Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 9 avril 2020, sur le port du masque, l'avenir de l'hôpital public, le dépistage du coronavirus et les mesures de chômage partiel.

Texte intégral

MARC FAUVELLE 
Bonjour Sibeth NDIAYE. 

SIBETH NDIAYE 
Bonjour. 

MARC FAUVELLE 
C'est finalement lundi qu'Emmanuel MACRON s'adressera aux Français, qu'est-ce qu'il doit nous dire ? 

SIBETH NDIAYE 
Eh bien écoutez, le président de la République, depuis le début de cette crise, a indiqué qu'il souhaitait s'adresser régulièrement aux Français, ça a d'ailleurs été le cas puisqu'il a fait deux interventions dans un cadre, si j'ose dire, un peu solennel, mais il a eu aussi à coeur d'être, dans des déplacements, aux côtés des Français, dans toute leur diversité, qui sont engagés dans cette guerre sanitaire. Il a eu, à chacun de ces déplacements, l'occasion de prendre la parole également, et c'est, je crois, assez naturel qu'il s'adresse à nouveau aux Français, à un moment donné où, cela a été annoncé, le prolongement du confinement sera effectif, et où beaucoup d'autres questions, sans doute, se posent. 

MARC FAUVELLE 
C'est lui qui annoncera la durée de ce prolongement ? 

SIBETH NDIAYE 
Je ne voudrais pas préempter ce que sera le contenu du discours du président de la République, ça ne m'appartient pas, donc je ne pourrais pas vous le dire avec exactitude. 

MARC FAUVELLE 
Dans les mots qu'il va employer lundi soir, est-ce qu'il doit nous rassurer ou au contraire continuer à dramatiser avec un vocabulaire martial et guerrier contre ce virus ? 

SIBETH NDIAYE 
Je crois que les Français ont vraiment compris, depuis le début de cette crise, que nous étions, non seulement dans une situation sanitaire exceptionnelle, qu'il était, j'allais dire impossible de prévoir dans son ampleur et dans l'ensemble de ses répercussions, mais je crois qu'ils ont aussi compris que, il fallait, en s'adaptant à cette crise, en s'adaptant à ce qu'est cette grande difficulté du confinement, être solidaires les uns les autres, et je crois que le président de la République aura à coeur à la fois de rappeler évidemment les enjeux de la crise que nous sommes en train de vivre, qui n'est pas derrière nous, et ça je crois qu'il faut vraiment  le dire avec beaucoup de force parce que, même si le nombre d'entrées en réanimation se ralentit, ce qui témoigne peut-être d'un effet de freinage de la propagation de l'épidémie, nous sommes encore au coeur de cette épidémie, et c'est aussi, sans doute, peut-être un des éléments que le président de la République rappellera. 

JEAN-JEROME BERTOLUS 
Vous l'avez dit, effectivement le président va également continuer ses déplacements, est-ce qu'avant-hier il n'a pas pris un risque, un attroupement s'est formé lorsqu'il a quitté la Maison de santé, il est allé au devant de ces Français en grappes, est-ce qu'il est bien raisonnable pour un président de prendre ce type de risque ? 

SIBETH NDIAYE
 D'abord je pense qu'il est important pour un président de la République, qui a été élu au suffrage universel, et dans notre système institutionnel il y a beaucoup d'attentes qui sont placées dans le chef de l'Etat, il est important qu'il soit aux côtés de ses concitoyens. Le président de la République a été à Mulhouse, à l'hôpital militaire qui a été installé, il a été dans un centre d'accueil pour SDF dans le 13e arrondissement de Paris, il était dans une Maison à Pantin, je crois que c'est important que le président témoigne de son soutien vis-à-vis de tous ceux qui sont impactés, qui sont percutés de plein fouet par la crise. 

MARC FAUVELLE 
Vous voulez dire qu'un président ne se confine pas ? 

SIBETH NDIAYE 
Un président, évidemment, respecte les mesures de précaution sanitaire, qui sont étiquetées pour l'ensemble des Français, donc vous aurez noté qu'Emmanuel MACRON ne serre plus la main, qu'Emmanuel MACRON porte un masque quand il est dans un environnement où c'est obligatoire, et n'en porte pas quand il est dans un environnement, normal si j'ose dire, donc hors d'un environnement, soignant notamment. Vous aurez également remarqué qu'il fait en sorte de respecter ce fameux mètre de protection avec ceux qui nous entourent… 

MARC FAUVELLE 
Sibeth NDIAYE, à notre connaissance, aucun autre grand dirigeant, aujourd'hui, ne continue à sortir de cette façon et sans masque. 

SIBETH NDIAYE 
D'abord, vous le savez, il n'y a pas de doctrine, en France, qui était édictée, tendant à dire qu'il faut porter le masque en population générale, donc il n'y aurait pas de raison que le président de la République, lorsque ce n'est pas nécessité par un environnement particulier, porte un masque, c'est la première chose. Ensuite c'est, pour le président de la République, je crois, très important d'être au contact des Français, de ceux qui sont en première ligne, je pense aux soignants, de ceux qui sont en deuxième ligne, ceux qui par leur activité professionnelle contribuent à maintenir la continuité de la vie du pays, il était dans une usine de masques à Angers pour encourager des salariés qui sont passés d'une journée normale, si j'ose dire, à un travail en 3X8, pour participer à l'effort national de production. Donc aujourd'hui on est dans une situation où chaque Français, à la place qui est la sienne, quand il est confiné, quand il est au travail, quand il est soignant, participe à la guerre qu'on mène contre le coronavirus, c'est normal que le président de la République soit aux côtés de chacun de ceux qui vivent cette crise avec tant de difficultés, et avec, si j'ose dire, tant de douleur parfois. 

MARC FAUVELLE 
Vous en mettez un masque quand vous sortez dans la rue, vous en mettez à vos enfants ? 

SIBETH NDIAYE 
Non, pas du tout. Moi je suis les recommandations qui sont celles – emploie - qui sont actuellement en vigueur. 

MARC FAUVELLE 
L'Académie de médecine, par exemple, Sibeth NDIAYE, a recommandé l'usage des masques alternatifs, c'est-à-dire les masques en tissu, pour les Français lorsqu'ils sortent de chez eux. 

SIBETH NDIAYE 
Bien sûr. Alors, je crois qu'il faut être très humble dans le moment que nous vivons, parce que c'est un moment dans lequel la connaissance scientifique progresse au fur à mesure du développement de l'épidémie. Effectivement à l'Académie de médecine a recommandé le port du masque non-soignants, évidemment pas le masque qu'on utilise, le masque chirurgical, ou le fameux masque bec de canard FFP2, mais des masques, j'allais dire alternatifs, des masques pour le grand public. Aux Etats-Unis, également, c'est une recommandation qui a été faite par le CDC, qui est une institution qui suit les questions d'épidémie, mais il n'y a pas aujourd'hui… 

MARC FAUVELLE 
Et vous, qu'est-ce que vous dites sur cette question ? 

SIBETH NDIAYE 
Il n'y a pas aujourd'hui de consensus scientifique en la matière, parce que, de la même manière, et au même moment, l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, ne recommande pas le port du masque dans la population de manière générale. Et donc, nous sommes dans un moment, où alors que nous réfléchissons aux stratégies que nous mettrons en oeuvre lorsqu'il faudra lever le confinement, cela fait partie, et c'est légitime, des options que nous examinons, et nous prendrons une décision pour l'éventuelle extension du port du masque dans toute la population, dès lors que nous pour la bâtir sur un consensus scientifique, sur un rationnel scientifique et sanitaire. 

MARC FAUVELLE 
Donc si le Conseil scientifique dit oui, vous le ferez, Emmanuel MACRON l'annoncera ? 

SIBETH NDIAYE 
Ce que je vous dis c'est que nous souhaitons bâtir un consensus scientifique, donc… 

MARC FAUVELLE 
C'est l'une des raisons d'être du Conseil scientifique qui a été nommé par Emmanuel MACRON il y a un mois. 

SIBETH NDIAYE 
Oui, bien sûr, mais nous souhaitons aussi interroger d'autres sociétés savantes qui sont peut-être plus spécialisées, en matière d'épidémiologie, en matière de virologie, et donc aujourd'hui, ce consensus scientifique n'existe pas, y compris à l'échelle internationale, je vous citais le cas de l'OMS, il faut approfondir les choses, et de la même manière que pour beaucoup d'autres sujets, je pense à la question des tests de sérologie, je pense à la question des applications numériques qui pourraient être utilisées dans le cadre du déconfinement, il faut bien avoir en tête qu'il y a, au fond, une palette de mesures qui peuvent être mises en oeuvre, qui sont sans doute complémentaires les unes des autres, et que nous réfléchissons actuellement à l'appui évidemment d'éléments scientifiques et sanitaires, à comment nous pouvons articuler cette palette de mesures et quelles sont les plus pertinentes à retenir pour le moment du déconfinement. 

MARC FAUVELLE 
Et on va en parler dans les minutes qui viennent. 

JEAN-JEROME BERTOLUS 
Hier Christophe LANNELONGUE, le directeur de l'Autorité régionale de santé du Grand-Est a été limogé de ses fonctions en Conseil des ministres pour avoir expliqué que des lits allaient continuer à être supprimés à l'hôpital de Nancy. Sibeth NDIAYE, il a menti, il s'est trompé ? 

SIBETH NDIAYE 
Je crois qu'il est assez naturel que, d'autant plus dans un moment de crise, il y ait une parfaite continuité entre la parole de l'Etat, au plus haut niveau, que ce soit celle du président de la République, celle du Premier ministre, celle du ministre de tutelle, celui de la Santé, et les autorités de l'Etat au niveau déconcentré, au niveau local, et il y a eu manifestement une erreur d'appréciation personnelle qui a été portée par ce haut fonctionnaire, qui par ailleurs est extrêmement méritant, et donc le Premier ministre, comme le ministre de la Santé, ont jugé qu'il était opportun d'apporter ce changement à la tête de l'Agence régionale de santé dans le Grand-Est. 

MARC FAUVELLE
 Ça signifie qu'il n'y aura plus de fermetures de lits désormais ? 

SIBETH NDIAYE 
Ça signifie tout simplement que, dans le moment où le président de la République a annoncé un plan massif d'investissement dans l'hôpital, un plan de revalorisation des rémunérations pour les soignants à l'hôpital, c'était ce qu'il avait dit dans une de ses intervention solennelle déjà, il est évidemment normal que tous les plans de réorganisation soient suspendus, pour qu'à l'issue de cette crise, lorsque les choses, lorsque l'intensité de la crise que nous vivons sera retombée, nous puissions, à plat, examiner, aussi avec le personnel médical et ceux qui travaillent à l'hôpital, quel doit être l'avenir de l'hôpital, où sont les investissements les plus importants, les plus utiles, et cela nous devons le mettre à plat, mais après la crise, et en attendant les choses sont suspendues. 

MARC FAUVELLE 
Pardon, ça signifie qu'il n'y aura plus de fermetures de lits ou pas ? 

SIBETH NDIAYE 
Mais je ne peux pas vous le dire, tout simplement parce que nous considérons aujourd'hui qu'il devra y avoir un dialogue avec ceux qui travaillent à l'hôpital, que ce soit les personnels soignants, les personnels non-soignants, et donc il ne s'agit pas aujourd'hui, alors que nous sommes au coeur de la crise, de préempter ce que sera demain, la sortie de la crise, et ce que sera demain le plan de revalorisation et d'investissement dans l'hôpital, il s'agit de dire que dans le monde d'avant il y avait des décisions qui étaient en cours, que ces décisions elles sont suspendues, et que dès lors que nous sortirons… 

MARC FAUVELLE 
Mais pas annulées. 

SIBETH NDIAYE 
Elles sont suspendues, et que dès lors que nous sortirons de cette crise, nous serons à même de remettre à plat les choses. Je veux quand même rappeler aussi que nous avons d'ores et déjà beaucoup, augmenté l'investissement en direction de l'hôpital, que le fameux Ondam, qui est l'ensemble de… 

MARC FAUVELLE 
L'objectif de dépenses d'assurance maladie. 

SIBETH NDIAYE 
Exactement, qui, au fond, symbolise l'argent que l'on met dans l'hôpital, a fortement augmenté dans ce quinquennat, sous l'impulsion notamment d'Agnès BUZYN, que nous avons débloqué un plan d'urgence pour l'hôpital, pour l'hôpital de manière générale, et pour les urgences en particulier, et que nous avons d'ores et déjà pris un engagement pour reprendre un tiers de la dette des hôpitaux. Donc, ce n'est pas que rien n'a été fait, mais manifestement cette crise révèle qu'il faut sans doute aller plus loin, c'est le sens de la prise de parole du président de la République au début de la crise sanitaire, en attendant on suspend les choses, il faut être méthodique, et dès lors que nous pourrons reprendre une activité normale, nous regarderons, avec les personnels soignants, et non-soignants, quel doit être l'avenir de l'hôpital public. 

MARC FAUVELLE 
Où en sommes-nous, Sibeth NDIAYE, en ce 24e jour de confinement, de notre capacité à tester contre le virus ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors, cette capacité a beaucoup augmenté, il faut avoir en tête, peut-être pour nos auditeurs, qu'il y a deux grands types de tests, les tests qui permettent de savoir si en ce moment on est malade, ce sont les fameux tests dits PCR, les tests rapides, et puis les tests qui nous permettent de savoir si on en a été malade, ce sont les tests sérologiques. Les tests sérologiques ne sont pas encore homologués formellement, ils seront de toute façon plutôt utilisés au moment du déconfinement, et donc on se met en situation, alors que nous avons des pistes très prometteuses aujourd'hui pour avoir des tests qui soient solides, nous nous mettons en situation d'avoir une grande production à l'échelle nationale, comme via l'importation également, pour avoir une grande disponibilité de ces tests. 

MARC FAUVELLE
 Ça signifie qu'il y en aura plusieurs centaines de milliers disponibles bientôt ? Des tests sérologiques, pardon. 

SIBETH NDIAYE 
Oui, bien sûr. Je n'ai pas le chiffre exact en tête, mais ce que je peux vous dire c'est que, évidemment, nous nous préparons à pouvoir les utiliser à grande échelle pour pouvoir évaluer notamment le taux d'immunité dans la population, qui est un élément vraiment clé de la sortie du confinement. Pour ce qui est des tests qui permettent de détecter la maladie, ces fameux tests PCR, nous avons fortement augmenté notre capacité à tester, elle était la semaine dernière de…nous avons réalisé la semaine dernière 22.000 tests par jour, nous testons en priorité les personnels soignants, les personnes qui sont malades à l'hôpital, dans les EHPAD on a lancé une grande campagne de tests qui nous permettra, dès le premier cas suspect, de tester les soignants, de tester les résidents, pour pouvoir très vite freiner la propagation du coronavirus, et puis nous allons encore augmenter cette capacité à réaliser des tests pour arriver à 50.000 tests par jour, et cela nous permettra aussi de regarder en direction d'autres profils de populations fragiles, pourquoi pas dans les prisons par exemple, pour aller plus loin dans notre capacité à tester. 

MARC FAUVELLE 
Combien de temps faudra-t-il pour qu'une majorité de Français soient testés aux tests sanguins, c'est-à-dire ceux qui permettent de savoir si on a même croisé le virus sans forcément en avoir les symptômes, puisqu'on sait que c'est l'une des conditions de sortie du confinement ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors, moi je vous invite à de la prudence, parce que je ne crois pas qu'une autorité sanitaire ait indiqué qu'il fallait que les 66 millions de Français soient testés pour qu'on puisse savoir si on peut ou pas sortir du confinement, et donc n'étant pas moi-même une autorité sanitaire, je ne pourrais pas vous répondre. Ce dont je suis certaine c'est que, il faut au moins que nous ayons une idée, peut-être par des études populationnelles, pour savoir quelle est la proportion de personnes qui ont été infectées par le coronavirus, ce sont des études qui sont d'ailleurs menées dans d'autres pays qui permettent d'avoir des indications, c'est ce qu'indiquait le professeur DELFRAISSY, avec plutôt un faible taux d'immunité dans les populations où cela avait été testé déjà, donc il faut qu'on soit en situation de pouvoir, à grande échelle, réaliser ces tests sérologiques, et c'est exactement ce que nous faisons aujourd'hui en nous préparant à des phases d'industrialisation, dès lors que les tests seront homologués. 

JEAN-JEROME BERTOLUS 
Est-ce que lundi Emmanuel MACRON va présenter, esquisser, la stratégie du gouvernement de déconfinement pour les Français, ou est-ce que c'est encore trop tôt, trop prématuré ? 

SIBETH NDIAYE 
Comme je vous l'ai dit, je ne vais pas vous donner le contenu de l'intervention du président de la République, dont il décide à son niveau, 4 jours avant, donc je ne peux pas répondre à cette question. 

MARC FAUVELLE 
Vous restez avec nous Sibeth NDIAYE, on a encore beaucoup de questions à vous poser, sur l'économie notamment, sur les familles modestes aujourd'hui, qui se posent aussi beaucoup de questions, on s'interrompt quelques instants pour le fil info. 

MARC FAUVELLE 
Un mot tout d'abord Sibeth NDIAYE, avant de revenir à l'économie, sur le traçage des malades, quelles sont les limites que vous fixez à cette stratégie en termes de liberté ? 

SIBETH NDIAYE 
Je pense qu'il est d'abord important de savoir, au fond, de quoi on parle. On parlait à l'instant de toute la stratégie à laquelle nous étions en train de réfléchir en matière de déconfinement, nous avons besoin de savoir quel est le taux d'immunité de la population, c'est ce que nous apporterons les tests sérologiques, nous avons évidemment besoin de savoir si nous pourrons disposer d'un médicament, c'est ce que nous permettent les essais thérapeutiques, et nous avons aussi besoin de savoir si des outils numériques peuvent nous aider. Et donc, au fond, ce que nous avons annoncé hier, par la voix d'Olivier VERAN et de Cédric O, le secrétaire d'Etat au Numérique, c'est, au fond, que nous lancions la recherche pour essayer de comprendre sur quelles bases, avec quels types de codes, et dans quel contexte nous étions capables de développer des applications numériques… 

MARC FAUVELLE 
Alors ces applications, pour certaines, existent déjà, je pense à celle qui est utilisée notamment à Singapour, qui est d'ailleurs en accès libre, je crois, on peut l'utiliser quasiment dès demain en France, qui prévoit non pas de stocker les données contenues dans les téléphones et les données de géolocalisation, mais sur la base du volontariat, en installant une application sur son téléphone, d'enregistrer dans son propre téléphone les téléphones qu'on a croisés pendant plusieurs semaines, et si on a croisé quelqu'un qui était malade on reçoit une alerte, ça c'est le système mis en place notamment par Singapour. Est-ce que c'est celui qui aujourd'hui vous semble réalisable en France ? 

SIBETH NDIAYE 
C'est effectivement un principe similaire auquel nous pensons, évidemment en tenant compte de ce que sont les piliers, au fond, de la protection, d'abord des données, dans le cadre européen, mais aussi de la protection des libertés publiques, donc l'application que nous envisageons ne peut être que sur la base du volontariat, ne peut être que sur la base d'une anonymisation des données, et d'une conservation vraiment temporaire des données, le temps que cela soit utile au suivi épidémiologique. Au fond, quand vous regardez le principe de cette application, c'est quelque chose que nous avions fait de manière manuelle, au moment des premiers clusters de contamination en France, rappelez-vous dans l'Oise, rappelez-vous les premiers touristes chinois infectés sur notre sol, nous avions un dispositif humain qui permettait de questionner les gens qui étaient infectés, de manière à remonter le parcours qu'ils avaient eu plusieurs jours avant, pendant leur durée contagiosité, pour savoir qui ils avaient croisé. Et parfois il y a des situations où en fait on ne peut pas prévenir ces fameux cas contacts, parce que vous avez été dans un transport en commun, et que, évidemment vous ne connaissez pas tous les gens qui étaient dans le bus, dans le tramway ou dans le métro, et donc cette application elle peut être un appui, mais aujourd'hui nous n'avons pas le recul suffisant pour savoir si c'est une certitude qu'elle sera utile d'un point de vue sanitaire. On se met donc en situation de pouvoir chercher, de pouvoir regarder, y compris en faisant en sorte que ce soit avec des partenaires européens, l'Allemagne, la Suisse, que ce soit un code ouvert, ce qu'on appelle « l'open source », qui permettra à chacun de regarder que ce qui est annoncé dans l'application est bien réalisé dans l'application, et qui permettra aussi d'avoir un commun numérique, c'est-à-dire que c'est une application qui pourrait être disponible, de manière gratuite, pour tous les pays qui souhaiteraient l'utiliser. Et donc on est bien là dans une phase exploratoire, avant éventuellement d'en décider du développement à l'issue d'un débat public. 

MARC FAUVELLE 
La question du chômage partiel, Jean-Jérôme BERTOLUS. 

JEAN-JEROME BERTOLUS 
Plus de 6 millions, près de 7 millions de salariés sont désormais en chômage partiel, les Français sont inquiets, est-ce qu'il faut redouter un chômage de masse dans les mois à venir ? 

SIBETH NDIAYE 
Toutes les mesures que le gouvernement met aujourd'hui en place, que ce soit les mesures de soutien aux salariés, à travers le chômage partiel, vous en avez parlé, ou que ce soit les mesures de soutien directement aux entreprises, sont des mesures qui ont vocation à faire une sorte d'amortisseur dans la crise économique que nous vivons. On a tiré, au fond, les leçons de la précédente crise économique, c'était la crise économique financière, où on avait facilité, pour les entreprises, la capacité à se séparer de leurs salariés, qui s'étaient donc retrouvés au chômage, et on a mis des années et des années avant de voir la courbe du chômage s'inverser. Là on se place dans une situation, dans une perspective différente, on considère qu'il faut garder les compétences dans les entreprises, pour que, au moment où il y aura une opportunité de redémarrage, les gens et leurs compétences soient à l'intérieur des entreprises…. 

MARC FAUVELLE 
Avec un budget limité, Sibeth NDIAYE, puisque c'est l'Etat qui prend en charge cette indemnisation ? 

SIBETH NDIAYE 
Eh bien, nous avons eu l'engagement, je vous rappelle les paroles du président de la République, il avait utilisé une expression qui était très forte, quoi qu'il en coûte », et le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno LE MAIRE, a réitéré hier, à l'issue du Conseil des ministres, l'engagement qui était le nôtre, d'être aux côtés des Français, quand ils sont salariés, quand ils sont entrepreneurs indépendants, et quand ils sont aussi à la tête d'une entreprise. 

MARC FAUVELLE 
C'est évidemment un symbole, mais est-ce que ce « quoi qu'il en coûte » s'applique également aux clubs de foot professionnels, est-ce qu'il est normal, par exemple, que l'Etat prenne en charge en ce moment une partie du salaire de NEYMAR ? 

SIBETH NDIAYE 
Moi je comprends que ça interpelle, mais je voudrais rappeler plusieurs choses. D'abord les clubs sont des entreprises, avec des salariés, et à l'intérieur de ces salariés vous avez des joueurs, mais vous avez aussi un staff technique qui n'a pas forcément les mêmes salaires. 

MARC FAUVELLE 
Très probablement. 

SIBETH NDIAYE 
Très probablement, et c'est des entreprises qui aujourd'hui n'ont pas d'activité puisqu'il n'y a pas de match qui se joue en ce moment. L'Etat ne rembourse les salaires, dans le cadre du chômage partiel, que jusqu'à hauteur de 4,5 SMIC… 

MARC FAUVELLE 
Vous pensez que le Qatar a besoin qu'on l'aide à payer le salaire de NEYMAR ? 

SIBETH NDIAYE 
Mais la question n'est pas d'aider le Qatar, la question est d'avoir une règle générale, qui s'applique à toutes les entreprises de France, parce que si vous commencez en disant il ne faut pas que ce soit les joueurs de foot, demain on dira il ne faut pas que telle ou telle catégorie d'entreprises, parce que, à l'intérieur de cette entreprise vous avez des salaires qui sont mirobolants, et donc vous considérez, vous faites une sélection. Nous on a une règle qui est très claire… 

MARC FAUVELLE 
Donc ce sera tout le monde. 

SIBETH NDIAYE 
Nous, ça s'applique à tout le monde, on ne rembourse les salaires que jusqu'à 4,5 SMIC. Je crois que NEYMAR est très largement au-dessus de 4,5 SMIC. 

MARC FAUVELLE J
e vous le confirme, enfin je pense en tout cas. Je voudrais qu'on dise un mot sur une question très importante, Sibeth NDIAYE, c'est celle de ces familles qui aujourd'hui ne s'en sortent plus car elles doivent désormais faire manger les enfants chaque jour à la maison, puisqu'ils sont évidemment confinés, alors qu'elles bénéficient normalement, soit de la gratuité de la cantine, soit de tarifs très avantageux, parfois c'est quelques dizaines de centimes seulement par repas. Est-ce que vous pouvez de les aider ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors, je veux d'abord rappeler que nous avons fait beaucoup de choses en direction des Français les plus fragiles, nous avons notamment prolongé la trêve hivernale pour ceux qui sont dans une sorte de précarité vis-à-vis du logement, on a prolongé aussi les minimas sociaux, sans réexamen de la situation individuelle… 

MARC FAUVELLE 
Pour ces familles ? 

SIBETH NDIAYE 
Pour toutes les familles qui sont en situation de fragilité, et donc qui ont de faibles revenus. Pour les familles modestes il est évident qu'il y a un surcoût avec ces repas du midi que l'on doit manger à la maison, d'ailleurs les repas du midi de la cantine des enfants, comme de la cantine des parents, parce que bien souvent aussi on a des tarifs qui sont très intéressants quand on mange à la cantine de son entreprise… 

MARC FAUVELLE 
Mais pour les enfants ? 

SIBETH NDIAYE 
Et donc, évidemment pour les enfants, et donc oui c'est un surcoût pour les familles, nous regardons en lien avec les collectivités locales, évidemment, comment est-ce qu'on peut continuer à venir en aide à ces familles, je veux souligner qu'il y a déjà des dispositifs, au niveau local, qui s'activent, à travers les centres communaux d'action sociale notamment, et à travers l'accompagnement que les départements peuvent aussi avoir en direction des familles les fragiles. S'il faut aller plus loin, nous le ferons, il faut regarder quel a été l'impact mesurable de ce changement, au fond, de vie qu'induit le confinement, pour voir comment, au mieux, continuer à accompagner les familles. 

MARC FAUVELLE 
Merci beaucoup Sibeth NDIAYE. 

SIBETH NDIAYE 
Merci à vous. 

MARC FAUVELLE 
Porte-parole du gouvernement. 


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 avril 2020