Déclaration de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux affaires européennes, en réponse à des questions sur la situation au Moyen-Orient après les attaques de l'Iran contre des emprises de la coalition contre Daech en Irak, au Sénat le 8 janvier 2020.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Circonstance : Questions d'actualité au Sénat

Texte intégral

Merci monsieur le Président,
Monsieur le Sénateur,

Permettez-moi tout d'abord d'excuser Jean-Yves Le Drian qui est actuellement en Egypte pour continuer à oeuvrer à la sécurité et à la stabilité régionale, en coordination avec nos partenaires européens.

Il y a aujourd'hui une situation de crise grave qui concerne directement la sécurité des Français. Le ministre de l'Europe et des affaires étrangères l'a dit ce matin : "Nous condamnons les attaques conduites cette nuit par l'Iran en Irak contre des emprises de la coalition contre Daech".

Je le rappelle, cette coalition contre Daech existe depuis 2014, elle réunit plus de 70 pays et organisations internationales. Elle a été installée à la demande des autorités irakiennes pour combattre Daech en Irak et en Syrie. Elle a eu des résultats importants, notamment la fin du califat territorial, en mars 2019. Mais nous le savons, cette menace peut resurgir.

Notre priorité aujourd'hui, plus que jamais, c'est bien la désescalade, parce que ce cycle de violence doit s'interrompre. La France est en contact avec l'ensemble des parties concernées, plus de vingt chefs d'Etat, vingt ministres des affaires étrangères des Etats-Unis, de la Chine, de la Russie, de l'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, l'Inde, l'Allemagne, bien sûr l'Union européenne en tant que telle, l'Italie, le Royaume-Uni, le Danemark ou encore l'Irak ont été contactés par Jean-Yves Le Drian ou le président de la République dans les derniers jours.

Nous avons, avec toutes ces parties concernées, pu oeuvrer à encourager la retenue et la responsabilité. Des consultations ayant eu lieu hier à Bruxelles, vendredi se tiendra un Conseil des affaires étrangères extraordinaire, et notre vision est partagée car personne n'a aujourd'hui intérêt à un conflit.

Nous devons, plus que jamais, combattre Daech encore et toujours, nous devons protéger nos ressortissants, nous devons poursuivre cette lutte contre Daech et nous devons, troisième priorité, éviter une crise de prolifération nucléaire. C'est pourquoi nous parlons à tout le monde, et c'est pourquoi nous appelons toutes les parties à la retenue.

Je vous remercie.


Monsieur le Président,
Monsieur le Sénateur,

Ce qui est engagé aujourd'hui, c'est bien, au fond, le résultat d'une mauvaise réaction iranienne en réponse à une mauvaise décision américaine de sortir de l'accord du nucléaire de 2015 du JCPoA et d'imposer une logique de sanctions maximales. Nous l'avons dit, je le redis ici : nous ne soutenions pas cette décision américaine qui date de mai 2018.

Nous avons alerté la communauté internationale sur les risques des mauvaises initiatives de part et d'autre. Dès septembre 2017, nous avions d'ailleurs dit que le risque était bien celui d'une escalade des tensions régionales, et nous avions engagé des initiatives pour une nouvelle négociation globale qui préserve l'accord nucléaire et le complète par une négociation sur les missiles et la stabilité régionale.

Cette mauvaise réaction iranienne s'est traduite, on le sait, d'abord par des violations successives de l'accord nucléaire qui est aujourd'hui en danger car il a été vidé de sa substance. Il y a eu ensuite des actions de déstabilisation régionale qui ont été conduites depuis six mois. Et donc, ces mauvaises décisions mènent à la crise que nous connaissons aujourd'hui.

C'est dans ce contexte que nous avons dit qu'il était inacceptable que des attaques soient conduites contre la coalition qui lutte contre Daech et contre Daech seulement. Car la poursuite de la lutte contre Daech, je l'ai dit, est un impératif de sécurité pour nous, pour l'Irak et pour la stabilité régionale. Et si nous avons une solidarité exprimée, elle est à l'endroit des partenaires de cette coalition contre Daech, parce que des emprises ont été attaquées, parce que cette coalition qui lutte contre le terrorisme a été attaquée. C'est à ce titre, et à ce titre seulement, que nous sommes solidaires, car je le distingue très précisément de l'action américaine contre le général Soleimani, qui n'est pas une action de la coalition contre Daech. Elle a été décidée sans consultation de la France, par les Etats-Unis, sur la base de considérations de sécurité nationale. Et c'est donc une initiative américaine et de leur seule responsabilité.

La priorité absolue, Monsieur le Sénateur, n'est effectivement pas d'engager une nouvelle force. Elle n'est pas de rentrer dans une logique d'escalade, mais bien d'appeler la démocratie et, notamment avec nos partenaires européens, à la désescalade, à la retenue et à la responsabilité. Je vous remercie.


Merci Monsieur le Président,
Monsieur le Sénateur,

D'abord, effectivement, vous le dites avec raison, notre priorité est bien la sécurité de nos ressortissants, de nos militaires. Nous avons pris des mesures de vigilance renforcée dès vendredi dernier et à nouveau, s'agissant en particulier de l'Iran et de l'Irak, hier.

Vous m'interrogez sur les efforts que nous menons, que Jean-Yves Le Drian mène, avec le président de la République et tout le gouvernement, notamment au niveau européen, pour assurer la sécurité et la stabilité régionale.

Hier, se tenaient à Bruxelles des réunions réunissant le Royaume-Uni, l'Italie, l'Allemagne et la France, autour du haut représentant européen, Josep Borrell, qui ont concerné à la fois, bien sûr les questions iranienne et irakienne, et également le sujet libyen qui, nous le savons, est aussi inquiétant.

Aujourd'hui, un collège spécial des commissaires européens se réunissait autour de Josep Borrell et d'Ursula von der Leyen pour également aborder cette question.

Et, dès vendredi, Josep Borrell a convoqué un Conseil des affaires étrangères extraordinaire, où là aussi nous pourrons, en Européens, poser un diagnostic, regarder la situation en Européens et regarder ce que nous pourrons faire dorénavant pour notamment peser, pour effectivement amener à la désescalade.

La médiation, que ce soit sur l'accord de Vienne et la survie de l'accord dit du JCPoA de Vienne de 2015, ce qui avait été tenté à Biarritz puis aux Nations unies, tous ces moments sont des moments où nous montrons que le multilatéralisme n'est pas un vain mot. Le fait même que nous ayons des tables de négociation, des tables de discussions, le fait même que Jean-Yves Le Drian soit aujourd'hui en Egypte à nouveau pour échanger sur la stabilité régionale et du bassin de la Méditerranée orientale, sont des preuves que nous sommes à la manoeuvre.

Vingt pays, je l'ai dit, vingt partenaires ont été mobilisés par le président de la République et par Jean-Yves Le Drian depuis vendredi. Ces vingt pays nous ont tous dit la même chose : nous partageons votre vision, nous voulons la désescalade, nous n'avons aucun intérêt au conflit. Donc, notre action principale consiste à rappeler les priorités, la désescalade à court terme, la lutte contre Daech et le terrorisme, car partout et toujours cela peut resurgir, et enfin la protection contre la prolifération nucléaire qui est, là aussi, un enjeu sur lequel, vous le savez, nous sommes pleinement engagés. Je vous remercie.


Merci Monsieur le Président,
Monsieur le Sénateur,

Je vais essayer de répondre à vos questions en reprenant les éléments que j'ai déjà pu évoquer aujourd'hui.

Non, nous n'avons pas été informés puisqu'il s'agit d'une décision américaine, sur la base d'éléments de sécurité nationale ; c'est donc une initiative américaine dont ils ont la responsabilité.

La solidarité, je l'ai dit au sénateur Laurent, la solidarité est celle avec nos alliés de cette coalition contre Daech. Quand des emprises de la coalition contre Daech sont visées, nous sommes solidaires. Je crois que toute personne peut comprendre que nous sommes, à la demande des autorités irakiennes, dans une coalition qui réunit plus de 70 partenaires et organisations internationales, absolument engagés contre Daech en Syrie et en Irak.

Nous avons pu mettre fin au califat territorial. Nous avons pu également arrêter la campagne de reprise de territoires que souhaitaient les terroristes. Nous savons que cette menace reste extrêmement forte, que nous devons être extrêmement mobilisés, et c'est donc dans ce cadre que nous cherchons à maintenir cette coalition contre Daech vivante.

Nous aurons dans les jours et dans les semaines qui viennent, avec les autorités irakiennes, un dialogue. Leur souveraineté est à préserver. Les échanges que Jean-Yves Le Drian a pu avoir avec le Premier ministre irakien montrent bien que cette lutte contre le terrorisme reste une priorité pour tous. Sa présence aujourd'hui en Egypte, d'ailleurs, contribue à trouver les voies et moyens pour poursuivre avec tous les acteurs régionaux, une lutte contre ce terrorisme.

Nos alliés, vous le dites, nos alliés sont des alliés contre cette lutte contre le terrorisme, nos alliés sont également des alliés pour que nous arrivions à lutter contre la prolifération nucléaire. Ce sont là deux priorités essentielles et vous pouvez bien le comprendre, la France restera pleinement mobilisée sur ces sujets.

Quant à la sécurité de nos ressortissants, qu'ils soient civils ou militaires, je l'ai dit, nous avons engagé, dès vendredi dernier, un plan sur le terrain, les mesures ont été renforcées en Iran et en Irak dans les dernières heures.

Nous suivons la situation très attentivement et pour moi la clé, c'est la réunion qui se tiendra vendredi de manière exceptionnelle à Bruxelles, entre tous les ministres des affaires étrangères, autour de Josep Borrell, pour que nous puissions, en Européens, chercher la voie de la désescalade, de la lutte contre la prolifération nucléaire et du maintien d'une coalition forte contre le terrorisme.

Je vous remercie.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 janvier 2020

Thématiques :