Extraits d'un entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à France Bleu Béarn le 13 mars 2020, sur les conséquences de l'épidémie de Covid-19 sur le tourisme.

Texte intégral

Q - Bonjour, Jean-Baptiste Lemoyne.

R – Bonjour.

Q - Merci d'être en ligne ce matin, avec nous, pour parler des conséquences sur l'économie et le tourisme.

(...)

Q - On est dans une situation exceptionnelle ? C'est vraiment le mot, c'est exceptionnel ?

R - A Situation exceptionnelle mesures exceptionnelles ; mesures exceptionnelles de soutien à l'ensemble de nos filières économiques parce que, le chef de l'Etat l'a dit, ce sont des mesures massives, avec des reports, sans justification, des paiements des cotisations, des impôts, dus au mois de mars, par exemple.

Pour le secteur du tourisme, dont je m'occupe plus particulièrement, et je reçois tout à l'heure, encore, les représentants des entreprises du tourisme ainsi que des croisiéristes, nous adoptons des mesures, également, permettant le recours très facilité à l'activité partielle parce que l'on a besoin de garder les compétences. L'activité partielle que nous allons mieux indemniser, nous souhaitons tendre vers le modèle allemand avec une prise en charge intégrale, c'est pour que les salariés ne tombent pas dans le chômage et dans un chômage de longue durée, mais au contraire, pour que d'ailleurs ce temps soit, peut-être, utilisé pour de la formation, de la formation à distance. Il y a des dispositifs. Donc, tout est fait pour préserver notre outil de production. Vous savez, j'étais hier à Lourdes, qui est la deuxième ville hôtelière…

Q - Justement, j'allais vous en parler. Qu'est-ce que vous avez constaté à Lourdes, justement, le tourisme est touché de plein fouet ? C'est le cas aussi à Lourdes ?

R - C'est le cas. Lourdes, c'est la deuxième ville hôtelière de France. C'est plus de dix mille chambres, c'est un milliard de recettes pour le département, un tiers de l'économie des Hautes-Pyrénées, trois mille emplois dans l'hôtellerie, la restauration. Effectivement, ce que j'ai constaté avec le recteur du sanctuaire et avec les professionnels, c'est que, par exemple, on est à des taux d'annulation des pèlerinages du mois d'avril qui dépassent les 50%, le pèlerinage militaire international du mois d'avril est annulé, c'est quinze mille personnes en moins, plus de 160 vols également qui sont annulés pour l'aéroport de Tarbes-Lourdes. Donc tout cela a des conséquences très importantes sur les hôteliers, sur les restaurateurs, sur les traiteurs, et donc…

Q - Comment on aide les hôtels et tous ceux qui vivent du tourisme à Lourdes, et ailleurs d'ailleurs ?

R - Alors, comment on les aide, on les aide déjà en faisant en sorte qu'ils puissent reporter un certain nombre d'échéances fiscales et sociales. Et donc, la DIRECCTE, la direction des impôts également, sont mobilisées à leurs côtés et peuvent être contactés très directement. Ensuite, on va même jusqu'à, naturellement, des annulations de ces impôts directs lorsque la survie de l'entreprise est en jeu. D'autre part, nous appelons les banques à être très compréhensives et nous avons activé la médiation du crédit. Je peux vous dire que c'est un outil très efficace pour également obtenir un certain nombre de rééchelonnement de crédits bancaires.

En plus de cela, l'Etat, à travers BPI France, va garantir des lignes de trésorerie bancaire à hauteur de 90%, - c'est inédit, d'habitude, c'est 40% - pour que des entreprises touristiques ne se voient pas refuser des prêts qui leur permettent de renforcer leur trésorerie parce que les trésoreries risquent d'en prendre un coup. Et puis, aussi, ce qui est important, c'est faire en sorte que les salariés puissent rester statutairement dans l'entreprise, d'où ces mesures d'activité partielle facilitées et renforcées.

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, je le rappelle, vous êtes secrétaire d'Etat chargé du tourisme. Plus globalement, les transports publics restent ouverts, des trains continuent de rouler, des avions continuent de voler. Est-ce qu'on peut les prendre sans risque ?

R - Il a été demandé à tous les acteurs économiques de prendre également des précautions. On a demandé aux Français d'appliquer systématiquement les fameux gestes barrière : ce sont des gestes très efficaces, on le rappelle. De la même façon, les acteurs économiques, - dans le cadre d'ailleurs des procédures des CHSCT, vous savez, ces comités d'hygiène et de sécurité dans les entreprises -, sont amenés à mettre en place un certain nombre de mesures. Et donc, oui, dans les transports, il y aura des mesures supplémentaires, en matière d'hygiène. Je l'ai vu d'ailleurs, vous savez, à Lourdes, au sanctuaire, ils ont mis en place un certain nombre de dispositifs. Ils ont fermé tout ce qui est bains, ils ont fait en sorte qu'il y ait plus de désinfection de tous les éléments qui sont touchés, qui peuvent être touchés par les gens, donc, voilà.

Q - On s'adapte.

R - Effectivement, ce sont des contraintes, il faut s'adapter.

Q - Dernière question, est-ce que vous appelez les Français à reporter, à annuler leurs voyages ? Peu importe les destinations d'ailleurs, même si c'est en France ?

R - Alors, s'agissant des déplacements à l'international, effectivement, nous avons conseillé de les reporter, pour la bonne et simple raison qu'il y a désormais pas loin d'une cinquantaine de pays dans le monde qui ont interdit le fait d'accepter des gens qui viennent d'Europe. Et donc, il ne faut pas que nos concitoyens soient pris au piège et se retrouvent à ne pas pouvoir rentrer, éventuellement, ensuite, en France. Et s'agissant des déplacements en France, le président l'a dit, de façon générale, il faut limiter les déplacements au strict nécessaire. Donc, c'est la responsabilité individuelle qui doit prévaloir : le strict nécessaire, ce qui est indispensable, et il faut s'en tenir à cela.

Q - Merci beaucoup, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat chargé du tourisme, d'avoir été en ligne, ce matin, avec nous. Bonne journée à vous.

R – Merci.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 mars 2020