Interview de M. Laurent Pietraszewski, secrétaire d'État en charge des retraites, à France Info le 24 janvier 2020, sur le projet de loi sur la réforme des retraites en Conseil des ministres.

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Texte intégral

LORRAIN SENECHAL
Laurent PIETRASZEWSKI, bonjour !

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
Vous allez présenter dans une heure et demie maintenant le projet de loi sur la réforme des retraites en conseil des ministres, vous allez donc au bout de votre démarche. Est-ce que ça veut dire que c'est fini, vous avez gagné ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
On n'est pas dans cette dans ce type de réflexion, on n'est pas dans une opposition, on est dans une construction. Donc bien sûr que le gouvernement va aller au bout de ce projet, il n'y a pas de doute d'abord parce que c'est un engagement, un engagement du président de la République, un engagement de la majorité présidentielle. Donc nous allons au bout de ce projet mais nous voulons le faire comme nous le faisons depuis plus de deux ans dans la concertation. Je vous rappelle que Jean-Paul DELEVOYE a mené des concertations extrêmement fournies, détaillées avec les partenaires sociaux pour construire le système universel de retraite qui sera présenté tout à l'heure au conseil des ministres par Agnès BUZYN et moi-même.

LORRAIN SENECHAL
Malgré ces deux ans de concertation et vous dites que vous n'êtes pas dans le conflit, il y a quand même un bras de fer qui s'est engagé avec une partie de la France, septième journée d'action nationale aujourd'hui avec des perturbations à nouveau dans les transports. Est-ce que vous comprenez que le mouvement se poursuive ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il ne m'a pas échappé qu'il y avait un certain nombre de partenaires sociaux et peut-être de Français qui avaient des inquiétudes et pour certains, certaines des organisations syndicales représentatives une opposition au système universel, j'entends bien cela. Maintenant, il peut y avoir des incompréhensions chez certains de nos concitoyens ; nous avons essayé notamment avec les enseignants, avec Jean-Michel BLANQUER, de les rassurer notamment en garantissant que pour l'ensemble des enseignants, le niveau de pension ne baisserait pas, il correspondrait à celui des autres fonctionnaires de la catégorie A. Donc il y a des engagements très clairs du gouvernement vis-à-vis de ceux qui pouvaient avoir des inquiétudes. Moi, je pense qu'on est aujourd'hui dans le temps de l'avancée, dans le temps du débat aussi législatif puisque nous allons avoir à partir du 3 février les séances de commission à l'Assemblée nationale ; nous avançons, nous avançons parce que ce projet est important, il est important pour recréer de la solidarité entre les générations.

LORRAIN SENECHAL
On n'est plus dans le temps de la grève en tout cas ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ecoutez-moi, j'entends qu'il puisse y avoir encore des oppositions, des inquiétudes, vous savez très franchement que ça soit dans les 2 entreprises, comme la RATP la SNCF, depuis la moitié du mois de décembre, il y a eu des propositions très claires, très concrètes qui ont été faites par les directions de ces entreprises auprès des salariés pour les rassurer et pour, au final, permettre conditions de la reprise du travail.

RENAUD DELY
Justement Laurent PIETRASZEWSKI, est-ce que vous diriez à propos de cette grève qui reprend aujourd'hui notamment dans les transports à l'occasion de cette 7e journée nationale de mobilisation, est-ce que vous reprendriez les termes qu'a utilisés hier soir votre collègue chargé des Transports Jean-Baptiste DJEBBARI ?

Reprise des propos de Jean-Baptiste DJEBBARI

RENAUD DELY
Selon vous, les Français en ont « soupé » ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Si vous voulez, hier, j'avais eu un échange téléphonique avec des citoyens d'Armentières, de ma circonscription, oui, il y a une forme de lassitude, disons-nous les choses, une forme de lassitude que les Français …

RENAUD DELY
Ça veut dire qu'aujourd'hui, les grévistes aujourd'hui sont des jusqu'au-boutistes ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Les Français ont envie qu'on avance … Je ne dis pas ça mais ce que je dis, c'est que les Français ont envie qu'on avance, les Français ont compris sur le fond que le système actuel était inégalitaire, qu'il présentait un certain nombre de difficultés parce qu'il n'est plus adapté à la situation présente, au marché de l'emploi, à la vie d'aujourd'hui. Donc là-dessus les Français sont très au clair, simplement ils entendent qu'il y a des oppositions mais ces oppositions, nous avons, je crois, mis sur la table un certain nombre de propositions pour les rassurer, il faut qu'on puisse passer à autre chose maintenant. Le temps est venu du débat législatif et la démocratie politique va jouer son rôle. Les oppositions, je crois, ont l'intention de s'exprimer mais tout comme la majorité dans l'hémicycle.

LORRAIN SENECHAL
Le débat législatif, ça sera le mois prochain à partir du 17 février à l'Assemblée nationale …

LAURENT PIETRASZEWSKI
Pas tout à fait ; la commission, c'est le 3 février !

LORRAIN SENECHAL
En commission le 3 février et dans l'hémicycle le 17 février.

LAURENT PIETRASZEWSKI
C'est les parlementaires qui seront en commission.

LORRAIN SENECHAL
Simplement, le conflit est toujours là, comment est-ce qu'on fait pour en sortir ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Le conflit est toujours là. Moi, je crois et je vous l'ai dit tout à l'heure, je veux bien ré-exprimer …

LORRAIN SENECHAL
Est-ce que ce n'est pas un voeu pieux que vous exprimez ce matin ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non, écoutez très franchement, Jean-Baptiste DJEBBARI, Elisabeth BORNE ont avec les directions de la RATP, de la SNCF parce que soyons clairs, c'est essentiellement dans ces entreprises qu'il y a aussi des mouvements de grève, ont fait des propositions depuis la mi-décembre, des propositions très claires qui visent à rassurer tous ceux qui à juste titre, on peut l'entendre, ont exprimé le fait qu'ils avaient un engagement, un engagement avec ces entreprises, un engagement social, un engagement moral et qu'il fallait prendre le temps. Certes, ces régimes spéciaux seront fermés, il n'y a pas d'ambiguïté, nous nous y sommes engagés mais il faut le faire, le Premier ministre l'a dit et moi, je trouve ce terme parfaitement adapté sans brutalité en prenant en compte les parcours, c'est les propositions qui ont été faites, il y a déjà plus de trois semaines, plus de trois semaines par les directions de ces deux entreprises.

RENAUD DELY
Au-delà de la SNCF et la RATP, Laurent PIETRASZEWSKI, comment expliquez-vous qu'au bout de deux ans et demi de concertations maintenant, deux mois de conflit, votre réforme globalement, la réforme de la retraite, elle reste impopulaire dans l'opinion ? L'ensemble de l'opinion, à peu près les deux tiers de l'opinion, si l'opinion souhaite d'après notre sondage Odoxa Dentsu Consulting que nous publions ce matin d'ailleurs ,56% des Français souhaitent l'arrêt de la grève. Pour autant, la réforme, elle reste globalement impopulaire. Est-ce que c'est juste un déficit de pédagogie ou d'explications ou est-ce que simplement les Français ont compris qu'ils allaient y perdre avec cette réforme ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je crois que les Français au travers d'un sondage moi, je prends votre sondage tel que vous me le donnez ce matin …

RENAUD DELY
Tous les sondages sur la réforme montrent qu'aujourd'hui la réforme demeure rejetée par une majorité de Français !

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je ne veux pas entamer de débat sur le sondage, je le reçois, vous me le donnez, je reçois ça a très clairement. Vous me posez la question de la pédagogie. Je crois que ce que nous disent les Français et c'est que à la fois y compris dans certains sondages, ils ont bien perçu les limites du système de retraite actuel. Je crois que là où il faut sans doute que nous continuions à expliquer, à convaincre, à être en proximité …

RENAUD DELY
Parce que ça ne marche toujours pas, deux ans et demi de pédagogie, ça ne marche pas !

LAURENT PIETRASZEWSKI
…avec les Français sur ce que nous proposons, sur cette solidarité parce que sur le fond, les Français acceptent et souhaitent, ils appellent de leurs voeux cette solidarité renouvelée, ils sont conscients que la réalité des familles, c'est plus des familles de 3 enfants mais c'est plutôt des familles de 2, que les femmes aujourd'hui, elles ont peut-être une autre et tant mieux, un autre rapport à la vie active. Le taux d'activité des femmes est très proche de celui des hommes, 68% contre 75 !

LORRAIN SENECHAL
Est-ce que ce n'est pas inquiétant de ne pas être entendu au bout de deux ans et demi ?!

LAURENT PIETRASZEWSKI
Nous avons sans aucun doute du travail à faire, c'est pour ça que vous m'avez invité, j'imagine, ce matin.

LORRAIN SENECHAL
Mais ça fait deux ans et demi que vous y travaillez !

LAURENT PIETRASZEWSKI
…c'est pour y contribuer …

LORRAIN SENECHAL
Ecoutez, je pense qu'on ne peut pas faire grief au gouvernement, très franchement à Jean-Paul DELEVOYE d'avoir passé près de 18 mois pour définir, écrire les contours, pour imaginer avec les partenaires sociaux le système cible qui va être présenté ce matin au conseil des ministres, c'était, cela, je crois sa mission. Maintenant, maintenant là où nous sommes interrogés, je crois que c'est peut-être aussi l'objet de ces inquiétudes encore aujourd'hui, c'est sur les périodes de transition, c'est comment en fait et j'entends bien parce que c'est ce qu'on me dit moi, vous savez quand je rentre dans ma circonscription à Lomme, à Lille ou Armentières, c'est ce qu'on me dit, on dit : mais Laurent concrètement comment cela va se passer au final ? C'est cela, c'est sur cela qu'il faut que nous avancions mais nous pouvons le faire maintenant, nous avons un certain nombre d'éléments parce que nous allons poser le système cible en conseil des ministres ce matin.

LORRAIN SENECHAL
Et on va justement essayer d'être concret dans une minute avec vous Laurent PIETRASZEWSKI, secrétaire d'Etat en charge des Retraites dans une minute juste après le fil info avec Edouard MARGUIER.

- Flash info - 

LORRAIN SENECHAL
Laurent PIETRASZEWSKI, secrétaire d'Etat en charge des Retraites invité de France Info ce matin. Est-ce que la notion d'âge d'équilibre figure dans le projet de loi que vous allez présenter en conseil des ministres dans un peu plus d'une heure ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Le futur système devrait être à l'équilibre et l'âge est un élément de l'équilibre du système, c'est explicite. Maintenant ce qu'il reste à construire, c'est quel est le niveau de cet âge d'équilibre, la gouvernance, les partenaires sociaux vont pouvoir ici prendre la main, faire des propositions. Rappelons une chose si vous le voulez bien ? La réalité aujourd'hui juste, la réalité nous partons en moyenne à 63 ans et demi en retraite, c'est la réalité de nos concitoyens, des Français aujourd'hui, eh bien …

LORRAIN SENECHAL
Mais vous dites : il faudra travailler encore plus longtemps pour avoir une retraite ….

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ecoutez, ce qu'il faudra ….

LORRAIN SENECHAL
…disons à taux plein.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ce qu'il faut quand même pouvoir aussi se dire très tranquillement : nous rentrons dans la vie active autour de 22 ans, un petit peu avant, un petit peu après et cela que l'on ait fait des études longues ou pas et nous avons une espérance de vie qui a progressé. La réforme dite Touraine de 2014 écrit, c'est dans la loi, ça a été voté, écrit qu'il faudra 43 années de durée d'activité. Moi, vous savez, je fais 22 ans, d'entrée dans la vie active, + 43 = 65 ans, c'est ce qui va se passer en 2035 dans le système actuel ! Donc le que le système futur …

LORRAIN SENECHAL
Et 65 ans, c'est justement l'âge d'équilibre, donc on ne parle plus d'âge pivot. Cette notion-là, elle n'apparaît pas dans le texte. En revanche, l'âge d'équilibre, ce se serait 65 ans d'après l'étude d'impact qui a été annoncée par le Premier ministre ce matin dans le journal La Croix.

LAURENT PIETRASZEWSKI
C'est une hypothèse qui est faite, cette hypothèse, elle est faite sur la base de ce que je viens de vous décrire, c'est-à-dire que …

LORRAIN SENECHAL
Mais c'est l'hypothèse que fait le gouvernement …

LAURENT PIETRASZEWSKI
La réalité, c'est une hypothèse pour l'étude d'impact mais ça ne veut pas dire que c'est ce que proposera la gouvernance, pour être très clair. Il faut bien avoir des hypothèses pour pouvoir comparer les choses puisque l'étude d'impact permet de comparer les choses et cette hypothèse, elle est juste sur la base des dispositions légales actuelles.

RENAUD DELY
Pour être précis, pour les générations nées à partir de 1975, il faudra qu'elles travaillent, ces générations, 65 ans pour toucher une retraite à taux plein.

LORRAIN SENECHAL
Jusqu'à 65 ans, je précise …

RENAUD DELY
Qu'elles travaillent jusqu'à 65 ans pardon pour toucher une retraite à taux plein !

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non, là, vous êtes déjà en train d'imaginer ce que pourrait dire la gouvernance, on va quand même lui laisser, et c'est tant mieux, parce que c'est un souhait …

RENAUD DELY
C'est une hypothèse sur laquelle travaille le gouvernement !

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non, le gouvernement doit fournir des hypothèses qui sont sérieuses, enfin c'est quand même la responsabilité du gouvernement et donc pour ce faire, pour faire une hypothèse sérieuse, il prend les dispositions qui existent, qui sont aujourd'hui applicables en 2035. En 2035, ce qui sera applicable, c'est ces 43 années de durée d'activité, il prend l'âge constaté de rentrée dans la vie active, il fait « 22 + 43 = 65 », cela ne préjuge pour répondre à votre question, ça ne préjuge en rien de ce qui sera décidé par la gouvernance et validé par le Parlement.

RENAUD DELY
Justement, la conférence de financement que vous évoquiez, le Premier ministre annonce qu'elle commencera jeudi prochain le 30 janvier, c'est donc elle qui va être chargée aussi de former, de proposer des mesures de financement, ce sont les partenaires sociaux et c'est une méthode qui surprend le chef de file des sénateurs Les Républicains Bruno RETAILLEAU qui était notre invité ici même à votre place avant-hier.

Reprise des propos de Bruno RETAILLEAU

RENAUD DELY
Aujourd'hui, vous ne savez pas comment financer cette réforme qui va être soumise donc à l'Assemblée nationale d'abord à partir du 3 février en commission puis le 17 dans l'hémicycle.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bruno RETAILLEAU a certainement de nombreuses qualités mais là je j'ai du mal à percevoir son propos parce qu'il nous dit sur moins de 20 secondes d'expression, à la fois « nous n'avons pas d'information sur le financement, virgule ça va coûter plus cher », alors je ne sais pas comment il peut savoir que ça va coûter plus cher …

LORRAIN SENECHAL
Disons que les seules informations qu'on a pour l'instant montrent que ça va coûter plus cher !

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non, ce n'est pas ce qu'il a dit et je vous remercie de reformuler pour lui mais cela étant, je pense que ça montre bien qu'on peut l'entendre tant qu'il y ait une posture politique qui correspond à dire : oui écoutez, on ne sait pas ce que ça va coûter. Reprenons simplement les choses, soyons précis : le gouvernement dès le début, Jean-Paul DELEVOYE, le gouvernement ont précisé que nous faisions cette transformation de notre système de retraite pour plus de solidarité, pour s'occuper mieux des retraités les plus modestes, ceux qui ont moins de 1 400 euros par mois, nous faisions cette grande transformation à enveloppe constante. Pourquoi nous avions posé cela ? Parce que nous voulions être très clairs sur le fait que nous ne faisions pas une réforme d'économies budgétaires et donc il ne fallait pas s'attendre à ce que nous construisions un dispositif qui vise à faire des gains budgétaires mais qui vise à faire ce que nous portons et ce que nous assumons pleinement, une redistribution vers les plus modestes. Donc c'est pour cela que nous avons posé cela ; alors j'entends que ça puisse embêter peut-être Bruno RETAILLEAU mais moi, je pense qu'il devrait plutôt se féliciter que nous ayons un projet qui soit équilibré - parce que vous m'avez interrogé dans la première partie de cette émission sur la notion d'âge d'équilibre -, qui soit donc équilibré et c'est clairement dans la loi et qui propose une redistribution pour les plus modestes. Moi, je pense que très franchement, on aurait intérêt à se réunir là-dessus.

RENAUD DELY
Les dispositifs de financement, Laurent PIETRASZEWSKI, les dispositifs de financement du passage à la retraite par points figurant explicitement dans le texte soumis au Parlement au mois de février ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Alors il y a deux choses : il y a le fait que la démocratie sociale est à l'oeuvre, elle va, vous l'avez dit tout à l'heure, je reviens sur votre propos, elle va à partir du 30 de ce mois-ci se réunir ; c'est la conférence de financement qui va travailler sur la façon dont on revient à l'équilibre …

RENAUD DELY
Jusqu'à la fin du mois d'avril ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
…en 2027 et elle va pouvoir aussi faire …

RENAUD DELY
Jusqu'à la fin du mois d'avril ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Alors, vraisemblablement jusqu'à la fin du mois d'avril pourquoi ? Parce que ça donne d'abord, c'est bien d'avoir du temps et c'est bien avoir une échéance et puis simplement, pourquoi ?

LORRAIN SENECHAL
Ce n'est pas beaucoup de temps en l'occurrence, trois mois à peine !

LAURENT PIETRASZEWSKI
Vous savez, en matière de dialogue social, je pense qu'il faut avoir un calendrier et d'ailleurs, c'est souvent d'ailleurs quand vous faites du dialogue social, c'est souvent la première étape sur laquelle vous avez à travailler avec les partenaires sociaux, c'est définir à la fois les objectifs et le calendrier. Je crois que là, les objectifs, on vient de se les redire ; le calendrier, vous venez de le re-souligner, il est raisonnable parce qu'il permet de travailler et je pense de travailler avec Jean-Jacques MARETTE qui va animer et piloter tout cela, je sais, avec qualité et forte connaissance de ce qu'un système de retraite par points et des qualités de ces systèmes.

LORRAIN SENECHAL
En tout cas, les partenaires sociaux ont trois mois pour trouver le moyen de revenir à l'équilibre avec le système actuel d'ici 2025, on ne parle pas encore de comment on financera le système futur donc ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ils feront des recommandations, c'est une deuxième partie de leur feuille de route, ils feront des recommandations. Vous savez, le gouvernement s'est engagé dans la mesure où leurs propositions permettraient de revenir à l'équilibre en 2027 de les traduire dans la loi dans une ordonnance et si ce n'était pas le cas de prendre ses responsabilités car un gouvernement responsable …

LORRAIN SENECHAL
Et ça, ça veut dire un retour peut-être de l'âge pivot ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
L'âge d'équilibre, il l'est dans le projet de loi, dans le système universel, notre système, si vous voulez, pardon pour le terme cible, notre système cible, notre système futur. Donc cette construction de l'équilibre, redisons les choses, nous sommes dans un système par répartition, nous y sommes attachés. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que toutes les cotisations sont utilisées pour payer les pensions, donc disons les choses, quand les cotisations seront définies, quand les pensions seront définies, ce qui permet d'équilibrer le dispositif, c'est l'âge où l'on part et que la réalité, je l'ai dit tout à l'heure, je me permets de le redire, la réalité c'est que si on prend le système actuel, le système actuel, eh bien, les Français partiront à 65 ans en 2035. Donc nous, nous réfléchissons à autre chose qui permet d'individualiser l'âge de départ, d'avoir une référence collective qui est un âge d'équilibre qui n'est pas sur une base purement technique mais qui est sur une base concrète qui permet de dire : c'est bien à cet âge-là que le système sera à l'équilibre.

RENAUD DELY
Individualiser, ça veut dire comme l'avait dit Emmanuel MACRON il y a quelque temps, qu'à terme, il faudrait qu'il y ait 66 millions d'âges pivot, 66 millions d'âge d'équilibre différents ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Il faut qu'on cherche à personnaliser cela et d'ailleurs, je crois que c'est une attente des partenaires sociaux aussi et nous l'avons bien entendu et qu'est-ce que ça veut dire, personnaliser cela ? Comment peut-on faire ? Eh bien, la réalité, c'est que on l'a dit nous travaillons avec Muriel PENICAUD sur la prise en compte de la pénibilité, il y a les carrières longues et donc le fait d'avoir travaillé tôt. Il y a aussi certainement la possibilité de prendre en compte des réalités professionnelles, vous savez que le système prendra mieux en compte les périodes d'inactivité subie, notamment le chômage …

LORRAIN SENECHAL
Mais sur la pénibilité, par exemple …

LAURENT PIETRASZEWSKI
…tout ça, ça montre bien la prise en compte de l'individualité …

LORRAIN SENECHAL
… votre gouvernement a réduit le nombre de critères qui permettent de définir la pénibilité, par exemple porter des charges lourdes, ce n'est plus considéré aujourd'hui comme un métier pénible ; est-ce ce que ce sont des choses qui peuvent revenir dans la discussion aujourd'hui ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Pas tout à fait, je suis désolé parce que c'est un sujet que je connais bien. Notre gouvernement n'a pas supprimé ces 4 critères, notamment des critères posturaux, il les a transférés dans ce qu'on appelle le tableau AT-MP, Action du Travail Maladies Professionnelles et que cela permet sur simple décision médicale à partir de 10% d'incapacité de bénéficier d'une retraite à un taux plein à partir de 60 ans ! Non mais j'insiste parce que c'est très important …

RENAUD DELY
Donc a posteriori …

LORRAIN SENECHAL
Ça veut dire qu'on ne prend pas en compte la pénibilité au moment où on la subit, on la prend en compte pour plus tard, pour le moment où on prendra sa retraite !

LAURENT PIETRASZEWSKI
On la prend en compte dans ces critères posturaux dans un dispositif de réparation et là où vous avez raison parce que je pense que c'était ça le but de votre question …

RENAUD DELY
Pas de prévention …

LAURENT PIETRASZEWSKI
… il faut qu'on puisse avancer sur la prévention et sur la réorientation professionnelle, et c'est bien sûr cela que travaille Muriel PENICAUD et c'est sur cela que vraisemblablement, je crois, l'ensemble des partenaires qui sont sur la table ont envie d'avancer.

RENAUD DELY
Laurent PIETRASZEWSKI, vous restez avec nous, on revient dans un tout petit instant.

- Flash info -

LORRAIN SENECHAL
Laurent PIETRASZEWSKI, secrétaire d'Etat en charge des Retraites, invité de France Info ce matin. Dans une heure à peine, vous allez présenter le projet de loi sur la réforme des retraites en Conseil des ministres, un projet de loi qui est très décrié par une partie de la population au point qu'il y a un climat assez violent qui s'est installé dans la société française et ce qui provoque d'ailleurs la colère d'Emmanuel Macron, le chef de l'Etat. Il s'est mis en colère cette nuit dans l'avion qui le ramenait d'Israël.

Reprise des propos d'Emmanuel MACRON

LORRAIN SENECHAL
Emmanuel MACRON qui était donc dans l'avion du retour depuis les commémorations de 75 ans de la libération d'Auschwitz en Israël, il est très en colère le chef de l'Etat. Il a raison ?

LORRAIN SENECHAL
On est en démocratie, je l'ai dit cette semaine à nouveau moi aussi sur un autre média, très franchement, le droit de grève, et c'est normal et c'est très bien, existe ; le droit de manifester existe, il est respecté. Le droit, la liberté de travailler doit aussi être respectée, il est quand même important de se dire que des responsables politiques, des responsables syndicaux portent des responsabilités, ils ont des responsabilités devant leurs mandants mais aussi devant l'ensemble de nos concitoyens et donc il faut, il faut avant de l'affirmer et de façon un peu péremptoire et un peu rapide que nous ne serions pas en démocratie, eh bien il faut peser un peu ses mots, il faut y réfléchir à deux fois avant de dire dans un beau pays comme la France où on peut s'exprimer, où on peut voter régulièrement que l'on n'est pas dans une démocratie.

LORRAIN SENECHAL
Et les actions que l'on a vues naître ces dernières semaines, notamment des coupures d'électricité géantes, ce sont des actions qui ne sont pas démocratiques selon vous justement ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ce sont des actions inacceptables, on ne peut pas venir porter préjudice à ses concitoyens lorsqu'on est en situation de couper l'électricité, il y a des familles, il y a des personnes qui sont malades, qui ont besoin d'avoir accès à l'énergie…

RENAUD DELY
Il y aura des poursuites Laurent PIETRASZEWSKI, il y aura des poursuites contre les grévistes qui ont opéré ces coupures de courant sauvages, vous le souhaitez ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je crois qu'Elisabeth BORNE a été très claire en la matière. Moi je pense que, à chaque fois que c'est utile, que c'est nécessaire, il faut porter plainte, et il ne faut pas laisser se développer ce type de comportements, parce que cela renvoie à la question que vous m'avez posée tout à l'heure sur l'intervention du chef de l'Etat, mais nous sommes dans une démocratie. Les personnes qui ne souhaitent pas aujourd'hui voir arriver ce système, plus solidaire, par points, peuvent le dire, peuvent s'exprimer.

LORRAIN SENECHAL
Elles disent on ne les entend pas justement, et on est obligé, donc, d'en revenir à ce type d'actions, c'est ce que disent les militants de la CGT-Energie.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ecoutez, la démocratie c'est qu'il y a aussi, on en parlait aussi tout à l'heure, il y a un Parlement, nous sommes dans une démocratie représentative, il y a un Parlement, il va y avoir un débat au Parlement, donc il y a une large représentation des Français au Parlement, il faut aussi laisser au Parlement sa responsabilité, et c'est là que ça va se passer.

RENAUD DELY
Vous évoquiez Laurent PIETRASZEWSKI les propos tenus par le chef de l'Etat dans cet avion qui le ramenait d'Israël, il dit aux Français « essayez la dictature et vous verrez », est-ce que c'est très responsable de la part d'un président de la République de dire aux Français « essayez la dictature » ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non, le président de la République indique dans son propos, que j'écoutais avec vous il y a quelques instants, que ceux qui prétendent que notre pays est en dictature feraient bien de peser un peu mieux leurs mots, et peut-être de regarder ce qui se passe dans une dictature avant de comparer notre démocratie, notre belle démocratie, à une dictature. Je crois que c'est le rôle…

RENAUD DELY
Mais, quand il dit ça Emmanuel MACRON, il perd un peu ses nerfs, non ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
C'est le rôle du chef de l'Etat de rappeler certaines choses, et notamment le ciment fondateur de notre pays qui est que nous sommes une démocratie, et de le rappeler à tous. Nous sommes une démocratie et il faut que nous soyons une démocratie…

RENAUD DELY
Il perd ses nerfs Emmanuel MACRON quand il parle comme ça ou il se décourage ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non, mais ni l'un, ni l'autre. Le président de la République, vous savez le président de la République il développe une énergie forte pour que nous transformions notre pays, et nous le faisons avec lui, et je crois que cette énergie elle est le reflet des attentes des Français. Vous savez, je voudrais le rappeler, moi je ne suis pas issu du sérail politique, vous savez moi je travaillais, j'étais salarié dans le privé, j'ai été salarié dans l'Education nationale, j'étais fonctionnaire dans l'Education nationale, je n'ai pas de parcours politique, nous sommes très nombreux comme ça à La République en marche, mais aussi en politique…

RENAUD DELY
Et il avait été élu, il y a près de 3 ans, Emmanuel MACRON, Laurent PIETRASZEWSKI, pour rassembler les Français, pour apaiser le climat dans le pays.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Eh bien écoutez, nous avons été élus pour transformer notre pays et nous nous attachons à le faire avec le plus de tranquillité et de sérénité, mais notre pays n'a pas été beaucoup transformé dans ces 30 ou ces 40 dernières années, et nos concitoyens peuvent avoir des inquiétudes, c'est ce qu'ils expriment. Notre responsabilité, et c'est ce que je viens faire avec vous ce matin, c'est à la fois de faire preuve d'écoute, de faire preuve de pédagogie, d'entendre aussi ce qui peut être dit. Vous savez, le projet il a évolué, nous voyons bien que Jean-Paul DELEVOYE a construit progressivement tout cela, et pour prendre en compte aussi l'avis des partenaires sociaux, donc nous sommes à l'écoute.

LORRAIN SENECHAL
Et ce projet de loi c'est vous qui allez le porter, le présenter dans 1 heure maintenant au Conseil des ministres à l'Elysée. Merci beaucoup Laurent PIETRASZEWSKI, secrétaire d'Etat aux retraites, d'avoir accepté l'invitation de France Info.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Merci, bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 janvier 2020