Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à France 2 le 9 décembre 2019, sur la situation des transports en commun du fait du mouvement social contre la réforme des retraites.

Texte intégral

CAROLINE ROUX 
Bonjour Jean-Baptiste DJEBBARI. 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Bonjour à vous. 

CAROLINE ROUX 
On l'entendait à l'instant, 510 kilomètres de bouchons cumulés en Ile-de-France, le trafic, on le sait, sera encore très perturbé aujourd'hui, ce sera pire que jeudi, ce sera pire que vendredi ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Ce sera un peu plus dégradé que jeudi, parce que jeudi beaucoup de gens sont restés chez eux, ont posé des RTT, ont télétravaillé, et aujourd'hui effectivement la journée est compliquée, sera compliquée pour les Français, notamment sur la route avec beaucoup de bouchons, environ 30% du trafic de la SNCF et puis des métros qui sont centrés autour des heures de pointe, ce sera donc effectivement une journée difficile et je pense aux millions de Franciliens qui aujourd'hui, notamment sont sur les routes. 

CAROLINE ROUX 
A part leur dire bon courage, qu'est-ce que vous pouvez leur dire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Non, je leur dis que le calendrier politique il est posé, et cela depuis plusieurs semaines, et que mercredi, à midi, le Premier ministre s'exprimera pour faire toute la clarté sur la réforme des retraites. J'ajoute qu'il y a eu quand même beaucoup de désinformation et de manipulation, notamment de la part des oppositions politiques, et je crois que c'est très bien que mercredi nous puissions faire absolument la clarté sur ce qu'est la réforme des retraites et les Français jugeront sur pièce. 

CAROLINE ROUX 
C'était indispensable d'attendre mercredi ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Vous savez, ce n'est pas le gouvernement qui a posé le 5 décembre comme journée de grève, nous avons depuis plusieurs mois dit que les concertations syndicales elles se tiendraient jusqu'à mi-décembre et que le Premier ministre annoncerait l'architecture de la réforme. Donc, aujourd'hui, nous y sommes, et je prends ce point de mercredi comme un événement, qui j'espère fera la clarté dans l'esprit des Français. 

CAROLINE ROUX 
On va y revenir sur la journée de mercredi, mais avant mercredi il y a aujourd'hui, est-ce que vous craignez pour la sécurité dans les transports ? On a vu des images des rames de RER, les seules qui fonctionnent, ou alors l'affluence dans certaines gares, est-ce qu'il y a des craintes sur la sécurité et quelles sont les consignes ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Les consignes, vous savez que la SNCF et la RATP, en responsabilité ont appelé, dans la mesure du possible, les Français à reporter leur voyage, leur déplacement, ce n'est évidemment pas toujours possible, et ils ont mis en place, et j'ai eu l'occasion de discuter avec eux, ce qu'on appelle les gilets rouges à la SNCF, les gilets verts à la RATP, de manière à bien orienter les gens sur les quais, à leur donner toutes les informations disponibles, pour éviter ces phénomènes effectivement d'attroupements et de bousculades. 

CAROLINE ROUX 
On ne les évitera pas, ces phénomènes d'affluence ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y aura des rappels systématiques sur les quais, nous, évidemment, sensibilisons les Français au fait qu'il faut que les choses se passent en bon ordre et l'information, en tout cas, sera complète sur les quais et sur les différents supports Internet. 

CAROLINE ROUX 
Certains pensent déjà aux vacances de Noël, est-ce que vous y pensez vous aussi, vous imaginez que la grève se poursuive jusque-là ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
On ne pense pas beaucoup aux vacances quand on est en politique, mais moi je me situe dans le calendrier politique que nous avons donné, c'est-à-dire à la fois respecter le dialogue avec les syndicats, ce que nous avons fait, et puis faire la clarté politique sur le projet que nous proposons, qui est un projet de solidarité, et, encore une fois, qui a subi un certain nombre de désinformations, massives, notamment de la part des oppositions politiques, donc je le redis, mercredi la clarté sera faite et les Français pourront juger sur pièce. 

CAROLINE ROUX 
Mais, juste, c'est un scénario noir pour le ministre des Transports que vous êtes ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Moi je ne raisonne pas, je pense que… d'abord on a beaucoup de gens qui nous écrivent et nous disent que cette réforme doit se faire, on a aussi 76% des Français, quand ils sont sondés, qui disent avoir le sentiment que le régime aujourd'hui, le système actuel des retraites, est assez inéquitable, déséquilibré sur le plan financier, et 76% des Français disent que cela doit être réformé en profondeur. Donc je me situe, si vous voulez, dans cette dynamique politique, nécessaire, et le dialogue évidemment doit se poursuivre… 

CAROLINE ROUX 
C'est juste qu'il y a des gens qui vous regardent ce matin et qui disent, une question toute simple, combien de temps ça va durer ? Vous leur dites quoi, ça va s'améliorer dans les prochains jours, attendez le Premier ministre, il va tout… mercredi ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Je renvoie aussi à la responsabilité des syndicats, ça fait des semaines que nous discutons, il y a des syndicats qui viennent discuter, l'UNSA, la CFDT, qui sont exigeants sur les demandes, et vous avez des syndicats qui sont réfractaires à la réforme, qui ne veulent pas du tout de cette réforme-là, d'ailleurs d'aucune des réformes précédentes, comme la CGT, et donc je le dis, il ne faut pas se tromper sur la posture politique des uns et des autres, la CGT ne sera jamais d'accord avec nous, ni avant, ni après. 

CAROLINE ROUX 
Ça veut dire que vous dites à ceux qui galèrent dans les transports, c'est de la faute de la CGT en fait ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Je dis juste que dans le message politique la CGT ne sera pas d'accord maintenant, elle ne l'était pas avant, elle ne le sera pas après, et donc elle appellera évidemment à la grève. Après, je dis que dans cette réforme nous avons des syndicats qui, pour le coup, soutiennent l'idée de la mise en oeuvre d'un système universel de retraite, notamment la CFDT, l'UNSA au niveau confédéral, un certain nombre d'autres syndicats, et je dis qu'il faut prendre cette réalité dans son ensemble, le monde politique ne se résume pas à la CGT. 

CAROLINE ROUX 
Mais qui est responsable de cette situation de blocage, ce matin-là, les embouteillages, dans les gares, sur les quais de RER ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Moi je respecte les agents qui décident de contester la réforme par la grève, les Français qui décident de contester la réforme par la grève, je leur dis la clarté sera faite, mais je leur dis aussi que, notamment à la RATP, quand on bloque des dépôts bus ou alors quand on intimide ses collègues, on a vu des vidéos hier soir circuler sur Internet, ça c'est tout à fait intolérable, et je pense qu'il faut que chacun reste responsable. Donc, ceux qui contestent par la grève, très bien, ceux qui commettent des intimidations, du harcèlement, à l'égard de leurs collègues, j'ai demandé à la RATP effectivement de porter plainte… 

CAROLINE ROUX 
Donc je vous posais une question toute simple, quand est-ce que ça va aller mieux, vous me dites, mercredi ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Je vous dis que mercredi les Français jugeront sur pièce une réforme qui est nécessaire, et le Premier ministre fera toute la clarté sur la façon dont va s'appliquer la réforme dans les différents secteurs d'activité, et notamment au sein des régimes spéciaux. 

CAROLINE ROUX 
Des questions très concrètes. Est-ce qu'il y a un programme de transports de substitution, vous avez évoqué la possibilité de mettre en circulation des cars privés, ça en est où ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Alors il y a effectivement 10 % de l'offre supplémentaire en plus de ce qui est pratiqué par la SNCF et la RATP, il y a effectivement des cars Macron qui circulent d'ailleurs aussi entre les grandes métropoles, et cette offre est en hausse de 10 à 15%. Nous avons donné la possibilité de passer par Paris, vous avez peut-être suivi vendredi dernier ce qui s'est passé, on ne peut pas dire que tout le monde ait particulièrement joué le jeu, pour le dire… 

CAROLINE ROUX 
Vous pensez à Anne HIDALGO ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
La Mairie de Paris, effectivement, nous avions proposé un axe avec différents… des dessertes intermédiaires, et la Mairie de Paris a choisi de ne pas pratiquer cet axe-là, pour le bénéfice des Franciliens, notamment de Saint-Denis à Massy en passant par Paris. Il y a le covoiturage qui marche très bien, et nous avons ouvert les voies réservées, notamment pour les axes autoroutiers, d'accès à la capitale, et aujourd'hui tous ceux qui covoiturent peuvent emprunter ces voies réservées, même si effectivement le trafic est saturé, et puis nous avons demandé un certain nombre de choses, notamment aux VTC, en matière de tarifs, de manière à ce que les Franciliens, notamment, ne pâtissent pas de tarifs qui soient trop hauts. 

CAROLINE ROUX 
Est-ce que vous encouragez les communes touchées à établir la gratuité des stationnements pendant la période de grève ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
C'est évidemment leur compétence, mais je sais que c'est pratiqué par un certain nombre d'entre elles… 

CAROLINE ROUX 
Et est-ce que vous, en tant que ministre des Transports, vous les encouragez à le faire ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Moi je respecte les compétences des communes, mais je note que quand cela est fait c'est apprécié par les populations. 

CAROLINE ROUX 
Certains syndicats, vous avez évoqué la CGT, demandent tout simplement, désormais, le retrait de la réforme, est-ce que c'est une option ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Non, mais Monsieur MARTINEZ dit à longueur de plateaux que le système actuel est le meilleur du monde, et je lui dis oui, j'ai déjà débattu avec lui à plusieurs reprises, je lui dis oui, sauf pour les agriculteurs, sauf pour les commerçants, sauf pour les artisans, sauf pour les femmes, sauf pour ceux qui ont des carrières heurtées, donc non, le système actuel n'est pas le meilleur du monde, oui, il a besoin d'être refondé, et 76 % des Français ne disent pas autrement. 

CAROLINE ROUX 
Et non, le retrait de la réforme n'est pas une option, c'est ce que vous dites ce matin Jean-Baptiste DJEBBARI ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Evidemment que ce n'est pas une option, dans la mesure où si le gouvernement calait, comme ont calé un certain nombre de gouvernements précédents, dans 2 ans, dans 3 ans, dans 5 ans, il y aurait besoin d'une réforme et que cette réforme elle serait faite avec beaucoup moins de progressivité dans la mesure où nous avons encore un peu le temps d'agir, et que c'est bien la raison pour laquelle le président s'est engagé en 2017 à refonder en profondeur ce système. 

CAROLINE ROUX 
Donc vous dites, malgré les embouteillages ce matin, malgré la pression et la galère dans les transports, cette réforme se fera et celle-ci en particulier ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
La responsabilité politique c'est de dire la vérité aux Français, les Français savent que le système de retraites actuel présente un certain nombre de dysfonctionnements et d'inégalités, cette réforme elle est nécessaire, elle doit se faire dans le dialogue, avec les syndicats, elle doit être expliquée, elle le sera en détail mercredi, mais cette réforme est nécessaire. 

CAROLINE ROUX 
Deux questions rapidement avant de terminer cette interview. Cette réforme se fera en dialogue avec les syndicats, ça veut dire que tout est négociable, ça veut dire ça ou pas ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Ça veut dire que bien sûr beaucoup de choses sont négociables, mais effectivement pas le retrait, comme le présente Philippe MARTINEZ, qui, vous avez compris, n'est pas un soutien du gouvernement. 

CAROLINE ROUX 
Quels sont les points sur lesquels le fait de transiger n'est pas possible ? 

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI 
Non, mais nous discutons sur plein de choses, notamment la génération à laquelle s'applique l'entrée dans le régime universel, nous avons dit que nous voulons respecter le contrat moral, ce n'est pas pareil d'être depuis 2 ans, 3 ans, à la SNCF, que d'être à 5 ans ou à 10 ans de la retraite, et donc tout ça nous l'avons bien en tête. 

CAROLINE ROUX 
Merci beaucoup Jean-Baptiste DJEBBARI. 


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 décembre 2019