Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à LCI le 26 mars 2020, sur le rôle des personnels soignants face à la crise du coronavirus, l'opération Résilience et le soutien logistique de l'armée.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX 
Merci beaucoup Sibeth NDIAYE, et bonjour à vous, merci d'être sur LCI. On va en effet revenir grâce à vous avec les annonces importantes qu'a faites le président MACRON hier soir, on a besoin des précisions, mais d'abord, si vous voulez bien, on va effectivement entendre ensemble Lucille, elle est infirmière, vous savez, on note beaucoup, depuis le début de la crise, des élans de solidarité extraordinaires, extrêmement réconfortants à l'égard des soignants, mais il y a aussi des gestes, pardon, des gestes dégueulasses, des geste odieux, pour être plus correcte dans le vocabulaire, et c'est ce que vous avez subi Lucile, vous êtes au téléphone avec nous, bonjour. 

LUCILE TORRES NEIVA, INFIRMIERE
 Oui, bonjour. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Vous êtes au téléphone parce que vous n'avez pas souhaité paraître à l'image. Vous travaillez dans un grand hôpital d'Ile-de-France, nous sommes donc avec Sibeth NDIAYE, la porte-parole du gouvernement, on va écouter votre témoignage, vous avez trouvé, Lucile, dans votre boîte aux lettres un courrier dans lequel vos voisins vous demandent d'aller habiter ailleurs parce qu'ils craignent que vous les contaminiez, quand vous avez lu ça, ça vous a glacée, non ? 

LUCILE TORRES NEIVA 
Oui, c'est glaçant, c'est assez glaçant effectivement, mais c'est surtout la colère en fait de voir ce que certaines personnes sont capables d'écrire et de faire parvenir à leurs voisins, ce n'est pas parce qu'on est en contact avec des gens qui sont affectés par le Covid qu'on est plus vecteur ou plus à risque de contaminer les autres. Voilà, c'est juste pitoyable, et moi, ce qui m'a aussi mise très, très en colère, c'est que ce ne soit pas signé.

 ELIZABETH MARTICHOUX 
Vous ne savez pas d'où ça vient ? 

LUCILE TORRES NEIVA 
Pas du tout, pas du tout, donc on peut penser ce qu'on veut, on est libre de penser ce qu'on veut, mais il faut avoir un moment de cran, d'assumer ce qu'on écrit et de venir discuter justement avec le personnel soignant pour aussi voir ce que c'est que de vivre cette crise sanitaire- là, je pense que tout le personnel soignant met déjà assez sa vie de côté pour faire face à ça, et on n'a pas besoin de d'avoir ce genre de choses qui nous… d'être mises à l'écart en tant que personnes comme des pestiférées, et on a plus besoin de soutien, mais heureusement, heureusement, c'est plus une minorité de personnes, heureusement. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
On entend quand même à la fois une colère, vous comprenez, vous avez beaucoup de compréhension malgré ce geste quand même terrible, vous vous dites : il y a peut-être de l'inquiétude derrière, mais est-ce que vous l'aviez sentie déjà cette hostilité de part et d'autre ? 

LUCILE TORRES NEIVA 
Pas du tout… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Pas du tout, c'est la première fois que vous avez un geste hostile ? 

LUCILE TORRES NEIVA 
Ah oui, on a beaucoup plus de messages de bienveillance et de reconnaissance de la part des gens, notamment quand ils applaudissent le soir à 20h, moi, ça m'émeut et ça me fait extrêmement plaisir de se sentir soutenu, mais voilà, après ça, fait partie, j'ai envie de dire, ça fait partie aussi de… la peur, vous savez, déclenche le meilleur comme le plus mauvais chez les gens, et malheureusement, ça se traduit par ce genre de message… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Un message quoi, un message crétin, un message imbécile, un message égoïste, un message minoritaire ? 

LUCILE TORRES NEIVA 
Oui, c'est ça. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Sibeth NDIAYE, je le disais, vous êtes avec nous, merci vous êtes en direct de votre porte-parolat. Vous venez d'entendre Lucile, ces personnes qui lui ont écrit veulent d'une certaine façon sanctionner les soignants qui vivent près de chez eux, ce ne sont pas elle qu'il faudrait sanctionner, ces personnes qui écrivent ce type de lettre ? 

SIBETH NDIAYE 
D'abord, ce que je voudrais dire, c'est que ce genre de mot est absolument abject, odieux, vous l'avez dit vous-même, c'est insupportable que dans la situation dans laquelle on est, on ait ce genre de comportement vis-à-vis de soignants qui effectivement ne comptent pas leurs heures, et donc je voudrais évidemment apporter tout mon soutien à Lucile, mais on sent que c'est une battante qui ne lâche rien, je voudrais évidemment l'en remercier comme je remercie l'ensemble du personnel soignant, du personnel paramédical, des médecins qui aujourd'hui sont au front dans la bataille qu'on mène contre le Covid. Vous savez la peur, elle ne peut pas tout expliquer, et elle ne peut pas tout excuser, dans un moment où notre société doit faire front contre cet ennemi invisible, ce genre de comportement est évidemment parfaitement inadmissible… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Inexcusable, pas jusqu'à aller… 

SIBETH NDIAYE 
Inexcusable, il n'y a rien, il n'y a rien qui peut justifier, parce qu'on a peur, de pouvoir mettre la tête sous l'eau de gens qui se battent au quotidien pour la vie de dizaines de milliers de nos compatriotes. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Merci beaucoup Lucile d'avoir été en ligne avec nous ce matin, bon courage évidemment pour votre travail. (…) Emmanuel MACRON qui était donc à Mulhouse en effet hier dans l'hôpital militaire de campagne installé au plus près de ces hôpitaux du Grand-Est qui sont particulièrement touchés par l'épidémie. Sibeth NDIAYE, il a annoncé cette prime exceptionnelle et des heures supplémentaires majorées pour l'ensemble des personnels soignants et des fonctionnaires mobilisés. Alors question sur cette prime, Lucile et d'autres voudraient en savoir plus, immédiate, quel sera son montant, quand sera-t-elle versée et à qui ? 

SIBETH NDIAYE 
Nous allons essayer de faire en sorte que les annonces du président de la République soient applicables le plus rapidement possible, donc Olivier DUSSOPT, Gérald DARMANIN sont d'ores et déjà au travail avec Olivier VERAN pour faire en sorte que les soignants voient se traduire ces annonces de manière concrète, l'objectif, il n'est pas de dire que leur dévouement s'achète, mais il est bien de comprendre que c'est important à travers ce soutien exceptionnel de pouvoir reconnaître leur engagement dans la crise qui est la nôtre aujourd'hui.  

ELIZABETH MARTICHOUX 
On peut dire que c'est un soutien qui va arriver, soutien, récompense donc, qui va arriver, quoi dans les semaines qui viennent, dans les jours qui viennent, ce sera décidé, ce sera précisé, et ça arrivera très vite ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors, il a été décidé par le président de la République d'avoir cette prime nouvelle en direction des soignants, et donc les modalités pratiques seront mises en place dans les tout prochains jours, je ne suis pas certaine que ça puisse être mis en place pour la paye du mois de mars compte tenu de l'organisation administrative, mais ce sera mis en place le plus rapidement possible effectivement. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Fonctionnaires, a-t-il dit, les fonctionnaires mobilisés, c'est-à-dire, il voulait parler des agents publics hospitaliers ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors, oui, notamment, on sait aujourd'hui qu'on a de nombreux fonctionnaires dans les hôpitaux qui ne sont pas forcément des personnels soignants, mais qui sont, eux aussi, au front, parce que les agents hospitaliers, ceux qui font le nettoyage dans les hôpitaux, ceux qui participent à la désinfection des hôpitaux sont évidemment sur le pont, on le comprend bien, c'est tout à fait normal, c'est logique, c'est indispensable dans l'organisation des hôpitaux, les cadres qui sont non soignants aussi sont là encore une fois au front dans la gestion de cette crise, et donc il est tout naturel qu'eux aussi puissent voir une revalorisation à travers cette prime de leur salaire. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Bon, on comprend que le président a fait ces annonces hier, il va falloir maintenant que l'intendance, entre guillemets, suive côté gouvernement, il a aussi annoncé un plan massif d'investissement et de revalorisation de l'ensemble des carrières pour l'hôpital, un plan massif pour l'hôpital, une fois la crise du coronavirus passée, plan massif, quelle sera son ampleur ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors, je voudrais souligner que d'ores et déjà, dans le projet de loi de Finances rectificative, que nous avons présenté en Conseil des ministres, il y a de l'argent qui a été provisionné pour l'hôpital, de l'argent qui servira à acheter du matériel, de l'argent qui servira à faire face à cette crise, ce sont 2 milliards d'euros que nous avons d'ores et déjà engagés dans la lutte contre le coronavirus dans les hôpitaux de France, et puis, évidemment, le président de la République l'a dit dans sa première intervention, cette crise, elle doit nous aider à changer de paradigme, parce que, ce que nous vivons aujourd'hui est inédit, ça nous interroge évidemment beaucoup sur la manière dont on doit se réorganiser dans la suite, et d'ores et déjà, il a souhaité que nous puissions réfléchir à un vaste plan qui permettra d'avoir de l'investissement massif dans les hôpitaux. Je veux aussi souligner que depuis le début du quinquennat, nous n'avons pas méconnu la situation de l'hôpital public et que nous avons, petit à petit, à travers un plan général de réorganisation, c'était « Ma Santé 2022 », porté par Agnès BUZYN, que je veux saluer ici, mais aussi à travers un plan d'urgence pour les urgences, effectivement aussi, nous avons d'ores et déjà mis de l'argent dans l'hôpital public, augmenté les moyens de l'hôpital public avec ces fameuses dépenses de l'ONDAM, mais nous voulons aller plus loin, parce qu'il est important, après la crise que nous avons vécue, de regarder comment est-ce que nous pouvons faire encore plus et encore mieux pour l'hôpital public. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Encore plus et encore mieux, il l'a rappelé, le président, qu'il y avait déjà eu assez, mais sans doute pas suffisamment, ça veut dire que l'hôpital qui réclame depuis des mois, vous le savez bien, des investissements massifs, le gouvernement va faire l'effort spectaculaire, qu'il n'a pas encore fait, tout simplement ? 

SIBETH NDIAYE 
Nous avions évidemment entendu le cri des soignants, la situation de l'hôpital public, elle ne date pas de ce quinquennat, elle ne date pas du quinquennat d'avant, elle résulte d'années et d'années au cours desquelles le choix qui a été fait était un choix budgétaire qui visait à réduire les moyens de l'hôpital public, il y a eu des choses importantes qui ont été réalisées, je ne le nie pas, dans les années précédentes, mais on a vu aussi qu'à un moment donné, on arrivait, permettez-moi cette expression, à l'os, et qu'il fallait que nous puissions redonner des moyens, redonner de l'oxygène à l'hôpital public, c'est ce que nous nous sommes attachés à faire depuis bientôt trois ans, et c'est ce que nous allons amplifier dans les années à venir…

 ELIZABETH MARTICHOUX 
Ce plan sera-t-il différent des autres, c'est tout, c'est la question qu'on est en droit de se poser, il sera différent, il sera plus important, il sera à la mesure de la demande… 

SIBETH NDIAYE 
Eh bien, ce qui sera différent, évidemment, c'est qu'il y aura de l'argent, il sera évidemment un plan massif, c'est ce que le président de la République a dit, l'objectif pour nous, c'est de pouvoir répondre aux difficultés qui sont celles de l'hôpital public dans la continuité de ce qu'on a déjà effectué évidemment, mais en l'amplifiant c'est le souhait du président. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Dans ce discours qui était finalement assez long hier, le président a par ailleurs appelé à l'unité, je cite : dans la guerre contre le virus, je vois les doutes et les facteurs de division et le flot de fausses nouvelles, c'est-à-dire ? 

SIBETH NDIAYE 
Eh bien, je crois qu'on est dans un moment quand une nation fait face à une crise de cette ampleur, une crise, que je crois qu'on peut qualifier d'exceptionnelle, d'inédite dans l'histoire contemporaine de notre pays, c'est important que chacun comprenne qu'à la place qui est la sienne, il a un rôle important à jouer, il y a bien sûr les soignants, cette première ligne sur le front sanitaire, il y a aussi tous ceux qui travaillent, tous ceux qui travaillent, parce qu'ils sont dans l'agroalimentaire, ils sont dans la logistique, ils sont dans les usines d'emballage en carton, parce qu'ils exercent des métiers qui se font en présentiel, ils y vont parfois, je le comprends parfaitement, avec la peur au ventre, avec beaucoup de doutes, mais ils sont présents, présents au travail, et ceux qui travaillent sont très importants parce que c'est comme ça qu'on a de l'eau qui arrive dans les robinets, c'est comme ça qu'on a de l'électricité, que nos déchets sont gérés, qu'on a à manger dans les supermarchés… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Les doutes, les facteurs de division… 

SIBETH NDIAYE 
Et puis, bien sûr, il y a aussi ceux qui sont à la maison, et on peut comprendre que, étant confinés, étant en télétravail, on se pose beaucoup de questions, et c'est une contrainte très forte qui pèse sur nos concitoyens, mais le fait de rester chez soi, c'est aussi pour ceux qui ne participent pas à l'effort de guerre, entre guillemets, pour alimenter le front des soignants, et puis, pour assurer la continuité de la vie de la nation, ce sont aussi des gens qui sont très importants, parce que c'est grâce à eux qu'on freine la propagation de l'épidémie, qu'on casse les chaînes de contamination, chacun à sa place, nous avons un rôle à jouer, et il sera bien temps après cette crise de se poser la question : est-ce que tout a été fait en temps et en heure, est-ce que les bonnes décisions ont été prises au bon moment, mais je crois que quand on est en lutte, quand on est en guerre contre cet ennemi invisible, ce n'est pas le moment de se diviser, ce n'est pas le moment de jeter l'opprobre, le doute, les uns sur les autres, ça n'a absolument aucun intérêt, et bien, au contraire, comme on l'a vu avec Lucile tout à l'heure, ça amoindrit les capacités et les forces de ceux qui sont sur le front.... 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Beaucoup de questions encore, je vous demande si possible d'être assez brève, opération résilience, le président appelle l'armée en renfort en soutien des services publics, quel sera son rôle, est-ce que vous pouvez nous donner un exemple ? 

SIBETH NDIAYE 
L'objectif, c'est que cette opération résilience permette évidemment, vous l'avez dit, d'apporter du soutien, ça sera du soutien logistique, ça sera du soutien en protection, le cas échéant, ce sera aussi du soutien sanitaire, parce que nous disposons du service de santé des armées qui peut aussi venir en aide aux médecins de l'hôpital public et de l'hôpital privé, donc l'objectif, c'est que les armées puissent être sollicitées autant que de besoin, un exemple, nous avons d'ores et déjà pris la décision d'envoyer deux bâtiments maritimes, deux navires, l'un dans les Antilles, l'un dans l'océan Indien, le Dixmude notamment, qui permettra en fait d'apporter un soutien notamment sanitaire à ces territoires d'Outremer. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
On a appris cette nuit que les soldats déployés en Irak, 200 hommes, je crois, vont être rapatriés en France, question précise : est-ce que ceux qui sont au Mali pour une opération antiterroriste très importante sont eux aussi susceptibles de revenir tout ou partie ? 

SIBETH NDIAYE 
Ce n'est pas envisagé à ce stade, vous savez que l'opération Barkhane qui est menée actuellement est une opération importante de soutien, notamment dans ce qu'on appelle la zone des 3 frontières, où on a des groupes djihadistes qui sont encore malheureusement très présents, et leur présence auprès des populations locales est une présence qui est importante surtout dans un moment où nous savons que l'Afrique est susceptible d'être durement touchée par le coronavirus, et que cela peut contribuer… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Donc il n'en est pas question à ce stade… 

SIBETH NDIAYE 
A ce stade, il n'en est pas question, leur présence contribue aussi à stabiliser la situation au niveau local. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Très bien, et quand le gouvernement va-t-il informer les Français de la durée du confinement, au-delà de la quinzaine annoncée initialement ? 

SIBETH NDIAYE 
Ça va venir dans les jours qui viennent, nous souhaitons avoir une information complète notamment avec un peu de recul sur les résultats du confinement dans l'Oise qui a été l'un des premiers départements touchés, avec aussi un retour d'expérience sur ce qui se passe dans le Grand-Est, donc au-delà des recommandations du conseil scientifique dont nous allons évidemment nous inspirer, puisqu'eux recommandent une durée au moins de 6 semaines pour ce confinement, on va compiler les données, regarder les choses et annoncer notre décision dans les tout prochains jours. 

ELIZABETH MARTICHOUX
 Entre vendredi et dimanche, au plus tard lundi ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors je n'ai pas la date exacte, je n'ai pas la date exacte, mais effectivement, l'idée, c'est que dans les tout prochains jours, nous puissions donner de la visibilité aux Français… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Donc ça n'est pas encore décidé en fait… 

SIBETH NDIAYE
 Ce que je disais, c'est que nous cherchons à compiler des données pour que la décision qu'on prendra soit une décision qui soit non seulement étayée scientifiquement mais aussi enrichie de l'expérience que nous avons eue d'ores et déjà dans des départements qui ont été parmi les premiers touchés. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Quand le gouvernement va-t-il publier les chiffres de mortalité dans les EHPAD, Sibeth NDIAYE ? 

SIBETH NDIAYE 
Nous avons déjà eu l'occasion de le dire, il y a une filière qui était bien établie pour remonter le nombre de décès et le nombre d'hospitalisations dans les différents services, ça se fait de manière quasiment automatique pour l'hôpital, nous allons étendre ce procédé aux EHPAD, là où nous avons des personnes âgées, fragiles qui sont aussi exposées au coronavirus, et nous avons mis aussi en place avec le ministère de l'Intérieur des modalités qui permettront, via l'INSEE notamment, de remonter… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Est-ce que vous avez un des premiers chiffres ou pas ? 

SIBETH NDIAYE  
… D'état-civil et la déclaration du nombre de décès. Non, on ne dispose pas encore de premiers chiffres, vous savez, en France, on a, à peu près, 88 % des données d'état civil, pour ce qui est des décès qui sont remontées de manière électronique, donc on est en train de travailler en ce moment pour étendre ce chiffre-là de manière à avoir la vision la plus claire possible. Et c'est très important pour nous d'être transparents, parce que la transparence, c'est le gage de la confiance que les Français ont dans ce que réalise aujourd'hui l'exécutif, donc on rendra évidemment publics ces chiffres dès lors qu'ils seront intégralement consolidés. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Bon, voilà, le plus vite possible, je pense, les Français les attendent pour avoir une vision effectivement très claire de la situation. Sibeth NDIAYE, deux questions encore très importantes, mais des réponses brèves, parmi les 20 ordonnances adoptées hier pour faire face aux conséquences économiques et sociales considérables qui attendent le pays, il y en a une qui passe mal, elle concerne le droit du travail, elle prévoit une modification des dates de congés payés et des dérogations à la durée maximale de travail, par exemple, l'article 6, je ne vais pas tout lire, il est très long, mais il stipule que la durée hebdomadaire maximale peut être portée à 60 heures contre 48 actuellement, c'est un tollé dans l'opposition et du côté des syndicats, par exemple Laurent BERGER : vous ne ferez pas travailler des salariés dans l'agroalimentaire 60 heures par semaine, c'est humainement, psychologiquement, physiologiquement impossible est-ce que vous maintenez cette mesure ? 

SIBETH NDIAYE 
Oui, bien sûr, cette mesure est maintenue, mais je pense qu'il faut l'expliquer, dans le moment où on est, il faut savoir prendre des mesures qui sont des mesures utiles pour maintenir les chaînes de production, parce qu'on a beaucoup de personnes qui évidemment ne peuvent pas venir travailler, parce qu'elles doivent garder leurs enfants à la maison qui n'ont pas de solution de garde, et il est aussi important d'avoir des mesures de protection vis-à-vis des salariés, donc le fait de pouvoir réaménager les horaires, ne plus travailler en 3/8 mais en 2/12 par exemple, ce qui nécessite de réaménager le temps de travail hebdomadaire, de réaménager aussi les temps de repos, ce sont des mesures qui ont été prises pour permettre à l'appareil productif de continuer à fonctionner dans un moment où, justement, il est très important, et il est aussi très utile, tout en assurant la protection des salariés, parce que c'est d'abord notre première et unique préoccupation, c'est un effort que nous demandons pendant le temps de l'urgence sanitaire, donc ça ne modifie pas durablement le droit du travail, on reviendra à la normale dès lors que cet état d'urgence sera terminé. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Pour finir, Sibeth NDIAYE, vous avez cru bon de préciser, hier : nous nous n'entendons pas demander à un enseignant qui aujourd'hui ne travaille pas, compte tenu de la fermeture des écoles, de traverser la France entière pour aller récolter des fraises Gariguette, je ne redis pas le contexte mais, bref évidemment, ça a suscité, parce que c'était une formulation très particulière et étonnant, beaucoup de réactions, vous avez fait votre mea-culpa, la période n'autorise pas ce type de déclaration maladroite, un peu légère quand même, non ? 

SIBETH NDIAYE 
Eh bien alors, évidemment, dans la période, c'est très facile de critiquer, et c'est facile de faire en permanence des polémiques sur tout, moi, je suis au quotidien au front pour essayer d'expliquer aux Français ce qu'on vit en ce moment, ce n'est pas forcément tous les jours évident, j'ai dit que j'avais eu une formule qui était complètement débile et qui était tout à fait maladroite envers les enseignants, j'aurais pu prendre un autre exemple, ça aurait été mieux, parce qu'il y a des gens qui aujourd'hui ne peuvent pas travailler, et le sens de ce que je voulais dire, c'était simplement qu'il  n'y avait pas de contradiction entre le fait à la fois de dire que nos agriculteurs avaient besoin de gens pour récolter des fraises et des asperges en ce moment dans les champs partout sur le territoire et expliquer en même temps qu'il fallait rester chez soi, donc c'était simplement pour expliquer qu'on n'invitait pas à rompre le confinement pour aller à l'autre bout de la France, l'exemple des enseignants n'était pas le bon, je l'ai reconnu, maintenant, si on doit faire des polémiques sur tout, je crains malheureusement que ça ne fasse pas beaucoup avancer dans la situation où on est, donc j'ai effectivement dit que ça avait été une erreur je m'en suis excusée, l'erreur elle est humaine, et donc après, si vous considérez ou si on considère de manière générale qu'aucune erreur n'est possible à aucun moment, je dis à ceux que qui sont exclusivement sur les réseaux sociaux que malheureusement, la vie, elle est faite aussi d'erreurs, mais aussi beaucoup de réussites. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
C'est le droit à l'erreur. Merci beaucoup d'avoir été avec nous et d'avoir écouté ensemble sur LCI en direct tout à l'heure, Lucile, l'infirmière. Merci Sibeth NDIAYE. Bonne journée. 

SIBETH NDIAYE 
Merci à vous. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Vous étiez en direct de votre porte-parolat du gouvernement. 


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 mars 2020