Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la cinquième édition de "La Nuit des Idées", à Paris le 30 janvier 2020.

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Circonstance : Lancement de la Nuit des Idées 2020

Prononcé le

Texte intégral

Madame la Ministre, chère Elisabeth,
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,
Chers amis,


Je voudrais vous dire que je suis très heureux de vous accueillir ce soir au ministère de l'Europe et des affaires étrangères, où nous allons ensemble donner le coup d'envoi à la cinquième édition de la Nuit des Idées, organisée, cette année encore, grâce au travail des équipes de l'Institut français de Paris, emmenées par Judith Roze et Vincent Mano, sous la houlette du président de l'Institut, Pierre Buhler.

Ici, au Quai d'Orsay, ce que nous faisons est très simple. Si vous me permettez de détourner une formule connue : le matin, nous faisons de la diplomatie, toute la journée, nous faisons de la diplomatie, et le soir, nous faisons encore et toujours de la diplomatie.

Simplement, la diplomatie, cela peut revêtir différentes formes et la Nuit des Idées en est une. D'abord parce qu'elle est un moment original d'échange, de débat et de confrontation originale.

Un moment original parce que libéré, l'espace de quelques heures, des contraintes du jour.

Un moment original parce que ce soir, pour une fois, nous ne ferons pas de relevé de conclusions opérationnelles !

Et pourtant, c'est un moment essentiel parce que la Nuit des idées, c'est aussi ce qui nous permet de promouvoir une certaine vision du monde, fondée sur le dialogue, sur la libre-circulation des savoirs, sur le désir d'unir les bonnes volontés pour construire notre avenir commun.

Ce que nous allons porter, tout au long de cette nuit, dans quatre-vingt-dix pays, dans cent soixante-neuf villes du monde entier, c'est l'esprit de cette Europe des cafés, chère à George Steiner, celle où l'on se retrouve pour prendre le temps de se parler, de s'écouter, de refaire le monde, et en fait, c'est un peu cela aussi la Francophonie : une manière de "faire monde" ensemble, une manière de "faire société" ensemble.

Quitte à refaire le monde, autant ne pas le faire tout seul, et nous sommes donc ravis que la Russie, la Grèce, le Brésil, l'Australie, la Thaïlande entrent cette année dans la danse.

Nous sommes ravis qu'aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni ou encore en Colombie la Nuit des Idées prenne en 2020 des proportions nationales, avec des rencontres simultanées dans plusieurs villes du pays.

Nous sommes ravis de savoir que plusieurs centaines de milliers de personnes participent ce soir à cette fête. Rien qu'à San Francisco ou en Argentine, nous avons déjà enregistré plus de dix mille inscriptions !

Je voudrais rajouter qu'à titre personnel, mais strictement à titre personnel, je ne suis pas fâché non plus que la Nuit des Idées s'installe cette année également à Paimpol et à Belle-Île. Chacun sait que c'est en Bretagne, mais, pour qu'on ne me taxe pas de favoritisme, il y a aussi cette année des nouveaux venus comme Angoulême, Thiers et d'autres. Car nous avons souhaité qu'en France aussi, ce 30 janvier soit un rendez-vous pour celles et ceux qui veulent réfléchir avec nous, avec vous, à tout ce que signifie aujourd'hui "être vivant".

"Être vivant", c'est le thème que nous avons retenu pour cette cinquième édition.

Il nous a semblé résumer quelques-uns de nos défis communs et, en particulier, il nous a semblé qu'il permettait à tout un chacun de s'interroger sur les conséquences du grand bouleversement climatique et environnemental qui menace désormais les équilibres des sociétés et des écosystèmes du monde entier.

Vous en conviendrez : c'est bien le sujet diplomatique du XXIe siècle par excellence! Diplomatique, non pas au sens où il serait devenu aujourd'hui de bon ton de parler de cela entre chancelleries. Mais diplomatique au sens où une très grande partie de notre engagement international doit, aujourd'hui, être résolument tournée vers la préservation des grands biens publics mondiaux et le premier d'entre eux, c'est la planète.

Et nous sommes, bien sûr, à la manoeuvre, tant en Europe que sur la scène internationale, pour faire bouger les lignes. En cette année mondiale de la biodiversité et à quelques mois du prochain Congrès mondial de la nature qui se tiendra à Marseille en juin et à quelques mois aussi de la COP26 de Glasgow, l'urgence environnementale est au coeur de nos préoccupations et au coeur de notre action.

Alors, nous ne voulions pas laisser passer l'occasion de mettre au service de ce combat la puissance collective de la Nuit des Idées, une formidable puissance de mobilisation, de réflexion, de créativité et d'imagination collectives. Car la nuit, c'est aussi le moment où l'on sait suspendre l'urgence de l'action, le moment où l'on peut regarder différemment le monde et faire émerger des idées nouvelles.

Et nous avions besoin de ces moments de respiration collective. Nous avons besoin de toutes les énergies et de tous les talents sur ce grand sujet mobilisateur. Nous avons besoin, surtout, des jeunesses du monde entier.

C'est pourquoi nous avons souhaité confier le soin d'ouvrir cette nuit de débats à trois jeunes militants engagés dans la défense de la biodiversité et la lutte contre le réchauffement climatique.

Je suis fier de les accueillir ce soir et je vous demande de les applaudir !

Applaudissez Hilda Flavia Nakabuye qui arrive d'Ouganda et qui a fondé les "Vendredi pour le futur Ouganda"!

Applaudissez Kristin Rodrigo, Canadienne, de l'organisation "Jeunes reporters pour l'environnement" !

Et applaudissez Nathan Méténier, étudiant français et porte-parole du réseau d'ONG "Jeunesse et Europe de l'Environnement" !

Merci à vous trois d'être avec nous pour porter la voix de votre génération, une voix d'exigence, une voix de lucidité et une voix d'espoir, car, par votre engagement, vous indiquez la route à suivre.

Avant de laisser la parole à Elisabeth Borne, dont la présence à mes côtés témoigne de la mobilisation totale du gouvernement sur cette question, je voudrais aussi saluer Hervé Gardette qui a la lourde charge d'animer ce débat, en donnant à tous, j'en suis sûr, "du grain à moudre", comme il a longtemps si bien su le faire sur les ondes.

Je veux également saluer les partenaires médias de la Nuit des Idées : France Culture, Le Monde, Analyse Opinion Critique, Sciences et avenir et TV5 Monde.

Je veux aussi dire notre gratitude à la Fondation Daniel et Nina Carasso qui nous accompagne cette année dans l'organisation de cette manifestation et dont le soutien nous est particulièrement précieux.

Et, enfin, je tiens à adresser un mot d'amitié et de bienvenue aux jeunes collégiens de Poissy qui sont là, qu'on peut applaudir, et qui ont participé à la rédaction de la "Déclaration européenne des droits de la planète et du vivant". Ils incarnent eux aussi l'espoir et ils pourront en témoigner tout à l'heure.

Et en ne doutant pas une seule seconde que l'édition 2020 sera, comme les précédentes, d'une très grande richesse, je vous souhaite donc à vous tous une très bonne Nuit des Idées. Merci.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 février 2020