Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'action de la France en faveur de l'égalité des droits entre les femmes et les hommes, à Paris le 3 mars 2020.

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Circonstance : Remise du Prix Simone Veil de la République française

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Texte intégral

Mesdames les ministres, chère Marlène, chère Amélie,
Chers membres du jury du Prix Simone Veil,
Chers Jean et Pierre-François, que j'ai plaisir à saluer,
Chère Aïssa Doumara, nous nous étions rencontrés chez vous, dans le Nord Cameroun, il y a peu de semaines, finalement, que j'ai plaisir à saluer aussi comme première lauréate du Prix Simone Veil,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Ambassadrices et Ambassadeurs, chers amis,


D'abord vous dire que nous sommes fiers d'avoir accueilli ici ce matin la cérémonie de remise du Prix Simone Veil de la République française, qui a vu le jour l'an dernier à l'initiative du président de la République.

Et si nous avons souhaité lui donner le nom de cette femme de courage et de conviction qu'était Simone Veil, c'est parce que ce prix a vocation à récompenser et à soutenir celles qui poursuivent aujourd'hui, partout dans le monde, son combat pour l'égalité et la justice.

"Il suffirait d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Car ces droits ne sont jamais acquis".

Ces mots sont de Simone de Beauvoir mais, en ce début du XXIème siècle, faisant référence à ces crises, ils résonnent d'un écho particulier, car nous assistons à ce qu'il faut bien qualifier une régression historique. Partout dans le monde, les droits des femmes sont menacés. En particulier ces droits qu'on appelle "les droits sexuels et reproductifs", qui constituent la traduction juridique d'exigences inscrites au coeur des mobilisations pour les droits des femmes : pouvoir disposer librement de son corps ; ne pas vivre dans la crainte des violences ; avoir la possibilité - mais aussi les ressources - de choisir si l'on veut, ou non, des enfants et le cas échéant, à quel moment de son existence.

Dans toutes les régions du monde, des forces de plus en plus virulentes et structurées remettent en cause ces droits fondamentaux, en instaurant des législations punitives, en intimidant physiquement les femmes, en mettant en oeuvre des stratégies de désinformation et de manipulation pour semer la confusion. Ces dernières années, le consensus autour des droits des femmes s'est ainsi fragilisé : c'est le constat qui vient d'être dressé et que dressent les militantes féministes du monde entier. L'Europe n'est pas épargnée, la France non plus.

Le combat du collectif Vivas nos Queremos, récompensé aujourd'hui, est donc un combat emblématique : en luttant pour que les femmes et les filles équatoriennes aient accès à un avortement sûr, vous vous battez pour qu'elles gardent la maîtrise de leur destin. "La solitude et l'angoisse d'un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de les laisser mutilées à jamais" : voilà - pour reprendre les termes de Simone Veil il y a quarante-cinq ans - voilà ce contre quoi vous travaillez à protéger les femmes de l'Equateur, avec un écho grandissant dans toute l'Amérique latine.

Grâce à votre courage, grâce à votre persévérance, ce combat progresse. Et par ce Prix, nous voulons vous dire l'admiration et le soutien de la République française.

Comme nous sommes à vos côtés, nous voulons être aux côtés de toutes celles qui, partout dans le monde, défendent l'égalité des droits entre les femmes et les hommes.

Et c'est l'un des piliers de notre engagement contre les inégalités mondiales. Depuis deux ans, aux côtés de nos partenaires de Suède, du Canada ou encore du Mexique, et d'autres, nous portons une diplomatie engagée pour l'égalité entre les femmes et les hommes, fondée sur l'approche par les droits. Le droit de ne pas subir de violence ou de discrimination, bien sûr, mais aussi les droits politiques, sociaux, économiques qui permettent aux femmes d'avancer concrètement sur la voie de l'émancipation et de l'autonomie.

Engagement pour le respect des droits, nous le faisons grâce à l'ensemble de nos leviers diplomatiques au service de cet objectif et en multipliant les initiatives avec nos partenaires alliés en créant des coalitions d'action capables d'obtenir des progrès rapides et significatifs, Marlène Schiappa en a évoqués quelques-uns tout à l'heure, en particulier notre participation et notre soutien au Fonds lancé par le Docteur Mukwege et Nadia Murad. Avec aussi l'initiative AFAWA de la Banque mondiale, avec le Partenariat de Biarritz, que nous avons lancé dans le cadre du G7 avec douze Etats pour diffuser les meilleures législations en matière de droits des femmes, et inciter la communauté internationale à s'en inspirer.

Et, en juillet prochain, après son lancement au Mexique au mois de mai, nous accueillerons à Paris, en partenariat avec Onu Femmes, le Forum Génération Egalité. À cette occasion, nous célébrerons les 25 ans de la plus grande conférence internationale sur les droits des femmes, la Conférence de Pékin, qui a permis de faire des avancées significatives, voire historiques, en matière d'égalité. Nous associerons de manière inédite aux travaux des chefs d'Etats et de gouvernement près de 5.000 représentants de la société civile internationale, les défenseurs des droits, les organisations internationales, les grandes entreprises et les représentants de la jeunesse. Notre souhait est que ce Forum puisse démontrer que les forces de progrès restent majoritaires et que leurs voix unies puissent être entendues pour faire avancer les droits. Je sais que Delphine O est entièrement mobilisée pour le succès de ce grand moment.


Mesdames et Messieurs,

Cet engagement pour l'égalité de genre, nous le portons aussi en France, en premier lieu dans l'Etat, et aussi dans ce ministère, où je m'efforce de faire progresser une véritable culture de l'égalité. Sur cette question, je voudrais rappeler ce que disait Simone Veil : "Les chances, pour les femmes, procèdent trop du hasard, et pas assez de la loi ou, plus généralement, pas assez de la règle du jeu". C'est peut-être cela que l'on appelle la diplomatie féministe, mais dans ces affaires, il faut être très concret.

Et s'agissant de la règle du jeu, je voudrais d'abord dire ici, m'adressant à l'intérieur de la maison que j'ai l'honneur de diriger, que s'agissant des promotions et des nominations, il faut en finir avec le plafond de verre.

Nous devons poursuivre nos efforts de rééquilibrage des corps de conseillers des affaires étrangères, conseillers des affaires étrangères hors classe et ministres plénipotentiaires, par la parité systématique dans les promotions. C'est d'ailleurs d'ores et déjà ce que nous faisons et j'entends bien que nous continuions dans ce sens. Pour ce qui est des nominations aux postes d'encadrement, je souhaite fixer un objectif, au-delà de celui de la loi Sauvadet, de 50% de primo-nominations d'ambassadrices d'ici 2025. Par ailleurs, comme je l'ai demandé, la loi de transformation de la fonction publique verra se lever le verrou statutaire qui empêchait les secrétaires des affaires étrangères principaux d'accéder aux postes d'encadrement. Je souhaite que ces nouvelles perspectives incitent certaines de nos collègues à postuler aux postes de sous-directrice et permettent ainsi, in fine, un recrutement de notre encadrement plus équilibré.

Il faut également poursuivre la féminisation de certains grands postes, à l'étranger ou en administration centrale. Nous avons avancé, nous avons une Inspectrice générale des affaires étrangères, nous avons des postes majeurs qui sont aujourd'hui tenus par des femmes, mais il faut poursuivre ce chemin de manière très volontariste.

Clarifier les règles du jeu, pour reprendre l'expression de Simone Veil, c'est aussi faire évoluer nos conditions de travail, pour trouver un juste équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle.

La Charte du temps dont ce ministère s'est doté il y a déjà cinq ans doit, enfin, être respectée. Aussi allons-nous intégrer ce critère aux procédures d'évaluation de la hiérarchie administrative. Dans les prochaines semaines, je veux aussi que nous réfléchissions à la création de facilités nouvelles pour la garde des enfants des agents du ministère. Par ailleurs, il nous faut mieux accompagner les agents qui partent à l'étranger et leurs conjoints, ceux qui travaillent dans le secteur privé, afin que cette période d'expatriation ne soit pas un frein au déroulement de leur carrière, et les agents de la fonction publique. Les demandes de double poste déposées par deux agents du Département font désormais l'objet d'un examen prioritaire. La Direction du personnel examinera avec le même degré de priorité les demandes de départ pour les conjoints d'autres administrations sur des postes du réseau, ainsi que l'emploi des conjoints non-fonctionnaires au sein des ambassades.

Clarifier les règles du jeu, en étant concret, dans cette maison, c'est aussi prévenir toute forme de discrimination, de violence, de harcèlement moral ou sexuel et, plus généralement, toute forme d'agissement sexiste.

À ma demande, trois cellules d'écoute ont déjà été mises en place, bientôt accessibles depuis un numéro unique. J'ai aussi décidé de lancer un plan de sensibilisation au sexisme à grande échelle.

Enfin, j'ai demandé à mon cabinet et à mon administration d'engager la préparation d'un Plan Parité, qui fera l'objet d'une grande consultation auprès de l'ensemble des agents, des syndicats et des associations, notamment l'association pionnière Femmes et Diplomatie, dont je tiens à saluer le rôle majeur.

Voilà, mes chers amis, il faut parler de tout. A la fois des grands enjeux qui ont fait l'objet de témoignages, et du Prix, et puis de l'action concrète de ce que veut dire une diplomatie féministe. Parce que si la question de l'égalité entre les femmes et les hommes est au coeur de notre action diplomatique, c'est parce qu'elle engage tout à la fois notre capacité à donner un sens concret à l'exigence d'universalité que la notion de droits humains emporte avec elle, et parce qu'elle emporte aussi notre capacité à soutenir celles et ceux qui, dans le monde, sont les relais de nos engagements historiques et de nos principes. Sur tous ces fronts, soyez assurés, Mesdames et Messieurs, de mon engagement total et soyez assurés que nos efforts ne faibliront pas. Merci.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 mars 2020