Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les moyens et priorités de la diplomatie culturelle et éducative de la France, à l'Assemblée nationale le 22 janvier 2020.

Intervenant(s) :

Circonstance : Audition devant la Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Prononcé le

Texte intégral

Je suis ravi d'être avec vous pour honorer une promesse déjà ancienne : éclairer votre commission, autant que faire se peut, sur les moyens et les priorités de notre diplomatie culturelle et éducative.

Mon ministère est en effet un acteur à part entière de la conception et de la mise en oeuvre des politiques publiques dans ces deux domaines que sont la diplomatie culturelle et éducative aux côtés, bien sûr, de nombreux acteurs de l'Etat, et notamment les ministères de la culture, de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur. Avec Franck Riester, Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal, nous travaillons ainsi de manière coordonnée et cohérente. L'exemple le plus significatif, vous l'avez rappelé, est notre présidence commune avec Franck Riester, il y a quelques jours, du conseil d'orientation stratégique de l'Institut français de Paris. Je peux vous garantir que nous sommes totalement en phase sur toutes les orientations que nous souhaitons donner à l'Institut et à l'action culturelle hors de nos frontières.

Au sein de cet écosystème interministériel, le Quai d'Orsay, qui est par nature tourné vers l'international, occupe une place singulière. À Pékin comme à Lyon, on défend la culture française ; à Mexico comme à Marseille, on prépare les lycéens au baccalauréat - pas de la même manière, bien sûr, mais l'objectif politique est le même : promouvoir nos valeurs et notre modèle culturel, qui sont d'autant plus forts que nous savons les faire rayonner au-delà de nos seules frontières nationales. Promouvoir notre modèle culturel, ce n'est rien moins que consolider la souveraineté et la place de notre pays et de l'Europe dans la mondialisation.

Rappeler ces évidences ne suffit malheureusement pas toujours à dissiper les malentendus. Trop souvent - pas dans cette commission, bien sûr - on a considéré la diplomatie culturelle au mieux comme une sorte de supplément d'âme pour ambassadeur lassé de la realpolitik, au pire, comme notre violon d'Ingres, pour ne pas dire - je l'ai déjà entendu - comme "la danseuse du Quai d'Orsay", une "danseuse" entretenue, cela va sans dire, à grands frais et en pure perte : ce domaine serait ce vers quoi l'on se tourne lorsqu'on a fini de gérer les crises et d'empêcher les conflits ; cela n'étant pas d'actualité, nous ne nous en occuperions donc pas. L'idée que nous ne nous préoccuperions de tous ces enjeux uniquement après est elle aussi complètement fausse.

Je souhaite donc vous rappeler l'importance stratégique de la diplomatie d'influence au regard de l'ensemble de nos priorités diplomatiques, qui plus est dans un contexte de concurrence exacerbée sur la scène internationale. Les diplomates ne tournent pas le dos à la diplomatie dès qu'ils se mettent à parler de culture et d'éducation !

Le premier des combats que je mène pour la diplomatie culturelle et éducative, c'est précisément, d'abord, contre des idées aussi erronées. Je l'ai souvent dit et je tiens à le répéter aujourd'hui avec force : la diplomatie d'influence, ce n'est pas "la cerise sur le gâteau" mais, au contraire, l'un des piliers de la nouvelle diplomatie globale que nous travaillons à inventer, une diplomatie du XXIe siècle en phase avec les grands enjeux d'aujourd'hui, attentive à tous les nouveaux acteurs de la vie internationale, à commencer par les sociétés civiles.

Une diplomatie efficace, en effet, ne s'adresse pas seulement aux Etats mais aussi à tous ceux qui jouent un rôle au sein des sociétés : artistes, entrepreneurs, fondations, ONG, collectivités locales... Plus que jamais, pour "capter l'humeur du monde", il faut sortir des chancelleries et investir pleinement l'espace public afin d'être au plus près des réalités vécues par les peuples. C'est ce que l'on attend, c'est ce que j'attends aujourd'hui de plus en plus de la part de nos diplomates.

Au fond, la question est double : que peut notre diplomatie pour la culture et l'éducation ? Que peuvent la culture et l'éducation pour notre diplomatie ?

Agir pour le rayonnement culturel de notre pays à l'étranger, c'est d'abord défendre un patrimoine, bien sûr, mais c'est aussi défendre la création et les créateurs, tout autant que des métiers et des savoir-faire, des industries et des filières professionnelles. C'est aussi encourager l'internationalisation de nos musées et, bien sûr, ouvrir de nouvelles portes, en France et à l'étranger, aux artistes français et internationaux.

De ce point de vue, mon ministère est à proprement parler le service public de la culture et de l'éducation à l'international. L'enjeu est donc d'être au service de nos "usagers", dans l'intérêt général. En l'espèce, le service public de la culture, à l'international, se doit d'être au rendez-vous des besoins, ceux de nos partenaires certes, notamment dans les pays en développement, mais aussi ceux des Français, des filières professionnelles et des entreprises culturelles françaises.

En ce sens, il faut considérer que la diplomatie est d'abord au service du patrimoine culturel. Grâce à la mobilisation de notre réseau, ce dernier bénéficie de soutiens internationaux étatiques ou privés. Comme en a témoigné le formidable élan de solidarité envers la France qu'a suscité l'incendie de Notre-Dame de Paris, le patrimoine est un bien commun mondial, il a de très nombreux amis partout dans le monde qui ne demandent qu'à nous aider à en prendre soin et à mettre en valeur le nôtre. J'ai cité Notre-Dame de Paris mais je pourrais également citer le théâtre impérial du château de Fontainebleau, qui a pu renaître grâce à un mécénat émirien.

C'est la même logique qui nous anime dans le cadre de l'ALIPH, l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflits, dont nous sommes à l'origine et que nous développons aujourd'hui, en particulier en Irak en reconstituant des équipements très importants, notamment à Mossoul, qui ont été détruits par Daech. La sauvegarde du patrimoine est donc un enjeu essentiel de notre diplomatie culturelle.

Notre diplomatie est aussi au service de nos institutions culturelles, à qui nous servons de relais pour trouver des mécènes internationaux et prendre pied à l'étranger. Aujourd'hui, le Louvre est à Abou Dabi - formidable réalisation ! -, le Centre Pompidou à Shanghai - j'ai d'ailleurs assisté avec le président de la République au lancement de ce projet. Ces magnifiques réalisations, qui sont autant de relais de l'influence française, n'auraient pas vu le jour sans un travail diplomatique préalable.

La diplomatie, enfin, est au service de la création contemporaine, notamment émergente. Nous cherchons ainsi à toujours mettre en avant les artistes français dans les grands événements internationaux comme la Biennale de Venise pour l'architecture ou l'art contemporain, dont l'Institut français de Paris est l'opérateur. Chaque fois que nous invitons un écrivain ou un intellectuel français à parler de son oeuvre dans l'un de nos Instituts à l'étranger, nous soutenons la création culturelle contemporaine et nous renforçons notre capacité d'attraction.

La diplomatie culturelle permet également de faire dialoguer les peuples entre eux en mettant à l'honneur les autres cultures du monde. Ces échanges, ces croisements contribuent aussi à leur manière à construire une mondialisation à visage humain et à bâtir un monde commun. Tel est par exemple l'objectif de la saison Africa 2020, qui commencera dans de nombreuses villes de France au mois de juin et durera six mois : en lien étroit avec nos partenaires du continent, nous l'avons conçue comme "une invitation à regarder et à comprendre le monde d'un point de vue africain", comme l'a dit très justement sa commissaire générale, l'architecte N'Goné Fall, avec laquelle nous travaillons pour promouvoir cette nouvelle image de l'Afrique.

Tout cela, nous le faisons pour l'amour de l'art, qui n'a par définition pas d'autre fin que lui-même, mais nous le faisons aussi pour l'image de notre pays et pour la consolidation de notre modèle culturel. Ce qui ne nous empêche nullement, dans le même temps, de défendre nos propres intérêts économiques.

Promouvoir nos industries culturelles et créatives, les ICC, sur les marchés internationaux, c'est renforcer l'une de nos filières les plus dynamiques à l'export, une filière dont le chiffre d'affaires a atteint en 2018 plus de 90 milliards d'euros et qui représente 3% de la richesse nationale. Nous avons de ce point de vue identifié avec les professionnels 37 pays prioritaires et j'ai chargé nos ambassadeurs d'élaborer des plans d'action pays par pays, adaptés aux marchés locaux, pour servir au mieux les filières françaises dans leurs recherches de partenariats et dans la conquête des marchés internationaux. Le 28 novembre dernier, nous avons ainsi lancé les états généraux des ICC, lesquels rendront leurs conclusions au président de la République au mois d'avril à propos de la structuration de leurs filières et de leurs capacités de projection à l'étranger. Chaque pays concerné disposera d'un référent afin d'appliquer le plan d'action des ICC.

Lorsque c'est nécessaire, il faut aussi savoir se battre sur le terrain des normes. C'est le sens du combat que nous avons mené à Bruxelles en faveur des droits d'auteur - vous connaissez très bien le sujet. En effet, sans droits d'auteur, pas de rémunération de la création, sans rémunération, pas de création : c'est aussi simple que cela. Loin d'être un combat du passé, les droits d'auteur sont donc essentiels pour préserver la vigueur de notre culture.

La culture, précisément, est un puissant vecteur d'activité et d'attractivité. Il est essentiel de rappeler les retombées économiques pour tous nos territoires, lesquelles résultent de notre capacité de projection culturelle internationale, ce qui est bon pour l'emploi, pour le tourisme, pour l'image, pour l'influence. Un seul exemple : l'an dernier, nous avons créé un "Comité France du film indien" qui réunit plusieurs de nos opérateurs - Atout France, Film France, Unifrance, Business France - pour accroître le nombre de tournages de productions indiennes en France d'ici 2022. Comme le disait Malraux, si le cinéma est un art, c'est aussi une industrie qui nous permet de développer notre stratégie d'influence.

Faire de la diplomatie culturelle, c'est donc aussi d'une certaine manière faire de la diplomatie économique, mais pas seulement.

Comme je l'ai dit en commençant mon propos, la diplomatie culturelle, dans la mesure où nous cherchons à en faire une diplomatie d'influence, sert l'ensemble de nos priorités diplomatiques. Pour reprendre une formule célèbre, je dirais que l'influence, c'est la continuation de la diplomatie par d'autres moyens.

C'est d'abord un moyen de parler à nos partenaires autrement - je dirais même "complètement" - et de toucher directement les sociétés civiles, la jeunesse notamment. Il s'agit de les "toucher", presque au double sens du terme car la diplomatie d'influence et, singulièrement, la culture, ne s'adressent pas seulement à l'esprit mais aussi au coeur des peuples. De plus en plus, il faut aujourd'hui compter avec les sociétés civiles, qui sont devenues des acteurs à part entière et des stabilisateurs de l'ordre et du désordre international. Il faut les écouter pour faire passer nos messages. Toutes les initiatives que nous prenons dans nos postes - projeter un film, organiser un débat, travailler avec le tissu associatif local, avec la jeunesse - sont autant d'invitations, pour le public étranger, à se poser les questions que nous nous posons, autant d'occasions, pour nous, d'engager le dialogue, de contribuer - même modestement - au renforcement des capacités des sociétés civiles de nos partenaires et, dans le même temps, à l'ouverture au monde de la société française, autant d'occasions pour nous, enfin, de tenter de déceler les tendances qui voient le jour dans les consciences. C'est évidemment un exercice très difficile mais essentiel quand on voit à quelle vitesse une situation peut aujourd'hui s'embraser comme c'est le cas en Amérique latine, au Moyen-Orient, voire même en Europe.

La cinquième édition de la Nuit des Idées, qui aura lieu le 30 janvier prochain, est l'exemple le plus frappant d'une telle volonté. Cette année, nous avons choisi le thème "Être vivant" et nous recevrons dans nos ambassades, au Quai d'Orsay et dans plus de cent lieux partenaires, des citoyens et des experts engagés sur la question du climat et de la biodiversité.

Voilà donc une action de diplomatie culturelle qui s'inscrit dans l'agenda environnemental que défend notre pays sur la scène internationale, en particulier alors que nous nous apprêtons à accueillir à Marseille le congrès mondial sur la nature et que nous travaillons à la COP26 sur le climat qui se déroulera à Glasgow en fin d'année. Cette action de diplomatie culturelle contribue à faire avancer les choses, la défense de nos biens communs appelant la mobilisation de tous.

La diplomatie d'influence est aussi un moyen de donner un ancrage solide, profondément humain, à nos partenariats diplomatiques. C'est une manière de mobiliser l'ensemble de la société autour de la coopération internationale, laquelle est loin d'être l'affaire des seuls diplomates. Rien de tel que de se retrouver autour d'un imaginaire commun, de récits partagés, pour tisser des liens de confiance. C'est le sens de nos saisons culturelles croisées

- France-Israël en 2018, France-Roumanie en 2019 et Africa 2020, que je viens d'évoquer, avant la saison croisée avec le Portugal en 2021, puis avec le Japon. Les deux pays concernés échangent, créent, partagent des manifestations artistiques et dessinent des convergences éducatives. Là encore, la diplomatie d'influence sert très directement l'une de nos priorités majeures.

C'est cette même démarche qui nous anime quand nous mettons au service de l'Arabie saoudite ce projet considérable qu'est Al-Ula. Il nous permet de mobiliser notre expertise archéologique et muséale, de valoriser un endroit magnifique et d'accompagner ce pays sur la voie d'une modernité nécessaire en l'aidant à s'approprier une part de lui-même, jusqu'à présent insoupçonnée car appartenant à une période préislamique et pré-arabe. L'engagement autour de ce projet est exemplaire, à la fois pour la place de la France et pour le partage d'initiatives culturelles et, je dirais, presque révolutionnaire.

La diplomatie culturelle et éducative nous permet d'agir autrement face à nos défis communs.

Je tiens à cet égard à souligner l'un des axes prioritaires : la promotion, singulièrement en Afrique, d'initiatives concernant l'enseignement supérieur en étant au plus près des étudiants afin de nous différencier d'autres projets, d'autres pays. Nous avons ainsi créé le Campus franco-sénégalais, l'Université franco-tunisienne pour l'Afrique et la Méditerranée ou, encore, le Hub régional franco-ivoirien pour l'éducation. Nous nous efforçons d'exporter l'excellence de notre système d'enseignement supérieur au plus près des étudiants, là où ils vivent. Avec Frédérique Vidal, nous avons décidé de donner une nouvelle impulsion en Afrique à cette capacité de projection internationale des établissements d'enseignement supérieur français : le Plan pour l'éducation en Afrique agrège ainsi les compétences et les financements de l'Agence française de développement, de l'Agence nationale de la recherche et de Campus France pour permettre à des universités françaises de constituer des partenariats d'excellence avec des établissements africains. Les étudiants trouveront ainsi la qualité et l'excellence dans leurs propres pays et sur leurs propres territoires.

La diplomatie culturelle et éducative est également une diplomatie de puissance.

Pendant très longtemps, on a distingué le hard power de ce que l'on appelait un peu trop vite le soft power, or, l'expansion spectaculaire des Instituts Confucius, l'essor des séries télévisées turques, d'autres initiatives d'autres pays montre que cette frontière est en train de disparaître : derrière toutes ces stratégies d'influence, ce sont des stratégies de puissance qui se dessinent. Nous devons pleinement nous engager dans ces nouvelles batailles et y jouer notre propre partition.

L'influence se construit sur le temps long - nous devons donc nous montrer très rigoureux - mais elle peut aussi se détériorer très rapidement. Je suis quant à moi déterminé : nous devons nous battre pour valoriser cette stratégie diplomatique et éducative car nous avons un modèle à faire valoir, un modèle fondé sur l'humanisme européen et l'esprit des Lumières, un modèle de pluralisme et d'ouverture qu'il ne s'agit pas d'imposer - nous n'en avons ni le désir, ni les moyens - mais de proposer au reste du monde, un modèle qui défend nos idéaux de liberté et d'égalité, qui défend également une certaine idée de la mondialisation : pour nous, celle-ci n'a de sens qu'à l'horizon de notre commune humanité. C'est pourquoi nous agissons pour provoquer les rencontres et faire naître les échanges.

C'est au nom de ce modèle que nous avons bâti avec nos partenaires émiriens le premier musée à vocation universelle du monde arabe : le Louvre Abu Dhabi. C'est au nom de ce modèle que nous défendons le patrimoine en danger. C'est au nom de ce modèle que nous nous battons pour la francophonie, pas une francophonie de conquête - cette époque est révolue -, mais une francophonie du plurilinguisme, de la diversité et de la souveraineté culturelle, qui puisse être un atout dans la mondialisation.

Une langue ne sera jamais un simple instrument de communication. Pour ceux qui l'ont en partage, elle tisse leur rapport avec le monde, leur manière de le voir. Défendre le plurilinguisme, c'est être convaincu que nous pouvons tous bénéficier de cette pluralité de regards - d'où l'importance du Plan pour la promotion de la langue française et le plurilinguisme présenté par le président de la République lors de son discours à l'Institut de France en mars 2018. Alors que 2020 est l'année du cinquantième anniversaire de la création de la Francophonie, le Sommet de Tunis, en décembre prochain, doit être le lieu de la mobilisation de la France et de ses partenaires francophones au service de ce projet politique.

C'est au nom de ce modèle que nous agissons, avec Jean-Michel Blanquer, pour donner un nouvel élan à l'enseignement français à l'étranger et atteindre l'objectif ambitieux fixé par le président de la République : doubler le nombre d'élèves d'ici 2030 tout en continuant bien sûr à mettre nos établissements au service de nos compatriotes qui ont choisi à l'étranger de scolariser leurs enfants dans le réseau français mais, aussi, en attirant beaucoup plus d'élèves étrangers, lesquels représentent déjà deux tiers des effectifs scolarisés dans nos établissements.

C'est toujours au nom de ce modèle que nous allons travailler à adapter notre audiovisuel extérieur afin de toucher un plus large public - notamment, la jeunesse d'Afrique et du Moyen-Orient - et de combattre les atteintes à la démocratie par les manipulations de l'information. Alors que vous vous apprêtez à examiner le projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l'ère numérique, vous pouvez compter sur ma détermination pour que l'audiovisuel public ait les moyens de relever les défis de la bataille de l'information à l'étranger et d'assurer, précisément, notre souveraineté culturelle. C'est là aussi un enjeu de puissance.

C'est également à partir de ce modèle que nous confortons notre politique d'aide au développement : développement et diplomatie culturelle sont en effet deux leviers au service d'une même vision de la mondialisation.

Dans cet esprit, j'ai fait en sorte que nous puissions conserver tous nos moyens pour assurer un tel modèle culturel et éducatif. J'ai veillé à ce que, sur le plan budgétaire, nous puissions sanctuariser les crédits du réseau culturel pour la troisième année consécutive alors qu'ils constituaient souvent la variable d'ajustement car, dans l'esprit de certains, la diplomatie culturelle constituait un outil de seconde zone. En arrivant aux responsabilités, j'ai donc procédé à un choix un peu radical visant à préserver et à sanctuariser les crédits affectés à cette dimension importante de l'action de mon ministère.

Le formidable instrument dont nous disposons pour agir doit être préservé : 500 Instituts français dans les ambassades, 835 Alliances françaises, 27 instituts de recherche et 522 lycées et écoles. La pérennité du plus grand réseau éducatif au monde doit être assurée tant celui-ci est exceptionnel par son ancienneté, sa densité et sa qualité, et nous donne ainsi une force de frappe considérable.

Cette année, les moyens alloués à l'AEFE ont été renforcés à hauteur de 25 millions. Ils augmenteront au même rythme dans les années à venir pour permettre d'atteindre l'objectif fixé par le président de la République de doubler le nombre d'apprenants du français d'ici 2030.

Nous avons également créé un nouvel instrument financier, le Fonds de solidarité pour les projets innovants, qui nous permettra d'agir rapidement dans le domaine culturel au service de la valorisation d'un patrimoine et de projets innovants avec la société civile afin que nos postes se montrent réactifs et efficaces, en articulation avec la société civile des pays concernés.

Je me soucie de maintenir aux Instituts français leur statut d'établissement à autonomie financière, seul à même de donner au réseau la réactivité, la souplesse de gestion et la capacité d'autofinancement nécessaire. Il faudra faire en sorte de pouvoir modifier le dispositif juridique avec le ministère de l'action et des comptes publics afin de trouver une solution garantissant la performance de notre réseau culturel et de coopération à l'étranger. Ce n'est pas uniquement un enjeu technique et juridique : cela relève du choix de la France de maintenir la culture au centre de son activité diplomatique. Peut-être serez-vous un jour saisi de cette question.

Nous assurons également le pilotage stratégique du réseau et de nos opérateurs - j'ai fait référence, tout à l'heure, au comité d'orientation stratégique de l'Institut français, qui a permis d'adopter un nouveau contrat d'objectifs et de moyens. Votre collègue Valérie Gomez-Bassac était à nos côtés. Ce nouveau COM permettra à l'Institut français d'être plus organisé, mieux articulé avec les autres opérateurs de l'action culturelle extérieure, et de se rapprocher de la Fondation Alliance française, comme l'a souhaité le président de la République. Jusqu'à présent, des améliorations notables de coopération ont été constatées afin de conforter ces deux outils pour l'enseignement du français à l'étranger.

Je me déplace beaucoup dans le monde et j'ai pu constater hier encore à Alger le "désir de France". Celui-ci doit se traduire en un avantage compétitif, à condition que notre stratégie d'influence repose sur une volonté d'affirmer notre diplomatie culturelle et éducative mais, aussi, d'être en pleine phase avec les peuples concernés, avec les sociétés civiles des pays avec lesquels nous devons nouer des partenariats constructifs. Tel est le sens de notre action ; c'est ainsi que je conçois la diplomatie culturelle et éducative, dont je suis en partie chargé, en particulier s'agissant de sa projection à l'étranger.

Je tenais à opérer cette clarification avant d'engager une discussion sur différents points sur lesquels je pourrai ou ne pourrai pas répondre, selon les préoccupations qui sont les vôtres.

(Interventions des parlementaires)

Je commencerai par quelques précisions d'ordre budgétaire, car vous ne disposez peut-être pas de ces informations.

Madame Meunier, vous avez affirmé que les moyens alloués à la mise en oeuvre de la politique d'influence de la France avaient baissé ; ils ont au contraire été maintenus, et je m'honore d'avoir sanctuarisé ces crédits. Je vous invite à comparer les montants engagés pour le programme 185 "Diplomatie culturelle et d'influence" depuis 2017 avec ceux des exercices précédents. Ils ont même augmenté cette année de 16 millions d'euros par rapport à l'année dernière. Votre affirmation est donc erronée, et je vous conseille de vous reporter aux chiffres.

S'agissant de l'Institut français, il y a peut-être une confusion entre celui de Paris et ceux implantés à l'étranger, qui n'ont pas la même structure. Ils sont identifiés par le même nom, ce qui n'est pas heureux car leurs fonctions diffèrent. L'Institut français de Paris est un pourvoyeur de prestations tandis que les instituts français des pays concernés sont des outils d'animation, des établissements à autonomie financière qui, en s'appuyant sur des partenariats locaux, développent toute une série d'activités culturelles. L'Institut français de Paris a vu sa subvention diminuer de 2 millions d'euros cette année parce qu'il a bénéficié l'année dernière d'une subvention exceptionnelle exclusivement affectée à l'organisation de la saison Africa 2020. J'ai entendu dix fois que le budget de l'Institut avait baissé de 2 millions d'euros, alors que cette somme correspond à une opération exceptionnelle et que le reste du budget est resté stable. Il n'y a donc pas matière à débattre, et je vous saurais gré de bien vouloir transmettre cet éclaircissement aux intéressés.

Les chiffres relatifs au budget de l'Alliance française pourraient eux aussi être mal interprétés : la baisse d'un million d'euros est concomitante de l'achèvement du plan de sécurisation des alliances françaises. Ce plan avait été engagé pour préserver et sécuriser ces outils dans les zones à risque. Un plan de sécurisation globale s'appuie par ailleurs sur un compte spécial, hors budget donc, pour renforcer la sécurité de l'ensemble de nos outils diplomatiques à l'étranger au sein de l'Alliance française. S'agissant des activités, des prestations et du fonctionnement des alliances françaises, leurs crédits demeurent inchangés, conformément aux engagements que j'ai pris. Comme tous les ministres, j'aimerais disposer d'un montant de crédits plus important, mais telle est la réalité des chiffres, et il est de mon devoir de dissiper toute ambiguïté quand ceux-ci sont erronés.

J'en viens aux industries culturelles et créatives (ICC), qui sont l'objet de la question de Mme Calvez. Le préalable à toute action est que la profession s'organise, car ses acteurs sont aujourd'hui éparpillés, ce qui dessert un outil pourtant très valorisant pour la France. C'est le message qui a été transmis aux intéressés lors de l'ouverture des états généraux des industries culturelles et créatives en présence de Franck Riester et Bruno Le Maire. La profession doit se structurer pour disposer d'une capacité d'exportation significative. Dès lors que la filière aura été créée, le développement à l'international pourra constituer un axe majeur du contrat de filière.

La place des ICC doit être renforcée dans trois secteurs aujourd'hui sous-exploités : la musique, les jeux vidéo et l'architecture. À cette fin, j'ai désigné trente-sept pays où nous avons intérêt à renforcer prioritairement la présence des industries culturelles et créatives françaises. Les ambassadeurs concernés sont chargés d'élaborer un plan d'action et de désigner un référent qui sera l'interlocuteur de la filière dans le pays quand celle-ci se sera structurée. Les professionnels concernés partagent cet objectif qu'il faut à présent concrétiser, car les ICC sont un pilier de notre influence et leur développement constitue un objectif stratégique essentiel.

Dans ce secteur hautement concurrentiel, nous disposons d'un avantage qualitatif considérable par rapport aux pays tiers. Je considère qu'il s'agit de l'enjeu le plus important de la mission qui m'est confiée, tant en matière culturelle qu'au plan économique. Une telle ambition implique d'aider les PME culturelles exportatrices à développer leur potentiel à l'export. C'est la raison pour laquelle Bpifrance vient d'annoncer la mise en oeuvre d'un fonds de soutien aux ICC qui contribuera en particulier à la projection à l'international de ces industries essentielles pour notre pays.

J'aimerais préciser quelques éléments sur l'apprentissage du français à l'étranger. L'objectif, annoncé par le président de la République dans son discours du 20 mars 2018 à l'Institut de France, est de doubler le nombre d'apprenants d'ici à 2030. La dynamique s'est déjà enclenchée : depuis cette annonce, nous sommes passés de 495 à 522 établissements homologués, qui reçoivent 37 000 élèves, soit 15 000 de plus qu'en 2018. Certes, l'objectif est un peu ambitieux, mais pour aboutir à ce résultat nous nous appuyons sur quatre leviers. Le premier est de renforcer l'attractivité de l'enseignement de nos propres établissements. Le second est de faciliter l'ouverture de nouveaux établissements, notamment par des investisseurs désireux de créer des outils pédagogiques, toujours selon la procédure d'homologation consacrée, à laquelle participe notamment l'AEFE. Le troisième est d'assurer la formation des enseignants à partir des viviers locaux, qu'il faut développer. Le quatrième est la création de 2 000 postes d'enseignants supplémentaires, dont la vocation principale sera d'encadrer les enseignants des établissements nouvellement ouverts.

Je vais illustrer mon propos de deux expériences récentes, l'une à Tunis, l'autre à Mexico. J'ai inauguré voilà quelques jours à Tunis une école française créée par des Tunisiens avec un encadrement français. D'autres projets de ce type sont en préparation. On autorise désormais les Tunisiens à investir dans des locaux, dans un système de formation, sous réserve toujours de l'obtention du label de l'AEFE et d'un accompagnement, même réduit à l'essentiel, dans l'enseignement en français. C'est un moyen d'élargir l'offre de façon significative. J'ai constaté qu'à Mexico, où la demande des jeunes Mexicains pour l'apprentissage du français est forte, le lycée franco-mexicain assurait la formation d'enseignants mexicains en français, comme nous le faisons dans nos écoles normales. Voilà aussi une façon de rendre l'enseignement du français attractif aux yeux des apprenants mexicains.

Ces deux exemples montrent qu'il n'y a pas une seule ligne d'action, et qu'il faut pouvoir s'adapter au système éducatif de chaque pays. La dynamique est désormais lancée, et les résultats que je vous ai donnés montrent qu'elle suscite l'adhésion. Les deux établissements dont je viens de parler n'ont d'ailleurs pas encore été comptabilisés dans les nouvelles ouvertures. Telle est la volonté qu'a impulsée le président de la République par son discours, et j'ai bon espoir que nous atteindrons l'objectif fixé, même s'il est très ambitieux, car l'enjeu est considérable pour notre influence.

Je précise que les lycées français n'accueillent pas que des enfants de compatriotes: la part moyenne des élèves de la nationalité du pays concerné est d'environ deux tiers. Ces structures d'enseignement ont évidemment pour vocation la formation des jeunes Français à l'étranger au sein du système d'éducation national, mais l'ouverture à l'extérieur est essentielle, même si elle varie d'un pays à l'autre. J'étais à Alger hier où cette question a été évoquée directement avec le nouveau président de la République algérien, après une période pourtant un peu compliquée. Il existe une vraie demande pour le français, ce qui est enthousiasmant pour nous, à condition de pouvoir y répondre.

Vous m'avez interrogé sur les frais d'inscription dans les établissements français à l'étranger. Il faut bien faire la distinction entre le coût de la scolarité et le prélèvement effectué par l'AEFE sur les établissements homologués. Il avait été décidé en 2017 une ponction qui revenait à faire passer de 6 à 9% le taux de prélèvement de l'AEFE sur les recettes des établissements ; j'ai souhaité la supprimer. La contribution des établissements à l'AEFE est donc revenue à 6%. Parce que le fonctionnement de ces derniers est en grande partie lié à la contribution des parents, mais aussi du fait de l'inflation mondiale, le coût de la scolarité a augmenté d'environ 3 % au cours des trois dernières années. L'autre décision que j'ai prise a été d'allouer 25 millions d'euros supplémentaires à l'AEFE chaque année pour lui permettre d'assumer ses nouvelles fonctions de renforcement des réseaux et d'accompagnement des nouveaux apprenants du français dans les établissements. Et ce montant ne vient pas couvrir l'annulation de 33 millions d'euros en 2017, qui a été compensée en interne.

Vous m'avez interrogé sur la Francophonie, Madame Buffet. Il me semble qu'elle se porte bien : le sommet d'Erevan, dernier en date, s'est déroulé dans de bonnes conditions et a vu l'augmentation du nombre de pays membres observateurs. Son cinquantième anniversaire est en préparation : il aura lieu à Tunis au mois de décembre. La nouvelle secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) fait montre de beaucoup d'allant et de détermination, d'un enthousiasme appuyé dans ses différents déplacements, ce qui laisse augurer la grande réussite de cet événement. Ce sommet n'est pas uniquement celui de la langue française : il promeut aussi des valeurs, et l'OIF joue un rôle politique d'accompagnement de plusieurs pays vers la démocratie, une des valeurs au coeur du concept de Francophonie.

Nous soutenons bien entendu les Jeux de la Francophonie, une initiative portée par l'OIF, et espérons que cette manifestation très importante se déroulera dans les meilleures conditions en République démocratique du Congo (RDC), le prochain pays hôte. La RDC, qui rencontre de nombreuses difficultés et doit faire face en ce moment même à une épidémie d'Ebola, a en effet besoin de stabilité.

Quant au lycée français de Ramallah, nous lui apportons notre soutien et continuerons de le faire. Deux professeurs français expatriés y enseignent, en dépit d'une situation politique très difficile ; le président de la République, qui se rend à Ramallah demain, aura l'occasion de s'en rendre compte, et les autorités palestiniennes ne manqueront pas de la lui faire observer.

Vous m'avez fait plusieurs propositions sur l'audiovisuel extérieur. Je ne me prononcerai pas sur celles-ci pour le moment, et laisserai le Parlement user librement de ses prérogatives et délibérer sur le sujet lorsque le projet de loi sera soumis à son examen. Sachez néanmoins que nous nous sommes battus pour que le ministère des affaires étrangères soit présent dans la nouvelle holding France Médias afin de préserver les intérêts de France Médias Monde (FMM), notamment en s'assurant de l'affectation d'une part de la redevance au fonctionnement des outils de l'audiovisuel extérieur que sont les chaînes de télévision France 24 et les radios Radio France internationale (RFI) et Monte Carlo Doualiya (MCD).

Il faut bien comprendre que l'influence par les vecteurs audiovisuels n'est pas uniquement liée à la langue. J'ai eu l'occasion, en Amérique du Sud, de regarder France 24 en espagnol. On pourrait émettre des doutes sur la pertinence de diffuser cette chaîne dans d'autres langues que le français, mais l'influence de France 24 repose aussi sur une conception propre de l'information, qu'il est très important de pouvoir produire dans les langues aujourd'hui proposées, à savoir, outre l'espagnol, l'anglais et l'arabe.

Lors de la discussion du projet de loi, vous serez amenés à vous interroger sur les moyens de garantir la pérennité des financements de France Médias Monde, ce à quoi je serai très vigilant. Je m'appuierai pour ce faire sur notre présence dans la holding, qui aura pour vertu par ailleurs d'assurer la cohérence globale de l'audiovisuel public français à l'international et d'établir des liens avec ses partenaires.

S'agissant du versement d'une subvention à l'audiovisuel extérieur par l'Agence française de développement (AFD), je n'y suis pas favorable, car ce serait une confusion des genres. En revanche, je suis prêt à examiner une contribution par projets, dès lors que ceux-ci seraient bien identifiés, par exemple sur le Sahel, un sujet lourd d'actualité. Je m'en suis déjà ouvert à Mme Marie-Christine Saragosse, la présidente du groupe France Médias Monde.

Permettez-moi d'ajouter quelques mots sur la Tunisie car c'est un sujet important. Je m'y suis rendu régulièrement depuis que j'occupe cette fonction ministérielle. Il y a environ un an et demi, j'ai rencontré différents porteurs de projets tunisiens qui avaient pour ambition de créer une école maternelle, une école primaire, un collège, un lycée. Ils disposaient de financements, et le public intéressé était là, mais le dispositif jusqu'alors en place ne leur permettait pas de faire aboutir leur initiative. C'est désormais possible, et j'ai eu le plaisir d'inaugurer la première école de ce type il y a quelques jours.

Avant de répondre aux autres questions, je dois vous informer qu'il me faut être impérativement à treize heures à un déjeuner officiel.

(Interventions des parlementaires)

Sachez que je suis très heureux d'avoir pu participer à cette réunion. Elle devait initialement se tenir plus longuement hier, mais j'ai dû me rendre en Algérie pour rencontrer le nouveau président de la République algérienne. Je suis prêt à revenir devant vous pour répondre aux questions, car beaucoup de sujets passionnants ont été abordés, et je ne pourrai leur accorder le temps nécessaire.

Je répondrai sur quelques points qui peuvent être traités rapidement dans les minutes qui me restent.

L'ALIPH est parvenue à soulever 80 millions de dollars de fonds, et la France y contribue à hauteur de 30 millions. Les 42 projets identifiés sont donc situés dans toutes les zones où des conflits ont entamé ou détruit des éléments de patrimoine, notamment en Irak, au Yémen, en Afghanistan, au Mali. Les premiers projets concernent Mossoul, ce qui est symboliquement très fort, et porteront à la fois sur une mosquée et sur une église chrétienne, si mes souvenirs sont bons. Cette action est vouée à se poursuivre sur le long terme, en partenariat avec les Emirats arabes unis, qui en sont des contributeurs significatifs.

Monsieur Minot, si nous voulons réussir le pari d'atteindre le chiffre de 700.000 apprenants - et nous en avons déjà gagné 20.000 depuis que le président de la République a pris cet engagement, il est impératif que nous recrutions des enseignants locaux, à condition qu'ils soient formés. C'est toute l'importance des outils de formation que nous allons mettre en place sous le contrôle de l'AEFE. Il est également essentiel que ce soit l'Agence qui homologue les établissements : pour qu'une école française soit ouverte, il faut que la qualité de l'encadrement et des enseignants soit reconnue. Les parents ne scolariseraient pas leurs enfants dans un établissement qui ne serait pas labellisé. Dans certains pays, la procédure commence à être rodée, et la Tunisie en est l'illustration, mais il faut poursuivre nos efforts.

Sur l'audiovisuel, notamment Salto et France 24, je répondrais de manière complète à une autre occasion.

S'agissant de la restitution des oeuvres d'art, elle a déjà commencé. Je me trouvais voilà quelques jours avec le Premier ministre à Dakar, où nous avons remis le sabre d'El Hadj Oumar Tall aux autorités sénégalaises.

Vous m'avez interrogé sur les vingt-six oeuvres d'art qui attendent d'être restituées au Bénin, monsieur Kerlogot. Le président de la République s'est engagé à une politique patrimoniale de restitution des biens culturels non pas par repentance, mais par coopération. Une première difficulté est d'ordre juridique : un acte législatif, un accord de coopération culturelle ad hoc serait nécessaire pour chaque oeuvre restituée, dans un cadre législatif modifié. Nous allons donc engager cette procédure. L'autre difficulté est de s'assurer de la coopération du pays demandeur pour que les objets concernés soient visibles dans un cadre muséal et culturel, ce qui pose problème pour le Bénin. Nous travaillons avec l'AFD à financer la construction d'un musée dans le nord de ce pays pour accueillir les oeuvres d'art restituées.

Quant à la restitution des restes humains identifiés, qui sont généralement conservés au Museum national d'histoire naturelle, nous sommes en train d'élaborer avec le ministère de la culture un dispositif législatif pour la rendre possible ; ceci concernerait non seulement l'Algérie, mais aussi l'Australie et l'Argentine. Il appartiendra évidemment à la représentation nationale de légiférer pour toute restitution vers le pays d'origine. Nous en avons d'ailleurs discuté hier avec les Algériens, et un tel accord devrait normalement faire prochainement l'objet d'un texte de loi.

Je m'en tiendrai là, mais je m'engage à revenir devant vous pour répondre à l'ensemble des questions posées. Le problème, vous l'aurez compris, est que mon agenda est aléatoire.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 février 2020