Interview de M. Édouard Philippe, Premier ministre, à France Bleu Normandie le 31 janvier 2020, sur sa décision de se présenter comme candidat tête de liste à l'élection municipale 2020 au Havre.

Texte intégral

ISABELLE LEBRUN
Invité exceptionnel ce matin sur France Bleu Normandie, le Premier ministre Edouard PHILIPPE à votre micro au Havre, Amélie BONTE.

AMELIE BONTE
Bonjour Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour.

AMELIE BONTE
Alors êtes-vous candidat tête de liste à l'élection municipale ici au Havre ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui.

AMELIE BONTE
Quand est-ce que vous avez pris cette décision ?

EDOUARD PHILIPPE
Oh, c'est une décision importante donc elle a été longuement mûrie, comme toutes les décisions importantes doivent être longuement mûries, mais à la fin j'ai décidé d'être candidat au Havre. Parce que je pense que, dans une démocratie, c'est l'élection qui fait la légitimité, c'est le passage devant le suffrage universel qui fait la légitimité. Il se trouve que j'ai commencé mon engagement politique ici au Havre, que j'ai été adjoint au maire pendant dix ans puis maire pendant près de sept ans, que le bilan de l'équipe municipale pour le mandat qui s'achève c'est mon bilan. Le programme sur lequel je m'étais engagé, des réalisations que j'avais prévues. Moi je souhaite pouvoir continuer à faire transformer cette ville que j'aime et, pour ça, il faut se confronter au suffrage universel.

AMELIE BONTE
Si vous êtes élu maire du Havre au mois de mars, vous quittez Matignon ?

EDOUARD PHILIPPE
Il y a beaucoup de "si" dans votre question. D'abord il faut être réélu, et je ne fais pas du tout partie de ceux qui pensent que les résultats ils sont acquis d'avance. Et donc ça veut dire qu'il faut faire campagne, qu'il faut expliquer son projet, montrer avec qui on a envie de faire avancer Le Havre, c'est-à-dire présenter une liste intéressante qui parle aux Havraises et aux Havrais, et puis dire ce qu'on veut. Et peut-être les électeurs Havrais me feront-ils confiance pour les six années qui viennent. C'est la première condition et ce n'est pas une petite condition. La deuxième condition, ou plus exactement la deuxième chose que je veux dire parce qu'il vaut mieux être totalement transparent et totalement clair, c'est que j'ai été maire du Havre avant de devenir Premier ministre et mon ambition, c'est de redevenir maire du Havre. Simplement, j'ai une mission qui m'a été confiée par le président de la République et je considère que je ne pourrai redevenir maire du Havre que quand cette mission sera achevée. Donc je dis clairement les choses. Je suis chef de file. Si les Havrais me font confiance, j'ai vocation à redevenir maire et je ne redeviendrai maire quand ma mission à Matignon s'achèvera.

AMELIE BONTE
Je vais vous lire quelques réactions de nos auditeurs sur Facebook qui sont aussi des électeurs. Eric par exemple qui dit : "Ça me rappelle un collègue qui prenait des heures pour postuler à un autre travail parce que ça commençait à trop chauffer dans le sien", ou bien Gaëlle qui dit aussi : "Mais je croyais que le cumul de mandats ne devait plus exister."

EDOUARD PHILIPPE
Mais Gaëlle a raison. Le cumul de mandats n'existe pas.

AMELIE BONTE
Comment vous répondez à ces critiques de politique à l'ancienne peut-être ?

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, se présenter aux élections ce n'est pas de la politique à l'ancienne. C'est la politique dans ce qu'elle a de plus noble. Je préfère bien plus des responsables politiques qui sont élus et qui vont expliquer aux électeurs ce qu'ils veulent faire, plutôt que des gens qui n'auraient pas ce lien et cette légitimité. Mais encore une fois le cumul des mandats, il n'en est pas question. J'ai indiqué qu'on ne pouvait pas être - le président de la République l'avait dit d'ailleurs - qu'on ne pouvait pas être maire et ministre ou ministre et président de conseil régional ou président de conseil départemental, que sais-je. Et c'est la raison pour laquelle j'indique clairement qu'en 2000, en mars 2020, si les Havrais me font confiance et si le président de la République me demande de rester à Matignon, je resterai à Matignon aussi longtemps que la mission continuera. Mais je le dis aussi clairement : mon ambition, c'est de revenir maire du Havre et de continuer à faire ce que nous avons engagé il y a déjà longtemps dans cette ville : faire en sorte que la ville devienne plus attractive, faire en sorte que la ville se développe économiquement avec une qualité de vie toujours renouvelée. Ces choses-là, elles sont importantes. Ces réalisations, elles sont importantes et la façon dont les Havraises et les Havrais voient leur ville, vivent dans leur ville, elle s'est transformée. Elle s'est transformée en mieux et c'est ça qu'il faut conserver, c'est ça qu'il faut accélérer.

AMELIE BONTE
France Bleu Normandie, il est 08 heures 14. Notre invité ce matin, c'est Edouard PHILIPPE, le Premier ministre, et donc candidat à la mairie du Havre. Edouard PHILIPPE, vous ne craignez pas aussi que ce contexte social actuel l'emporte quand même sur les enjeux locaux ? Surtout dans cette ville où, vous l'avez suivie bien sûr, la mobilisation a été très, très forte contre la réforme des retraites ?

EDOUARD PHILIPPE
Il y a une mobilisation forte contre la réforme des retraites ici, il y a toujours eu beaucoup de mobilisations sociales au Havre. C'est une ville, nous la connaissons, mais ce qui intéresse au moins autant les Havrais, c'est ce qui va se passer dans les six années qui viennent. C'est comment est-ce que la ville va être gérée. C'est quel projet on va leur proposer. C'est quels travaux on peut engager. C'est quelle politique sociale, quelle politique culturelle on peut mettre en oeuvre. Ça intéresse aussi les Havrais. Et pour avoir un bon débat, pour faire en sorte que cette politique elle puisse être mise en oeuvre dans de bonnes conditions dans les six ans qui viennent, il faut une belle campagne électorale. Moi je ferai cette campagne, je la ferai en parlant du Havre. Je la ferai en parlant des Havraises et des Havrais et je ne doute pas que les commentateurs regarderont et commenteront, je ne doute pas que certains voudront nationaliser le scrutin. Ça n'est pas mon objectif, ça n'est pas mon ambition. Ce n'est pas ce que je veux faire.

AMELIE BONTE
Si vous êtes élu donc le 22 mars, vous repartez quand même à Matignon ? Qui prend les rênes de la mairie ?

EDOUARD PHILIPPE 
Alors j'ai indiqué que le maire actuel, Jean-Baptiste GASTINNE, avait dans l'hypothèse où les conditions sont réunies vocation à occuper le poste – en tout cas, c'est celui que je proposerai – parce qu'il fait le job depuis neuf mois. Il le fait bien, il le fait sérieusement, il le fait avec beaucoup de compétences. Nous avons une relation de confiance et donc je pense que ce sera la meilleure possibilité. Mais encore une fois, ne négligez pas ce que je vais dire à l'instant. Etre Premier ministre, c'est un honneur, c'est une responsabilité et c'est un moment. Et c'est un moment qui a vocation à s'achever. Je ne sais pas quand il s'achèvera parce que j'ai toujours dit que je resterai Premier ministre aussi longtemps que la majorité parlementaire me soutiendra, aussi longtemps que le président de la République me le demandera et aussi longtemps que je serai à l'aise avec ce que nous faisons. Mais un jour – un jour – cette mission s'arrêtera. L'ambition de ma vie politique, dès que cette mission s'achèvera, c'est d'être maire du Havre. Je l'ai toujours dit et je continue à le dire.

AMELIE BONTE
Merci Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Merci à vous.

AMELIE BONTE
On a une dernière question, je pense, d'Yves-René TAPON qui est en studio à Rouen.

EDOUARD PHILIPPE
Ah, ah !

YVES-RENE TAPON
Oui. Vous ne craignez pas tout de même, j'insiste, que votre casquette de Premier ministre, Edouard PHILIPPE, cristallise les oppositions et détourne des vrais enjeux de la campagne municipale ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais c'est une question que vous me posez, en réalité c'est une question qu'il faut poser à ceux qui se présenteront en face de moi. Moi je parlerai du Havre, et si vous me posez des questions sur autre chose que Le Havre, je vous répondrai sur Le Havre. Parce que ce qui m'intéresse dans cette campagne, c'est de parler du Havre. Alors peut-être qu'il y a d'autres gens qui parleront d'autre chose, mais il faut plus s'interroger sur leurs motivations que sur le fait que moi, je veux parler du Havre et je veux expliquer ce que nous allons faire au Havre dans les six ans qui viennent.

YVES-RENE TAPON
Et vous penserez à un personnage littéraire que vous aimez bien, Cyrano. "On n'abdique pas à l'honneur d'être une cible."

EDOUARD PHILIPPE
Ah, c'est vrai, c'est vrai. C'est vrai, il dit ça à propos de la récupération de l'écharpe blanche. Ça doit être, si je me souviens bien, quelque chose comme le quatrième acte.

YVES-RENE TAPON
Merci beaucoup Edouard PHILIPPE, Premier ministre, candidat donc aux élections municipales au Havre aux côtés d'Amélie BONTE. Merci d'avoir accepté notre invitation ce matin sur France Bleu Normandie. Belle journée.

EDOUARD PHILIPPE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 février 200