Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Radio Classique le 3 février 2020, sur l’affaire du congé parental pour décès d'enfant et la stratégie de LREM pour les municipales de 2020.

Texte intégral

GUILLAUME DURAND
Vous avez bien fait de venir Marc FESNEAU ce matin, après avoir écouté l'éditorial de Guillaume TABARD, vous êtes ministre des Relations avec le Parlement, heureusement que vous avez le sourire, parce que la radio est une bonne chose, car on ne nous voit pas, mais nous sommes en direct. Alors, il y a une question, évidemment générale, qui sort immédiatement de l'édito de Guillaume, je ne vais pas refaire la liste qu'il a donnée, VILLANI, LBD, etc., BELLOUBET, PENICAUD, est-ce qu'il y a quelque chose qui est en train de partir en vrille ?

MARC FESNEAU
Non, je ne crois pas. Il peut arriver qu'il y ait, ou ici des maladresses, ou ici des faits politiques qui ne conviennent pas à ce que nous voulions, c'est comme ça, il y a des semaines qui sont moins faciles que d'autres, et en même temps je pense que ce gouvernement il est à l'oeuvre sur un certain nombre de sujets, on va démarrer, on en parlera peut-être, le débat sur les retraites, c'est bien là l'essentiel. Et puis l'essentiel aussi c'est de reconnaître quand il y a des choses qui ne vont pas dans le bon sens et d'essayer de corriger le tir.

GUILLAUME DURAND
Donc cette affaire de congé paternité, c'est une erreur terrible ?

MARC FESNEAU
Oui, alors je ne sais pas si le mot… d'ailleurs le mot "erreur", pour les parents qui ont été concernés, est un bon mot, parce qu'au fond même ce mot-là ferait preuve, d'une certaine façon, d'inhumanité, en tout cas je pense que ça nous interroge sur la manière dont des sujets comme ceux-là peuvent être traités au Parlement…

GUILLAUME DURAND
Et les propos de Muriel PENICAUD, pardonnez-moi, mais les propos de Madame PENICAUD concernant cette affaire de parents qui connaissent un décès, disant que ça va pénaliser l'entreprise, ça paraît quand même assez invraisemblable.

MARC FESNEAU
Muriel PENICAUD elle-même a dit un certain nombre de choses à l'issue de ce texte, nous disons, et au fond quand vous regardez les choses concrètement, c'est la réalité, ce n'est pas une affaire d'argent cette affaire-là, c'est une affaire d'accompagner des gens qui souffrent d'un deuil, et qui souffrent, plus terrible encore, du deuil d'un enfant. Mais c'est vrai que ce texte posait un certain nombre de questions et que les parlementaires de la majorité ont levées, c'est que les parents salariés de la fonction publique n'étaient pas concernés, que les parents indépendants, agriculteurs, artisans, n'étaient pas concernés, que la question du deuil c'est une question de jours, mais ce n'est pas qu'une question de jours, c'est une question de faciliter les démarches administratives, c'est aussi la question d'accompagner dans la durée des parents qui se trouvent dans cette situation. Ça ne concernait que les enfants mineurs, mais quand vous êtes parent et que vous perdez un enfant de 18 ans, par exemple dans un accident de la circulation, évidemment c'est aussi un drame. Au fond ce texte, porté par l'UDI, il a permis – regardons aussi le côté positif des choses – de poser un débat global sur cette situation-là, et dans la navette, puisque désormais ce texte va être examiné au Sénat, et reviendra à l'Assemblée nationale, ça permettra de regarder dans la globalité cette question, qui est une question importante. Moi je trouve que les parlementaires de la majorité – il y avait d'ailleurs parmi les parlementaires de la majorité des gens qui ont été confrontés à cette situation-là – donc ils ont fait leur travail.

GUILLAUME DURAND
D'accord, mais ce n'est pas obsession d'appuyer là où ça fait mal, ils ont voté un texte, et maintenant après décision, ou injonction du président de la République, ils font marche-arrière…

MARC FESNEAU
Non, mais quand vous écoutez les parlementaires de la majorité qui se sont exprimés, ils n'ont pas rejeté en disant on ne veut pas de ce texte, ils ont dit les questions qui sont posées sont des questions nombreuses, et est-ce que la question de 5 à 12 résout à elle seule le problème du deuil des parents, non. Il faut lire les débats. Moi je n'ai vu que de l'empathie et la volonté d'essayer de construire quelque chose dans…

GUILLAUME DURAND
Vous voulez dire ce matin que c'est une non-affaire quoi, ou qu'on a mal compris.

MARC FESNEAU
Non, non, je n'ai pas dit que c'était une non-affaire, je dis qu'on a fait beaucoup de griefs, et j'entendais Guillaume TABARD, aux parlementaires de la majorité, je trouve ça extrêmement injuste. Dans la même journée, les parlementaires de la majorité, avec l'opposition d'ailleurs, ils ont voté un texte qui permet à des gens de mieux accéder, quand les personnes souffrent du diabète, aux emplois divers et variés, dans lesquels ils sont exclus aujourd'hui. Les parlementaires de cette majorité ils ont aussi voté une proposition de loi sur les cancers pédiatriques, ils ont voté aussi une proposition de loi sur les proches aidants, c'est-à-dire ceux qui accompagnent ceux qui sont malades. Donc, on n'est pas en recul sur ces questions-là. Reconnaissons qu'une niche, je suis ministre des Relations avec le Parlement, c'est-à-dire le moment…

GUILLAUME DURAND
C'est pour ça que vous êtes là !

MARC FESNEAU
C'est pour ça que je suis là aussi ; reconnaissons que le moment d'une niche est un moment assez court, et qu'une 2 heures traiter de la question du deuil d'un enfant, peut-être que ça nécessite un temps plus long, et mettons à profit ce temps plus long pour faire des choses peut-être plus complètes.

GUILLAUME DURAND
Alors, est-ce que l'impression qui ressort de tout ça ne vient pas aussi de cette liste longue, qu'a faite Guillaume TABARD, mais je vais vous donner un autre exemple dans un instant, qui comporte l'affaire VILLANI, l'affaire de Paris, l'affaire de BELLOUBET, l'affaire du Conseil d'Etat, qu'on a évoquée, c'est effectivement ce selfie avec le dessinateur Jul avec les LBD. Ça faisait dire par exemple à quelqu'un d'autre, qui n'est pas non plus un révolutionnaire, mais qui est Alain DUHAMEL, qui était l'invité d'Apolline de MALHERBE sur BFM TV, qu'on avait affaire à une équipe, en gros, qui avait une certaine forme de cohérence sur le plan économique, mais sur le domaine de la politique, ou en tout cas dans le domaine de la politique, Alain DUHAMEL considère que nous sommes face à des amateurs, nous l'écoutons.

ALAIN DUHAMEL
C'est vraiment une classe d'âge nouvelle qui arrive, sans passé politique, donc évidemment il est entouré d'amateurs, évidemment… bon, alors il a des gens en qui il a confiance, comme KOHLER, etc., heureusement. Il y a trois ou quatre bonnes têtes politiques sur une trentaine, c'est un pourcentage assez faible quand même !

GUILLAUME DURAND
Voilà, parmi les trois ou quatre bonnes têtes politiques il y a peut-être François BAYROU du côté de Pau, mais c'est vrai quand même que la multiplication des incidents, regardez par exemple le patron de CENTURY 21 qui explique que les propositions de Benjamin GRIVEAUX en matière de logements sont des propositions qui vont finir par faire augmenter les tarifs à Paris, alors que l'objectif était le contraire, tout ça fait quand même assez désordre.

MARC FESNEAU
Non, enfin il faut distinguer les choses. On est aussi dans une phase où il y a des propositions qui sont faites dans le champ municipal, le patron de CENTURY 21 dit ce qu'il veut, et Benjamin GRIVEAUX il expliquera en quoi sa mesure permet de faire en sorte que les Parisiens qui sont les plus modestes puissent accéder au logement, ça c'est la controverse d'un débat public.

GUILLAUME DURAND
Oui, mais enfin il y a une accumulation !

MARC FESNEAU
Non, mais je délie totalement cette affaire-là des sujets qu'on a évoqués avant. Dans un débat public, dans un débat municipal, dans un débat présidentiel d'ailleurs, il y a un certain nombre de gens qui vous disent toujours « ce n'est pas possible, ce n'est pas comme ça qu'il faut faire », mais ça c'est le débat démocratique. Il y a aussi des gens, hier, qui ont dit que la proposition de Madame HIDALGO, actuelle maire de Paris, de planter 170 000 ou 200 000 arbres, était impossible à réaliser. Enfin je veux dire, ça c'est…

GUILLAUME DURAND
Mais on l'a aussi dit.

MARC FESNEAU
Non, mais ça c'est la…

GUILLAUME DURAND
Il n'y a pas une focalisation contre GRIVEAUX.

MARC FESNEAU
Non, mais je n'ai pas dit qu'il y avait une focalisation, je dis simplement c'est la controverse publique, quand il y a un débat, il y a des propositions qui sont mises…

GUILLAUME DURAND
Quand DUHAMEL parle d'amateurs, il a connu tous les présidents de la République, toutes les majorités, depuis un certain temps, c'est un peu le doyen de la profession avec Philippe TESSON, il a un regard qui n'est pas un regard profondément hostile, c'est un regard lucide.

MARC FESNEAU
Je ne partage pas le sentiment de Monsieur DUHAMEL, j'ai le sentiment que sur un certain nombre de sujets nous avons avancé avec un grand professionnalisme. Quand vous faites la liste de tourtes les réformes qui ont été faites, on nous avait fait un grief en amateurisme sur la question du prélèvement à la source, on nous a dit "ils ne sont pas prêts, ça ne va jamais fonctionner", et au fond ça a fonctionné.

GUILLAUME DURAND
Oui, lui il a dit qu'il y avait une logique justement économique, une pensée économique qui fonctionnait, mais là il parlait de la politique.

MARC FESNEAU
Non, non, mais… le prélèvement à la source, la réforme qu'on a fait sur le droit du travail, les réformes qu'on fait sur l'assurance chômage…

GUILLAUME DURAND
On est dans l'économie.

MARC FESNEAU
Oui, non mais l'essentiel de notre travail il est sur le champ économique et social, c'est ça qui est le champ principal, et donc ça a des conséquences politiques, et donc délier les choses en disant il y a un champ politique et puis il y a une politique économique qui serait différente, moi ça me paraît un peu hasardeux comme argument.

GUILLAUME DURAND
Oui, mais du coup, sur la même chaîne, quelques temps après l'intervention d'Alain DUHAMEL, ou quelques temps avant plutôt, voici ce que disait Marine LE PEN, elle considère, et beaucoup d'observateurs maintenant, qui considéraient justement qu'il y avait un plafond de verre, elle considère que la présidence n'est peut-être pas loin.

MARINE LE PEN
Je suis convaincue que j'ai la possibilité d'être présidente de la République parce que les Français veulent résolument une politique fondamentalement différente de celle qui est appliquée aujourd'hui.

GUILLAUME DURAND
Voilà pour ces propos avec Apolline de MALHERBE.

MARC FESNEAU
Excusez-moi de vous dire, Madame LE PEN, en ce domaine d'amateurisme, elle se pose là, si je peux me permettre de dire les choses comme ça. Elle était celle qui pendant la présidentielle de 2017 nous annonçait et pensait qu'on pouvait sortir de l'euro sans conséquence, elle a d'ailleurs totalement rétropédalé sur la question, elle avait mis ça sur la table. Elle est celle de ceux qui disent, si je me souviens bien, que sur les affaires de retraite, la question n'est pas, compte tenu de l'allongement de la vie, une question de durée de départ à la retraite, elle pense qu'il faut revenir à la retraite à 60 ans. Là aussi il me semble que ça fait grand preuve d'amateurisme. Et donc, les leçons de Madame LE PEN, vous me permettrez de les laisser assez de côté.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous considérez justement, dans la perspective des municipales, il y a quand même un risque, vous qui appartenez donc à une famille politique, le MoDem, qui a longtemps été quand même… qui a pratiqué la culture de l'enracinement, parce qu'effectivement il y a de très très nombreuses villes où il n'y aura pratiquement aucun maire de La République en marche, je parle des villes importantes, ou alors ils vont accompagner des maires sortants, mais qui au départ sont des alliances, sans faire partie du mouvement. Alors, vous, évidemment, vous venez du MoDem, donc vous n'êtes pas partie prenante forcément de La République en marche partout, mais pour ces municipales, elles ont toujours été perdues par le pouvoir historiquement sous la Ve République, ça ressemble à une défaite annoncée.

MARC FESNEAU
Mais la question de l'enracinement, par nature et par construction, c'est du temps long. La République en marche est un parti nouveau, créé réellement dans l'année 2017, fin 2016-début 2017, et c'est normal que ça prenne du temps de s'enraciner dans les territoires, et moi je pense qu'ils font le chemin que nous avons fait nous-mêmes au MoDem, même si nous avions une filiation antérieure avec l'UDF, qui est celui de l'enracinement, et de faire en sorte que des profils soient élus, dans les majorités ou dans les oppositions, et puis qu'après, si je peux dire les choses comme ça, ils montent en grade et qu'au fur et à mesure les choses se fassent. Et donc, je pense qu'ils sont confrontés, comme tout parti qui se crée, et comme tout parti qui veut s'inscrire dans la durée, à l'enracinement, il y a quelque chose d'assez normal au fond. Après, moi je pense que, encore plus dans le moment où les champs partisans disparaissent, on va dire les choses comme elles sont, et partout au fond, le grand bouleversement de 2017 c'est…

GUILLAUME DURAND
Oui, mais enfin, il aurait fallu pour Emmanuel MACRON, pour la présidentielle quand même, une victoire à Paris serait apparue, ou en tout cas à Lyon, où Monsieur Gérard COLLOMB est en difficulté…

MARC FESNEAU
Nous sommes le 3 février, les élections sont le 15 et 22 mars…

GUILLAUME DURAND
Donc rien n'est perdu à Paris ?

MARC FESNEAU
Moi, je pense que rien n'est perdu, et que… je ne le dis pas parce qu'il faudrait le dire, je pense qu'il y a la volonté chez les Parisiens, c'est ce que nous portons au MoDem avec la République En Marche, d'un changement de politique à Paris, et je pense que cette volonté-là, elle existait, et donc à nous de trouver le chemin pour convaincre les Parisiens, trouver des rassemblements…

GUILLAUME DURAND
Il va falloir s'allier à un moment ou à un autre…

MARC FESNEAU
Trouver des rassemblements nécessaires qui permettront de faire en sorte que ce changement soit crédible et soit possible.

GUILLAUME DURAND
Et est-ce que vous considérez donc VILLANI, parce que c'est aussi des sous-entendus qui sont partout dans la presse, que j'ai lus ce matin, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de gens qui devraient considérer, du point de vue de la République En Marche, que le combat du départ ayant été mené VILLANI rejoindrait éventuellement GRIVEAUX s'il arrive en deuxième position, mais il y en a beaucoup d'autres qui considèrent que par déception, il pourrait s'allier avec les écologistes, voire même rejoindre Anne HIDALGO ?

MARC FESNEAU
Moi, je connais un peu Cédric VILLANI…

GUILLAUME DURAND
Vous n'y croyez pas une seconde ?

MARC FESNEAU
Non, non, mais attendez, je le connais un peu, je connais ses qualités, et je connais son envie d'engagement pour Paris, je pense qu'il a une question pour lui, ce n'est pas tant à moi qu'elle se pose ni à ceux qui soutiennent Benjamin GRIVEAUX, c'est la question de la clarté du choix qu'il fera, parce que personne ne peut gagner à Paris sans allié au premier ou au deuxième tour. Et donc, au fond, pour Cédric VILLANI, la question, c'est de savoir avec qui il a envie de travailler et quel est le projet qu'il porte, parce qu'au fond, le projet qu'il porte, avec quel partenaire il entend le mettre en œuvre, et il me semble que…

GUILLAUME DURAND
Donc il y a une clarification nécessaire…

MARC FESNEAU
Moi, je pense qu'une clarification nécessaire, parce qu'au fond, si sa volonté est de s'allier avec Anne HIDALGO, et c'est bien son droit à la limite, mais en tout cas, il faut qu'il le dise parce que ça n'est pas le changement à ce moment-là qui est proposé à Paris, c'est la continuité…

GUILLAUME DURAND
Vous considérez ce matin que si jamais, il est dans cette logique-là, il faut qu'il l'annonce rapidement ?

MARC FESNEAU
Mais c'est la question de la clarté vis-à-vis des électeurs, moi, je pense que quand vous allez devant les électeurs, vous avez besoin, et je ne lui en fais pas grief, mais vous avez besoin de clarté, les citoyens, ils ont besoin de savoir que leur vote, il viendra conforter tel ou tel projet, telle ou telle équipe, telle ou telle volonté de changement que nous portons ou non volonté de changement que porte Madame HIDALGO.

GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup Marc FESNEAU, donc le ministre des Relations avec le Parlement, était l'invité politique de la matinale.
 

Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 février 2020