Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 20 avril 2020, sur le déconfinement scolaire à partir du 11 mai, les masques et tests face au coronavirus et le traçage StopCovid.

Texte intégral

MARC FAUVELLE 
Bonjour Sibeth NDIAYE. 

SIBETH NDIAYE 
Bonjour.

 MARC FAUVELLE 
Merci d'être avec nous sur France Info. Est-ce que vous enverrez vos enfants à l'école dès le 11 mai prochain ? 

SIBETH NDIAYE 
Bien sûr, si l'école est ouverte pour leur niveau d'âge, je les enverrai à l'école. 

MARC FAUVELLE 
Vous ne savez pas encore si ce sera le cas ? 

SIBETH NDIAYE 
Non, évidemment, puisque le plan de déconfinement que le gouvernement doit présenter n'est pas encore aujourd'hui prêt. Le président de la République nous a donné une grosse quinzaine de jours pour élaborer ce plan, à la fois en lien avec les organisations syndicales, lorsque c'est nécessaire, avec les collectivités locales aussi, puisque, pour ce qui est de l'école, elles sont évidemment partie prenante, à part entière, de l'organisation de l'école, en particulier l'école primaire, mais c'est aussi le cas pour le collège et le lycée avec les régions et les départements. Et donc nous sommes en train aujourd'hui d'élaborer ce plan de déconfinement, et nous verrons quels seront les critères d'ouverture des différents niveaux scolaires à partir du 11 mai. 

MARC FAUVELLE 
Est-ce qu'il passera, ce plan, par le port du masque à l'école pour les enseignants comme pour les enfants ? 

SIBETH NDIAYE 
Ça fait partie des choses que nous devons regarder avec précision, vous le savez, c'est très difficile pour des enfants, non seulement, de respecter les mesures barrières, qui sont les mesures les plus importantes pour empêcher la propagation du virus, mais évidemment, on se doute bien aussi pour le port du masque, mais nous avons dans la mission de Jean CASTEX, qui s'occupe de préparer ce déconfinement, mais aussi au sein des ministères, des réflexions pour savoir ce qui sera le mieux. Il faut à la fois qu'il y ait un intérêt sanitaire, mais que, aussi, il y ait une faisabilité, si j'ose dire, technique. Et donc c'est tout ça que nous sommes en train de regarder, et le gouvernement présentera ses décisions d'ici la fin du mois d'avril, le début du mois de mai. 

RENAUD DELY 
On sait, Jean-Michel BLANQUER a alerté qu'un peu plus de 5 % des élèves avaient été en quelque sorte perdus par les enseignants, que les enseignants avaient perdu contact avec cette frange d'élèves, est-ce que ce sont ces élèves-là, et plus globalement les élèves qu'on dits décrocheurs, qui seront invités à rentrer les premiers, à rentrer plus tôt, avant les autres ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors ça, ça fait évidemment, ces questions-là, toutes les questions, pour savoir qui rentre en premier, est-ce que c'est par niveau scolaire, est-ce qu'il y a des choses différentes selon les régions, est-ce qu'en fonction du type de quartier, pour parler de ces fameux quartiers politiques de la ville, que vous rentrez, ça, ce sont vraiment des éléments qui sont aujourd'hui en train d'être discutés au sein du ministère de l'Education nationale, en lien évidemment avec les collectivités locales, en lien avec les organisations syndicales du monde de l'éducation, donc je ne peux pas vous apporter de réponses. Sachez, en revanche, que, effectivement, une de nos préoccupations dans la période, c'est que pour des élèves qui sont décrocheurs, on voit bien que la période de confinement, elle renforce les inégalités sociales, et le pacte, au fond de la nation, c'est que tout le monde puisse accéder à une éducation de qualité, et nous devons répondre à cet impératif, notamment à travers le déconfinement. 

MARC FAUVELLE 
Est-ce que le caractère obligatoire de l'école à partir du 11 mai fait partie des choses qui sont aujourd'hui soumises à cette discussion ? 

SIBETH NDIAYE 
Eh bien, en fait, le caractère obligatoire, il existe, quelle que soit la situation, moi, je crois vraiment que… 

MARC FAUVELLE 
Il le sera encore après le 11 mai si l'école est ouverte… 

SIBETH NDIAYE 
Au fond, la question que vous posez, c'est quand un parent a peur, quand un enseignant a peur, est-ce qu'il doit quand même venir à l'école ? Notre rôle, dans les semaines à venir, ça va être de faire en sorte qu'il n'y ait pas de peur, parce que nous nous devrons être en capacité d'assurer que l'environnement sanitaire, l'environnement de sécurité en matière de santé soient pleinement remplis, de manière à ce que personne n'ait peur de venir  à l'école, je comprends complètement qu'après un mois de confinement d'ores et déjà, et encore avec le mois qui s'annonce, on en a environ pour 3 grosses semaines encore, il y ait de l'inquiétude qui se soit installée, qu'au fond, l'idée de revenir à l'école, l'idée de reprendre même une activité normale dans le cadre du travail, ça puisse être très, très angoissant pour un certain nombre de nos compatriotes. Le rôle du gouvernement dans cette période-là, c'est de s'assurer que toutes les mesures seront prises, que toutes les pratiques sanitaires seront mises en oeuvre pour rassurer les parents et évidemment pour rassurer le corps enseignant. 

RENAUD DELY 
Parmi justement ces mesures, ces pratiques sanitaires qui visent à abaisser, à atténuer l'angoisse qui est ressentie par une frange de la population, il y a la question des masques depuis déjà plusieurs semaines, le masque qui a été évoqué notamment pour les transports par le Premier ministre hier. François BAYROU, hier, il a reconnu qu'il y avait eu des carences, des manques, des ratés dans la gestion des masques. 

SIBETH NDIAYE 
Alors, vous le savez, le président de la République, lui-même, l'a dit qu'au cours de son intervention, il y a quelques jours, que nous n'avions pas pu distribuer autant de masques que nous l'aurions souhaité. Le Premier ministre hier, dans sa conférence de presse, a rappelé ce qu'était l'état des stocks, ce qu'était l'état des besoins, et puis, des besoins habituels... 

RENAUD DELY 
Pour vous, depuis 3 mois, Sibeth NDIAYE, depuis 3 mois, Sibeth NDIAYE, il y a eu des ratés dans la gestion des masques ? 

SIBETH NDIAYE 
Mais on a de toute façon dit depuis un certain temps déjà que notamment en termes de logistique, nous avions eu des difficultés dès lors que nous avions effectué une réquisition de tous les stocks de masques en France et de toute la production de masques, il avait pu s'en suivre, il s'en était suivi des difficultés logistiques pour achalander l'ensemble des 20.000 pharmacies de France et faire en sorte que tout le monde, en temps et en heure, dans le secteur de la santé, pour les professionnels de santé, en ville, à l'hôpital, et dans le médico-social, puisse avoir les masques dont il avait besoin. 

MARC FAUVELLE
 Ce n'est pas le premier argument, Sibeth NDIAYE, que vous avez défendu sur ces masques, puisque vous avez tout d'abord expliqué non pas qu'on n'en avait pas assez pour tout le monde, mais que les Français ne savaient pas s'en servir, et vous la première. 

SIBETH NDIAYE 
Mais les deux ne se contredisent pas, je ne vous dis pas que nous avons eu un problème de logistique pour distribuer des masques à tous les Français, je vous dis : nous avons eu un problème de logistique que nous reconnaissons évidemment, pour faire en sorte que les professionnels de santé, notamment en ville, puissent bénéficier des masques en temps et en heure, et le ministre de la Santé, j'imagine que vous l'avez entendu avec beaucoup d'attention hier, a redit qu'il n'y avait pas de consensus scientifique à ce stade sur l'utilité de l'utilisation du masque pour tous les Français... 

MARC FAUVELLE 
L'Académie de médecine qui le préconise depuis un peu plus de 2 semaines ne fait pas partie d'une solution que vous êtes prêt à reprendre, puisque dès le 3 avril, l'Académie de médecine a affirmé qu'il fallait le généraliser… 

SIBETH NDIAYE 
Mais ce que je vous dis, c'est que, je reprends, là, les mots du ministre de la Santé, c'est qu'il y a des scientifiques qui vous disent, c'est le cas de l'Académie de médecine, que l'utilisation du masque pour tous les Français peut être recommandée, d'autres qui ne vous le disent pas, c'est encore le cas à l'heure où je vous parle de l'Organisation mondiale de la santé. Donc il faut que ce consensus scientifique s'établisse, car sur d'autres sujets, par exemple sur des traitements médicaux, on voit bien qu'il n'y a pas de consensus scientifique, et que nous avons besoin, pour organiser une politique sanitaire, qu'il y ait des consensus scientifiques. Mais au fond, bien que ce consensus n'existe pas, nous nous préparons d'ores et déjà, et c'est la raison pour laquelle la France est le seul pays à avoir homologué et fait certifier des masques en tissu avec des matériaux spécifiques qui permettent d'avoir un bon niveau de filtration de l'Intérieur vers l'extérieur et de l'extérieur vers l'intérieur, de manière à mettre à disposition ces fameux masques grand public qui n'ont pas le même pouvoir de protection que ceux que l'on va trouver en milieu hospitalier, et c'est bien logique, puisqu'en milieu hospitalier, vous êtes confronté systématiquement potentiellement à des malades Covid dans les services dédiés. Et donc nous avons anticipé pour faire en sorte que la France puisse bientôt produire 17 millions de masques grand public par semaine, 8 millions ont d'ailleurs d'ores et déjà été produits la semaine dernière. Donc ce que je dis très clairement, c'est de dire, aujourd'hui, il n'y a pas de consensus scientifique, même si des voix disent que, dans le milieu scientifique, ça pourrait être intéressant d'avoir ces masques pour toute la population française, il n'existe pas de consensus, mais malgré tout, nous avons fait le choix d'être prêts au cas où, en anticipation pour le déconfinement. 

MARC FAUVELLE 
Sibeth NDIAYE, vous restez avec nous, si vous voulez bien, on va parler des tests, de l'isolement des porteurs de virus également, puisque Olivier VERAN et Edouard PHILIPPE ont fait des annonces hier sur ces deux sujets, et puis, on évoquera aussi le rôle de la Chine après les propos d'Emmanuel MACRON, il y a quelques jours.  

-Flash info- 

MARC FAUVELLE  
Sibeth NDIAYE, la porte-parole du gouvernement est toujours avec nous. Sibeth NDIAYE, est-ce que vous diriez que la Chine a dit toute la vérité sur cette épidémie ? 

SIBETH NDIAYE 
Le président de la République, au cours d'une interview récente, a dit que sans doute nous ne savions pas tout de ce qui s'était passé en Chine. J'espère très sincèrement que nous pourrons avoir l'intégralité des informations, parce que je pense que c'est important, y compris d'un point de vue sanitaire, pour aider à la compréhension de ce que c'est ce coronavirus sur lequel nous ne savons pas encore tout aujourd'hui. 

MARC FAUVELLE  
Et on peut faire confiance aux Chinois aujourd'hui pour nous transmettre des informations fiables, ou alors il faut aller enquêter là-bas ? 

SIBETH NDIAYE 
Nous n'avons pas de raison de ne pas avoir confiance dans la Chine, qui est un partenaire de la France, avec qui nous avons de très bonnes relations diplomatiques, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons fait part de notre agacement lorsqu'il y a eu des propos tenus par l'ambassade de Chine qui n'était pas très amicaux, et c'est la raison d'ailleurs pour laquelle nous l'avons fait dire par la voix de Jean Yves LE DRIAN. Mais il n'y a pas de raison de considérer a priori qu'il n'y aurait pas une pleine et entière coopération, tout du moins je l'espère. 

MARC FAUVELLE  
Pour vous, par exemple, la Chine n'a pas sous-estimé le départ de l'épidémie ni son ampleur à travers le pays ? 

SIBETH NDIAYE Je n'ai pas d'information factuelle à ce sujet, donc je me garderai bien de m'avancer sur ce terrain-là. Evidemment notre espérance est qu'il y ait un partage d'informations qu'il soit plein et entier entre la Chine et les autres pays du monde, qui sont aujourd'hui frappés par cette épidémie. 

RENAUD DELY  
Le Premier ministre a annoncé hier une montée en puissance du nombre de tests. Alors l y a les fameux tests virologiques, les fameux tests PCR qui visent à savoir si on est porteur de la maladie, si effectivement les symptômes illustrent la maladie. Il a fixé l'objectif de 500 000 tests par semaine, à partir du 11 mai, à partir donc du début du déconfinement. Qui pourra pratiquer ces tests Sibeth NDIAYE, est-ce que les médecins de ville, comme le souhaite son François DELFRAISSY, le président du Conseil scientifique, est-ce que les médecins de ville pourront pratiquer ces tests ? 

SIBETH NDIAYE 
Nous avons d'ores et déjà élargi le nombre de laboratoires qui pouvaient effectuer ces tests, qui pouvaient réaliser les analyses, puisque vous le savez, nous avons fait en sorte que non seulement les laboratoires en hôpital, mais aussi les laboratoires de ville, y compris des laboratoires qui ne sont pas destinés à la santé humaine d'habitude, mais qui sont les laboratoires vétérinaires, puissent aussi prendre leur part de l'effort. Pour ce qui est des modalités d'organisation du recueil des échantillons, donc l'écouvillon qu'on vous met dans le nez, ça fait partie justement de la stratégie de déconfinement pour savoir sous quelles modalités cela pourra se faire. On peut imaginer que ça se fasse sous forme de drive, on peut imaginer évidemment que ça se passe en médecine de ville, mais tout cela ça fait justement partie de la réflexion autour de la stratégie de déconfinement. Notre objectif au fond c'est de faire comme nous faisions aux tous premiers stades de l'épidémie rappelez-vous dans l'Oise, l'un des premiers clusters qu'on a eus, aux Contamines Montjoie par exemple, où nous avions fait en sorte que toutes les personnes qui avaient été au contact, qui présentaient des symptômes de personnes contaminées, puissent bénéficier de ces tests. 

MARC FAUVELLE  
Mais depuis la maladie s'est rependu, le virus a circulé un petit peu partout en France et d'ailleurs dans le monde, et on voit aujourd'hui, on constate que la France réalise à peu près 7 % de tests virologiques pour 1 000 habitants, c'est beaucoup moins que nos voisins allemands, espagnols, italiens, qui sont au-delà de 20% pour 1 000 habitants.  

SIBETH NDIAYE 
Alors, nous avons fortement augmenté notre capacité de tests depuis le début de l'épidémie… 

RENAUD DELY  
Mais nous sommes très en retard sur nos voisins. 

SIBETH NDIAYE 
Nous avons aussi fait en sorte qu'au fond, à quoi vous sert un test virologique ? Il vous sert à déterminer qu'une personne est malade. Nous avons fait non seulement des tests et nous avons augmenté notre capacité de tests,  c'est pour ça que je vous donnais l'exemple de ce qu'il se passait au tout premier stade de l'épidémie, lorsque nous recherchions en fait à savoir à remonter des chaînes de contamination et nous effectuons des tests dans tout l'entourage des gens et qui avaient été contaminés, et nous avons aussi mis en place ce qu'on appelle une surveillance syndromique, autrement dit dès lors que vous présentez dans la phase 3 au moment où la France est confinée, des symptômes qui font penser au coronavirus, on considère que vous avez le coronavirus et on vous fait les recommandations d'usage, notamment en matière d'isolement. 

MARC FAUVELLE 
Si je vis avec des enfants, une femme, un mari et que je suis testé positif, qu'est ce qui se passera pour moi, Sibeth NDIAYE ? 

SIBETH NDIAYE 
Eh bien vous devrez vous isoler parce que l'objectif au fond de réaliser des tests virologiques dès que quelqu'un présente des symptômes, c'est bien de faire en sorte de casser la chaîne de contamination et donc vous serez isolé, soit dans des centres  dédiés, soit dans des hôtels comme la vie hier le Premier ministre, soi-même à votre domicile, ça se fera sur la base du volontariat et  aussi en fonction au fond d'une évaluation de votre situation individuelle.  Ce n'est pas la même chose quand vous êtes en couple et qu'une des 2 personnes du couple peut continuer à gérer les enfants pendant que la première va à l'hôpital ou quand vous êtes un père ou une mère célibataire qui n'avait pas d'autre choix que de rester avec vos enfants.  

MARC FAUVELLE 
Si je suis isolé, pardon à mon domicile, Sibeth NDIAYE, est-ce que ma famille elle restera confinée avec interdiction de sortir ? 

SIBETH NDIAYE 
ça fait partie des éléments sur lesquels nous devons encore travailler, je sais que c'est très frustrant de pas avoir ce lundi matin  toutes les réponses pour savoir ce qui se passera le 11 mai mais nous avons besoin de temps pour travailler, nous avons besoin de temps pour  anticiper et nous avons aujourd'hui  tous les ministères qui travaillent d'arrache-pied en lien avec la mission de Jean CASTEX pour savoir au fond dans chacune des  étapes de votre vie après le confinement, qu'est-ce qu'il devra se passer, ça nécessite un peu de temps de travail et c'est pour ça que  je ne peux pas vous apporter ce matin toutes les réponses que les Français sont en droit d'attendre. 

MARC FAUVELLE 
Une toute petite question pratique l'hôtel ce sera gratuit évidemment pour ceux qui sont placés à l'isolement ? 

SIBETH NDIAYE 
Eh bien écoutez aujourd'hui quand vous allez à l'hôpital, vous payez quand même quelque chose. 

MARC FAUVELLE 
Le forfait hospitalier oui. 

SIBETH NDIAYE 
Le forfait hospitalier exactement, je ne sais pas ce qu'il en sera pour ce qui est des hôtels, tout ça fait partie des choses que nous sommes aujourd'hui en train de travailler.   

MARC FAUVELLE 
Il semble difficile de demander aux gens de payer leur chambre ? A plein tarif j'entends. 

SIBETH NDIAYE 
S'ils étaient hospitalisés à l'hôpital, ils paieraient un forfait hospitalier donc c'est pour ça que je vous dis que la question est ouverte, mais aujourd'hui je ne peux pas vous apporter de réponse avec certitude tout simplement parce que je n'ai pas cette réponse, ça fait partie des éléments que nous discutons actuellement.   

RENAUD DELY 
De nombreux rassemblements publics sont annulés évidemment en ce moment et encore pour les semaines à venir juste avant l'amorce de ce déconfinement le 11 mai, il y a les cérémonies du 8 mai qui sont prévues, il y a déjà de nombreux élus d'opposition qui s'inquiètent ou qui s'indignent même de l'annulation des cérémonies du 8 mai. Est-ce que les cérémonies du 8 mai commémorant l'armistice de 1945 seront maintenues ? 

SIBETH NDIAYE  
Alors à ma connaissance elles seront maintenues, il faudra bien sûr que les collectivités locales en lien avec les préfectures, comment dire adaptent le fonctionnement de ces cérémonies qui peuvent parfois rassembler beaucoup de monde et donc il faut toujours que la sécurité médicale prime et donc il faudra si ces cérémonies s'organisent qu‘il y ait le respect des gestes barrières, des distances de protection. 

MARC FAUVELLE 
Elles s'organisent en général autour évidement des anciens combattants, ils pourront participer à ces cérémonies ? 

SIBETH NDIAYE  
Eh bien l'idée c'est évidemment, vous comprendrez bien de restreindre les choses, de la même manière que dans d'autres secteurs nous avons autorisé des petits rassemblements, je pense par exemple aux cérémonies de deuil notamment, il faut que on puisse regarder comment est-ce que cela peut s'organiser de manière sécurisée, pour tous ceux qui y participeront, évidemment avec des groupes plus restreints et cela doit se faire en organisation au niveau local.   

-Flash info- 

MARC FAUVELLE  
Toujours avec la porte-parole du gouvernement Sibeth NDIAYE, et Renaud DELY. 

RENAUD DELY  
Edouard PHILIPPE a annoncé hier qu'il présenterait ce plan de déconfinement au Parlement au début du mois de mai, et qu'il sera soumis à un débat au Parlement, ce plan, est-ce qu'il sera soumis à un vote ?  

SIBETH NDIAYE  
Eh bien pour l'instant, ce qui est prévu c'est qu'il y ait un simple débat au Parlement. Vous le savez, nous avons déjà eu l'occasion, je pense en particulier sur les questions migratoires, d'avoir des débats de très bonne tenue, de très grande qualité, qui permettent d'aller au fond des choses, sans que pour autant il y ait de vote. Nous aurons également un débat… 

RENAUD DELY  
Pourquoi pas de vote, là, en l'occurrence ? Sibeth NDIAYE, pourquoi pas de vote ?  

SIBETH NDIAYE  
En fait, un vote vous en avez besoin de manière formelle, quand vous avez des mesures législatives qui sont mises en oeuvre. Là en l'occurrence il n'y a pas de mesures législatives, qui ont une portée législative, qui seront mises en oeuvre. Il est important, c'est ce que nous souhaitons, qu'il y ait sur ce sujet un débat politique, public, pour examiner toutes les questions qui se posent, pour expliquer aussi les choix qui auront été réalisés par l'exécutif, c'est d'ailleurs la même chose que nous on sur les sujets numériques, avec l'application Stop Covid pour laquelle nous souhaitons qu'il y ait également un débat au Parlement les 27 et 28 avril prochains. 

MARC FAUVELLE  
Quand sera-t-elle prête cette application ?  

SIBETH NDIAYE  
Je n'ai pas de date, parce que moi je ne suis pas au… je n'ai pas de date précise, ce que je peux vous dire, c'est que… 

MARC FAUVELLE 
 Avant ou après le 11 mai, simplement ? 

SIBETH NDIAYE  
Eh bien l'idéal ce serait que ce soit une application qui soit prête pour le 11 mai, parce qu'au fond à quoi sert-elle ? Je vous disais tout à l'heure, on a discuté des tests virologiques qui permettent de savoir si une personne a, quand elle a des symptômes, a vraiment développé la maladie Covid-19. A ce moment-là, ce que nous ferons, c'est faire en sorte de remonter les gens qu'elle a pu croiser, pour savoir qui elle est susceptible d'avoir contaminé. L'application Stop Covid elle permet en partie d'automatiser ce travail-là, pour pouvoir prévenir les gens qui ont été en contact avec une personne, potentiellement contaminante. Et donc l'idéal ce serait évidemment que cette application soit prête pour le 11 mai, je n'en ai pas la certitude, on travaille d'arrache-pied, on a aussi souhaité mettre un certain nombre de lignes rouges, de barrières, autour de cette application : l'anonymat des personnes à l'intérieur, la protection des données dans le règlement européen évidemment, la non-conservation des données de manière définitive. Et donc tout un tout un tas de lignes rouges qui devront permettre qu'elles puissent se mettre en place, à droit constant, s'il s'avérait qu'elle était nécessaire, in fine. 

MARC FAUVELLE  
Quelle est la consigne, Sibeth NDIAYE, du gouvernement, au sujet des grandes vacances, des vacances d'été, qu'est-ce que vous dites aux Français ? 

SIBETH NDIAYE  
C'est très difficile, au moment où je vous parle, aujourd'hui au à la mi-avril, de dire de quoi le monde sera fait au mois de juillet ou au mois d'août prochains. On voit bien que les vagues épidémiques dans d'autres pays du monde n'ont pas la même intensité, elles ne se sont pas déroulées au même moment, donc je ne peux pas vous dire avec certitude qu'est-ce qu'il en sera d'un voyage aux Etats-Unis, d'un voyage dans un pays africain, d'un voyage dans un pays asiatique. Et donc il serait je crois assez mal aisé de dire d'ores et déjà : vous pouvez prendre un billet d'avion pour aller faire une croisière à l'autre bout du monde. De la même manière en France, je ne sais pas encore dans le cadre du déconfinement, où nous en serons de l'évolution de l'épidémie, donc j'aurais plutôt tendance à appeler à avoir un peu de patience et surtout de prudence en la matière.  

RENAUD DELY  
Et qu'est-ce que vous dites aux français, Sibeth NDIAYE, qui envisagent, qui avaient prévu de se marier au printemps ? Est-ce que vous leur dites de repousser leur mariage à l'automne ? 

SIBETH NDIAYE  
Alors, ça dépend au fond des circonstances dans lesquelles vous voulez le faire. Mais on voit bien que, organiser le 12 mai un rassemblement avec 200 personnes pour votre mariage, ce n'est sans doute pas une bonne idée, compte tenu de l'état de circulation du virus aujourd'hui. Et donc au fond c'est aussi une décision qui est personnelle, est-ce que c'est quelque chose qui peut se faire en petit comité, est-ce que vous aviez l'espoir d'avoir toute votre famille au sens très large et beaucoup d'amis réunis autour de vous. Nous, ce qu'on dit simplement, c'est que nous ne levons pas aujourd'hui l'interdiction de rassemblement après le 11 mai, et donc il faut que chacun puisse s'adapter dans cette circonstance-là, même si c'est parfois très difficile pour chacun de vivre ces moments-là, pas de la manière dont on les avait imaginés. 

MARC FAUVELLE  
Je reviens d'un mot à ce que vous avez dit sur les vacances, Sibeth NDIAYE, vous avez dit : c'est trop tôt pour savoir quelle sera la situation cet été et donc prudence, ne prenez pas de réservation de billets pour l'instant, ça vaut aussi pour les vacances en France ? 

SIBETH NDIAYE  
Je vous le dis d'un point de vue général. Aujourd'hui je n'ai pas la certitude de ce qui se passera au mois de juin, au mois de juillet, au mois d'août, donc j'appelle tout le monde à la prudence, de toute façon on voit bien aujourd'hui qu'on a une offre de transport qui est très réduite. Je ne sais pas dans le cadre du déconfinement et dans les mois qui suivront, quelle sera la montée en puissance du plan transport, par exemple pour la SNCF, donc j'appelle tout simplement, je sais que c'est très frustrant, mais je pense qu'il faut vivre les choses, étape par étape, là on est encore dans le confinement, c'est une étape qu'il faut respecter, parce que c'est parce qu'on respectera le confinement, que le déconfinement sera possible à partir du 11 mai. C'est parce qu'on aura un déconfinement où les gestes barrières continueront vraiment à être utilisés par tout le monde, où le mètre de protection sera mis en place, que nous pourrons avoir l'espoir de retourner progressivement à une vie normale. Mais je crois qu'il est important de vivre les choses pour l'instant, étape par étape, quelle que soit la frustration, que cela entraîne malheureusement. 

MARC FAUVELLE  
Je suppose Sibeth NDIAYE que vous avez suivi comme nous cette Conférence de presse d'Edouard PHILIPPE et d'Olivier VERAN jusqu'au bout. Hier et Edouard PHILIPPE et son ministre ont rappelé pendant 2 heures l'importance des gestes barrières, vous avez vu le dernier geste qu'il a fait avant de quitter Matignon ? 

SIBETH NDIAYE  
Pas du tout. 

MARC FAUVELLE  
Une petite tape dans le dos du ministre. Ce n'est pas gagné les gestes barrières.  

SIBETH NDIAYE  
On voit bien qu'on a des réflexes qui font que, mais d'ailleurs je pense que tout le monde l'éprouve au quotidien, c'est difficile la distanciation sociale… 

MARC FAUVELLE  
Ça, je vous le confirme.  

SIBETH NDIAYE  
C'est difficile de ne pas prendre quelqu'un dans ses bras quand il y a de l'émotion, quand on a envie de rassurer, quand on a envie d'être rassuré soi-même ou quand on a envie d'être félicité, et donc on voit bien la difficulté que cela représente, et je mesure ô combien le sacrifice que ça implique pour chacun de nos compatriotes, mais il faut qu'on tienne ensemble, parce que c'est comme ça qu'on retrouve un jour une vie normale, vraiment.

 MARC FAUVELLE  
Merci beaucoup Sibeth NDIAYE. 

SIBETH NDIAYE  
Merci à vous. 

MARC FAUVELLE  
Et bonne journée à vous. 


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 avril 2020