réponses et soient accompagnées en permanence. Je dois d'ailleurs que dans beaucoup de juridictions il y a déjà un travail extrêmement important qui a été fait. Hier, vous l'avez vu, nous étions avec le président de la République et ma collègue Marlène SCHIAPPA au tribunal de Créteil qui a instauré en quelque sorte ces procédures d'urgence de traitement des violences conjugales, et c'est cela que nous voulons en quelque sorte modéliser.

APOLLINE DE MALHERBE
Généraliser.

NICOLE BELLOUBET
Généraliser. Mais je le redis ici, beaucoup de procureurs, beaucoup de magistrats font déjà des choses extrêmement importantes.

APOLLINE DE MALHERBE
Et on sait aussi pourquoi vous insistez. Vous insistez là-dessus parce que précisément après votre mea culpa, après avoir dit qu'il y avait un certain nombre de failles, les magistrats se sont sentis quand même globalement plutôt visés.

NICOLE BELLOUBET
Non, il ne s'agit pas de viser qui que ce soit.

APOLLINE DE MALHERBE
Ils ont été blessés.

NICOLE BELLOUBET
Non, non. Enfin, non, chacun reçoit les choses avec ses propres armes mais ce n'est pas ça que je veux dire. Je veux dire que le système, de manière systémique nous avons des failles dans notre système. Et je crois que dire cela, ce n'est pas viser tel ou tel. C'est dire que nous devons vraiment verrouiller nos procédures pour faire en sorte que les femmes aient toujours des réponses et soient accompagnées.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce qui est assez étonnant quand on regarde effectivement les cas, c'est qu'on se rend compte que les outils existaient.

NICOLE BELLOUBET
Pas tous.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors certes, vous allez leur donner un peu plus de moyens.

NICOLE BELLOUBET
Oui.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais enfin, les outils qui existaient, les plaintes, les téléphones première nécessité, première urgence, les bracelets, tout ça…

NICOLE BELLOUBET
Les bracelets n'existaient pas.

APOLLINE DE MALHERBE
Ç'a été quand même expérimenté dans un certain nombre de points et même les plaintes, quand on voit que ça existait et que pour autant dans un certain nombre de cas et dans la majorité des cas, ça n'était pas suivi de fait, on se demande si le problème ce n'est pas tant les mesures que les compétences humaines. Les décisions humaines.

NICOLE BELLOUBET
Vous dites les choses justement. C'est-à-dire qu'à la fois il y a des outils qui n'existaient pas, par exemple le bracelet anti-rapprochement qui permettra…

APOLLINE DE MALHERBE
Qui va biper, qui va alerter la police en cas de rapprochement.

NICOLE BELLOUBET
Exactement. D'abord, oui, la femme puis la police. Bref. C'est un système qui est très efficace puisque cela a été déployé en Espagne et ça a été un des instruments de lutte important. De la même manière, peut-être avez-vous entendu parler des ordonnances de protection que les juges peuvent délivrer aux femmes qui sont victimes de violences.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ils le pouvaient déjà.

NICOLE BELLOUBET
Absolument.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça précisément ils le pouvaient déjà.

NICOLE BELLOUBET
Nous allons densifier le contenu de ces mesures, notamment avec l'interdiction au domicile etc, donc on a densifié ces mesures-là. Donc si vous voulez, il y a des mesures législatives supplémentaires, sur l'autorité parentale également. Il y a des mesures législatives supplémentaires mais, c'est également ce que je vous disais précédemment, il faut vraiment que les policiers, les gendarmes, les magistrats, les associations travaillent mieux ensemble et s'emparent de la totalité de ces mesures. C'est ce que j'ai indiqué dès le 9 mai dernier à l'ensemble des procureurs généraux et c'est ce qui a été signifié avec force par le Premier ministre.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que ça veut dire concrètement que quand il y aura dépôt de plainte désormais, il y aura une mobilisation automatique ?

NICOLE BELLOUBET
Absolument. Alors d'une part, le ministre de l'Intérieur a mis en place une grille de lecture des différents événements que relateront ces personnes, ces femmes victimes de violences, essentiellement des femmes évidemment. D'autre part il y aura des transmissions absolument automatiques et un traitement par la juridiction judiciaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce week-end, on l'a vu, il y a eu encore un témoignage d'une actrice Lucie LUCAS qui joue dans la série « Clem ». Elle témoigne d'un certain nombre d'agressions voire même de viol dont elle a été victime depuis son enfance. Il y a eu Adèle HAENEL bien sûr, Valentine MONNIER qui a dénoncé le viol de Roman POLANSKI en 1975. Soit elles décident de ne pas porter plainte, soit de toute façon c'est prescrit. Est-ce que ce n'est pas un échec pour les femmes qui préfèrent finalement aller parler dans les médias plutôt que de venir devant la justice ?

NICOLE BELLOUBET
Alors j'ai eu l'occasion de le dire notamment pour Adèle HAENEL. Il n'est pas de mon point de vue salutaire de penser que l'expression dans les médias pourrait l'emporter sur l'expression devant la justice.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais si elles le font, c'est qu'elles ont le sentiment que ce n'est pas efficace.

NICOLE BELLOUBET
Je trouve que c'est un sentiment qui est, je dirais, mal perçu parce que la justice est efficace. Peut être efficace et le sera davantage encore. Lorsque vous regardez les sanctions qui sont prononcées à l'encontre des auteurs de ces violences, elles sont vraiment fortes. Lorsque vous regardez le suivi qui est fait, tout cela fonctionne. Il ne faut pas dire que la justice ne fonctionne pas. Elle peut fonctionner mieux mais il ne faut pas penser qu'elle ne fonctionne pas. En revanche, quelque chose qui est prescrit, et vous savez d'ailleurs que nous avons allongé le délai de prescription assez récemment en le portant à trente ans pour les viols commis sur mineurs…

APOLLINE DE MALHERBE
Parfois ça ne suffit pas.

NICOLE BELLOUBET
Trente ans, c'est important parce qu'après il faut tout de même apporter un certain nombre d'éléments de preuve. Ces éléments peuvent disparaître. Nous avons jugé que trente ans était une date tout à fait adaptée.

APOLLINE DE MALHERBE
Un personnage que tous les Français connaissent, François MOLINS qui a été longtemps la voie de la justice face aux attentats, il est aujourd'hui procureur général auprès de la Cour de cassation. Et avec d'autres, il signe une tribune dans Le Monde d'aujourd'hui pour dire précisément que c'est dans le cadre de la justice que ces plaintes doivent être entendues. Ça veut dire que même lui, il estime qu'il faut le redire et que ça n'est toujours pas une évidence.

NICOLE BELLOUBET
Mais il a raison. Je ne peux que partager ce qu'il dit. La justice est présente, elle est là pour aider les personnes qui ont été victimes. Elle est là pour juger bien sûr, mais elle est là pour appuyer les personnes qui sont victimes. Victimes de terrorisme, victimes de violences en général, victimes de violences conjugales en particulier pour ce dont nous parlons aujourd'hui. Vraiment, je crois qu'il faut que nos concitoyens aient confiance dans la justice. Nous mettons en place toute une série de mesures pour que la réponse soit plus efficace et plus rapide. Il faut que nos citoyens aient vraiment confiance dans la justice.

APOLLINE DE MALHERBE
On vous sent presqu'agacée du fait que ces femmes ne viennent pas vers la justice.

NICOLE BELLOUBET
Non, pas du tout agacée… Non, pas agacée. Je dis vraiment : « Ayez confiance », c'est tout. Je ne suis pas agacée, je respecte toutes les attitudes. Mais je trouve qu'on ne peut pas exclure la justice qui est la seule dans un Etat de droit à apporter une réponse adaptée.

APOLLINE DE MALHERBE
Parlons de la réinsertion après la prison. Vous serez cet après-midi face aux CESE, le Conseil économique social et environnemental. Vous leur aviez commandé un rapport sur la question de la réinsertion après la prison et puis, en fait, ce rapport vous revient en boomerang. On a pu accéder aux conclusions du rapport qui dit qu'une réinsertion réussie, c'est une promesse de diminution de la récidive. Et pourtant, le CESE dénonce le peu de moyens que vous y consacrez. Les résultats sont sans appel : 61 % des personnes condamnées à de la prison ferme récidivent en France et sont à nouveau incarcérées dans les cinq ans. Qu'est-ce que vous allez faire ?

NICOLE BELLOUBET
Alors d'abord, ça ne me revient pas en boomerang parce que ces chiffres-là évidemment nous les connaissons. Et c'est bien parce que nous les connaissons que la loi du 23 mars 2019, la loi de réforme de la justice, a profondément fait évoluer d'une part la politique des peines, et d'autre part le traitement des personnes détenues en détention. Et donc j'ai lu en avant-première en quelque sorte…

APOLLINE DE MALHERBE
Comme nous à RMC.

NICOLE BELLOUBET
Les conclusions de ce rapport qui va m'être remis cet après-midi. Je partage énormément d'observations et de propositions qui sont faites.

APOLLINE DE MALHERBE
Observations, oui mais propositions. Ils demandent plus de moyens. Ils disent que ce n'est pas aujourd'hui votre priorité.

NICOLE BELLOUBET
Ça n'est pas vrai, ça n'est pas vrai. C'est ma priorité la réinsertion. Et la preuve en est, je vous donne deux exemples, simplement deux exemples. D'une part, nous avons créé une agence du travail d'intérêt général et du travail en détention.

APOLLINE DE MALHERBE
Aujourd'hui, seuls 28 % des détenus travaillent.

NICOLE BELLOUBET
Mais ça n'est pas possible, ça n'est pas possible. Ce chiffre a diminué. On était à 40 % il y a quelques temps, aujourd'hui c'est 28 %.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce qui s'est passé ?

NICOLE BELLOUBET
Il se passe que, vous savez, c'est très compliqué d'organiser le travail en prison. Quand vous avez trop de monde dans une prison, les ateliers ne peuvent plus fonctionner. Il faut également trouver des entreprises qui acceptent de nous donner du travail en détention et qui acceptent de s'engager en ce sens-là.

APOLLINE DE MALHERBE
Comment allez-vous les convaincre ?

NICOLE BELLOUBET
C'est la raison pour laquelle on a créé une agence avec des gens qui sont spécialement dédiés, qui iront chercher des entreprises partenaires, aussi bien pour nous proposer des postes de travail d'intérêt général qui sont des alternatives à la détention, que pour nous proposer des offres de travail, de concession en quelque sorte, en prison. Nous allons vraiment met l'accent là-dessus. Premier exemple donc, la création de cette agence spécialement dédiée au travail en prison.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc plus de travail pour les personnes emprisonnées.

NICOLE BELLOUBET
C'est capital. Si vous voulez, pour moi il y a trois conditions pour la réinsertion : le travail, le logement, la santé.

APOLLINE DE MALHERBE
Le travail, on vient d'en parler. Logement et santé ?

NICOLE BELLOUBET
Logement, j'ai rencontré hier mon collègue DENORMANDIE. Ce n'est pas ça qui crée le logement mais, en tout cas, ça montre que nous avons une volonté commune d'y arriver, et donc nous avons envisagé plusieurs pistes pour pouvoir accroître le nombre de logements qui sont offerts aux personnes qui sortent de détention. Accroître d'ailleurs aussi le nombre de logements.

APOLLINE DE MALHERBE
Pour une transition avec la vie réelle.

NICOLE BELLOUBET
Pour une transition avec la vie réelle bien sûr. Et la santé, nous avons au mois de juillet dernier pris un certain nombre de mesures avec Christelle DUBOS qui m'a accompagnée sur la question de la santé en détention.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais là, vous me parlez uniquement de choses qui ont déjà été faites alors que le CESE vous remet ce rapport cet après-midi mais et constate aujourd'hui qu'il y a des manques.

NICOLE BELLOUBET
Non mais je vous parle de choses qui…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous ne rajouterez rien sur la table.

NICOLE BELLOUBET
Permettez-moi juste de dire que les mesures dont je fais ici état datent d'il n'y a pas quelques semaines, n'est-ce pas. Et d'autre part un dernier point si vous me le permettez dans les choses qui concernent la sortie de la détention, nous avons décidé de créer de nouvelles places de prison puisque, vous le savez, nous avons une surpopulation carcérale. Même si les mesures que nous avons prises visent à diminuer à terme cette surpopulation carcérale, nous devons mieux accueillir les personnes détenues. C'est aussi une des conditions de la réinsertion. Et nous avons créé ce qu'on appelle des sas, des structures d'accompagnement vers la sortie. Autrement dit un détenu, qui sera environ un an avant sa sortie, intégrera ces sas et nous travaillerons avec lui sur l'offre de travail, l'offre de logement, la question de la santé. Donc ils seront spécialement pris en charge pour se préparer à la sortie. C'est, je crois, la preuve que nous voulons faire mieux. Et il me semble dans ce que j'ai lu, mais je n'ai pas tout lu encore du rapport du Conseil économique, social et environnemental, il me semble que nous nous inscrivons à peu près dans les pas qui ont été proposés par le CESE. Et donc je serai attentive à ce qu'ils nous diront de plus.

APOLLINE DE MALHERBE
Parlons du 5 décembre, c'est une journée qui devient de plus en plus proche et de plus en plus précise, on le voit bien, les Français estiment que la France est un pays en crise sociale, c'est la Une du journal Libération aujourd'hui, 9 Français sur 10 qui estiment qu'il y a une crise sociale dans le pays, le 5 décembre qui s'annonce très suivi, et y compris par des professions dont vous avez la responsabilité, la charge, qui habituellement ne sont pas dans la rue, et notamment les avocats et les notaires. Ils disent que, eux, ils mettent en place cette caisse, qu'ils mettent au pot, et que soudain vous allez prendre cette caisse pour la fondre dans un régime universel. Est-ce qu'honnêtement vous pouvez les rassurer avant la journée du 5 décembre ?

NICOLE BELLOUBET
Alors, d'abord, deux éléments. Vous dites : les Français considèrent qu'on est en crise sociale, moi je respecte ce que les gens ressentent. Je crois effectivement qu'il y a encore des inégalités fortes dans notre pays, mais il ne faut pas nier que les mesures qui ont été prises après la crise des Gilets jaunes d'une part, c'est-à-dire des mesures sociales qui sont extrêmement puissantes, avec l'injection de plus de 10 milliards, au bénéfice des personnes les plus modestes. D'autre part là l'évolution de notre économie qui est une évolution positive, regardez le taux de chômage, donc il ne faut pas, me semble-t-il, avoir le sentiment constamment négatif que notre pays est en crise.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous partagez ce qu'a dit Emmanuel MACRON lorsqu'il était à Amiens la semaine dernière, en disant qu'on avait une vision trop négative.

NICOLE BELLOUBET
Moi je trouve qu'il y a des réussites dans notre pays, des réussites qui se traduisent concrètement, il ne faut pas les nier, pour n'avoir qu'une vision négative. Et je dis cela tout en sachant qu'il y a, je vous le disais tout à l'heure, encore des inégalités dans notre pays, et encore beaucoup d'inégalités que nous devons combattre. Ça c'est le premier point.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais quand c'est des choses qui fonctionnent, pourquoi les enlever ? En l'occurrence la retraite des avocats, ils estiment que ça fonctionne, ils se demandent pourquoi vous venez les toucher.

NICOLE BELLOUBET
Tout à l'heure vous parliez des notaires, je n'ai pas cru comprendre que les notaires puissent être…

APOLLINE DE MALHERBE
Ils prévoient aussi d'être dans la rue.

NICOLE BELLOUBET
... puissent être tout à fait dans la même situation que les…

APOLLINE DE MALHERBE
Ils prévoient tout de même d'être dans la rue.

NICOLE BELLOUBET
... que les avocats. Je reviens sur la question des avocats. Je les ai reçus à deux reprises avec Jean-Paul DELEVOYE, pour évoquer avec eux la question de leur régime autonome, puisqu'ils bénéficient actuellement d'un régime autonome. Le COR, qui vous le savez a rendu son rapport récemment, prévoit que dans quelques années le régime des avocats ne sera plus aussi bénéficiaire qu'il l'est aujourd'hui. Et c'est la raison pour laquelle il nous a alors je sais que les avocats ne sont pas d'accord avec cette approche, notamment pour des raisons démographiques, mais c'est en tout cas une autorité indépendante, le COR, le média d'orientation des retraites, qui a dit cela. Donc moi je crois qu'il faut regarder cette situation en face. Et puisque nous voulons créer un régime universel, il n'y a rien de plus juste qu'un régime universel. Je ne comprends pas pourquoi les avocats n'acceptent pas le principe d'entrer dans ce régime universel.

APOLLINE DE MALHERBE
Y entrer quand ?

NICOLE BELLOUBET
Alors ça, c'est en discussions. L'idée…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est peut-être ça aussi qui permettrait que les choses soient plus acceptées.

NICOLE BELLOUBET
Ce que je vous disais – bien sûr – nous les avons reçus à deux reprises, avec DELEVOYE, nous leur avons évoqué, nous avons évoqué avec eux ce que pourrait être une période de transition. Cette période de transition n'est pas calée, c'est-à-dire que c'est en fonction des approches des uns et des autres, c'est ça qui est en cours de négociations. Nous, ce que nous disons, c'est que nous voulons un régime universel, et d'ailleurs nous…

APOLLINE DE MALHERBE
Ils auront droit à une transition, c'est ce que vous nous dites ce matin…

NICOLE BELLOUBET
Bien sûr, évidemment.

APOLLINE DE MALHERBE
Ils auront droit à une transition, mais vous n'avez pas encore arrêté le temps de cette transition.

NICOLE BELLOUBET
Exactement. Et nous leur avons proposé un certain nombre d'évolutions possibles, de modalités. Nous ne sommes pas dans une négociation avec eux, puisqu'ils nous ont fait part de leur volonté de ne pas entrer en négociations, mais nous avons présenté des choses, nous avons mis des choses sur la table.

APOLLINE DE MALHERBE
Nicole BELLOUBET, quand je vous entends, et c'est l'éternel problème depuis quelques semaines, il n'y a pas encore de précisions, on a l'impression que c'est le grand flou. Edouard PHILIPPE et Jean-Paul DELEVOYE, c'est Gilles LE GENDRE qui le révèle ce matin, promettent de faire encore des nouvelles annonces, avant la fin de l'année. Mais, enfin…

NICOLE BELLOUBET
C'est naturel, un tel, c'est une véritable révolution que ce régime des retraites…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais on ne sait toujours pas s'il y aura un âge pivot. On ne sait toujours pas si ce sera une durée de cotisations. On ne sait toujours pas s'il y aura une clause du grand-père.

NICOLE BELLOUBET
Ce que l'on sait, c'est d'une part que financièrement le régime sera déficitaire en 2025, entre 7 et 17 milliards. C'est le COR qui le dit. Ce que l'on sait, c'est que nous avons établi un certain nombre de principes, de justice, un système universel donc ce qui signifie évidemment la suppression des régimes spéciaux, et un système par points, et un système de répartition, autrement dit nous maintenons ce qui est les points fondamentaux de la retraite en France. Ce qui est ouvert à la négociation, et c'est ce pourquoi le Premier ministre reçoit actuellement les organisations syndicales qui jouent un rôle clef dans cette évolution-là, c'est comment nous allons, à partir de ce que nous avons aujourd'hui, vers le système dont nous avons défini les principes…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais on a l'impression que vous laissez pourrir la situation jusqu'au 5 décembre.

NICOLE BELLOUBET
Mais non, on ne laisse pas du tout pourrir la situation, mais on ne peut pas nous faire le reproche, à la fois de négocier et en même temps d'imposer quelque chose qui serait tombé du ciel, donc nous sommes dans la phase de négociations. Des principes ont été fixés, nous avons vous le savez, le Premier ministre reçoit aujourd'hui et hier, les organisations syndicales, il parlera ensuite, et ce seront de nouvelles pierre à cet édifice.

APOLLINE DE MALHERBE
La question, et j'y reviens, c'est aussi cette phase de transition, est-ce qu'elle sera suffisamment longue pour devenir ce qu'on appelle une clause du grand-père, c'est-à-dire pour n'entrer véritablement en action que dans 40 ou 50 ans, ou est-ce que ce sera moins que ça ?

NICOLE BELLOUBET
Eh bien précisément, je suis désolée, je ne vais pas vous fournir la réponse là, aujourd'hui. Ce que l'on sait, c'est que pour rétablir l'équilibre financier, il n'y a pas 50 solutions : soit on baisse les pensions, il n'en est pas question, et d'ailleurs vous le savez les retraités actuels ne seront pas du tout concernés par cette évolution, soit on n'augmente les cotisations des salariés, nous ne voulons pas non plus, puisque le travail c'est un point que nous avons voulu privilégier. Soit on joue sur l'âge de départ à la retraite, le président de la République a dit qu'il ne bougerait pas l'âge de 62 ans, mais on peut imaginer…

APOLLINE DE MALHERBE
Chacune des options que vous ouvrez, vous les refermez immédiatement.

NICOLE BELLOUBET
Non, attendez, je vous dis : on peut imaginer un âge pivot, on peut imaginer un allongement de la durée des cotisations, on peut imaginer ce que vous appelez la clause du grand-père, que je préfère appeler la clause du petit-fils, c'est-à-dire au fond on ne mettra en oeuvre les mesures que pour les gens qui entrent sur le marché du travail, à une date X. Ces trois éléments là, c'est cela qui est en négociation, et si on l'imposait, je trouve que ce serait une erreur, c'est la raison pour laquelle…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous prenez donc le risque que le pays s'embrase au 5 décembre, voire même dans les jours qui suivent.

NICOLE BELLOUBET
Je pense que d'ici là, évidemment il y aura des choses qui vont avoir évolué, ne serait-ce que…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que d'ici là il y aura des précisions qui seront données ?

NICOLE BELLOUBET
Bien sûr, le Premier ministre qui reçoit les organisations syndicales, va tirer un bilan de ces rencontres.

APOLLINE DE MALHERBE
Et ça pourrait être des réponses qui seraient apportées dès cette semaine ?

NICOLE BELLOUBET
Je ne suis pas sûre que les réponses soient définitives, parce que nous, nous avions dit, moi-même d'ailleurs, pour à la fois les personnels du ministère de la justice, les avocats, les notaires, etc., que nous travaillons avec eux, et nous allons les revoir. Donc tout cela est en cours, mais à la fin, d'ici la fin de l'année, civile bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
Un dernier mot, Nicole BELLOUBET : vous ne serez pas candidate aux municipales ?

NICOLE BELLOUBET
Non, je ne serai pas candidate aux municipales, je l'ai dit depuis longtemps.

APOLLINE DE MALHERBE
Et malgré le fait que le président à nouveau insiste auprès de chacun de vous en disant : allez-y ?

NICOLE BELLOUBET
D'abord il ne l'a pas du tout formulé de cette manière-là, je crois qu'il y a des personnalités…

APOLLINE DE MALHERBE
Il vous encourage tous à vous engager sur le terrain.

NICOLE BELLOUBET
Mais c'est différent. Moi je suis très engagée sur le terrain et je serai très investie pour les municipales en général, aux côtés des candidats. J'étais hier ou avant-hier, je ne sais plus, à Saint-Etienne, j'ai rencontré les futurs candidats, je suis très investie…

APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi vous n'êtes pas candidate, vous ?

NICOLE BELLOUBET
Parce que je trouve qu'actuellement je suis vraiment entièrement consacrée à mon travail ministériel. Depuis 1958 il n'y a pas eu de réforme de la justice au sens où nous la conduisons aujourd'hui, je ne dis pas qu'il n'y a pas eu de réforme concernant la justice, mais nous avons aujourd'hui une évolution profonde de la justice, j'ai besoin de m'y consacrer pleinement.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais les ministres qui sont candidats par ailleurs ou qui le seront officiellement dans quelques semaines, n'ont pas pour autant abandonné leur job, c'est aussi une manière à un moment de prendre le risque d'être face aux électeurs.

NICOLE BELLOUBET
Mais il y a des tas d'élections qui se profilent dans les années à venir.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous pourriez éventuellement être candidate pour d'autres élections que les municipales.

NICOLE BELLOUBET
Rien n'est exclu.

APOLLINE DE MALHERBE
En tout cas, l'élection, le suffrage universel est quelque chose auquel vous vous confronterez à un moment ou à un autre ?

NICOLE BELLOUBET
Mais vous savez, j'ai déjà été élue, pendant des années, j'ai été élue locale, à la fois dans une petite commune de la région parisienne, j'ai été première adjointe à la ville de Toulouse, j'ai été première vice-présidente…

APOLLINE DE MALHERBE
Et ça ne vous manque pas ?

NICOLE BELLOUBET
C'est autre chose. C'est autre chose.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous laissez entendre que vous y retournerez, d'une manière ou d'une autre.

NICOLE BELLOUBET
Rien n'est jamais à exclure.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci beaucoup Nicole BELLOUBET d'avoir été avec nous ce matin.

NICOLE BELLOUBET
Merci à vous.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes Garde des Sceaux, ministre de la Justice.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 novembre 2019