Texte intégral
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Madame l'Ambassadrice chargée de la coopération entre collectivités locales,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
C'est là toute la famille, je dirais, de l'eau qui est réunie. Et je voulais vous remercier parce qu'aujourd'hui, c'est à la fois un aboutissement et un nouveau départ. L'aboutissement d'un an de travail, de concertations, de dialogues. À l'instant l'un d'entre vous me disait "c'était la bonne méthode, c'était la méthode exemplaire", un grand merci de le dire, de le dire comme cela.
C'était important d'être au rendez-vous, à la fois sur la méthode et sur le fond, parce que - je m'adresse à un public d'experts et donc, par définition, vous connaissez tout cela mieux que moi - cela faisait quinze ans que nous n'étions pas dotés d'un nouveau cadre de référence.
Maintenant, grâce à ce travail conjoint, nous avons notre boussole pour atteindre, pour contribuer à l'atteinte de cette ODD6 - eau propre et assainissement. Je le dis parce que nous sommes en 2020, que nous sommes dans la décade de l'action, comme le disait le secrétaire général des Nations unies, celle qui va nous conduire à 2030. Et cela veut dire qu'il y a besoin d'une mobilisation accrue de tout un chacun.
Je discutais à l'instant avec Catarina de Albuquerque et je lui demandais "alors, en termes de mobilisation, est-ce que vous sentez qu'il y a une prise de conscience ?", elle me disait "il y a les jours avec et les jours sans". Aujourd'hui, c'est un jour "avec", j'espère, chère Catarina, et surtout nous allons essayer de faire en sorte que les jours qui se suivent tout au long de l'année et dans les dix ans qui viennent soient des jours "avec", parce qu'il n'y a pas de miracle, on va réussir ensemble ou échouer ensemble. Et échouer n'est pas possible.
Echouer n'est pas possible, pourquoi ? Parce que je me suis imprimé ce petit dessin que vous connaissez tous, les ODD, et au coeur, c'est l'ODD6 et l'on voit combien il conditionne à lui seul l'atteinte et la réussite des autres ODD. Il n'y a pas de ressource qui soit plus essentielle, plus vitale que l'eau. L'accès à une eau saine conditionne notre existence, c'est le premier facteur de développement socio-économique des sociétés. Il est indispensable à la santé publique, il est indispensable à l'éduction, il est indispensable à la réduction des inégalités.
Et pourtant - je ne vais pas vous assommer de chiffres -, et pourtant, vous connaissez aussi ces chiffres autant que moi : 2,2 milliards de personnes dans le monde qui n'ont toujours pas accès à l'eau potable ; 4,2 milliards de personnes privées de services d'assainissement et 3 milliards qui ne disposent d'aucune installation pour se laver les mains.
Donc, cela signifie qu'il y a une ardente obligation d'aller au résultat, d'accroître l'engagement des uns et des autres, d'autant que les pressions sur les ressources en eau ne cessent de croître. Je crois qu'on l'a vu, encore récemment, avec un certain nombre de stress hydriques extrêmes qui ont pu conduire à des pénuries spectaculaires - j'ai en tête Le Cap, notamment, 2018-2019 - et qu'en réalité - là aussi je me réfère à ce que nous disions avec Catarina - la prise de conscience se fait souvent, finalement, quand on atteint le jour zéro - on ouvre et puis il n'y a plus rien. Je crois que l'idée c'est que l'on puisse, collectivement, avancer dans la la prise de conscience de toutes nos populations - de façon générale d'ailleurs, cela ne concerne pas que l'eau, cela concerne les ODD. Je crois que nous sommes tous très mobilisés, très engagés pour faire en sorte que nous nous rapprochions le plus possible de ces ODD.
Force est de constater, et à mon grand désespoir, que cela reste un sujet parfois un peu d'initiés. Il se trouve qu'en France, nous sommes dans un période d'élections municipales, j'espère qu'une fois les nouvelles équipes installées dans les communes, on puisse lancer un gros travail de pédagogie pour faire en sorte que toutes les politiques publiques, communales ou intercommunales tendent de plus en plus à avoir comme grille de lecture aussi ces ODD, avoir des référentiels budgétaires qui soient cohérents, convergents avec les ODD. Je pense que nous sommes un certain nombre - je vois des élus ici présents - qui portent ce sujet-là, ce combat-là. Mais il y a encore beaucoup à faire pour que la prise de conscience soit là.
J'évoquais les pénuries et le jour zéro, on a aussi en tête la disparition de la mer d'Aral, l'évaporation d'une partie du lac Tchad. Ces pressions, avec l'impact du changement climatique, aggravent un certain nombre de risques et génèrent un certain nombre de fragilités pour la sécurité et la stabilité dans de nombreux pays.
Il était donc important pour la France, qui se veut exemplaire et se réengage en matière de partenariats, de coopération et de développement, d'être aussi au rendez-vous. Donatienne Hissard faisait référence au Comité interministériel que le Premier ministre avait présidé en février 2018. À l'époque, nous avions dit "nous devons nous doter de cette nouvelle stratégie" - nous y sommes, grâce à vous - pour avoir des actions concrètes, efficaces et à la fois pour articuler une vision politique des choses avec des mesures techniques. Finalement, pour paraphraser une phrase célèbre "l'eau est peut-être trop importante pour être uniquement laissée aux ingénieurs". Ce que je veux dire, c'est qu'il y a aussi besoin d'articuler une vision politique pour que tous les décideurs puissent véritablement s'en emparer. C'est ce à quoi nous sommes arrivés avec cette stratégie française qui est pleinement alignée et je m'en réjouis, là aussi, avec un certain nombre de feuilles de route globales ou internationales.
Comment avons-nous structurée cette feuille de route ? Autour de trois grands axes pour les dix prochaines années.
Le premier, c'est d'améliorer la gouvernance du secteur de l'eau et de l'assainissement à la fois à l'échelle locale et à la fois à l'échelle mondiale. Il y a la nécessité de faire en sorte que les acteurs locaux s'approprient, gèrent ces services. Nous avions d'ailleurs un petit débat, à l'instant, avec Jean Launay ou avec le directeur de l'Agence de l'eau Adour-Garonne, parce qu'il est vrai qu'au niveau national, on a nous-mêmes eu des évolutions. Cette politique est remontée au niveau des intercommunalités et parfois des acteurs de terrain se sont senti un petit peu dépossédés. Alors, après, naturellement, on trouve un équilibre. Tout cela pour dire que nous sommes tous des pays en voie de développement durable. Nous avons tous encore du travail à faire pour, nous-mêmes, dans nos propres pays, atteindre ces objectifs, et c'est vrai pour la France comme pour d'autres.
Quand on parle de gouvernance, c'est également faire en sorte que la gestion des ressources et des usages se fasse à l'échelle des bassins versants. Il est vrai que c'est une spécificité très française mais qui aujourd'hui, je crois, est mondialement reconnue comme étant une condition importante pour la gestion durable des ressources. Et, très clairement, cette notion de bassins versants permet aussi de toucher du doigt le fait que l'eau est un bien commun, qu'elle ignore les frontières administratives, qu'elle ignore les frontières étatiques. D'ailleurs, quand des Etats riverains d'un même bassin se chicanent sur cette gestion de l'eau, il n'y a ni gagnant ni perdant ; quand cette eau est mal gérée, il n'y a essentiellement que des perdants, ce n'est pas l'un ou l'autre.
Je crois que l'eau doit être plus que jamais source de dialogue, source de coopération, de paix, de gestion concertée. C'est pourquoi, d'ailleurs, nous serons toujours à la pointe pour essayer de promouvoir, de diffuser des outils comme les conventions sur l'eau d'Helsinki et de New York. Je crois que nous sommes là de toutes les façons dans la défense d'un multilatéralisme qui est ô combien attaqué en ce moment mais que la France souhaite véritablement défendre et promouvoir.
Et puis, parlant de gouvernance, je crois que nous, nous souhaitons vraiment renforcer cette gouvernance mondiale de l'eau en s'appuyant sur ONU-Eau naturellement, pour tirer davantage profit des synergies existantes. On a remarqué que l'efficacité des actions était parfois remise en cause par l'éparpillement des initiatives, leur manque de lisibilité et je crois que conforter ONU-Eau, de ce point de vue-là, ne peut être que positif.
Deuxième axe de cette nouvelle stratégie, c'est renforcer la sécurité d'approvisionnement en eau, dans un contexte que j'évoquais de pressions croissantes et de multiplications des crises liées à l'eau. Cela signifie améliorer les connaissances scientifiques, leur diffusion, mieux gérer à la fois l'offre et la demande. Cela signifie également de préserver la qualité et la quantité de nos ressources, avec une meilleure planification des usages. La promotion aussi de solutions qui sont fondées sur la nature, je pense à l'agro-écologie, à lutter contre les pollutions. Bref, l'idée, c'est vraiment d'intervenir au plus près des populations pour renforcer leur prise en compte du rôle de l'eau, non seulement de l'eau, l'ODD6 c'est eau-assainissement, mais on pousse vers l'hygiène, EAH, donc le H de hygiène, et puis sécurité alimentaire, nutrition, sécurité sanitaire. Tout est lié et cela contribue à la résilience globale.
Troisième axe de cette stratégie, c'est renforcer l'efficacité des moyens mis sur la table, à la fois avec des solutions innovantes, à la fois avec des mécanismes solidaires de financement. Je veux dire que la France, si elle est le troisième pays donateur du cadre de l'OCDE dans le secteur de l'eau et de l'assainissement, après le Japon et l'Allemagne, c'est, bon an mal an, à peu près 580 millions d'euros consacrés à cette politique, en augmentation de 64% sur les cinq dernières années, donc il y a une bonne dynamique ; cette dynamique, il faut qu'on contribue à la poursuivre, notamment auprès des pays les moins avancés, ceux qui ont plus de fragilités. Et de ce point de vue-là, en dons, on va passer de 38 millions d'euros annuels à 137 millions d'euros annuels, donc un bond de 100 millions d'euros, c'est, hélas, une goutte d'eau dans l'océan, mais cela va contribuer, je pense, en tous les cas, à aller dans le bon sens.
Donc nous allons continuer à augmenter les financements de l'APD française dédiée à l'eau, à l'assainissement, à l'hygiène. Vous le savez, on a souhaité, sous l'autorité du président de la République, passer de 0,38% de notre revenu national brut, à 0,55% en 2022. Le projet de loi sera présenté avec la trajectoire le 11 mars en conseil des ministres. Et donc, l'eau va naturellement être un secteur bénéficiaire de cet engagement accru, c'est de l'ordre de six milliards d'euros, jusqu'en 2022, d'augmentation. Donc, ce n'est pas rien. Cela nous donnera, je pense, des moyens renforcés. Et nous souhaitons d'ailleurs que sur ces moyens renforcés, la moitié aille au volet assainissement, parce que c'est parfois, je dirais, le parent pauvre dans le domaine, et qu'il y a besoin également d'intervenir de ce côté-là.
Je veux également tirer mon chapeau à la fois aux collectivités locales, aux syndicats, aux agences de l'eau parce que, grâce à la loi Oudin-Santini qui a déjà quelques années, et qui est un modèle parce qu'on va étendre ce type de mécanisme, 1%, d'ailleurs à d'autres domaines, la loi dont je vous parlais l'étendra notamment au domaine du transport. Certains parlementaires proposent de l'étendre au domaine de l'éducation. Il faut voir. En tous les cas, c'est un mécanisme vertueux et cela veut dire qu'en dix ans, ce sont près de 300 millions d'euros qui ont été mobilisés pour des actions de solidarité internationale. Donc, c'est significatif et je crois que c'est là aussi un bel effort qui est fait, dans un contexte où parfois, il est compliqué d'arriver à sensibiliser les élus locaux à la nécessité d'intervenir hors de France. Je note, sous le contrôle de Jean Launay, qu'il y a des débats qu'on a désormais maintenant dans les enceintes, dans les assemblées locales, départementales, régionales, que l'on n'avait pas il y a dix ou quinze ans, parce que c'était évident, et aujourd'hui, il faut arriver à montrer combien ces fonds sont utiles et efficaces. Nous, nous en sommes convaincus, mais il y a un débat qui naturellement irrigue l'opinion publique que nous devons gagner.
Et puis, je dirais que cette stratégie, elle est un jalon qui va nous conduire vers des dates importantes de mobilisation. Je pense au Congrès mondial de la nature qui se tiendra à Marseille en juin, et pour la première fois l'eau douce sera un thème à part entière. Cela va permettre d'alimenter la réflexion sur ce thème. Et d'autre part, nous sommes aussi en route pour Dakar avec le neuvième forum mondial de l'eau, qui se tiendra, pour la première fois, en Afrique subsaharienne. Et Dakar en 2021 sera lui-même un jalon important en vue de la conférence mondiale de 2023. Songez que la dernière qui s'était tenue, c'était l'année de ma naissance, en 1977, c'est vous dire que cela remonte un peu. Et là, il faut absolument qu'on pallie cette longue durée pour enfin avoir un sursaut, parce que 2023, eh bien, on sera à sept ans de 2030 ; ce sera donc un moment important, de point d'étape sur l'avancée des objectifs de développement durable.
Voilà, je ne vais pas être beaucoup plus long parce que vous avez des panélistes venus d'un peu partout dans le monde et je les remercie, qui vont continuer à nous éclairer sur les enjeux au cours des trois tables rondes à venir. Et j'espère que ce sera un moment fondateur pour cette stratégie internationale. Nous partîmes, je dirais, 80 ou 100 aujourd'hui, et nul doute que voilà, dans quelques années, nous allons réussir à faire se diffuser l'importance de ce sujet, et l'importance d'y apporter des réponses aux causes profondes, parfois, qui font que l'eau manque à trop de gens sur notre terre.
Donc encore une fois merci pour vos contributions, ce qui a permis de nous doter d'une belle feuille de route, et puis maintenant, je dirais, au travail ! Et surtout, on doit vous rendre des comptes, c'est pour cela que cette stratégie, elle est également avec un cadre de redevabilité qui est annexé. Cela n'existait pas dans la précédente feuille de route. Parce qu'il ne s'agit pas de faire un jour un discours ou un jour un événement et puis juste après, eh bien voilà, on se retourne, qu'est-ce qui s'est fait ? On ne sait pas trop.
Donc là, vous allez voir, il y a dans le cadre de référence un certain nombre d'éléments très chiffrés très concrets sur les crédits engagés, sur les personnes atteintes, etc... donc je crois que, avec cela, on a une boussole. Ce sera chaque année, qu'il y aura cette redevabilité. Et donc je vous incite aussi chaque année à venir chercher, nous asticoter en disant, voilà est-ce que le compte y est, il n'y est pas, etc... et avec notre bras armé qu'est l'AFD nous aurons dans tous les cas cette envie d'aller aux résultats avec vous. Je vous remercie.
Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 février 2020