Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 15 mai 2020, sur le respect des règles de déconfinement, la situation sanitaire et économique (tourisme) et l'organisation du 2e tour des élections municipales.

Texte intégral

GUILLAUME DARET 
La porte-parole du gouvernement est avec nous. Bonjour Sibeth NDIAYE, merci d'être avec nous ce matin. Alors le Premier ministre a annoncé hier que les Français pourront partir en vacances en France en juillet et en août. Est-ce que ça signifie que l'épidémie est maîtrisée et derrière nous ?  

SIBETH NDIAYE 
Cela signifie que nous avons souhaité donner de la perspective aux Français, comme le président de la République l'a d'ailleurs dit lors du dernier conseil des ministres. Nous sommes sur la bonne voie mais la partie n'est pas encore gagnée. Nous avons encore beaucoup d'efforts à fournir d'ici les vacances de juillet et d'août mais nous souhaitons faire en sorte, à la fois pour le secteur du tourisme mais aussi je crois pour tous les Français qui peuvent se permettre de partir en vacances, d'avoir une perspective, une bouffée d'air, d'oxygène qui permette de se projeter dans un moment que tous attendent impatiemment. 

GUILLAUME DARET 
Quel bilan d'ailleurs vous tirez de cette première semaine de déconfinement ? Positif, négatif ? L'attitude des Français vous rassure ou, au contraire, elle vous inquiète ?  

SIBETH NDIAYE 
Je crois qu'on peut tirer un bilan qui est globalement positif, un peu comme pendant le confinement. Une fois que tout le monde s'est un peu adapté à ce qui était la nouvelle donne, je trouve que le déconfinement, les mesures du déconfinement sont globalement très bien respectées. On voit d'ailleurs dans les transports en commun que les Français respectent très largement le port du masque et donc, c'est un élément de satisfaction pour nous de voir que les mesures que nous avons mises en place, elles ont été bien comprises, bien adoptées par l'ensemble de nos compatriotes.  

GUILLAUME DARET 
Alors les cafés et les restaurants situés en zone verte pourraient rouvrir le 2 juin, évidemment si la situation sanitaire le permet. Il y a tous ceux aussi qui sont en zone rouge, qui disent aujourd'hui qu'ils ne s'en sortent plus. Quel objectif pour la réouverture des cafés et des restaurants en zone rouge ? Quel est l'objectif ?  

SIBETH NDIAYE 
C'est difficile à ce stade d'apporter une réponse. Ce que nous avions dit, c'était que le 25 mai, nous pourrions dire définitivement si oui ou non en zone verte on était capable d'ouvrir. Il y a un travail de préparation très intense du secteur du tourisme, des hôtels, des commerces, de la restauration pour pouvoir rouvrir à partir du 2 juin dans les zones vertes. Et donc moi, je veux évidemment saluer le travail qui est fait, notamment sur les mesures sanitaires vraiment de manière très étroite avec le gouvernement et les autorités sanitaires. Pour ce qui est des zones rouges, vous le savez, on a décidé d'évaluer par paliers de trois semaines la situation, pour voir s'il est possible de faire quelque chose. Mais à ce stade, je recommande vraiment la prudence sur les zones rouges.   

GUILLAUME DARET 
Pour ce qui est des zones vertes, des mesures sanitaires, certains restaurateurs disent : les mesures sanitaires, on ne va pas s'en sortir. S'il faut un certain nombre de mètres carrés, peut-être que finalement il vaudra mieux ne pas ouvrir plutôt qu'ouvrir à moitié et devoir payer du personnel. Qu'est-ce que vous leur répondez ?  

SIBETH NDIAYE 
Alors je comprends évidemment qu'il y ait des inquiétudes. Le sujet que vous évoquez est celui de la distanciation sociale, comment on organise les restaurants, les terrasses, que cette distanciation sociale soit respectée. Le Premier ministre hier a eu l'occasion de recevoir par visioconférence les acteurs du tourisme et des industries touristiques, et donc nous devons encore travailler là-dessus. Nous savons que cette distanciation sociale, c'est de la protection. Avant tout de la protection pour les collaborateurs, de la protection pour les clients. Il faut voir comment les choses s'organisent mais moi, j'ai toute confiance dans la profession qui est vraiment extrêmement volontariste aujourd'hui pour qu'on arrive ensemble à trouver des solutions qui permettent à la fois d'organiser la protection sanitaire et, en même temps, de reprendre une activité économique qui est indispensable pour ce secteur.  

GUILLAUME DARET  
Alors pour savoir si on pourra partir en Europe, il faudra encore attendre un petit peu. C'est une de vos collègues du gouvernement qui l'a dit. Parmi les destinations en France, il y a par exemple la Corse. Gilles SIMEONI, le président du conseil exécutif de l'île, veut que les vacanciers qui souhaiteraient venir sur l'île présentent un test de dépistage négatif prouvant qu'ils n'ont pas le Coronavirus. Est-ce que c'est acceptable ?  

SIBETH NDIAYE 
Alors j'entends beaucoup cette idée du passeport d'immunité qui permettrait, au fond, de savoir si vous avez le Coronavirus et ainsi de circuler plus librement. J'appelle simplement l'attention collective sur le fait que ça n'est pas qu'une solution qui est miraculeuse parce qu'au fond, si on vous fait un test à l'instant T, un test virologique, on vérifie si vous êtes malade à ce moment-là. Mais vous pouvez être dans une période d'incubation, vous pouvez attraper la maladie le lendemain et ça ne garantit pas que vous n'importiez pas le virus sur tel ou tel territoire.   

GUILLAUME DARET 
Donc vous n'êtes pas convaincu par l'idée de Gilles SIMEONI.  

SIBETH NDIAYE 
Je dis simplement est-ce que ça peut réellement fonctionner ? On pourrait aussi imaginer que des tests sérologiques, ceux qui permettent de savoir si vous avez été malade dans le passé et donc si vous présentez une immunité, puissent être utilisés mais, là encore, nous n'avons pas de doctrine des autorités sanitaires qui nous permette avec certitude de considérer que ces tests sont totalement fiables d'une part, et que l'immunité perdure dans le temps de manière durable. Donc il y a encore beaucoup d'incertitudes scientifiques. Je comprends la volonté de chacun de protéger son territoire mais je dis : attention, ne faisons pas dire ou faire aux tests des choses qu'ils ne sont pas capables de dire ou faire.   

GUILLAUME DARET 
SANOFI ne privilégiera aucun pays avec un vaccin, il n'y aura aucune avance particulière d'un pays, d'aucun pays particulier a certifié hier le président du conseil d'administration du groupe sur France 2. Est-ce que ces garanties-là vous rassurent et vous suffisent ?  

SIBETH NDIAYE 
Eh bien écoutez, je ne peux que faire confiance à la direction de l'entreprise après une première communication qui avait jeté le trouble, et c'était bien normal qu'elle jette le trouble parce que de toute évidence, dans cette pandémie, on a besoin d'avoir ce vaccin. Vous savez que le président de la République s'est beaucoup mobilisé au niveau international pour qu'un certain nombre d'institutions non seulement soient dotées financièrement par des participations financières diverses, mais qu'en plus il puisse y avoir un total accès sur l'ensemble de la planète. On sait qu'il y a des pays qui sont fragiles, je pense notamment aux pays africains, et il ne serait évidemment pas acceptable que ce bien commun ne soit pas disponible pour tous.   

GUILLAUME DARET 
Rassurée mais attentive si je vous comprends bien.  


SIBETH NDIAYE
 Tout à fait. Très vigilants.  

GUILLAUME DARET 
Alors vous avez évoqué le 14 juillet et la mise en avant des personnels soignants. On va y revenir dans un instant. D'abord question courte, réponse courte. Est-ce que ça signifie que le traditionnel défilé du 14 juillet aura bien lieu ?  

SIBETH NDIAYE 
Alors ça, c'est encore une inconnue. Nous souhaitons évidemment que ce moment de rassemblement national puisse être au rendez-vous et que les Français puissent en profiter comme c'est le cas chaque année. Evidemment il faudra regarder en fonction de la situation sanitaire comment est-ce que cela sera possible de l'organiser, de manière concrète et opérationnelle.  

GUILLAUME DARET 
Quand est-ce qu'on le saura ? Ce sera tranché dans les semaines à venir, dans les jours à venir j'imagine.  

SIBETH NDIAYE 
Alors on a un premier bilan qui va être fait de la situation épidémique à la fin du mois de mai. Nous nous aurons d'ici-là, du coup, une certaine visibilité sur ce qu'il est possible d'organiser mais les armées, comme la présidence de la République évidemment, sont capables d'adapter l'organisation de ce défilé.  On sait d'ores et déjà que les rassemblements de plus de 5 000 personnes ne seront pas possibles, malheureusement, d'ici au mois d'août, donc il nous faudra vivre un 14 juillet sans doute un peu différent de ce à quoi nous avons été habitués depuis très longtemps.  

GUILLAUME DARET 
Sans feu d'artifice ça veut dire, probablement.  

SIBETH NDIAYE 
Ça, je ne peux honnêtement pas encore vous le dire. Il faut vraiment regarder en fonction de la situation épidémique et sans doute y aura-t-il des différences entre les zones rouges et les zones vertes. Mais tout ceci est à confirmer en fonction des indicateurs sanitaires dont nous disposerons.  

GUILLAUME DARET  
Alors vous avez annoncé qu'une médaille de l'engagement face aux épidémies sera réactivée. "On ne demande pas une médaille, on veut des moyens, c'est une provocation" vous répondent plusieurs professionnels du monde de la santé. Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?  

SIBETH NDIAYE 
Alors je crois honnêtement qu'il y a un malentendu. Moi je pense que c'est important que la Nation témoigne de sa reconnaissance de manière symbolique à tous ceux qui se sont engagés. Pas uniquement les soignants mais je pense aussi à tous ceux qu'on a appelés cette fameuse deuxième ligne. Qu'ils puissent avoir une reconnaissance parce qu'ils ont fait là quelque chose d'extraordinaire en s'engageant contre l'épidémie. Mais évidemment, et c'est notre engagement qui a été réitéré à de nombreuses reprises, nous aurons un plan d'investissement massif dans l'hôpital. Le président de la République l'a d'ailleurs dit très tôt, c'était le 25 mars quand il était à Mulhouse, donc évidemment nous aurons à la fois cette reconnaissance qui est une reconnaissance symbolique. Mais moi je crois que c'est vraiment très important quand vous avez eu un engagement que la Nation dise devant tous ses enfants en quelque sorte, devant tous ses citoyens : oui, nous reconnaissons l'engagement que vous avez eu. Il y a aussi une reconnaissance qui est financière, elle a commencé avec des primes qui ont été décidées pour les soignants et les personnels non-médicaux dans les hôpitaux qui ont été engagés dans la lutte contre le Covid, mais aussi d'ailleurs sur tout le territoire national, et il y aura un plan d'investissement et de revalorisation des carrières des soignants.   

GUILLAUME DARET
 On parle des moyens financiers. Le maire de Cannes propose que le produit des amendes des contraventions dressées pour non-respect du confinement soit versé pour moitié au secteur de la santé, pour moitié aux communes. Est-ce que vous pourriez reprendre cette idée ?  

SIBETH NDIAYE 
Alors je veux d'abord rappeler que le produit des amendes est ce qu'on appelle une taxe non affectée, autrement dit il va directement dans le budget de l'Etat. Si on devait mettre en regard ce que sera sans doute le plan d'investissement que nous envisageons pour l'hôpital, la revalorisation des carrières des soignants, je crois que c'est sans commune mesure avec le produit de ces amendes. De toute façon, tout cela va dans le budget de l'Etat. Nous avons un engagement très clair de l'Etat, du gouvernement, du président de la République pour ce plan de revalorisation et je ne crois pas qu'en fléchant tel ou tel produit d'amende, on soit à la hauteur de ce qui est nécessaire pour le plan d'investissement que nous aurons pour l'hôpital. 

GUILLAUME DARET 
Cette crise en tout cas rebat évidemment le calendrier politique et parlementaire. Le délégué général de La République en Marche, Stanislas GUERINI, explique que la réforme des retraites, il faut peut-être tout simplement la reporter à un prochain projet présidentiel, à un prochain mandat. Est-ce que vous nous confirmez ce matin que cette réforme est purement et simplement abandonnée pour ce quinquennat, qu'elle n'est plus à l'ordre du jour ?  

SIBETH NDIAYE 
Il y avait, vous le savez, beaucoup de réformes qui étaient soit en cours d'examen au Parlement avant la crise du Coronavirus ; beaucoup de réformes aussi qui étaient imaginées, lancées. Nous avons pour l'instant tout suspendu parce qu'évidemment, ce n'était pas envisageable de continuer tel quel pendant la crise du Coronavirus. 

GUILLAUME DARET 
Suspendues mais pas abandonnées

SIBETH NDIAYE 
Nous aurons la discussion avec les mouvements politiques de la majorité sur ce qu'il convient de faire dans la deuxième partie du quinquennat. Vous savez, nous aurons beaucoup à faire pour organiser la relance de notre activité économique, et donc nous sommes aujourd'hui dans le temps de la gestion de la crise et viendra le temps où nous devrons faire des arbitrages sur ce qui se poursuit, ce qui doit s'arrêter, ce qui doit être reporté. Mais ces arbitrages-là ne sont pas encore pris.  

GUILLAUME DARET 
Une étude publiée ce matin par nos confrères du Monde montre que le premier tour des municipales n'aurait pas contribué à la propagation du virus. Est-ce que ça vous encourage à faire le second tour dès le mois de juin ?  

SIBETH NDIAYE 
Pour ce qui est du second tour au mois de juin, nous nous appuierons sur ce que nous dira à ce moment-là le consensus scientifique. Est-ce possible ou non ? Si oui, à quelles conditions. Nous avons un processus qui est très clair. Avant le 23 mai, un rapport doit être rendu par le Conseil scientifique qui nous donnera des indications sur cela et nous sommes également attachés à ce qu'il y ait un consensus national autour de cette question pour que, au fond, ne se répète pas la situation que nous avons connue au premier tour où beaucoup étaient d'accord avant et se sont découverts contre après. 

GUILLAUME DARET 
Ça pourrait être tranché dès la semaine prochaine ?  

SIBETH NDIAYE 
Alors le 23 mai, ça intervient à la fin de la semaine prochaine. Donc ce que je peux vous dire, c'est que ce rapport du Conseil scientifique doit être rendu avant afin que nous puissions informer le Parlement. 

GUILLAUME DARET 
Merci beaucoup Sibeth NDIAYE d'avoir été avec nous ce matin. 

SIBETH NDIAYE 
Merci à vous.   


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 mai 2020