Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, à RFI le 17 janvier 2020, sur la candidature de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2022, les élections municipales de 2020, le logement insalubre à Marseille et la contestation contre la réforme des retraites.

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Marine LE PEN a officiellement annoncé hier qu'elle serait candidate à l'élection présidentielle de 2022. Est-ce que c'est, dans une certaine mesure, une bonne nouvelle pour Emmanuel MACRON ?

JULIEN DENORMANDIE
Ah non, je pense que c'est... Déjà, ce n'est pas une surprise, mais vous savez, moi je ne me réjouis jamais de voir que le Front national (sic) est aussi élevé dans notre pays, jamais.

FREDERIC RIVIERE
Mais que le Front national ait un candidat à l'élection présidentielle, c'est dans l'ordre des choses.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, mais malheureusement on s'y habitue. On s'habitue à ce qu'aujourd'hui le Front national soit au second tour de l'élection présidentielle, à ce que le Front national fasse des scores aussi élevés aux élections européennes, alors que pourtant ils ne sont en rien en phase avec les idées que moi je me fais de l'Union européenne, et que beaucoup de Français se font de l'Union européenne. Et donc jamais je ne me réjouirai de voir un Front national aussi haut. Maintenant, qu'elle se présente, ce n'est pas une surprise, c'est dans le processus démocratique, et donc moi je continuerai à mener un combat politique contre les idées poussées par le Front national, pour faire en sorte que beaucoup puissent se dire qu'il y a d'autres solutions que le populisme, d'autres solutions que le repli sur soi, il y a ce chemin qu'on trace pour guider notre pays vers plus de croissance, plus de progrès, mais sans tomber dans le populisme.

FREDERIC RIVIERE
L'opposition a régulièrement accusé la majorité, mais d'ailleurs aussi Emmanuel MACRON, personnellement, notamment pendant la campagne des européennes, de tout faire pour préparer un nouveau duel MACRON - LE PEN en 2022. C'est faux ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est faux. Moi j'entends beaucoup ça…

FREDERIC RIVIERE
Mais, pour Emmanuel MACRON, avoir Marine LE PEN face à lui, ça n'est pas forcément inintéressant, parce qu'aujourd'hui toutes les enquêtes d'opinion le donnent encore assez largement vainqueur.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, mais on ne peut jamais se réjouir de voir l'extrême droite aussi élevée dans notre pays. La question…

FREDERIC RIVIERE
Mais on peut se réjouir d'être sûr de la battre, non ?

JULIEN DENORMANDIE
Non mais la question... Non, mais jusqu'au jour où, jusqu'au jour où. Donc moi je, encore une fois, le Front national aujourd'hui est un mouvement politique qui véhicule des idées, qui ne sont en rien en phase avec les valeurs que je me fais de la République française, et donc jamais jamais jamais nous construirons, nous, majorité présidentielle, une offre politique en se disant : de toute manière, ce n'est pas très grave, en face, le seul opposant c'est le Rassemblement national. Jamais. Le Rassemblement national est un danger pour notre République, évidemment, et donc jamais il ne faut s'habituer à le voir aussi élevé dans les sondages. Et donc moi, avant, aujourd'hui, demain, je continuerai à essayer de convaincre de plus en plus de Français que la solution ça n'est ni le repli, ni le populisme, mais c'est la voix du progrès.

FREDERIC RIVIERE
Alors, d'ailleurs vous allez vous lancer dans une tournée anti Rassemblement national dans les prochains jours, en vous rendant dans les villes que le Rassemblement national dirige, et dans celles qui pourraient basculer lors des municipales de mars prochain. Vous n'êtes pas le premier à tenter ce genre d'opération, Manuel VALLS l'avait fait en 2014, ça n'avait pas été un franc succès. Vous avez la recette pour faire mieux ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien je crois qu'il faut surtout aller à la rencontre des Français et de leur expliquer quel est le projet que nous, nous proposons. Que même si…

FREDERIC RIVIERE
Pourquoi ils ne l'ont pas encore compris ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que la situation est parfois difficile, parce que les derniers mois l'ont montré, parce que certains de nos concitoyens, parfois se sentent abandonnés, parfois se disent, les chances de maîtriser son destin ne sont pas suffisamment présentes. Et donc c'est quoi la solution ? Quand parfois vous avez des difficultés, soit vous vous tournez vers celles et ceux qui vous promettent monts et merveilles, sans aucune, aucune crédibilité dernière. Prenez par exemple le débat du moment sur les retraites, qu'est-ce que propose le Front national sur les retraites ? Ils disent à tous les Français : "De toute manière, si vous nous mettez au pouvoir, nous on dira que c'est la retraite à 60 ans". Mais qui peut croire aujourd'hui que dans notre pays, demain tout le monde partira à la retraite à 60 ans ? Celles et ceux qui nous écoutent…

FREDERIC RIVIERE
Ils ne sont pas les seuls à le dire, la France Insoumise dit la même chose.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, mais celles et ceux qui nous écoutent, les Français, vous savez, ils savent très bien que pour des raisons démographiques, parce qu'on commence à travailler de plus en plus tard, que pour faire en sorte que ça ne soit pas nos petits-enfants qui paient la retraite de nos aînés, demain, eh bien ils savent très bien que progressivement, évidemment, on devra travailler un peu plus longtemps, ou en tout cas que ce n'est pas à 60 ans, et donc vous avez comme ça des personnes qui jouent sur les peurs, qui jamais ne cherchent à améliorer la chose, parce que ça reviendrait à scier la branche sur laquelle ils sont assis. Donc moi, je continuerai à me battre contre eux. Oui.

FREDERIC RIVIERE
A propos des municipales, le ministre de l'Intérieur a demandé aux préfets de ne plus attribuer de couleur politique aux listes sans étiquette dans les villes de moins de 9 000 habitants, alors que cette disposition s'appliquait jusqu'à maintenant dans les villes de moins de 1 000 habitants. Est-ce que la majorité redoute de piètres résultats aux élections municipales ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez d'où vient cette demande ? Parce que moi je vois, beaucoup s'en étonnent, mais…

FREDERIC RIVIERE
Eh bien toute l'opposition est folle de rage.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, enfin, beaucoup s'en étonnent et beaucoup l'attribuent au ministre de l'Intérieur. En fait c'est des demandes qui viennent des élus de ces villes-là. C'est quoi la réalité dans notre pays ? Vous avez à peu près 500 000 élus locaux. Dans la grande majorité, ces élus locaux n'ont pas d'étiquette politique, et ça se comprend d'ailleurs, parce que…

FREDERIC RIVIERE
Oui, mais on donnait une coloration, en disant divers droite, divers gauche ou centre.

JULIEN DENORMANDIE
D'accord, mais c'est d'autres qui donnaient la coloration politique pour ces personnes. Or, dans beaucoup de villes de petite taille, les engagés, ceux qui vont aux municipales, disent : "Mais attendez, moi, ma couleur politique c'est ma ville, c'est ni droite, ni gauche, c'est ma ville". Voilà. C'est pour ça que cette décision a été prise, et d'aucune manière que ce soit pour essayer de minimiser ou maximiser les résultats.

FREDERIC RIVIERE
Alors, je ne sais pas si dans le cadre de votre tournée anti Rassemblement national vous avez prévu de vous rendre à Marseille, toujours est-il que là-bas vous êtes attendu pour d'autres raisons. Plusieurs associations collectives vous ont interpellé hier dans une lettre ouverte, vous demandant d'agir immédiatement pour résoudre ce qu'ils appellent la crise humanitaire que vit Marseille, depuis l'effondrement de deux immeubles, qui avait fait 8 morts en novembre 2018, 400 immeubles ont dû être évacués, ça concerne 4 000 personnes, et les auteurs estiment que la charte qui a été signée entre la mairie, les associations et l'Etat, la charte de relogement aujourd'hui n'est pas respectée. Qu'est-ce que vous avez à leur répondre ?

JULIEN DENORMANDIE
On est très vigilant dessus, et d'ailleurs les associations le savent très bien. Depuis ce drame de la rue d'Aubagne, je suis retourné je crois 10 fois à Marseille, pas 1, pas 2, 10, parce que j'ai énormément travaillé justement avec ces associations, parce que la situation, un an après, elle reste encore compliquée. Vous avez encore des personnes qui n'ont pas pu retrouver les immeubles où ils habitaient avant, et qu'ils sont à l'hôtel. Donc on a mis, nous Etat, beaucoup de pression dans le tube comme on dit, pour faire en sorte que localement, la mairie, la métropole, puissent accélérer à la fois le relogement, à la fois la reconstruction, et nous sommes très vigilants, on a signé cette charte, cette charte c'est tout simplement le cadre à respecter pour que les relogements se fassent dans de bonnes conditions. Il y aura une prochaine réunion, présidée d'ailleurs par le préfet, donc mon représentant, qui se tiendra vendredi en préfecture, pour justement suivre le bon déroulement de la charte, et répondre aux inquiétudes de ces associations. Mais ces associations, moi je suis en contact avec elles, je les ai vues à de multiples reprises, elles expriment leurs inquiétudes, et cette inquiétude elle m'oblige, elle m'oblige à continuer à avancer et à faire en sorte que les meilleures solutions soient trouvées et continuent à être trouvées.

FREDERIC RIVIERE
Plusieurs ports, ports maritimes, sont bloqués depuis quelques jours maintenant par un mouvement de protestation contre la réforme des retraites. Est-ce que vous redoutez aujourd'hui que les dockers ne prennent en quelque sorte le relais de la SNCF et de la RATP dans ce conflit ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien je crois surtout que quel que soient les professions aujourd'hui, il est temps d'arrêter cette grève, cette grève qui pénalise le pays, qui pénalise énormément de Français. Beaucoup en région Ile-de-France, mais pas que, vous venez de le dire, et que le gouvernement a fait des avancées très importantes, a obtenu ce compromis avec les principales organisations syndicales dites progressistes, et donc nous allons continuer dans cet état d'esprit d'ouverture, à faire en sorte d'avancer pour que cette réforme, qui est une réforme importante pour le pays, pour la pérennisation du système de retraite, mais surtout parce qu'elle donne des droits nouveaux aux femmes, aux petites retraites. Prenez les agriculteurs qui ont parfois 600, 650 € de retraite, eh bien demain ils auront au minimum 1 000 € de retraite. Ce sont de vraies avancées. Prenez les femmes. Les femmes dans notre pays, on ne le dit pas suffisamment, elles ont plus de 40% de moins de retraite que les hommes. Eh bien c'est autant de droits nouveaux que nous créons. Voilà. Il faut continuer à mettre en oeuvre cette réforme des retraites, mais de le faire dans cet état d'esprit de construction et de dialogue.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Merci Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

FREDERIC RIVIERE
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 janvier 2020