Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Inter le 10 décembre 2019, sur la revalorisation salariale des enseignants et la réforme des retraites.

Texte intégral

LEA SALAME 
Bonjour à vous, Jean-Michel BLANQUER. J

EAN-MICHEL BLANQUER 
Bonjour. 

LEA SALAME 
Bonjour et merci d'être avec nous ce matin. On va essayer d'être le plus précis possible pour donner un maximum d'informations et de réponses aux 900.000 enseignants qui pensent pour beaucoup qu'ils vont être les perdants de cette réforme. D'abord et avant tout, la grève a été massivement suivie à l'Education nationale jeudi dernier. Qu'en sera-t-il aujourd'hui, est-ce que vous avez déjà les premières prévisions de grève, est-ce que vous pouvez nous donner des chiffres ce matin ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER
 Pour le premier degré, on est capable de donner des chiffres, puisque les annonces de grèves se font à l'avance, donc c'est 12,5 %, ce sera sans doute un peu plus dans le second degré, c'est très différent d'une région à l'autre, Paris, en particulier, dénote par un taux de grève plus important, qui sera autour de 35 % aujourd'hui. 

LEA SALAME 
D'accord. Donc là, c'est moins que jeudi dernier, ce que vous prévoyez, jeudi dernier, on rappelle les chiffres, que vous aviez annoncés qui sont contestés par les syndicats, qui parlaient de 51 % de grévistes dans le primaire et 42 % dans le secondaire... 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Oui, ce sont des chiffres…

 LEA SALAME 
Vos chiffres… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Mais qui sont les vrais chiffres, pardon de vous le dire, puisque c'est parfaitement vérifiable, ça correspond aux remontées. 

LEA SALAME 
Et ce matin, vous nous dites 12,5 % dans le primaire… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Alors, ça, c'est une prévision, elle peut évoluer dans la journée, mais ce sera de cet ordre-là.

 LEA SALAME
 Et Paris, vous dites Paris, c'est particulier, pourquoi, qu'est-ce qui se passe à Paris ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Il y a une mobilisation souvent plus forte quand il y a une grève à Paris, par-dessus le marché, il y a le fait qu'il y a un service minimum qui n'est pas organisé ou très peu organisé par la mairie, donc il y a plus de troubles pour les Parisiens. 

LEA SALAME 
Pourquoi le service minimum… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Oh, je ne vais pas revenir, j'ai eu déjà cette polémique avec la maire de Paris jeudi, je ne vais pas revenir sempiternellement là-dessus, mais enfin, je pense, j'observe qu'elle fait plus le service minimum quand il y a des grèves sous des gouvernements qu'elle aime bien, par exemple sur les rythmes scolaires, tandis que là, il n'y a pas de service minimum ou très peu, presque pas, les écoles qui sont ouvertes, c'est parce que nous nous organisons, nous, Education nationale, alors que j'observe que beaucoup de maires font des efforts tout à fait remarquables, souvent dans les petites mairies, on voit des maires qui réussissent à organiser le service minimum avec notre aide évidemment, et donc, mais bon, aujourd'hui, les perturbations, en dehors du cas de Paris et de la région parisienne devraient être limitées. 

LEA SALAME 
Bien, on donnera la parole à Anne HIDALGO, si elle veut vous répondre. Edouard PHILIPPE doit annoncer demain les arbitrages. Le Premier ministre a reconnu lui-même que l'application absurde des nouvelles règles pénaliserait les enseignants, vous, vous répétez depuis plusieurs jours qu'ils seront compensés, que ce ne sera pas…, qu'ils ne seront pas les grands perdants. Question simple, Jean-Michel BLANQUER, de combien par mois seront augmentés les profs ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Alors, il y a deux choses absolument exceptionnelles qui ont été dites, et que j'ai écrites aussi, et que le Premier ministre a dit aussi, c'est, et qui prennent leurs racines dans ce que le président de la République a dit à la fin du mois d'avril, je demande à chacun de regarder les déclarations successives et la cohérence de ce qui se dit sur le sujet depuis le mois d'avril, j'avais dit que nous améliorerions les traitements, et le président de la République avait dit que cette amélioration serait liée à la réforme des retraites parce que nous avons tous fait le constat dès le début que si on appliquait aveuglément la réforme des retraites, en effet, elle pouvait être négative pour les enseignants, mais nous l'avons reconnu dès le début, et nous avons dit dès le début qu'elle ne le serait pas. Donc c'est ce que nous avons du mal à faire entendre aujourd'hui, mais c'est quelque chose qui est désormais garanti, donc c'est au contraire une excellente nouvelle pour les professeurs, c'est ce que je leur écris dans la lettre, c'est absolument même historique, c'est-à-dire que dans la lettre que je leur écris, nous disons que nous garantirons par la loi le fait que les retraites des professeurs seront de même ordre que celles des fonctionnaires de catégorie A, comparables, ça n'avait jamais été garanti auparavant, c'est donc une avancée considérable. Et seconde nouvelle, presque encore meilleure, nous disons que pour arriver à ça, nous augmenterons les traitements de façon à ce qu'on arrive à ce résultat. Donc, il y a, à la fois, une bonne nouvelle en termes de garanties, c'est-à-dire les pensions ne baisseront pas, et une bonne nouvelle en termes de rémunérations, c'est-à-dire, elles vont augmenter. 

LEA SALAME 
Alors, bonne nouvelle, c'est vous qui le dites, maintenant, je vous repose… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Non, franchement, c'est très objectif, c'est cela qui est extraordinaire… 

LEA SALAME 
Je vous repose la question… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Non, mais, si vous voulez, auparavant, j'ai entendu ce qu'a dit Thomas SOTTO sur… 

LÉA SALAME 
Non, Thomas… 

NICOLAS DEMORAND 
Thomas LEGRAND. 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Pardon, Thomas LEGRAND, excusez-moi. Ce qu'a dit Thomas LEGRAND sur la défiance vis-à-vis de la parole publique, nous sommes tous responsables de ce contenu de confiance que nous mettons dans la parole publique, et de ce point de vue-là, j'invite encore une fois à regarder les discours des uns et des autres au cours des mois précédents, et ce qui se vérifie ensuite… 

LEA SALAME 
Alors, pourquoi vous ne donnez pas de chiffres ce matin ?

 JEAN-MICHEL BLANQUER 
Là, par exemple, le fait de dire ce que j'ai dit tout à l'heure, le fait de l'écrire, le fait de dire que nous allons le mettre dans la loi, ce que chacun pourra vérifier dans quelques semaines, est évidemment une avancée considérable…

 LEA SALAME 
L'augmentation de salaire sera mise dans la loi ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
L'augmentation de salaire sera la conséquence logique de ce qui sera dans la loi, puisque nous garantirons… 

LEA SALAME 
Ce sera quoi qui sera écrit dans la loi ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Le fait que les pensions des professeurs sont garanties au même niveau que les fonctionnaires de catégorie A comparables, dire cela, c'est avoir comme conséquence immédiate que nous serons nécessairement en situation de revaloriser notamment les entrées de carrière et les milieux de carrière qui sont justement ceux qui sont les plus en retard aujourd'hui…

 LEA SALAME
 Combien ? Combien ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
 Eh bien, c'est d'abord, c'est extrêmement technique, c'est un travail de négociations avec les organisations syndicales, et d'ailleurs, vous me demandiez les chiffres de grève, mais aujourd'hui, vous n'avez pas toutes les organisations syndicales qui appellent à la grève, c'est pour ça qu'on a un chiffre bas, parce que des organisations comme l'UNSA, le SGEN CFDT, évidemment, sont prêts à aller autour de la table pour qu'on discute de ça. Ils ont bien vu qu'il y avait une occasion exceptionnelle aujourd'hui, et qui est, encore une fois, planifiée depuis plusieurs mois, d'arriver à cette augmentation de rémunération. 

LEA SALAME 
Le SNES-FSU a fait ses calculs et estime qu'il faudrait augmenter en moyenne de 1.500 euros par mois chaque enseignant pour compenser la perte de votre nouveau système. 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Non, d'abord, on ne peut pas lâcher des chiffres comme ça, parce que la situation est très différente d'un cas à l'autre, si vous voulez, si vous êtes dans le second degré, le premier degré, en début de carrière, en fin de carrière, donc on ne peut pas lâcher des chiffres comme ça, en revanche, les organisations syndicales avec qui nous avons travaillé depuis plusieurs mois sur ces sujets ont désormais toute la structuration de la rémunération dans la Fonction publique enseignante, et d'ailleurs, de l'Education nationale en général, et donc selon que vous êtes en début de carrière, en milieu de carrière, que vous êtes dans différentes situations, eh bien, il y aura en effet des rattrapages qui se feront, ça se traduira… 

LEA SALAME 
Mais c'est par des hausses de salaire ou par des primes ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Ce sera… alors ça aussi, ça reste à discuter et à négocier, encore une fois, si nous sommes une démocratie sociale mûre, nous savons dire, 1°) : nous avons un objectif c'est-à-dire l'augmentation de salaire pour arriver à une pension qui ne baisse pas et nous le ferons. Et ensuite, nous sommes capables de travailler de manière très précise avec les syndicats plutôt que de lâcher des chiffres qui ensuite ne se vérifieraient pas. Donc ça… 

LEA SALAME 
Oui, mais vous ne pouvez pas nous dire que c'est une hausse de salaire, c'est surtout des primes, vous dites… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Ce sera nécessairement surtout des primes, puisque les professeurs, s'ils devaient perdre au titre du système de retraite, ce serait parce que, justement, aujourd'hui, leurs primes sont plus basses que celles des fonctionnaires comparables, donc c'est plutôt du côté des primes…

 LEA SALAME 
Donc, ce que vous nous dites ce matin, c'est qu'il y aura revalorisation des primes… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Mais vous savez… 

LEA SALAME 
Pas une hausse de salaire, non, soyons précis, pas une hausse de salaire… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Oui, mais bien sûr, non, ça peut être un peu des deux, ça se discute, mais en tout cas, ça sera forcément un peu des deux, dans des proportions qui restent à définir, mais les primes, c'est le sujet sur lequel il y a du retard. Et donc la grande question, si vous voulez, c'est que, quel est l'esprit de la réforme des retraites, il faut sans arrêt le rappeler, c'est un esprit éminemment républicain, c'est l'égalité entre tous les Français, c'est que chaque euro cotisé par un Français revient au même, ensuite, en matière de bénéfice de retraite, c'est profondément républicain, c'est profondément la refondation d'un contrat social, pour arriver à ce que ce soit juste, il faut aussi qu'il y ait une politique de rémunération, et c'est ce qu'on fait à l'Education nationale… 

LEA SALAME 
Ces hausses de primes, Jean-Michel BLANQUER, elles vont s'appliquer à tous les enseignants ou uniquement aux enseignants concernés par la réforme ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Il y a deux choses, il y a tout ce qui se fera au titre de la réforme des retraites, et ça, ça concernera beaucoup les enseignants, disons, les quinze ou vingt premières années de carrière, et puis, ça dépend aussi justement de la définition de l'année d'entrée dans la retraite, si on prend l'hypothèse… 

LEA SALAME 
C'est ça, c'est ce que va annoncer Edouard PHILIPPE, c'est ça ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Tout à fait, il a annoncé une date, donc tout à l'heure, par exemple… 

LEA SALAME 
On saura si c'est la génération 70 ou 79 ?

 JEAN-MICHEL BLANQUER 
Voilà, par exemple, et donc si c'est… 

LEA SALAME 
Si c'est par exemple 73 ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Si on est né après cette date-là, on est plus concerné par les augmentations de rémunération, au passage, chacun comprend que la réforme de la retraite n'est pas forcément un épouvantail pour ceux qui sont concernés, ça peut comporter des bénéfices… 

LEA SALAME 
Donc si je suis née en 68, je n'ai pas de hausse de hausse de prime, je n'ai pas de hausse de rémunération ? 

JEAN-MICHEL BLANQUER
 Il y aura non, il y a par ailleurs une autre… il y a deux politiques en même temps, qui sont complémentaires, une liée aux retraites, qui concerne tous ceux qui sont concernés par la réforme des retraites, donc la moitié la plus jeune, disons, et puis, d'autre part, une politique d'amélioration des rémunérations générales qui, elle, de toute façon, fait partie des évolutions qui étaient souhaitables, et qui tient compte de nos retards, surtout en comparaison internationale, donc en gros, si vous voulez, la situation française aujourd'hui, c'est que vous avez une amélioration de la rémunération en toute fin de carrière, et comme on comptait la retraite sur les 6 derniers mois, c'est ça qui permettait d'avoir un niveau de pension convenable. Désormais… 

LEA SALAME 
Vous confirmez… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
En comptant toute la carrière, cela nous oblige à considérer le reste de la carrière en matière de… 

LEA SALAME 
Vous confirmez le chiffre de 400 millions d'euros de plus par an alloués… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Ces chiffres… 

LEA SALAME 
… Prime dans l'Education nationale 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Encore une fois, ces chiffres-là sont non pas un point de départ, mais la résultante de ce qu'on doit faire pour atteindre l'objectif, et au fond, c'est ça qui intéresse les personnels de l'Education nationale. C'est-à-dire, savoir si, à la fin, 1°) : ils n'auront pas une pension qui baisse, 2°) : s'ils auront une rémunération qui augmente permettant cela. Ce sera forcément assez substantiel, c'est forcément sur plusieurs années que cela va se passer, mais c'est encore une fois une nouvelle importante, s'il y avait le retrait d'une telle réforme, hypothèse d'école, ça n'arrivera pas mais s'il y avait un tel retrait, les principaux, ceux qui en seraient les principales victimes, ce serait les professeurs, parce qu'il y aurait tout un pan de la justification qui ne serait plus là de la rémunération. 

LEA SALAME 
Vous évoquez tout seul un retrait de la réforme… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Non, non, ce n'est pas ça, c'est d'un point de vue théorique, c'est parce que si vous voulez, on annonce toujours, on parle toujours de cela en termes négatifs alors que c'est une opportunité, 1°) : d'avoir une pérennité de notre système de retraite pour tous les Français, surtout pour tous les jeunes ou même les enfants à naître, et c'est à eux que nous pensons, c'est-à-dire aux générations futures. 2°) : c'est l'occasion d'avoir une vision beaucoup plus objective de notre système de rémunération. Donc on doit voir les aspects positifs, ils existent, même si beaucoup cherchent à l'embrouiller. 

LEA SALAME 
Allez, dernière question, on entend votre message. Beaucoup, c'est-à-dire les syndicats, que vous accusez de colporter des fake news… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Tous ceux qui… non, non, je n'accuse personne, j'observe…

 LEA SALAME 
Non, vous l'avez écrit… 

JEAN-MICHEL BLANQUER 
Non, j'observe qu'on colporte des informations qui essaient de faire peur, par exemple, les simulateurs qui ont été diffusés sont juste inexacts. 

LEA SALAME 
Bien, on verra si vous avez rassuré ou pas. Merci en tout cas, Jean-Michel BLANQUER. 

JEAN-MICHEL BLANQUER
 Eh bien, il suffit de se reporter à la lettre que j'ai écrite, elle dit des choses qui sont des garanties. 

LEA SALAME 
Merci. Et belle journée à vous. 

JEAN-MICHEL BLANQUER
 Merci à vous.   


Source service d'information du Gouvernement, le 10 décembre 2019