Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la coopération entre les deux rives de la Méditerranée, à Marseille le 26 novembre 2019.

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Circonstance : Troisième acte de la Méditerranée du futur

Prononcé le

Texte intégral

 Mesdames et messieurs,


Avant de commencer mon propos, je voudrais vous faire part de mon émotion, de ma grande tristesse à la suite de l'accident qui s'est produit hier soir, au Mali, dans la région de Ménaka, au cours duquel treize militaires ont trouvé la mort. Je me souviens avoir été leur chef, il fut un temps, et je voudrais, avec Renaud Muselier, faire savoir de cette tribune à leurs familles à leurs frères d'armes toute notre empathie, et combien nous comprenons leur douleur.

Ils étaient là pour notre sécurité commune, quel que soit ici le pays d'où l'on vient, ils étaient là pour combattre le terrorisme. Je vous remercie de vous lever et d'avoir un moment de silence.

Je vous remercie.


Monsieur le Président, cher Renaud Muselier,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les élus,
Chers amis,


En dehors de ce moment d'émotion je voudrais vous dire que je suis très heureux que nous nous retrouvions ici, entre amis de la Méditerranée.

Année après année, c'est ici, à Marseille, que nous inventons ensemble la Méditerranée du futur. Je ne devrais d'ailleurs pas dire année après année, je devrais dire d'acte en acte, pour reprendre le terme choisi par Renaud Muselier pour scander la pièce qui nous rassemble, dans la plus pure tradition du théâtre méditerranéen.

Revenons un instant à 2017 et au premier acte de la Méditerranée du futur. L'acte d'exposition en quelque sorte, celui où les personnages entrent en scène et où l'intrigue commence à se nouer. Rapidement, à ce moment-là, l'enjeu de la pièce a été posé par ceux qui étaient là, moins nombreux qu'aujourd'hui.

Faire de La Méditerranée, qui a toujours été un carrefour d'échanges entre nos peuples, le carrefour des projets et des initiatives de demain. Les efforts alors se sont développés, le développement durable, la transition énergétique et environnementale, et d'emblée, il est apparu que tous ceux qui font vivre notre mer commune auraient un rôle à jouer ; les Etats, bien sûr, mais aussi toutes les forces vives de nos sociétés civiles. En effet, dans sa richesse et dans sa diversité, la Méditerranée appelle les scènes chorales et une distribution large pour rester dans l'image du théâtre.

En novembre 2018, le rideau s'est levé à nouveau pour un deuxième acte, placé alors sous le signe de la jeunesse et de l'innovation. Le public était au rendez-vous et on a parfois l'impression que le quatrième mur se brise en voyant alors tant de visages nouveaux sous les projecteurs. Le dialogue se renforce entre des jeunes qui découvrent des préoccupations et des défis communs.

Aujourd'hui, nous sommes réunis pour ce troisième acte qu'il vous appartiendra d'écrire, que vous avez déjà commencé à écrire ce matin, en suivant un fil rouge, l'investissement.

On est bien là, je crois, au point culminant de l'action.

Alors que cette histoire se déployait, la scène marseillaise s'est pour ainsi dire dédoublée, par une forme de coup de théâtre. En contrepoint des rencontres de la Méditerranée du futur, un forum nouveau a été lancé, ici-même au Palais du Pharo : "le Sommet des deux rives".

Je me souviens qu'il y a deux ans j'avais, à cette tribune, appelé de mes voeux un tel événement qui permettrait, pensais-je à l'époque, de donner un prolongement plus vaste à vos travaux et à vos réflexions.

En juin dernier, Marseille en a accueilli la première édition qui a été ouverte et au cours de laquelle est intervenu le président de la République.

Je voudrais vous dire ici que je souhaiterais que nous puissions conforter une complémentarité entre le Sommet des deux rives et le forum de la Méditerranée, et que pour les actes, IV, V, qui viendront, l'on puisse faire en sorte que ce soit ici, tous les ans un point fixe, puisque le Sommet des deux rives a commencé à Marseille - c'était bien normal - mais il va se poursuivre ailleurs, dans une configuration internationale.

Comme vous le savez, nous avons basé le Sommet des deux rives à partir de l'existence, d'une part du dialogue 5+5, les cinq pays du Nord de l'Afrique et les cinq pays du Sud de l'Europe, parce que nous avions déjà l'habitude de travailler ensemble dans cette configuration. Nous avons aussi initié ce projet, en nous appuyant sur l'Union pour la Méditerranée, dont je salue le secrétaire général présent, Nasser Kamel. Nous avons aussi agi avec l'Union européenne et la Fondation Anna Lindh.

Tous ces acteurs-là se retrouvent dans le Sommet des deux rives qui, inévitablement, l'année prochaine, aura lieu de l'autre côté, sur l'autre rive. Ensuite, quand ce Sommet reviendra en Europe du Sud, il sera inévitablement dans un autre pays.

Mais il faut un point fixe, et je suggère que le point fixe, ce soit vous, et que l'on puisse chaque année ici, voir l'état d'avancement des projets que nous voulons mettre en oeuvre. Parce que le point majeur de ces organisations-là - et je l'ai bien senti tout à l'heure dans les échanges auxquels j'ai pu assister -, ce sont des projets concrets. Il ne s'agit pas, ni dans le Sommet des deux rives, ni ici, de faire uniquement du déclaratif, il faut que l'on sorte des projets concrets. Et, comme lors du Sommet des deux rives on a pu faire émerger quelque 270 projets, dont 15 ont été sélectionnés, comme j'entends ici des initiatives nouvelles qui sont proposées, je souhaite que nous puissions, avec cette articulation-là, faire en sorte que les projets ne soient pas uniquement des indications en fin de colonne, mais des concrétisations que l'on peut constater, et que ce point fixe permettra de le faire.

J'ai bien noté, à la fin de ce Sommet des deux rives et au cours des projections que j'ai pu percevoir de cette rencontre d'aujourd'hui, des sujets centraux qu'il va nous falloir décliner en actions concrètes, à la fois sur la préservation de l'environnement et de la biodiversité des écosystèmes - je pense à la limitation des polluants des navires, à l'enjeu de zéro plastique en Méditerranée ; je pense aussi à la mise en place dans les villes côtières d'une économie circulaire au service d'une alimentation durable et de qualité, qui est un projet initialement porté en Italie mais qui a convaincu en Tunisie, en France et au Maroc - il y aura bientôt des expériences pilotes à Bizerte, à Marseille et à Tarente. Je pense aussi à l'enjeu de la ville méditerranéenne durable. Plusieurs projets y sont consacrés. Celui d'un partenariat ambitieux pour des villes durables en Méditerranée. Celui des start-médinas, dont j'ai entendu quelques échos tout à l'heure. Et je voudrais à cet égard saluer le rôle de l'Agence des villes et territoires méditerranéens durables, l'AViTem, et saluer l'action de son directeur général, M. Valero, pour son soutien pour la mise en place de ces initiatives.

Cette stratégie autour de la ville méditerranéenne durable pourra trouver une forme d'aboutissement lors du Sommet Afrique-France qui se tiendra à Bordeaux en juin prochain, qui sera également consacré au thème de la ville durable.

Je voudrais d'ailleurs vous dire, Monsieur le Président Muselier, que, dans cette connexion que j'imagine, il faudra faire en sorte que les structures " Sommet des deux rives ", qui ont comme caractéristique de réunir non seulement des Etats, mais aussi des ONG, mais aussi des entreprises, mais aussi la société civile dans son ensemble, soient aussi ouvertes aux élus régionaux qui, dans les différents pays concernés, sont des acteurs majeurs. Je suggère que le prochain sommet puisse aussi associer les élus régionaux des dix pays concernés, au moins des dix pays de départ concernés, pour donner de la concrétisation plus formelle à l'ensemble des projets qui ont été évoqués.

Dans l'ensemble des projets, il y a aussi la jeunesse et l'innovation, avec des hypothèses très précises. La mise en réseau des jeunes créateurs méditerranéens de start-up, Rodolphe Saadé y a fait référence tout à l'heure. Je pense aussi à l'élargissement du réseau "Méditerranée nouvelle chance".

Je pense au projet de réseau méditerranéen des écoles des métiers de la mer, qui est un enjeu essentiel. Hier, une déclaration d'intention a été signée pour le campus des métiers et qualification de la mer. C'est une première étape en France qui va nous permettre d'avancer plus largement en Méditerranée, qui associe l'Etat, le grand port de Marseille, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur ...Sud ... Nous pouvons, à partir de ce projet-là, faire en sorte de travailler pour son élargissement méditerranéen, avec le soutien de l'Union européenne dans le cadre du programme Erasmus+.

Tout cela montre qu'il y a, sur la table, à la suite du Sommet des deux rives et à la suite de vos travaux, des projets concrets qu'il faut mettre en oeuvre. Puisque le thème aujourd'hui c'est l'investissement, aujourd'hui c'est véritablement le moment d'investir en Méditerranée. Et j'ai entendu tout à l'heure des témoignages tout à fait essentiels qui nous font penser que tout cela peut être envisagé avec optimisme.

Je voudrais aussi vous préciser que, dans la liste des projets qui a été ainsi congloméré entre les différentes initiatives, il ne faut en lâcher aucun. Si d'aventure on devait en retirer un de notre liste, il faudrait expliquer pourquoi nous n'avons pas pu aboutir sur cette hypothèse. C'est la raison pour laquelle je souhaite qu'autour du centre pour l'intégration en Méditerranée, que mon ministère soutient depuis plusieurs années, il puisse y avoir une plateforme commune qui permettra de suivre la mise en oeuvre de toutes nos initiatives - la liste sera très bientôt disponible - et de vérifier que les porteurs de projets sont dans le coût de leurs projets et que les participants à ces projets, qui peuvent se mobiliser, puissent être au rendez-vous.

Ainsi, l'acte III de ce forum et l'acte I du Sommet des deux rives, ce ne sont que des commencements d'une nouvelle aventure et d'une nouvelle étape entre nous. Voilà le message que je voulais vous délivrer. Faire en sorte qu'il y ait du concret partout et de la connexion entre ces deux grands rendez-vous marseillais, pour faire en sorte qu'ici il y ait régulièrement un point fixe qui soit fait avec la participation des territoires et, singulièrement, des régions.

Voilà, chers amis, quand on pense à la Méditerranée, de puissantes images viennent immédiatement à l'esprit. L'image de notre mer et de ses scintillements, l'image de notre histoire commune, de ses fulgurances, l'image des grandes oeuvres qui nous unissent. Mais à ces images un peu classiques, il est temps d'ajouter des images nouvelles : l'image d'une mer ouverte à toutes les opportunités du XXIe siècle ; l'image d'une jeunesse ambitieuse, éprise d'innovation ; et l'image d'un dialogue où le Nord apprend du Sud et où le Sud apprend du Nord.

C'est dans vos territoires que ces nouvelles images peuvent prendre forme, en particulier ici à Marseille. C'est dans les projets que nous portons ensemble que ces images reprendront du relief, et grâce à des initiatives comme celle-ci, c'est dans le coeur de tous les Méditerranéens et de tous ceux qui aiment la Méditerranée que ces nouvelles images s'imprimeront bientôt.


Merci de votre attention.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 décembre 2019