Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à LCI le 18 octobre 2019, sur la charte de laïcité envoyée aux associations et le port du voile

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Intervenant(s) :

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur LCI. Vous êtes une voix qui porte au gouvernement, ça fait un bout de temps, quelques jours, quelques semaines qu'on ne vous a pas entendue. Vous êtes (j'ajoute en plus de vos fonctions ministérielle) chargée du débat d'idées au sein de la République en Marche.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Hasard ou pas du calendrier Marlène SCHIAPPA, vous publiez – au terme d'une semaine très tendue quand même autour de ce débat sur le voile – une charte de la laïcité que vous soumettez aux 1.300 associations que vous subventionnez. Il était utile de clarifier quoi avec cette charte ?

MARLENE SCHIAPPA
Beaucoup de choses, d'abord je crois qu'il faut rappeler que la laïcité c'est un principe philosophique, un principe politique et un principe juridique. Et donc on peut débattre du principe philosophique et de l'approche politique de la laïcité, mais je crois que l'aspect juridique de la laïcité il est partagé, il est le même pour tout le monde. C'est la raison pour laquelle, j'ai demandé à l'Observatoire de la laïcité, qui est un organisme rattaché au Premier ministre qui a pour mission de conseiller le gouvernement de nous écrire et de nous proposer une charte de la laïcité. Et je l'ai ensuite partagée avec la DILCRAH, la Fondation Jean Jaurès, d'autres organismes qui ont des visions peut-être parfois un petit peu différentes de celles de l'Observatoire de la laïcité, il y a eu une unanimité sur cette charte. Et donc l'idée, c'est de clarifier d'abord la défense de la laïcité et la défense des principes républicains par les associations ; l'idée c'est aussi d'outiller les représentants de l'Etat dans les territoires qui peuvent être confrontés à ces sujets-là ; et enfin l'idée c'est aussi de rassurer parce qu'on a souvent des gens qui nous demandent : est-ce que vous financez des associations communautaristes dans le champ des droits des femmes qui feraient la promotion d'une forme de relativisme culturel. Et la réponse est non et cette charte vient de le clarifier.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que cette charte par exemple, elle vous amènera éventuellement, parce que des associations refuseraient de la signer, de couper les vivres à certaines associations, est-ce que ça va être le cas dans certains cas ?

MARLENE SCHIAPPA
J'essaie d'initier une démarche qui ne soit pas une démarche qui brusque, j'ai pris un an pour consulter tout le monde, donc je ne vais pas commencer avec des menaces. Et je pense que s'il y a des questions, on dialoguera, on verra quels sont les points qui soulèvent des débats. Et c'est aussi le but de cette charte, c'est d'essayer de voir s'il y a véritablement au concret, dans l'application de la laïcité des points qui soulèvent des débats ou non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors des points qui soulèvent des débats, il y en a, on s'aperçoit dans le débat public Marlène SCHIAPPA et politique que faire barrage au prosélytisme par exemple ou à des manifestations de communautarisme évidents, ça fait consensus. Ce qui est plus compliqué finalement, c'est de définir communément ce qu'est la laïcité. On s'arrête sur le port des signes religieux, par exemple dans votre charte est-ce qu'il y a une interdiction du port des signes religieux qui est faite aux associations ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce point est évoqué à l'article 7, mais d'abord moi je dois dire que la question du port du voile, puisque quand on dit « signes religieux » très souvent on parle du voile, la question du port du voile de mon point de vue ça ne peut pas être l'alpha et l'oméga de la laïcité. La laïcité, c'est un sujet qui me passionne de longue date, j'étais membre d'organisations laïques, j'ai coécrit un livre qui s'appelle « Laïcité, point », j'ai eu la chance de recevoir un prix laïcité de la part du Grand Orient de France, c'est vraiment sujet d'engagement fort pour moi et pas un sujet d'opportunité politique. Mais sur cette question, nous ce qu'on propose c'est de dire que les associations pourront dans leur règlement intérieur réglementer et restreindre les ports de signes religieux…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous le renvoyez au règlement intérieur, c'est ça, cette question-là ?

MARLENE SCHIAPPA
En fait ce n'est pas qu'on renvoie, c'est que là encore dans cette charte, on ne tranche pas des principes politiques ou philosophiques, on dit le droit et l'Observatoire de la laïcité dit le droit. Et le droit dit que vous pouvez restreindre le port de signes religieux de façon proportionnée…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que veut dire de façon proportionnée ?

MARLENE SCHIAPPA
De façon proportionnée…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça veut dire que vous encadrez l'interdiction en disant : on peut interdire le voile dans notre règlement intérieur si c'est proportionné ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors nous, on n'interdit rien, on traduit simplement le droit.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais vous dites « vous pouvez le faire dans votre règlement intérieur » !

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas nous qui le disons, c'est ce que dit le droit. Encore une fois, il y a un débat philosophique sur le sens du port du voile, je veux bien avoir ce débat mais d'autre part, cette charte elle a pour but non pas d'imposer ma vision philosophique du voile, mais de revenir le droit au nom de la République française. Et donc oui, de façon proportionnée ça veut dire : est-ce qu'il est nécessaire de demander à quelqu'un d'enlever une croix autour du cou, une Main de Fatma ou un de ces signes religieux qui ne gêne pas l'exercice de ses fonctions, je ne le crois pas. Maintenant s par exemple pour des raisons de sécurité, les bénévoles qui ne sont pas des agents de service public mais qui sont des bénévoles dans des associations, qui ne sont donc pas soumis à la loi sur la neutralité des agents de service public, doivent retirer des choses qui sont de nature à perturber la sécurité de l'exercice de leurs fonctions, ça peut être encadré dans le règlement intérieur.

ELIZABETH MARTICHOUX
On voit bien que vous avez une approche très précautionneuse de cette question, vous avez été la première membre du gouvernement à réagir par tweet lorsque l'élu RN, il y a exactement une semaine, a interpellé une femme voilée dans le cadre de la région Bourgogne Franche-Comté, un tweet, la première fois c'était : c'est en humiliant les mères publiquement devant leurs enfants qu'on créé du communautarisme. Vous avez eu un contact avec cette femme d'ailleurs ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas du tout.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez pas souhaité avoir un contact avec elle !

MARLENE SCHIAPPA
Non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un débat enflammé s'est ensuivi, qui traduit sans doute un trouble au sein de la société, c'est incontestable. Faut-il interdire le voile lors des sorties scolaires, Marlène SCHIAPPA quelle est votre position là-dessus ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi ma position là-dessus, elle n'a pas changé et je la défends depuis de très nombreuses années. Moi je pense qu'il n'est pas nécessaire d'interdire le voile par la loi pendant les sorties scolaires. Maintenant, ça ne veut pas dire qu'il soit souhaitable de faire la promotion du port du voile, il peut y avoir plusieurs sens au port du voile, il peut y avoir un sens religieux et ça peut être la manifestation d'une foi, parce qu'une femme qui est musulmane a fait le choix – dans le cadre de sa croyance – de porter le voile. Il a été rappelé hier que ça concerne environ 30 % des femmes musulmanes en France, ça peut aussi avoir un sens qui soit le sens d'un combat politique et qui soit lié à de l'islam politique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça peut être un outil, pour être claire, un outil de l'islam politique ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, je le crois et je l'ai dit à plusieurs reprises, je l'ai dit quand il y a eu un débat autour de la nouvelle déléguée générale de l'UNEF qui était une femme qui portait le voile. Moi je crois que de façon générale, si on sort un peu du voile parce qu'on est un peu obsédé par le voile quand même en France, mais si on sort un peu de la question du voile, ma conviction personnelle en tant que militante et que personne qui défend la laïcité, c'est qu'il y a une séparation claire entre les Eglises et l'Etat ; et que la religion est quelque chose d'intime qui doit pouvoir se pratiquer en privé, qui doit pouvoir aussi s'exprimer et se pratiquer dans la sphère publique parce que l'Etat est laïque, mais la société n'est pas laïque, mais qu'il n'est peut-être pas nécessaire d'en faire un combat. Et en matière…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pourquoi pas nécessaire, ce que j'entends c'est que vous dites : le voile, 1) ça peut être un outil politique pour l'islam, ça peut être une porte d'entrée à la radicalisation…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, ça ne l'est pas à chaque fois mais…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça peut traduire une radicalisation. C'est un signe religieux, la liberté est totale, la laïcité dans l'espace public…

MARLENE SCHIAPPA
Alors la liberté n'est pas totale, la liberté n'est pas totale, on ne peut pas apporter par exemple une burqa, un voile intégral, quelque chose qui cache le visage, c'est interdit par la loi. Les troubles à l'ordre public, il faut les signaler.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'ailleurs juste sur cette question-là, ça n'est pas respecté, cette loi d'interdiction de la burqa Marlène SCHIAPPA n'est pas respectée.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr, je le sais.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un scandale !

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, elle doit être respectée. Moi vous savez j'ai été élue locale…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais pourquoi n'est-elle pas respectée, on a peur ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vais vous expliquer. Je ne sais pas, je vais vous dire. Moi j'ai été élue local on Sarthe et la première fois que je suis allée voir l'école primaire dont j'avais la responsabilité, la directrice d'école m'a dit : vous savez dans cette école, il y a des petits garçons qui ne donnent pas la main aux petites filles, Jean-Michel BLANQUER l'a dit et il a eu raison de le dire, je crois que ça n'est pas en masquant la réalité qu'on la fait disparaître. Donc il existe en France des petits garçons…

ELIZABETH MARTICHOUX
…Peur de discriminer des petits garçons comme ça, de pointer du doigt des petits garçons qui refuseraient aussi peut-être par timidité plus que par communautarisme…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais est-ce qu'on peut considérer que les enseignants et les directeurs d'école ne sont pas entièrement stupides et qui ne vont pas aller signaler des petits garçons qui sont timides et qui ne veulent pas donner la main aux petites filles…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous dites : c'est un signal…

MARLENE SCHIAPPA
Mais il y a ce qu'on appelle…

ELIZABETH MARTICHOUX
Soyons vigilants…

MARLENE SCHIAPPA
Je termine là-dessus parce que ce sont des sujets très délicats ; et vous me disiez que j'étais très précautionneuse et je le suis parce que je crois qu'il ne faut pas brusquer la société ; et je crois que tous les raccourcis des phrases qui sont prononcées ne servent pas le débat public. Donc ce que je dis c'est que quand vous avez des signaux, par exemple une maman qui vient en burqa chercher ses enfants à la sortie de l'école et que manifestement, le petit garçon refuse pour des motifs religieux de donner la main aux petites filles, ou que les petites filles on refuse pour des motifs religieux qu'elles aillent à la piscine, qu'elles se mélangent avec les garçons, oui ! Ce sont des faisceaux d'indices concordants. Si on ne peut pas le dire, ça veut dire qu'on a perdu ce combat-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais ça vous le dites mais simplement vous ne faites pas au sens gouvernemental respecter cette loi.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr que si puisque Jean-Michel BLANQUER a créé le Conseil des sages de la laïcité et a créé une antenne…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais ça, c'est le ministère de l'Intérieur qui doit…

MARLENE SCHIAPPA
Et a créé une antenne, mais l'école a un rôle primordial et a créé une antenne pour faire en sorte que justement, les personnels enseignants ne soient plus démunis et puissent se tourner vers une antenne qui puisse répondre à ces questions-là au quotidien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le voile n'est pas souhaitable pour la société, dit Jean-Michel BLANQUER, est-ce que vous le diriez de la même façon mot pour mot ?

MARLENE SCHIAPPA
Je déteste cette manie – et ce n'est pas du tout contre vous – mais de façon générale dans la société…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais c'est pour comprendre votre position…

MARLENE SCHIAPPA
Mais moi, je vous ai donné ma position, je vous ai donné ma position.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sauf que votre position, vous l'avez dite mais on n'a pas compris si vous partagiez vraiment cette phrase et si vous l'assumeriez comme Jean-Michel BLANQUER le fait ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais chacun a ses propres mots et chacun ses phrases…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous dites vous-même si on comprend que le voile n'est pas souhaitable dans l'ensemble de la société française ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas ce que je vous ai dit puisque je vous ai dit précédemment que je n'étais pas pour l'interdiction du voile dans les sorties scolaires. Mais je pense que ce débat plus que tout autre, il n'est pas pour ou contre, il n'est pas oui ou non et il n'a pas à être manichéen. Il y a des sens différents dans le port du voile, il y a des contextes qui sont différents et il y a des choses qui peuvent être pas souhaitables mais pas interdites ; et je pense que c'est ce que voulait dire Jean-Michel BLANQUER. Et chacun s'exprime comme il le peut, je crois que chaque fois que le débat d'idées devient un débat de personnes, c'est une défaite intellectuelle collective.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, mais est-ce que vous comprenez au-delà de ça que ce en même temps puisse être perçu comme une forme de pusillanimité, de relativisme finalement, c'est-à-dire qu'effectivement il y a des Français qui sont troublés par le fait par exemple qu'il y a beaucoup plus de voile en France qu'il y a quelques années. Et ils se disent : mais la République permet cela, c'est un accroc à ses valeurs fondamentales.

MARLENE SCHIAPPA
Je crois que c'est pour ça que je distingue l'aspect juridique et l'aspect philosophique et politique, parce que je crois qu'en fait ce qui ne va pas dans ce débat de mon humble avis, c'est que beaucoup de Français nous posent des questions philosophiques et politiques sur le sens du voile notamment, mais plus largement sur la laïcité, sur la place des religions dans la société…

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur la sécurité aussi…

MARLENE SCHIAPPA
Sur la sécurité aussi, vous avez tout à fait raison…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas tout à fait pareil !

MARLENE SCHIAPPA
C'est que nous sommes habitués à apporter à cela des réponses juridiques. Et je pense que la réponse juridique, c'est la première brique mais qu'elle n'est pas suffisante et qu'il faut ensuite apporter une réponse politique et une réponse de sens. Mais ces sujets, ce sont des sujets qui sont passionnés parce que finalement quand on parle de la laïcité, quand on parle des religions on parle de nos convictions, de notre foi, de l'intime, de nos rapports à l'autre, de nos rapports à la société, de nos rapports à la mort, la religion c'est aussi cela, l'athéisme c'est aussi cela. Et je pense qu'évidemment, ce sont des sujets qui sont passionnés et qui méritent cette passion.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et qui font clivage au sein de votre majorité, on écoute Aurore BERGE, elle est prête à voter… elle serait prête à voter une éventuelle proposition de loi de la droite pour l'interdire lors des sorties scolaires.

AURORE BERGE
Si demain il y a une proposition de loi sur le sujet, je ne vais pas me dédire parce qu'elle viendrait des LR, je vais assumer la position qui a toujours été la mienne.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous disiez tout à l'heure que vous animiez le débat d'idées dans le parti, alors très partagé entre Aurore BERGE qui est prête à voter, vous dites quoi à Aurore BERGE : reviens chez nous, ne fais pas ça, c'est passible de sanctions si elle le vote ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord moi, je voudrais dire qu'Aurore BERGE c'est la porte-parole de la République en marche et c'est une excellente porte-parole ; et ils ont beaucoup de chance de l'avoir parce que c'est une porte-parole qui défend le gouvernement, qui défend la majorité et qui le fait avec beaucoup de coeur et avec beaucoup d'énergie et je voudrais ici saluer son travail d'abord. Ensuite sur ce sujet-là particulièrement, moi je vous ai donné mon point de vue, ce n'est pas le même que celui d'Aurore BERGE…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que le parti majoritaire peut se permettre d'avoir des clivages aussi importants, entre Aurore BERGE qui dit « oui, il faut l'interdire » et Aurélien TACHE qui dit « non, surtout pas, ce n'est pas conforme à nos valeurs ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense… chacun des deux dit aussi beaucoup d'autres choses. Mais je pense que sur ce sujet-là, il faut vraiment travailler sur ce qui nous rassemble. C'est la raison pour laquelle Stanislas GUERINI, le délégué général de la République en marche, nous a confié à Laurent SAINT-MARTIN et moi-même – qui sommes en charge d'animer le débat d'idées – une mission sur la laïcité qui vise à présenter ce qui sera la ligne de la République en marche sur la laïcité. Donc nous n'allons pas la dicter à 2, nous allons la construire, la travailler avec des experts, avec tous les députés, tous les élus, tous les membres de la République en marche y compris sur les territoires, parce que ça ne doit pas rester en débat de bureau, de plateau télé où un débat parisien, que ce soit un débat qui soit mené partout en France parce qu'en Corse, il y a des gens qui ont des choses à dire sur ce sujet, en Sarthe il y a des gens qui ont des choses à dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous pensez…

MARLENE SCHIAPPA
Dans les DOM-TOM également.

ELIZABETH MARTICHOUX
J'entends ce que vous dites, mais vous pensez que dans une France dont on dit beaucoup qu'elle est de plus en plus menacée d'archipellisation, de fracturation, c'est rassurant d'avoir un parti majoritaire qui dans le fond dit : ce n'est pas grave, on a des positions contradictoires…

MARLENE SCHIAPPA
Mais pardon mais on n'est pas une secte, on est un mouvement politique. Il n'y a aucun mouvement politique actuellement en France qui soit pleinement en accord sur tous les sujets connexes à la question de la laïcité. Et je voudrais distinguer ici les sujets de laïcité d'une part, de communautarisme d'autre part, de radicalisation d'autre part.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous répondez à l'angoisse des Français elle existe…

MARLENE SCHIAPPA
Nous devons…

ELIZABETH MARTICHOUX
En ayant cette position encore une fois qui essaie de combiner….

MARLENE SCHIAPPA
Nous devons travailler, je pense qu'au-delà de l'idéologie ce qui intéresse les Français, c'est le travail qui est mené notamment par Christophe CASTANER et par Laurent NUNEZ pour reconquérir mètre carré par mètre carré tout ce qu'on a appelé « les Territoires perdus de la République » dans un livre, il y a de cela une quinzaine d'années ; et faire en sorte d'aller vers cette reconquête républicaine. C'est tout le travail du gouvernement, en dédoublant les classes de CP et de CE1 c'est ce que nous faisons, en assurant la sécurité dans les quartiers c'est aussi ce que nous faisons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que. le président doit s'exprimer justement pour rassurer ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors d'abord, le président s'est exprimé à plusieurs reprises sur ce sujet-là…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui mais alors vous voyez ce que je veux dire, est-ce qu'il doit faire un discours, il a répondu par exemple à une question à chaud il y a 2 jours, ce n'est parce qu'on appelle une expression solennelle… je veux dire dans la fonction de président de la République, une adresse aux Français sur ces questions !

MARLENE SCHIAPPA
Moi je n'ai jamais fait partie des gens qui somment le président de s'exprimer sur quoi que ce soit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, est-ce que vous le souhaitez, est-ce que vous dites « ce serait utile » pour apaiser le débat ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je suis toujours ravie quand le président s'exprime.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, j'imagine.

MARLENE SCHIAPPA
Mais maintenant, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, ce sont des sujets, je pense aussi, d'intime conviction, et donc je trouve ça assez légitime que chacun puisse exprimer son intime conviction, et ce qui guide sa ligne politique, et jamais je ne dirais à telle ou telle personne « je ne suis pas d'accord avec vous, et donc je souhaite que vous soyez exclu, que vous vous taisiez » etc. C'est ce qui fait la beauté du débat, c'est que nous avons des nuances, et moi je voudrais juste vous dire que j'ai organisé un événement pour l'anniversaire de la loi de 1905, l'année dernière, dans mon ministère. J'ai fait venir 35 intervenants sur des positions très divergentes sur l'analyse de la loi de 1905, et sur l'analyse de l'état d'esprit d'Aristide BRIAND à ce moment-là, et finalement on a pu trouver beaucoup de lignes communes, et je crois que ce qui nous rassemble est beaucoup plus grand que ce qui nous divise sur la laïcité dans ce pays.

ELIZABETH MARTICHOUX
Eloge de la nuance. Marlène SCHIAPPA, un mot, d'abord c'est aujourd'hui la Journée mondiale de lutte contre la traite et notamment on pense, c'est votre périmètre ministériel, la traite des femmes, des jeunes femmes.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
On a beaucoup parlé d'ailleurs, récemment, lors de l'arrestation puis le suicide par pendaison de Jeffrey EPSTEIN, qui a donné lieu aussi à des investigations en France. Quel type d'initiatives vous pouvez prendre à l'occasion de cette journée ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, vous avez raison de rappeler cette Journée mondiale, et aujourd'hui nous allons présenter avec la Mission interministérielle de protection des femmes, le plan de lutte contre la traite des êtres humains ce matin, et cet après-midi je serai avec des grandes marques françaises qui décident de s'engager pour protéger les mannequins, puisque cette affaire Epstein elle a mis au jour les conditions de travail parfois difficiles des mannequins. Et puis par ailleurs, je voudrais vous dire que j'ai demandé au préfet de Paris d'étudier la faisabilité ou l'infaisabilité de pouvoir réquisitionner, par l'Etat, l'appartement de Jeffrey EPSTEIN, dans le but de le transformer en foyer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Appartement parisien ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, l'appartement qui se trouve avenue Foch. La loi française, et également le code de la construction et de l'habitation, prévoit qu'il est possible que l'Etat réquisitionne des logements vides…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous avez demandé au préfet ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous lui avez écrit…

MARLENE SCHIAPPA
Tout à fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour quoi faire alors ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien écoutez, en fait, si plusieurs circonstances et plusieurs conditions sont réunies, notamment le fait que ce soit une personne morale et pas une personne physique qui soit propriétaire de ce logement, notamment le fait qu'il soit inoccupé, inhabité en tout cas depuis plus d'un an, eh bien l'Etat, d'après la loi française, est en mesure de pouvoir demander la réquisition de cet appartement, par exemple pour le transformer en foyer ou en centre d'accueil d'urgence pour des femmes victimes de violences. Et donc j'ai demandé au préfet de Paris d'étudier cette faisabilité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est symbolique, c'est Jeffrey EPSTEIN, évidemment, ça vous permet de lutter, enfin d'offrir aux femmes un nouveaux foyer. Mais, il vous a répondu ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas encore, je lui ai adressé ce courrier il y a quelques jours, moi j'attends de voir si juridiquement c'est faisable. D'après les éléments que j'ai pu réunir depuis quelques mois, il me semble que juridiquement ça devrait pouvoir être faisable, mais la procédure veut que ce soit le préfet qui puisse étudier et confirmer cela, notamment mener toutes les investigations nécessaires pour dire si l'appartement a été inhabité pendant un an ou pas, mais je crois que oui, un c'est symbolique, et deux, avenue Foch, un appartement pour les femmes victimes de violences, nous saurons quoi en faire.

ELIZABETH MARTICHOUX
De mémoire, 800 m².

MARLENE SCHIAPPA
C'est ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il y a de la place. 50 pièces je crois.

MARLENE SCHIAPPA
On peut loger des femmes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Marlène SCHIAPPA, un mot pour finir, des féminicides, le chiffre de 121 a été publié, c'est plus 121 que le chiffre officiel pour l'année 2018, plus... le fait qu'on en parle il n'y a jamais eu autant de visibilité sur ce drame absolu qui est que les femmes meurent sous le coup de leur conjoint, c'est un scandale inouï, il y en a plus encore, que mais comment vous l'expliquez ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, sur ce chiffre, le ministre de l'Intérieur a dit que nous, le gouvernement, nous ne pouvions pas l'endosser, il a été critiqué pour cela, mais vous savez qu'il y a un principe de séparation des pouvoirs et donc que nous, nous comptons, une fois que l'année est terminée, et qu'il y a des premières enquêtes qui ont été établies…

ELIZABETH MARTICHOUX
A la limite, peu importe.

MARLENE SCHIAPPA
Mais peu importe, absolument, c'est là que j'en venais, peu importe sur le chiffre, nous, nous sommes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je suis désolée, c'est un échec, quand même, pour vous, ce chiffre.

MARLENE SCHIAPPA
Moi, ce que je voudrais dire, mais bien sûr, mais ce chiffre il ne bouge pas depuis des années, ça fait des générations et des générations qu'on a, entre 120 et 160 femmes tuées par leur conjoint, meurtres par conjoint, en tout cas, chaque année, indifféremment des politiques publiques menées par le gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment expliquez-vous cet échec ?

MARLENE SCHIAPPA
Parce qu'il y a eu trop longtemps une tolérance sociale et législation, mais nous agissons, c'est pour ça que nous avons lancé le Grenelle des violences conjugales, qui est en train de se dérouler. Vous savez, le 39 19, avant le Grenelle des violences conjugales, il y avait 8 % de la population qui le connaissait.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un numéro de téléphone ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est un numéro de téléphone qui permet d'écouter et d'accompagner les femmes victimes de violences conjugales, et les témoins et leurs proches. Après le Grenelle des violences conjugales, c'est 59 % de la population française qui maintenant connaît ce numéro et peut l'utiliser. Donc ce Grenelle des violences conjugales, c'est une mobilisation de toute la société, toute la société, les associations, les entreprises, les magistrats, la police, la justice, des groupes de travail planchent en ce moment même, le 29 octobre ils présenteront leurs premières propositions, et le 25 novembre le gouvernement présentera les nouvelles mesures qui seront celles que nous mettrons en oeuvre, en plus de celles déjà annoncées par le Premier ministre. En tout, ça représente sur 2020 un engagement pour l'égalité femmes/hommes, de 1,116 milliards d'euros, c'est important aussi de le rappeler.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Marlène SCHIAPPA d'avoir été ce matin sur LCI.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Marlène SCHIAPPA qui est donc contre l'interdiction du voile lors des sorties scolaires, pour son caractère, contre…

MARLENE SCHIAPPA
Mais pas pour la promotion du voile non plus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais pas pour la promotion du voile, et c'est avec ces nuances, dont elle a fait l'éloge, qu'il va falloir, qu'elle veut travailler en tout cas avec les femmes.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 octobre 2019

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