Déclaration à la presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations franco-mexicaines, à Mexico le 19 décembre 2019.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Circonstance : Déplacement au Mexique

Thématique(s) :

Texte intégral

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Madame et Monsieur l'Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux d'être de retour au Mexique, pour une nouvelle visite placée sous le signe de l'amitié et de la confiance, à l'image de la relation qui unit nos deux pays.

Si je suis là aujourd'hui, Monsieur le Chancelier, mon cher Marcelo, c'est pour écrire avec vous et les ministres qui vous accompagnent, une nouvelle page de la relation franco-mexicaine, mais aussi, nous en avons parlé, une nouvelle page de la relation du Mexique avec l'Europe et j'espère que vous viendrez bientôt à Paris pour poursuivre ce dialogue.

J'aurai l'honneur de m'entretenir aussi cet après-midi avec le président de la République, M. Lopez Obrador. J'avais eu l'occasion de le rencontrer en octobre 2018 en tant que président élu du Mexique. Nous évoquerons les perspectives de la relation bilatérale et l'engagement des présidents Lopez Obrador et Macron pour l'approfondir.

Avec le chancelier nos différents échanges nous ont permis d'abord d'évoquer les défis globaux qui nous préoccupent et auxquels nous sommes bien déterminés à apporter des réponses ensemble.

Je pense d'abord à la question des migrations.

Bien sûr, elle ne se pose pas dans les mêmes termes en Europe et sur le continent américain. Mais partout, elle exige des réponses qui soient à la fois à la hauteur de nos valeurs et à même de traiter les causes profondes des drames humains qui donnent lieu aux mouvements migratoires. Nous partageons la conviction que ces réponses passent par la solidarité, par la réduction des inégalités et par le développement.

C'est pourquoi la France va soutenir de manière très concrète le Plan pour un développement intégral du Sud du Mexique et de l'Amérique centrale dont le chancelier m'a exposé les lignes de force.

Nous allons le faire avec nos partenaires de l'Union Européenne, en particulier sur la partie du plan consacrée à la sécurité alimentaire.

Nous allons le faire aussi à titre bilatéral, puisque nous accompagnerons sur d'autres enjeux majeurs que sont la transition agro-écologique, la promotion d'une économie océanique durable et la préservation de la biodiversité marine.

Je rappelle d'ailleurs à cet égard, en parlant des migrations, combien le rôle du Mexique a été important dans la confirmation du Pacte pour les Migrations de Marrakech.

En ce qui concerne l'urgence environnementale, qui est notre deuxième préoccupation commune.

Certains n'ont apparemment toujours pas pris la mesure de notre responsabilité historique à cet égard - la COP25 qui vient de se tenir à Madrid l'a montré. Mais, en ce qui nous concerne, nous sommes déterminés à agir ensemble pour le climat et pour l'environnement.

À l'automne dernier, nous avons lancé un programme de coopération pour lutter contre la prolifération des sargasses dans la Caraïbe et, dans les mois à venir, nos échanges sur ces questions vont encore s'intensifier.

Et puis, le dernier défi global, c'est le plus important parce qu'il est global, c'est l'avenir du multilatéralisme.

Vous le savez : la multiplication des décisions multilatérales et le retour des logiques de puissance mettent en péril ce système bâti au lendemain de la Seconde guerre mondiale pour fonder la vie internationale sur le droit et la coopération.

Mais, face aux défis que je viens d'évoquer, face aux menaces nouvelles, face à la nouvelle donne technologique, nous ne saurions nous résoudre à l'impuissance collective. C'est pourquoi, en lien avec l'Allemagne, avec cinq autres pays dont le Mexique, nous avons souhaité lancer, à New York à la fin du mois de septembre, une Alliance pour le multilatéralisme. Ce combat - parce que c'est un combat - est désormais au coeur de notre relation, comme le montre la déclaration bilatérale sur le multilatéralisme que nous venons tous les deux de signer, comme le montre aussi les échanges que nous aurons à propos de ces enjeux majeurs cet après-midi, avec des représentants de nos sociétés civiles et du monde économique.

Ce multilatéralisme, nous le mettrons en oeuvre concrètement, ensemble avec le Mexique. Puisque la France et le Mexique co-présideront en mai puis en juillet, à Mexico puis à Paris, le Forum Génération Egalité pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Il s'agit d'une échéance majeure 25 ans après la conférence de Pékin sur les droits des Femmes et 50 ans après la première conférence internationale sur les Femmes qui s'était déroulée ici même, à Mexico.

Alliés sur la scène internationale, nous sommes aussi, au quotidien, des partenaires qui travaillons ensemble à des projets de coopération profitables aux citoyens de nos deux pays.

Pour orienter nos efforts, nous avons la chance de pouvoir compter sur une enceinte unique, le conseil stratégique franco-mexicain, qui réunit des scientifiques, des représentants du monde culturel et académique et des chefs d'entreprises soucieux, comme nous, de voir notre relation se renforcer, et nous nous réunirons avec eux dans quelques instants.

Notre coopération porte d'abord dans le domaine des échanges économiques.

C'est pour moi une grande fierté de constater que les entreprises françaises sont bien implantées au Mexique et qu'elles y investissent de manière importante. Je ne prendrai qu'un chiffre qui est très parlant : les entreprises françaises au Mexique, c'est plus de 550 entreprises et c'est plus de 150.000 emplois directs ! J'aurai l'occasion d'en parler aussi cet après-midi avec la Maire de Mexico, Mme Claudia Sheinbaum, et, demain, avec des chefs d'entreprises français, mais aussi mexicains. Je leur ferai passer le message : venez aussi, vous, investir en France.

Ces investissements croisés sont un enjeu majeur pour nos deux gouvernements et, pour les encourager, nous avons décidé de mettre en place un dialogue économique et financier de haut niveau, qui se réunira pour la première fois au Mexique en mars prochain.

Notre deuxième priorité dans la relation bilatérale, c'est la jeunesse.

C'est pourquoi j'ai signé il y a un instant plusieurs accords sur la professionnalisation de la fonction publique, sur la mobilité universitaire et sur l'enseignement du français dans les écoles publiques mexicaines. Tous, ils contribuent à renforcer l'égalité des chances et à donner des possibilités nouvelles aux jeunes générations.

J'ai aussi signé, avec la ministre du travail, un engagement à soutenir le programme "Les jeunes qui construisent l'avenir" [Jóvenes construyendo el futuro], dans lequel 26 entreprises françaises vont s'impliquer.

C'est aussi dans cet état d'esprit que nous voulons soutenir la création, après l'Université technologique bilingue de Monterrey qui a été ouverte cette année en septembre dernier, nous souhaitons qu'il y ait un autre projet du même type, une Université technologique bilingue dans le sud du pays. C'est une préoccupation du président de la République, nous souhaitons être le partenaire d'une nouvelle initiative de ce type dans le cadre du programme de la déclaration du Sud.

Enfin, nous voulons mettre notre partenariat renforcé au service de la diversité culturelle et linguistique.

C'est le sens du soutien que nous apportons à la préservation de votre patrimoine, avec le Centre d'Etudes mexicaines et centraméricaines (CEMCA), qui depuis 50 ans conduit un formidable travail de fouille, de numérisation et de restitution de biens archéologiques aux Mexicains avec l'association Rempart, qui participe à la restauration du patrimoine endommagé par les séismes de 2017.

Ainsi, l'an prochain, nous tiendrons le premier séminaire régional sur le trafic de biens culturels.

C'est aussi l'esprit des deux grandes expositions programmées en France et au Mexique pour 2020 : l'exposition que le Musée du Quai Branly consacrera au printemps prochain aux Olmèques et aux cultures du Golfe du Mexique et l'exposition sur Picasso et l'exil espagnol, qui sera présentée ici, en partenariat avec le Musée des Abattoirs de Toulouse et le Musée Picasso de Paris.

Enfin, Mesdames et Messieurs, à compter de demain, notre chaîne internationale d'information en continu "France 24" diffusera chaque jour, deux fois plus de programmes en langue espagnole. Je voulais le dire ici, et j'espère que nous saurons saisir ensemble cette occasion supplémentaire de favoriser la rencontre entre nos cultures. Une vision convergente des grands défis d'aujourd'hui, une détermination commune à agir ensemble pour y faire face, des projets de coopération concrets qui servent nos intérêts respectifs, qui souvent se rejoignent : voilà, avec la belle amitié qui nous lie, ce qui fait, Mesdames et Messieurs, la force de la relation franco-mexicaine. Voilà aussi les raisons de ma présence ici aujourd'hui.


Je vous remercie de votre attention.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 janvier 2020

mots-clés :