Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Info le 12 décembre 2019, sur la grève des transports, la rémunération des enseignants et la réforme des retraites.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Peut-on vraiment réformer les retraites avec tous les syndicats contre soi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne pense pas que nous aurons tous les syndicats contre nous à la fin du processus. Vous savez, on est, d'abord, maintenant rentré dans une nouvelle phase, qui va être notamment la phase de la démocratie parlementaire, il y a eu des mois, et même plus d'une année, une année et demi même, consacrée à la démocratie sociale, au fait de discuter avec les syndicats, il y a eu tout un travail très important qui a été fait, vous le savez bien, mais cette première phase elle n'est pas achevée. Autrement dit, pendant que va s'exercer tout le travail autour du projet de loi, nous allons continuer à discuter avec les syndicats.

MARC FAUVELLE
Hier soir en tout cas le premier syndicat de France, par la voix de son patron, Laurent BERGER, est passé dans le camp des opposants, c'était dans le 20h00 de France 2.

LAURENT BERGER, SECRETAIRE GENERAL DE LA CFDT
Cette réforme elle est insuffisante sur le fond, sur la pénibilité, mais elle est plombée par cet aspect d'économies, qui va demander, à partir de 2022, de travailler plus longtemps pour ceux qui comptaient partir en 2022. La CFDT elle est contre cette mesure, parce que les efforts avaient été faits dans les réformes précédentes, aujourd'hui c'était le temps de la justice et de l'égalité, et donc nous appellerons les salariés, le 17, à manifester avec nous.

MARC FAUVELLE
Vous l'avez sous-estimé Laurent BERGER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, on a surtout beaucoup d'estime, ça continue. Vous savez, il faut… d'abord, vous avez dit c'est l'opposant, mais c'est aussi l'inspirateur, d'une certaine façon parce que…

MARC FAUVELLE
Mais il dit qu'il a été trahi aujourd'hui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, les mots parfois sont un peu forts ; la CFDT, vous le savez, a été une des premières organisations à avoir comme idée l'idée que la retraite à points pouvait être une très bonne chose pour la France, nous partageons cette idée, nous pensons qu'il n'y a pas d'idée plus égalitaire, plus profondément républicaine que celle-là, parce que c'est ce qui permet à tous les Français d'avoir les mêmes droits vis-à-vis de la retraite. C'est une avancée sociale considérable, et Laurent BERGER est d'accord avec cette idée, encore une fois il en est l'un des initiateurs, et son organisation avec lui. Aujourd'hui qu'il y ait un désaccord sur un aspect, qui n'est pas le premier aspect de la réforme, c'est un sujet évidemment de désaccord, il faut le constater, mais ce n'est pas non plus quelque chose de dirimant.

RENAUD DELY
Alors, ce désaccord il porte, pour la CFDT, sur cet âge pivot fixé à 64 ans, cet allongement de la durée de cotisation jusqu'à cet âge pivot de 64 ans, est-ce que cette mesure, cet âge dit d'équilibre, cette mesure elle est gravée dans le marbre de la loi, ou est-ce qu'elle est encore négociable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais, de toute façon, comme l'a dit le Premier ministre, il y a à la fois une grande fermeté quant aux grands principes, parce que c'est décisif pour l'avenir de notre pays, et l'avenir des retraites, et l'avenir même du niveau de pensions des plus jeunes, et même de ceux qui naîtront dans les décennies à venir, donc ce point-là il est clair. Tout ce qui permet d'aller à l'équilibre ne correspond à aucun dogme, ce que nous voulons c'est l'équilibre, après la manière d'y arriver, ça se discute en permanence. Et c'est pourquoi d'ailleurs, le Premier ministre l'a dit très clairement, si les partenaires sociaux ont de meilleures idées, au cours des deux prochaines années, pour arriver à l'équilibre, nous adopterons ces idées-là. Autrement dit, c'est un discours de responsabilité, et je dirais même de transparence vis-à-vis des Français et vis-à-vis des partenaires sociaux, puisqu'on dit, on a un but c'est l'équilibre, ce but ce n'est pas parce qu'on a… on s'est réveillé un matin en disant « il faut l'équilibre » par dogme, c'est simplement dans l'intérêt général, parce que si on ne va pas à l'équilibre ça veut dire qu'on pousse la neige devant nous et qu'on fera payer ces dettes à nos enfants. Donc c'est un discours de responsabilité, et d'autant plus un discours de responsabilité qu'on dit aux partenaires sociaux, « voilà, on compte arriver comme ça, c'est-à-dire une évolution très progressive de l'âge de la retraite… »

RENAUD DELY
A quelle échéance l'équilibre financier pour vous ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
2027, et là aussi c'était une concession, puisqu'originellement c'était 2025, on a dit 2027 justement après avoir écouté les organisations syndicales, ça ne les satisfait toujours pas, alors nous disons si vous avez une meilleure idée pour arriver à l'équilibre, elle nous intéresse. Mais attention, il faut arriver à l'équilibre, et ce n'est pas parce que, encore une fois, ce n'est pas parce qu'on serait des méchants et que, eux seraient des gentils, c'est parce que tout simplement, à la fin, on a le sens de l'intérêt général.

MARC FAUVELLE
Si ce n'est pas l'âge pivot, Jean-Michel BLANQUER, c'est quoi ? Sur quel autre levier…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, il y a trois critères qui font évoluer un système de retraite, pour réussir à ce qu'il soit équilibré.

MARC FAUVELLE
Hausse des cotisations.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Hausse des cotisations.

MARC FAUVELLE
Vous avez déjà dit non.

JEAN-MICHEL BLANQUER
On ne le souhaite pas, et personne ne le souhaite, puisque…

MARC FAUVELLE
Donc il n'en reste plus que deux.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ensuite il y a baisse des pensions, mais ça personne ne le souhaite non plus…

MARC FAUVELLE
Vous avez déjà dit, donc il n'en reste plus qu'un.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Personne ne le souhaite, et c'est même le coeur de tout ce que nous faisons, c'est pour éviter qu'il y ait une baisse des pensions dans le futur.

MARC FAUVELLE
Donc vous êtes ouverts à la négociation, mais il n'y a qu'un seul critère et c'est l'âge pivot.

JEAN-MICHEL BLANQUER
En effet, l'âge pivot, en tout cas l'âge auquel on part à la retraite, après on l'appelle comme on veut, ce qui est important c'est de laisser aussi du choix aux gens, vous savez, il y a des gens qui ont envie de travailler au-delà de 64 ans, d'autres qui ont envie de s'arrêter avant, on ne change pas l'âge légal, qui reste 62 ans, on pourra toujours partir à 62 ans, simplement on est en quelque sorte « primé » si on va jusqu'à 64 ans, et même encore plus si on va au-delà de 64 ans, la plupart des pays qui nous entourent sont allés bien au-delà de 64 ans. Au passage, on fait même des progrès sociaux qui vont toujours dans le sens de plus d'égalité puisque, jusqu'à présent par exemple, une femme qui avait une carrière heurtée devait aller jusqu'à 67 ans, c'était l'effet de réformes précédentes, de gouvernements dont les anciens membres nous critiquent aujourd'hui, mais…

MARC FAUVELLE
Pour toucher une retraite à taux plein.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour toucher une retraite à taux plein. Aujourd'hui, avec la mesure qu'on prend, parce que c'est des mesures de solidarité, qui valent pour tout le monde, on peut se permettre de dire on va baisser cet âge-là progressivement aussi. Donc c'est une réforme profondément juste et qui recherche l'égalité. Et c'est assez triste de voir que certaines personnes qui se réclament des principes d'égalité, en réalité, attaquent le gouvernement pour faire l'égalité réelle.

MARC FAUVELLE
Vous étiez présent mardi soir à l'Elysée quand le plan a été finalisé autour d'Emmanuel MACRON ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

MARC FAUVELLE
Est-il exact que personne n'a prévenu Laurent BERGER de ce qu'il y avait dedans ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça je ne sais pas, ce n'est pas qui ai le contact direct avec Laurent BERGER, je n'en sais rien, honnêtement je n'ai pas la réponse à votre question.

RENAUD DELY
Mardi soir, cette réunion conclusive à l'Elysée elle a tourné essentiellement autour de la fixation de cet âge pivot à 64 ans, ça s'est décidé mardi soir ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, nous avons parlé… on s'est vu aussi dimanche soir, on s'est vu, enfin il y a eu beaucoup de discussions, comme vous pouvez l'imaginer, il était normal d'avoir les derniers calages du discours du Premier ministre, et bien entendu c'est un travail très collectif et très précis, nous avons travaillé fort tard d'ailleurs.

MARC FAUVELLE
Avec des dissonances au sein du gouvernement sur cette question ou pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Des nuances, mais pas des dissonances…

MARC FAUVELLE
Des nuances sur l'âge pivot ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, je trouve que c'est sain d'avoir un gouvernement qui discute, qui regarde le pour et le contre, c'est un peu à l'image des Français, ou d'une grande famille, quand on se dit comment on va réussir ensemble à aller de l'avant en préservant l'essentiel pour le futur.

MARC FAUVELLE
Et au final c'est le chef de famille, Emmanuel MACRON, qui a tranché, dans ce sens ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sous la Ve République c'est le président de la République, en effet, qui a la décision suprême, mais c'est vrai que le duo Président/Premier ministre est clé pour prendre de telles décisions, bien sûr.

RENAUD DELY
Et ce n'est pas un peu surprenant, Jean-Michel BLANQUER, que cette décision aussi importante que l'allongement de la durée de cotisations, la fixation d'un nouvel âge d'équilibre pour toucher une retraite à taux plein à 64 ans, c'est une décision qui est prise au dernier moment, alors que la concertation a commencé il y a 18 mois ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, on ne peut pas dire que ce soit au dernier moment, il y a forcément une dernière minute. Qu'aurez-vous dit si dans les 24 dernières heures qui précèdent un discours essentiel nous étions allés nous reposer tranquillement ? non, il est normal, jusqu'à la dernière minute, de regarder ce qu'ont dit les uns et les autres, ce pensent les partenaires sociaux, donc c'était les calages des derniers instants, mais il est évident que tout ça était préparé depuis des semaines, encore une fois, en ajustant, en écoutant, en écoutant jusqu'à la dernière minute, et je dirais même maintenant nous continuons à écouter, c'est ça qui est très important, c'est que, encore une fois, nous ne sommes pas des dogmatiques. Nous avons des grands principes, et sur ces principes nous sommes très fermes, c'est vrai, et notamment là nous voulons la retraite à points, nous voulons l'universalité, nous voulons l'égalité, nous voulons aussi la lucidité, et nous voulons l'intérêt général de la France, non pas pour les années qui viennent, mais pour les décennies qui viennent, donc ça c'est les éléments fermes. Après les modalités, elles se discutent jusqu'au bout, encore une fois il va y avoir un processus parlementaire, il y aura des amendements, s'il y a de très bonnes idées pour arriver à l'équilibre par exemple, eh bien tant mieux, mais en même temps on peut retarder un peu cet équilibre, c'est ce que nous avons fait, 2027 plutôt que 2025, mais pas faire comme s'il n'y avait pas un problème de déficit.

MARC FAUVELLE
On va évoquer, Jean-Michel BLANQUER, dans quelques instants, la question de la grève dans les transports qui est bien partie pour durer, parce que la CGT-Cheminots dit qu'elle est prête à tenir au moins jusqu'à Noël, et puis la question des enseignants, qui sont nombreux à nous écouter et à s'inquiéter aussi des effets de cette réforme, vous nous direz ce que vous êtes prêt, notamment en termes en salaires et de primes, à faire pour eux. D'abord les titres.
- Nous sommes le 12 décembre, les vacances de Noël, scolaires, arrivent dans quelques jours pour des millions d'écoliers, de collégiens et de lycéens, et voici ce que dit secrétaire général de la CGT-Cheminots Laurent BRUN ce matin sur France Info.

LAURENT BRUN, SECRETAIRE GENERAL DE LA CGT-CHEMINOTS
La grève continue et nous sommes au regret, parce qu'on n'était pas partis comme ça, de constater que le gouvernement est droit dans ses bottes et que donc elle va durer longtemps. Pas de trêve pour Noël, sauf si le gouvernement revient à la raison avant ça. De toute façon les collègues sont partis dans cette logique-là, ils s'organisent pour tenir dans la durée, certains reprennent le travail puis se remettent en grève ensuite, mais ça tient ferme et il y a une grande détermination à aller au bout.

RENAUD DELY
Jean-Michel BLANQUER, comment sortir de ce « blanquer », que va faire…pardon, lapsus révélateur, comment sortir de ce blocage, Jean-Michel BLANQUER, et qu'est-ce que le gouvernement est prêt à faire si les syndicats, comme vient de le dire à l'instant le secrétaire général de la CGT-Cheminots, perturbent éventuellement les départs en vacances de Noël ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je dis que ce n'est pas une fatalité. Vous savez, je trouve qu'il y a trop de pensées magiques dans ces questions-là, on dit « il va y avoir un blocage », comme si c'était nécessairement une fatalité.

RENAUD DELY
C'est déjà le cas depuis 8 jours.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, tous les cheminots ne sont pas obligés de penser exactement la même chose. Je pense que ceux qui ont écouté le Premier ministre peuvent trouver des éléments rationnels et valables dans ce qui a été dit, et puis surtout, encore une fois, là c'est quelqu'un de la CGT qu'on vient d'entendre. C'est quoi les principes fondateurs de la CGT ? C'est la retraite universelle, lors de l'après-guerre, c'est l'égalité entre tous les citoyens, le jour où on applique pour de vrai les principes qu'affiche la CGT, la CGT bloque les trains. Ecoutez…

MARC FAUVELLE
L'UNSA, la CFDT, bloquent également les transports.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Un huron qui arriverait en France n'y comprendrait pas grand-chose si vous voulez ! puisque, en réalité, nous sommes en train d'appliquer les principes, qui normalement animent une organisation comme celle-ci, donc ce n'est pas rationnel, ce n'est pas raisonnable, et en plus, autant il y a un droit de grève, et nous respectons pleinement, autant il n'y a pas un droit à bloquer, et aujourd'hui nous ne devons pas bloquer les Français dans leur leurs transports, tout simplement.

RENAUD DELY
Donc vous dites clairement aux usagers, Jean-Michel BLANQUER, c'est de la faute de la CGT ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, en France, quand il y a un mouvement comme ça, souvent dit les gens soutiennent, disent que c'est de la faute du gouvernement et pas des grévistes, on n'est pas le premier gouvernement…

MARC FAUVELLE
C'est le cas, pour l'instant, dans les enquêtes d'opinion, la responsabilité du blocage est attribuée majoritairement au gouvernement et pas aux syndicats.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est presque du 50/50 d'après ce que…

MARC FAUVELLE
60/40.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça peut tout à fait changer, je pense que quelqu'un qui analyse clairement la situation voit bien que le gouvernement ne souhaite en aucun cas le blocage, et que le blocage, comme on l'entend dans votre interview, c'est le fait de ce syndicaliste et des autres responsables. Donc, aujourd'hui, personne ne peut dire que c'est de la faute du gouvernement s'il y a un blocage.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on peut à la fois dire que la position de la CGT est difficile à tenir, Jean-Michel BLANQUER, et ne pas tenir compte de celle de la CFDT ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors ça dépend si on parle là de la CGT-Cheminots, ou de la CGT en général d'ailleurs, ou même de la CFDT, secteur par secteur. Si vous prenez le domaine de l'éducation, moi je discute avec la CFDT qui s'appelle le SGEN dans l'éducation, avec l'UNSA, avec les autres syndicats aussi, je vois bien qu'on a beaucoup de points sur lesquels on peut avancer ensemble, donc ce serait excessif de décrire la situation comme étant complètement bloquée dans tous les domaines. Dans le domaine de l'éducation, puisque c'est ce que vous vouliez me demander, les perspectives sont vraiment bonnes et très intéressantes, je l'ai dit à plusieurs reprises ces derniers jours, mais je peux le répéter. Premièrement, nous garantissons que les pensions ne baisseront pas, autrement dit, la première des craintes c'est celle-là, moi je dis à tous les professeurs regardez ce que vous avez reçu dans vos boîtes mails ces derniers jours, des dizaines de mails d'organisations de toutes sortes qui vous expliquent que tout va être catastrophique, ça devient presque indécent tellement on essaye d‘abreuver de mauvaises nouvelles les gens, alors que quand on… maintenant ce qu'on vous dit, qui va être dans la loi, c'est que les pensions ne baisseront pas, donc regardez vos mails des trois dernières semaines et vous voyez bien que ce que l'on vous dit est en train de s'accomplir. Et, quand même, si je mentais maintenant, d'abord je ne mens pas, et ensuite, si je mentais ça se verrait dans quelques semaines…

MARC FAUVELLE
Dans 30 ou 40 ans pour certains.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, dans quelques semaines, quand ce sera, ou non, dans la loi, d'avoir garanti qu'il n'y aura pas de baisse des pensions. C'est quand même un point majeur, et ce n'est pas la seule nouvelle importante et positive pour le monde enseignant.

RENAUD DELY
Il y a un moyen très simple, Jean-Michel BLANQUER, de rassurer les enseignants, c'est de dire de combien ils vont être augmentés.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, là aussi il y a quelque chose qui est quand même très fort, c'est que nous disons les pensions ne baisseront pas, et pour qu'elles ne baissent pas nous allons augmenter les rémunérations afin que, quand quelqu'un prendra sa retraite, la somme de ce qu'il ou elle aura gagné au long de son parcours, permette d'avoir une pension comparable à celle d'aujourd'hui.

RENAUD DELY
De quel montant vont-ils être augmentés ? Puisque ces augmentations vont commencer dès 2021, c'est ce qu'a annoncé le Premier ministre hier.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Après, tout le reste est un exercice à la fois logique et technique, qui concerne notamment ceux qui sont nés après 75. J'entendais sur votre antenne, avant qu'on arrive, le fait que, être né en 75 ça serait une malédiction, enfin vous avez plaisanté là-dessus…

MARC FAUVELLE
Non, on a même écouté Jo DASSIN, ce n'est pas forcément une malédiction.

JEAN-MICHEL BLANQUER
En fait, d'abord c'est toujours mieux d'être un peu plus jeune, et par ailleurs aujourd'hui, quelqu'un qui est né après 75, dans le cas de l'Education nationale, va bénéficier un peu plus, que quelqu'un qui est né avant 75, des revalorisations que nous ferons. Donc, si vous voulez, ce qu'il faut bien voir c'est que la réforme…

RENAUD DELY
Jean-Michel BLANQUER, tous les enseignants ne vont pas donc être augmentés de la même somme, ceux qui sont nés après 75 seront plus augmentés que les autres ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, parce que le nouveau système de retraite… qu'il est égalitaire, permet de mettre en lumière les choses qui ne sont pas égalitaires dans notre système jusqu'à présent. Et qu'est-ce qui n'est pas égalitaire dans notre système jusqu'après présent ? c'est que c'est justement en début de carrière que vous êtes mal payé en France, si on se compare à d'autres pays, alors que en fin de carrière vous êtes plutôt bien payé, voire mieux payé que dans d'autres pays, et c'est pour ça qu'on a des pensions qui sont assez bonnes pour les professeurs aujourd'hui. Donc, la réforme des retraites met en lumière cela, et comme de toutes les façons, je l'avais dit depuis 2 ans, nous voulons travailler à cette amélioration des rémunérations des professeurs, on fait, en quelque sorte, d'une pierre deux coups, et oui, c'est vrai, c'est plutôt ceux qui sont nés après 75 qui bénéficieront de cela, même si ceux nés après 75 pourront avoir aussi certaines améliorations, mais là aussi on regarde domaine par domaine. Par exemple, dans le premier degré, les retards sont plus importants que dans le second degré. Mais il y a aussi toute une série de sujets, qui ne sont pas seulement les sujets salariaux, dont nous allons pouvoir discuter au cours des prochains mois pour arriver à ce bien-être enseignant auquel je tiens tant, c'est-à-dire la question…

MARC FAUVELLE
Les augmentations Jean-Michel BLANQUER, pardon de revenir aux chiffres et uniquement aux chiffres, ce sera chaque année pendant des années au 1er janvier ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait…

MARC FAUVELLE
Sur combien d'années ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et un des points décisifs de ce qu'a dit le Premier ministre hier, c'est qu'il a dit que c'était à partir du 1er janvier 2021, c'est-à-dire on n'attend même pas le début de la réforme des retraites, de façon à anticiper la nécessaire montée en puissance….

MARC FAUVELLE
Le chiffre qui a inquiété certains…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Autrement dit c'est un contrat social renouvelé avec les professeurs, fondamental, on est en train de résoudre structurellement un sujet qu'on traîne depuis des décennies, c'est-à-dire le fait qu'il y a des choses qui ne vont pas en matière de rémunérations, on est en train d'en profiter aussi pour avoir une vision complète de ce que c'est la vie concrète des professeurs, par exemple les sujets de santé, qui ne sont pas des sujets satisfaisants aujourd'hui, comment on va les améliorer, les sujets de bien-être au travail, les sujets de mutation, les sujets de carrière, tous ces sujets pour lesquels on dit trop souvent que notre maison Education nationale est un peu trop rigide, anonyme, bureaucratique, moi ce que je veux c'est qu'on profite de cette occasion pour avoir ce grand dialogue social qui va nous permettre, d'ici à l'été, eh bien de travailler, avec les organisations syndicales, pour cela, et d'ailleurs je vais les recevoir. C'est pourquoi, si vous voulez, dans le domaine de l'Education nationale je ne considère pas du tout que les choses sont bloquées, surtout quand chacun comprendra que nous avons donné des garanties très fortes et qu'il ne faut pas se laisser emporter par les fausses mauvaises nouvelles.

MARC FAUVELLE
On s'interrompt quelques instants Jean-Michel BLANQUER, encore beaucoup de questions sur les enseignants et sur d'autres thèmes.

- La réforme des retraites, la question des enseignants et question de Renaud DELY.

RENAUD DELY
Vous ne nous avez pas donné de chiffre, on a bien compris Jean-Michel BLANQUER, par enseignant en termes d'augmentation de salaire. Est-ce qu'à défaut d'un chiffre ou d'une fourchette par enseignant, est-ce que vous avez une enveloppe globale ? Combien ça va coûter globalement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Encore une fois, c'est sur plusieurs années. C'est forcément sur plusieurs années, plusieurs milliards puisque, vous savez, il y a un million de personnel à l'Education nationale.

RENAUD DELY
On avait évoqué une enveloppe de l'ordre de 400 à 500 millions par an.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Ça, c'est un ordre de grandeur mais ce serait une erreur de donner des premiers chiffres aujourd'hui puisque précisément ça doit résulter à la fois du dialogue social et des différents calculs que nous avons à faire, mais on est dans ce type d'ordre de grandeur. Ça, c'est exact. Et si vous voulez, ça doit nous permettre année après année d'avoir des améliorations salariales qui permettront : 1/ de garantir les pensions, je l'ai dit, mais aussi d'avoir un niveau de rémunération de nos professeurs à tous les âges. C'est-à-dire aussi bien au début de carrière, en milieu de carrière qu'en fin de carrière comparable au pays les plus avancés.

RENAUD DELY
Si vous avez une enveloppe de 500 millions et que vous avez le nombre d'enseignants, vous savez ce que ça fait comme augmentation par enseignant.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, justement. Ça c'est un raisonnement beaucoup trop rapide si vous voulez, puisque précisément ça ne sera pas saupoudré de cette façon-là. D'abord ce sera centré sur par exemple les plus jeunes et certains milieux de carrière et d'autre part, c'est année après année. Donc toutes les divisions un peu simplistes que j'ai entendues ne sont pas exactes. En revanche si on planifie sur plusieurs années des augmentations de ce type, ça va faire des augmentations de rémunération très significatives pour les professeurs.

MARC FAUVELLE
Qui vont se chiffrer en centaines d'euros sur leur fiche de paie sous forme de salaire ou de prime.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Au bout du processus, oui, bien sûr.

MARC FAUVELLE
Au bout du processus. Est-ce qu'il y aura des contreparties à ces hausses de salaire ou de primes des enseignants ? Est-ce que vous allez notamment leur demander de travailler davantage ou de rogner leurs congés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas tellement le sujet des congés qui est au centre, c'est le sujet de regarder la condition d'enseignant et d'ailleurs même des personnels de l'Education nationale en général. C'est-à-dire comment nous arrivons à cette école de la confiance dont je parle souvent que nous avons besoin de construire, qui d'ailleurs sera indispensable pour la France en tant que telle qui a besoin d'être davantage une société de confiance. On le mesure dans des circonstances comme celle-là. Où tout simplement on va à l'école avec plaisir : ça doit être vrai pour l'élève, ça doit être vrai pour le professeur. Et entre parenthèses, tout ce que nous allons faire pour les professeurs nous le faisons pour les élèves. Parce que si les professeurs sont heureux au travail, il y aura plus d'attractivité du métier, il y aura plus de bonheur tout simplement et plus de partage du savoir. Donc il y a vraiment un idéal éducatif qui peut être complètement renouvelé en France à l'occasion de ces circonstances. Et moi ce que je souhaite, c'est d'arriver à faire passer ce message à tous les professeurs parce que je suis frappé de voir que même quand vous annoncez des bonnes nouvelles voire des très bonnes nouvelles, il y a une espèce de floraison de discours qui se veulent négatifs, pessimistes. Il y a un certain nombre d'organisations qui sont en train de dire des choses négatives au moment où elles devraient prendre ma main, la saisir et aller jusqu'au bout de ce processus pour améliorer les choses.

MARC FAUVELLE
Je vous repose la question, Jean-Michel BLANQUER…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est d'ailleurs l'invitation que je leur fais. En ce moment, vous avez le congrès de la FSU qui est un syndicat important à l'Education nationale. Je leur dis : mais prenez la main que je vous tends. Et d'ailleurs, je ne doute pas qu'ils la prendront. Dès la semaine prochaine, on aura des tables rondes autour de ces questions. Je reçois les autres organisations ; j'ai cité l'UNSA et la CFDT tout à l'heure mais il y en a d'autres dans l'Education nationale. Je les recevrai. L'occasion est assez historique au cours des prochains mois pour réellement repenser les ressources humaines à l'Education nationale de manière beaucoup plus humaine justement. J'organiserai au début du mois de mars une conférence internationale sur le sujet d'être professeur au XXIème siècle pour arriver, justement, à avoir une vision aussi à l'échelle mondiale de ce que c'est d'être professeur dans la nouvelle civilisation dans laquelle on est en train d'entrer. Cette civilisation technologique où on a besoin de plus d'humanité et donc de plus de professeurs et de façon nouvelle d'approcher tous les enjeux éducatifs. Tout cela peut progresser à l'occasion des prochains mois. Il faut saisir cette main et d'ailleurs que je tends non seulement aux organisations syndicales mais par exemple, regardez…

MARC FAUVELLE
Sans contrepartie donc demandée aux enseignants, Jean-Michel BLANQUER ? Est-ce qu'il y aura des contreparties ou pas à ces hausses de revenus ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Une vision complètement renouvelée si possible de ce que….

RENAUD DELY
Ce n'est pas très concret, Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si je vous dis des choses très précises…

RENAUD DELY
Est-ce qu'en termes de temps de travail par exemple, est-ce qu'il y aura une évolution du temps de travail des enseignants ? Est-ce qu'ils travailleront davantage ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Prenons un exemple. Je vais prendre un exemple pour illustrer tout ce que je dis. La formation continue : la formation continue, c'est essentiel. Les systèmes scolaires qui fonctionnent le mieux sont ceux qui ont des formations continues volontaristes, puissantes. Par exemple si vous faites une semaine de formation continue en français pour les professeurs des écoles aujourd'hui ou en mathématique et que vous la faites de manière très bien conçue sur le plan qualitatif, vous pouvez améliorer beaucoup de choses si vous le faites pour tous les professeurs. C'est d'ailleurs ce qu'on est en train de faire beaucoup en mathématiques en ce moment. Eh bien quand vous faites ça plutôt que les choses qui sont un petit peu au fil de l'eau que nous faisons depuis des décennies à l'Education nationale, vous améliorez tout simplement le niveau des élèves. Si vous le faites sur le temps scolaire, ç'a un coût pour l'institution parce que vous devez remplacer, vous créez de l'absentéisme. Et par contre, si cette formation est faite en dehors du temps de travail et que le professeur est rémunéré, c'est je dirais gagnant pour tout le monde. C'est un exemple parmi d'autres. Mais si cette formation continue elle vous permet aussi de progresser dans votre carrière, d'avoir des nouveaux horizons, d'avoir une façon de muter dans un autre poste différent, d'avoir peut-être une seconde carrière ailleurs et puis de revenir. Bref de mettre de la souplesse de l'humanité, de la personnalisation des parcours, c'est une opportunité formidable.

MARC FAUVELLE
Et donc ceux qui accepteraient de se former sur leurs jours de repos plutôt que sur les jours d'école pourraient être sur le dessus de la pile des augmentations.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais ça, c'est un exemple. En réalité ce que je viens de dire, nous le faisons déjà en partie et d'ailleurs ceux qui le vivent peuvent en être satisfaits. Mais c'est un exemple pour dire qu'on ne doit pas être rigide dans notre manière de concevoir le temps. Parfois vous pouvez… Donc ce n'est pas… Il n'y a rien de punitif quand on parle de la question du temps de travail. Il y a une question de souplesse et une question de personnalisation de ce qui arrive à chacun en fonction des circonstances concrètes.

MARC FAUVELLE
Il nous reste une petite minute. Renaud DELY.

RENAUD DELY
A la suite de votre réforme du bac, de la réforme du bac que vous avez engagée Jean-Michel BLANQUER, les premières épreuves liées maintenant à ce nouveau bac vont débuter dans le courant du mois de janvier.

JEAN-MICHEL BLANQUER
A la fin du mois de janvier, oui.

RENAUD DELY
Est-ce que vous redoutez que le mouvement enseignant actuel perturbe l'organisation de ces épreuves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas du tout. D'abord j'ai confiance dans la conscience professionnelle des professeurs. Ensuite c'est un contrôle continu dont on voit sur le terrain maintenant les premières vertus. C'est-à-dire que les élèves de 1ère sont dans un travail beaucoup plus continu. On le voit sur le terrain, on voit comment les élèves se concentrent sur cette échéance, ce qui fait partie des vertus que nous attendions, c'est-à-dire pour hausser le niveau général.

RENAUD DELY
Les syndicats enseignants vous ont demandé le report de ces épreuves, considérant que l'Education nationale aujourd'hui n'était pas prête pour les organiser.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous sommes prêts. Un syndicat enseignant et pas les syndicats a dit ce que vous venez de dire. J'ai entendu aussi dans le passé qu'il fallait reporter tout un tas de choses. Non, la réforme s'accomplit. Elle a beaucoup de vertus pour nos élèves. Encore une fois l'objectif, c'est de hausser le niveau, c'est aussi d'avoir donné de nouvelles libertés aux lycéens qui ont pu choisir des choses qui leur plaisent et donc les approfondir davantage. Qui travaillent plus en continu, ce qui est très souhaitable, on évite le bachotage et au contraire on travaille en continu. Tout ça c'est des vertus qui étaient annoncées dans la réforme du lycée qui sont en train de s'accomplir. Et donc c'est en effet ces modernisations que nous pouvons souhaiter pour notre système.

MARC FAUVELLE
Merci Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Et bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 décembre 2019