Interview de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 19 mars 2020, sur les mesures de confinement mises en oeuvre pour lutter contre la pandémie de covid-19.

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour Sonia MABROUK.

SONIA MABROUK
Merci d'être avec nous à distance ce matin sur Europe 1, l'épidémie Monsieur le Ministre, s'aggrave en France, prévoyez-vous d'ores et déjà un durcissement des mesures de confinement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, l'objectif n'est pas de sanctionner, n'est pas de durcir, mais l'objectif, c'est de protéger les Français, d'abord, c'est eux qui doivent se protéger dans leurs comportements, et donc, c'est la raison pour laquelle nous avons mis en place le confinement, ensuite, il nous appartient de vérifier que le confinement est correctement mis en oeuvre. Ce que je constate, c'est que depuis un peu plus de 24 heures maintenant, il y a des changements de comportement en profondeur de nos concitoyens, et on peut constater que de nombreux Français réagissent positivement, et puis, quelques-uns ne le font pas, et donc il est nécessaire que nous puissions intervenir ; depuis hier matin, il y a eu 70.000 contrôles qui ont été faits en France, il y a eu 4.095 contraventions qui ont été faites jusqu'à hier soir, et ça s'est poursuivi dans la soirée. Mais ce que je veux dire, c'est qu'au fond, le seul message qui vaut n'est pas celui de la contravention, mais c'est de rappeler la première des règles, la plus simple, celle qui sauve des vies, c'est : restez chez vous.

SONIA MABROUK
Mais pourquoi, Christophe CASTANER, certains n'appliquent pas, comme vous le dites, à la lettre ce confinement, ils font exprès de ne pas comprendre ou bien les mesures ne sont pas suffisamment claires ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois que les mesures sont claires : restez chez vous, tous nos auditeurs et tous les Français le comprennent, ensuite, il y a des gens qui sous-estiment le risque et qui considèrent qu'il y a un emballement médiatique, un emballement politique et qui peuvent même alimenter la stratégie du complot, il y a des gens qui pensent qu'ils sont des héros modernes à enfreindre la règle alors même qu'ils sont des imbéciles, je vous le dis, parce qu'ils font courir des risques à la fois à eux, à leur famille, à leurs proches, mais aussi aux personnels de santé qui seront là, même s'ils ont des comportements idiots, ils seront là pour les accompagner, les soigner, les sauver, et donc, et voilà, et puis certains considèrent qu'on est un petit héros quand on enfreint des règles, eh bien, non, on est, je le dis, un imbécile dans son comportement, et surtout une menace pour soi-même, et donc c'est ce sur quoi il faut insister, et je vous remercie de le faire, c'est vraiment que l'objectif, c'est de rappeler que c'est en se confinant, en restant chez soi, que la progression du virus Covid 19 pourra être enrayée, et je le dis à ceux qui nous écoutent, c'est ainsi que vous pourrez protéger vos familles, protéger les autres, protéger les personnels de santé.

SONIA MABROUK
Mais est-ce cohérent alors, Monsieur le Ministre, de maintenir par exemple des marchés ouverts avec, on l'a vu quand même, ces images, une forte affluence, de laisser des joggers dans des parcs tout en appelant, comme vous le faites, avec gravité, au confinement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, moi, j'en appelle à la discipline, au civisme, à la solidarité des blouses blanches et à la solidarité aussi avec les policiers et les gendarmes qui sont sur le terrain, mais votre question, elle est bien posée, nous avons besoin que les Français puissent aller s'alimenter, et donc les marchés, les marchés non sédentaires sont une façon de s'alimenter, mais là, j'en appelle à la responsabilité des maires, vous le savez, je l'ai été pendant 15 ans, j'ai été organisateur d'un marché, et donc je demande aux maire de faire en sorte que les forains, les marchands non sédentaires, qui ne vendent pas de produits alimentaires, ne soient plus accueillis sur les marchés, ça permettra de donner de l'espace, puis, j'en appelle à ceux qui vont faire leurs courses alimentaires, et c'est normal qu'ils le fassent, pour qu'ils aient les bons comportements, ces gestes qui sauvent, et donc qui respectent cette distance d'un mètre, ils le font pour eux, ils le font pour ceux qu'ils vont croiser, ils le font aussi pour les marchands qui sont là et qui se sont levés tôt ce matin pour être sur le marché, eh bien, il faut, là aussi, qu'on ait ces comportements-là, ce civisme, il est collectif, cette responsabilité, elle est collective, on a besoin aussi de discipline, on a besoin d'ordre, le ministère de l'Intérieur l'incarne, et les policiers et les gendarmes le font appliquer. Mais vous savez, le meilleur ordre commence par soi-même, c'est celui de la discipline personnelle dans les comportements, donc, oui, il faut que les marchés restent ouverts pour que les Français puissent s'alimenter, il faut que les camions puissent circuler en France pour alimenter la chaîne économique et la chaîne alimentaire, il faut que l'activité économique se maintienne, et donc, on doit limiter son déplacement du domicile vers le travail, c'est ce que nous avons prévu avec des attestations spécifiques pour cela, il ne faut pas arrêter de vivre, mais il faut se protéger, et il faut utiliser tous les temps que l'on peut pour rester chez soi.

SONIA MABROUK
Les chiffres, Christophe CASTANER, énoncés hier par le professeur SALOMON, sont glaçants, sidérants, pourquoi n'avez-vous pas opté d'emblée pour une période bien au-delà de 15 jours, les Français y étaient prêts pour leur santé, comme vous le dites, et pour la santé de leurs proches.

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, d'abord, ça a été dit dès le début, c'est une période de 15 jours qui est posée, pour les 15 premiers jours, mais qui pourra être reconduite, tout à l'heure, j'entendais reportages sur votre antenne où on évoquait qu'il fallait entre12 et 20 jours, en réalité, pour évaluer l'effet du confinement, nous avons aussi l'observation des pays étrangers, de ce qui se passe en Italie, donc si besoin, le gouvernement prendra la décision de reconduire, mais il n'est pas nécessaire de dire : c'est trois semaines, c'est un mois, nous observons, ce que je veux vous dire, c'est que nous adaptons notre stratégie en temps réel et avec un seul objectif : gagner cette guerre contre le Covid 19.

SONIA MABROUK
Mais vous savez ce matin, et vous le dites d'ailleurs, que c'est un confinement renouvelable, ce sont 15 jours renouvelables, il faudra s'y habituer ?

CHRISTOPHE CASTANER
Le président l'a dit, dès qu'il l'a annoncé, ces mesures, nous les maintiendrons aussi longtemps que l'exige la situation sanitaire, mais l'objectif n'est pas de confiner les Français longtemps, l'objectif est de gagner cette guerre contre le Covid 19.

SONIA MABROUK
Monsieur le Ministre de l'Intérieur, est-ce que vous observez une multiplication des vols de masques de protection, on parle de milliers de masques dérobés, notamment dans les hôpitaux ou encore les véhicules de nos soignants ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, il y a de très nombreux vols, alors ça va du petit vol, j'entendais tout à l'heure par exemple un reportage sur la police et le fait qu'un représentant syndical évoquait, et certainement à juste titre, qu'il n'avait plus qu'un masque dans le véhicule, je suis sûr que dans l'équipement de base qui était dans ce véhicule, il y avait plusieurs masques, et du coup, on n'a pas volé, mais on a égaré un ou deux masques, et je ne parle pas pour la police, par contre, il y a de vrais vols, et il y a des vols massifs, significatifs dans les hôpitaux, dans les cliniques, avec des vols de tous types, y compris des infractions au milieu de la nuit, parce que le masque a aujourd'hui une valeur, moi, ce que je veux rappeler, c'est qu'il n'y a pas d'incrimination spécifique relative au vol de masques, mais que c'est un vol simple qui peut être puni de 3 ans de prison et de 45.000 euros d'amende, il peut même être aggravé, c'est par exemple le cas où vous avez un cambriolage de nuit d'une pharmacie avec des dégradations, c'est 5 ans de prison et 75.000 euros d'amende, et je ne doute pas que la justice prendra en compte le côté infâme, ignoble, d'organiser un commerce parallèle avec les masques de protection, surtout que quand on sait que s'ils sont en plus mal utilisés par ceux qui les prennent, ils aggravent le risque qu'ils encourent.

SONIA MABROUK
Infâme, ignoble, dites-vous, Christophe CASTANER ce matin, hier, sur notre antenne, Xavier BERTRAND avait qualifié ces voleurs de masques de salopards, ce n'est pas un vol banal.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est pour ça que je mets dans mes mots d'infamie, une part de morale, parce que, comme Xavier BERTRAND, qui est un élu de terrain, je suis un élu de terrain, on sait comment ces petits comportements montrent au fond la part la plus noire de l'âme humaine, et puis, le côté mercantile de certains quand on voit l'emballement sur les sites de ventes Internet du prix du masque, on voit effectivement qu'il y a des gens qui savent toujours exploiter à la fois les peurs, à la fois les difficultés réelles pour faire de l'argent, et c'est en cela que c'est plus condamnable encore, mais de toute façon, je vous le dis, voler à l'intérieur d'un établissement sanitaire des masques, ça touche à tous ce que nous rejetons, mais le problème, c'est que les voleurs, et ceux qui revendent derrière ne s'embourbent pas dans des préjugés moraux, ils cherchent à faire de l'argent, et donc, nous devons aussi les sanctionner, vous savez, on a la même chose qui est apparue en en peu de temps après le début de la mise en place du confinement, ce sont des officines qui vendent des fausses attestations, eh bien, là aussi, je vous le dis, la police sera intraitable, et sur les fausses attestations, la peine d'amende va jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende, et j'ai donné des instructions pour qu'on fasse fermer certaines boutiques qui avaient commencé à commercialiser les fausses attestations ; nous devons sur ce sujet être intraitables.

SONIA MABROUK
Alors sur les masques, Christophe CASTANER, ils doivent bien sûr aller en priorité, et on le répète, à nos soignants, mais les forces de l'ordre, nos policiers, sont aussi en première ligne, ils procèdent, vous l'avez dit, à des milliers de contrôles, vous êtes le patron de l'entreprise sécurité France, quand allez-vous équiper, protéger les policiers avec ces masques ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, depuis le début, le gouvernement agit sur la base des informations médicales et scientifiques qui lui sont communiquées, j'ai encore entendu hier soir le professeur SALOMON, dont chacun sait la responsabilité, le niveau de compétence sur ce sujet, rappeler qu'il était inutile, et même au fond contradictoire, en termes de santé, de porter un masque en permanence dans la rue, et que c'était les gestes barrières qui étaient absolument essentiels, et ça vaut aussi pour la police. Et donc nous ne sommes pas dans la situation des personnels de santé qui sont confrontés directement à des malades, parce que c'est leur fonction même, et donc s'agissant des policiers, ce qui compte, c'est qu'ils puissent avoir ces comportements, ces gestes barrières, et qu'en cas de confrontation à une personne qui a les signes du Covid 19 ou qui indiquent qu'elle a le Covid 19, à ce moment-là, qu'ils puissent se saisir des masques qu'ils doivent avoir à proximité et qu'ils puissent se protéger et à ce moment-là, c'est ce que nous avons mis en place avec un équipement de proximité dans les commissariats, en principe, dans les véhicules, c'est ce qui a été présenté aux organisations syndicales. Ensuite, on connaît des dysfonctionnements, et je veux vraiment remercier les forces de l'ordre qui s'engagent malgré cela, qui savent qu'il y a une petite part de risque et qui, de toute façon, c'est leur quotidien, sont confrontés à la dangerosité, et là encore, assument cela. Mais je veux passer un message de confiance et rassurer les personnels, non, ils ne seront pas en risque, et le risque, c'est plutôt de mal porter, et de porter de façon continue le masque, c'est ce que nous dit le professeur SALOMON, ayons confiance dans la qualité du diagnostic médical en général, et donc ayons confiance dans ceux qui nous conseillent, c'est avec eux qu'on va combattre le mal, et c'est avec eux qu'on va trouver des solutions et des vaccins contre le virus.

SONIA MABROUK
Et pourtant, Christophe CASTANER, certains se sentent véritablement en risque, ils témoignent à notre micro, on a entendu un syndicat de police appelé aussi au droit de retrait s'ils ne sont pas équipés de masques, de gels lorsque la mission l'exige, si les policiers, et de nombreux policiers invoquent ce droit de retrait, qu'allez-vous faire, qu'allez-vous leur répondre ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, je les ai entendus sur votre antenne, mais j'échange tous les jours et régulièrement dans la journée avec les organisations syndicales qui sont toutes les premières à se mobiliser et à se battre pour défendre leurs collègues policiers, et je pense aussi aux gendarmes qui n'ont pas forcément de représentants syndicaux, mais qui doivent être aussi protégés de la même façon. Sur la question du droit de retrait, je vous rappelle qu'il n'est possible que si le fonctionnaire est exposé à un danger grave et imminent ou à un équipement défectueux et que l'employeur ne prend aucune mesure pour y remédier, et s'agissant des policiers, ils ne peuvent s'en prévaloir dès lors qu'il s'agit d'accomplir leur mission, parce qu'elle est par nature dangereuse, ils le savent, mais ce n'est pas un argument juridique que je veux opposer, c'est, effectivement, il y a cette inquiétude, et c'est la raison pour laquelle dans ma réponse précédente, je le dis, je veux vraiment passer ce message de confiance d'abord dans leur engagement, il y a les blouses blanches qui sont les premières au front, mais il y a aussi les képis bleu qui sont mobilisés au quotidien pour la sécurité des Français, et je sais ce que nous leur devons dans l'engagement, mais je veux leur dire à mes personnels, et je mets un possessif, non pas de prétention, mais vraiment de solidarité, de soutien, parce que je suis leur chef, je veux leur dire que nous sommes là et qu'ils ne sont pas en risque, il faut qu'ils fassent attention aux gestes barrières. Juste un détail et si certains m'écoutent, je profite de votre antenne : ne prenez pas l'attestation en main, regardez l'attestation, vous la lisez, vous la vérifiez, vous la contrôlez, mais ne la prenez pas en main, parce qu'elle peut être, de façon faible par rapport à un téléphone qui, lui, est plus un nid à germes semble-t-il qu'autre chose, mais elle peut être porteuse du virus, et donc, vous la contrôlez en demandant à la personne que vous contrôlez de la tenir en main et de vous la montrer. C'est un message que nous devons passer, et je profite de le refaire passer…

SONIA MABROUK
Merci, merci Christophe CASTANER, pour ce message, et, bien sûr, vous aurez certainement des appels de nos auditeurs, peut-être aussi évidemment de policiers ou de familles de policiers qui s'inquiètent, merci d'avoir répondu à mes questions, et puis, les auditeurs avec Matthieu BELLIARD.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 mars 2020