Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail, à LCI le 11 mai 2020, sur l'action de la CGT qui a conduit au blocage de l'usine Renault de Sandouville en raison de l'insuffisance des mesures prises face au coronavirus.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX 
Bonjour Muriel PENICAUD. 

MURIEL PENICAUD 
Bonjour Elisabeth MARTICHOUX. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur LCI. Gros enjeu en effet pour les Français, c'est une drôle de rentrée, 400.000 entreprises rouvrent ce matin après une paralysie imposée, il faut rattraper le temps perdu, c'est ça le défi, Muriel PENICAUD ? 

MURIEL PENICAUD 
Alors, les 400.000 entreprises qui peuvent rouvrir ce matin, ce sont les commerces non-alimentaires, puisque les autres entreprises, en dehors des bars et des restaurants n'ont pas eu d'interdiction de fermer depuis le début. Simplement, aujourd'hui, on ouvre le commerce non-alimentaire, c'est près de 900.000 emplois à la clé, et puis c'est surtout pour tous les Français, je pense, la capacité à retrouver le chemin de pouvoir faire ses courses, et je pense que ça va faire du bien à tout le monde, évidemment avec des mesures de précaution qui sont très importants. Et il y a évidemment un guide pour le commerce non- alimentaire aussi qui permet d'avoir les mesures sanitaires pour les salariés comme pour les clients. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Alors, vous savez que les Français sont un peu sur les freins, il y en a beaucoup qui sont contents de retrouver le travail, mais pour 53 % des Français, en tout cas, une petite majorité, ils estiment que la santé est plus importante que l'économie, et pour vous ? 

MURIEL PENICAUD 
Eh bien, en fait, ça ne s'oppose pas, parce que, évidemment, la santé est prioritaire, et c'est pour ça d'ailleurs qu'on déconfine prudemment, parce qu'il faut évidemment ne pas recréer une circulation plus importante du virus, mais le virus circule toujours, donc il faut faire très attention. Mais en même temps, l'économie, c'est quoi, c'est l'emploi, c'est l'emploi de demain, c'est les services qui sont apportés aux Français, on a, dans un premier temps, avec le chômage partiel, protégé, mais massivement l'emploi en France. C'est 26 milliards d'euros qui y sont consacrés, et aujourd'hui, il y a 12,2 millions de salariés qui sont couverts par le chômage partiel, c'est plus d'un million d'entreprises sur 1.300.000, donc aucun pays n'a fait ça dans cette ampleur… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Est-ce que c'est le pic d'ailleurs, est-ce qu'à votre avis… 

MURIEL PENICAUD 
Mais pour que l'emploi soit durable, il faut que l'emploi reprenne… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Est-ce qu'à votre avis… 

MURIEL PENICAUD 
Ce n'est pas durable, on ne peut pas indéfiniment être confiné. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
On va en parler. Mais 12,2 millions, c'est ce que vous nous dites ce matin, c'est le dernier chiffre en date, j'imagine, puisque vous en avez un tous les soirs, pour vous, c'est le pic, puisque normalement, il devrait y avoir une décrue à partir d'aujourd'hui, non, du chômage partiel ? 

MURIEL PENICAUD 
Oui, alors 12,2 millions, c'est les demandes des entreprises, et maintenant, on va pouvoir commencer à constater la réalité de ce qu'elles utilisent, ce qui va bien sûr décroître, puisque l'activité, on l'a vu, ces derniers jours, et ça va s'accentuer avec l'ouverture des commerces aujourd'hui, reprend progressivement, prudemment, dans beaucoup de secteurs, mais elle reprend ; et il faut bien comprendre que c'est ça qui va sauver l'emploi à terme, l'activité économique, ça crée la richesse, ça crée l'emploi et ça permet le partage de la valeur, si on n'a pas d'activité économique, alors, l'emploi sera en danger très fortement à la sortie de la crise. Donc c'est pour ça que le chemin… la meilleure manière de préserver l'emploi maintenant, c'est quand même le travail. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Pourquoi vous dites ça, parce que vous avez peur que, précisément, il y ait des réticences à reprendre l'emploi, des entreprises petites qui auraient peur de rouvrir, vous vous voulez rappeler que c'est quand même fondamental de sauver l'emploi aussi ? 

MURIEL PENICAUD 
Je pense que… vous savez, si dans plusieurs mois, l'emploi va très mal, c'est beaucoup de gens qui vont vivre très difficilement, donc c'est notre devoir à tous d'articuler, moi, ce que je vois, c'est que c'est tout à fait possible de viser à la fois la santé et à la fois l'économie et donc l'emploi. Pourquoi je dis ça, parce que je vois plein d'entreprises qui le font, j'étais la semaine dernière à ALCAN, dans le Val-de-Marne, c'est une entreprise, c'est une PME de 170 salariés dans l'aéronautique, eh bien, ils ont une partie des salariés en chômage partiel, de moins en moins, mais ils ont aussi des salariés qui viennent physiquement, et dès le 17 mars, ils avaient mis en place des mesures qui sont finalement celles qu'on retrouve dans le protocole de déconfinement, dans les guides maintenant, eh bien, les salariés se sentent protégés, il y a eu un excellent dialogue social, et en même temps, leur activité économique reprend, donc ce n'est pas « ou, ou », on ne va pas choisir entre la santé et l'emploi, il faut les deux, mais pour ça, il faut travailler en tenant compte des conditions de santé. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Alors questions très courtes déjà pour rappeler quelques règles sur le télétravail qui va être plus ou moins adopté ou prolongé par les entreprises, vous avez publié un guide samedi, il y a à peine 48 heures, l'employeur peut-il obliger le salarié au télétravail, qu'il y ait eu un accord d'entreprise ou pas, et à l'inverse, est-ce que le salarié, lui, qui le souhaite, peut-il rester au télétravail contre la volonté de son employeur ? 

MURIEL PENICAUD 
Alors dans le cas d'une pandémie, effectivement, l'employeur peut imposer le télétravail, évidemment pour des métiers qui s'y prêtent, moi, j'estime que c'est à peu près un métier sur quatre. 5 millions d'emplois sur les 20 millions peuvent être en télétravail, 5 à 8 selon les experts. Et puis, du côté des salariés, depuis les ordonnances travail que nous avons prises en 2017, le salarié a un droit au télétravail si son poste, bien sûr, le permet, et donc il peut faire exercer ce droit, et c'est à l'entreprise de prouver que ça n'est pas possible, donc il a aussi un droit fort pour demander le télétravail si c'est possible. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Alors Jean-Luc MELENCHON, hier, était invité de Radio J, il n'a pas mâché ses mots, pour lui, les conditions de retour au travail, c'est, je le site, du grand n'importe quoi, et il est plus précis encore, écoutez-le. 

JEAN-LUC MELENCHON, PRESIDENT GROUPE LFI A L'ASSEMBLEE NATIONALE  
Le président MACRON et sa majorité ont supprimé les comités d'hygiène sécurité environnement dans les entreprises, par conséquent, les travailleurs sont dénués de moyens d'évaluer la situation, c'est très important, les gens, ils vont gagner leur vie, ils ne vont pas se suicider pour le bonheur d'une entreprise ! 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Alors, Muriel PENICAUD, Jean-Luc MELENCHON, hier, sur Radio J, est-ce que cette reprise, ça revient à demander aux salariés de se suicider, et puis, c'est vrai, les comités d'hygiène, loi 2017, ont fusionné dans un ensemble plus vaste, de comité social, est-ce que vous n'avez pas désarmé les entreprises face au risque de santé ? 

MURIEL PENICAUD 
Alors, je crois que Jean-Luc MELENCHON ne se rappelle plus bien les ordonnances de 2017, on ne supprime pas les missions de santé et sécurité, bien sûr, dans les entreprises, c'est essentiel, et c'est essentiel, je peux vous dire, dans mon activité, mais ce qu'on a fait, c'est qu'on a fusionné les instances, et on voit que ça sert beaucoup aujourd'hui pour pouvoir discuter de tout à la fois, aujourd'hui, il y a des milliers et des milliers, des dizaines de milliers de comités socio-économiques qui se réunissent dans les entreprises, qu'est ce qu'ils font, ils regardent comment organiser le travail, comment organiser le temps de travail, ça, ça aurait été le CE d'avant, et puis aussi, les sujets de santé et de protection, ça, c'était le CHSCT, enfin, c'était éclaté entre plusieurs endroits. Il n'y avait pas un lieu où le chef d'entreprise, il parlait de tout avec les délégués syndicaux, avec les élus du personnel, et donc maintenant, c'est tous dans la même instance, le CSE, et je peux vous dire qu'ils sont réunis tous les jours des milliers en ce moment en France, que ça se passe bien dans la plupart des cas. Moi, tous les deux jours, j'ai une réunion téléphonique avec les partenaires sociaux au plan national, on s'alerte mutuellement quand il y a des cas qui dysfonctionnent, il y en a toujours, statistiquement quelques-uns, mais ils saluent aussi le fait que dans beaucoup d'entreprises, ce dialogue dans le CSE a lieu et permet, c'était le cas d'ALCAN, que je citais tout à l'heure, il permet de définir le protocole sanitaire, évidemment, il ne faut pas choisir entre la santé et le travail, il faut les deux, il n'y a pas de compromis, et moi, je ne ferai aucun compromis sur la santé des travailleurs, ça, pas question de le faire. Mais il faut relier les deux, et ça, c'est le dialogue social, c'est clef. Alors si Jean-Luc MELENCHON ne croit pas au dialogue social dans le CSE, moi, je le vois sur le terrain, j'y crois. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Vous récusez l'accusation de Jean-Luc MELENCHON, est-ce que ce type de déclaration, ça freine la reprise économique, est-ce que ça joue selon vous à rebours des intérêts de l'économie française ? 

MURIEL PENICAUD 
Non, puisque les salariés sur le terrain, vous savez, ils tiennent à leur outil de travail, ils tiennent à leur travail. Et donc, s'il y a les conditions sanitaires, encadrées par le protocole de déconfinement, par les guides métiers qu'on fait, sur lesquels les partenaires sociaux sont consultés systématiquement, et que dans l'entreprise, il y a un bon dialogue social, et il y a des conditions sanitaires, eh bien, il y a beaucoup de salariés qui veulent retourner au travail. Donc je ne crois pas que le problème soit là… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Mais est-ce que le souci de Jean-Luc MELENCHON, c'est quand même ça, de bloquer la reprise, de planter la reprise, comme l'a dit Valérie PECRESSE hier ? 

MURIEL PENICAUD 
Je constate que France Insoumise, effectivement, pousse, finalement, à abîmer le tissu productif et de l'emploi, je le constate factuellement, je le regrette, parce que dans un contexte aussi difficile, toutes les forces politiques devraient viser et la santé et l'emploi.  

ELIZABETH MARTICHOUX 
La reprise aussi, en un mot, elle a inspiré cette photo à une antenne de la CGT Info'Com, je pense qu'on va pouvoir la voir, qui vous imagine en dominatrice sado-maso devant Laurent BERGER en soumis. On ne va pas y passer l'hiver, mais est-ce que ce genre d'humour vous fait rire d'abord ? 

MURIEL PENICAUD 
Ce n'est pas de l'humour. Ce n'est pas de l'humour,  et Laurent BERGER a réagi également, la CFDT, beaucoup de forces politiques et syndicales ont réagi, ça rappelle des mauvaises heures de la France, quand on se permet d'avoir un dénigrement, quand un syndicat, en l'occurrence la CGT, se permet d'avoir un dénigrement du dialogue social qui est condamné, mais en tenant des propos homophobes et sexistes, puisqu'il y a eu deux caricatures, eh bien, je trouve ça immonde, et je pense que les Français, ils attendent autre chose de leurs syndicats, ils attendent qu'ils les défendent, pas qu'ils vilipendent les autres.  

ELIZABETH MARTICHOUX 
Vous vous sentez insultée ? 

MURIEL PENICAUD 
Non, moi, personnellement, pas du tout, mais, ce n'est pas mon sujet, mais je trouve ça grave que dans notre pays aujourd'hui, un syndicat puisse faire des photomontages ouvertement homophobes, sexistes et qui dénigrent le dialogue social, oui, ça, je trouve ça grave pour notre démocratie sociale. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Alors la CGT a publié un communiqué pour dire que ce n'était pas la CGT, c'est une antenne de la CGT, vous, vous dites… 

MURIEL PENICAUD 
Après les protestations de tout le monde 24h plus tard, oui… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Oui, vous dites, ça ne rend pas service aux salariés, dans le fond ? La CGT ne rend pas service aux salariés… 

MURIEL PENICAUD
 Vous pensez que c'est ça qu'attendent les salariés, aujourd'hui, ils attendent quoi ? Les salariés, ils attendent que leur emploi soit maintenu, parce qu'ils s'inquiètent aujourd'hui avec la crise économique, ils veulent que la santé soit protégée sur le lieu de travail, c'est ça qu'ils veulent les salariés. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Alors la CGT, encore un chapitre qui nous amène à RENAULT, Sandouville, l'usine RENAULT, 2.000 salariés ce matin qui devaient reprendre un travail, ce ne sera pas le cas, puisque la justice a donné raison à la dénonciation d'une faute de procédure de la CGT qui donc empêche l'usine de tourner. La CFDT, Laurent BERGER, qui est représenté dans l'entreprise, a parlé d'irresponsabilité. Vous diriez la même chose ou pas ? 

MURIEL PENICAUD 
Moi, je suis choquée, je ne comprends pas l'attitude de la CGT, RENAULT a fait le travail avec ses organisations syndicales sur le protocole de santé pour pouvoir faire la reprise de façon sécurisée pour les salariés. Trois syndicats ont signé ce protocole, la CGT s'est plainte d'un vice de procédure, mais mettre un vice de procédure en face de l'emploi, parce que c'est l'emploi qui est en question, là, il y a 700 intérimaires qui devaient prendre un emploi ce matin, eh bien, ils ne l'ont pas, et il y a 1.000 salariés qui devaient reprendre leur emploi, qui ne l'ont pas repris encore. Il faut savoir ce qu'on cherche dans la vie, est-ce que la santé et l'emploi sont notre priorité, moi, je réponds oui, et je suis étonnée qu'aujourd'hui, et je pense que ça n'aurait pas été le cas, il y a quelques années, un syndicat joue vice de forme pour bloquer l'emploi. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Ça n'aurait pas été le cas il y a quelques années, pourquoi, il y a une dérive ? 

MURIEL PENICAUD 
Maurice THOREZ défendait l'outil de production, moi, je crois que, aujourd'hui, RENAULT est un constructeur auquel nous sommes tous attachés, tout le monde sait que c'est une situation très difficile pour l'automobile en ce moment, les conditions sanitaires sont réunies. Je trouve ça choquant qu'un syndicat joue contre ça. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Donc il ne défend plus l'outil de production, il le bloque en somme ? 

MURIEL PENICAUD 
En l'occurrence, oui, alors pas partout, encore une fois, je vois des entreprises où il y a le CSE, tous les syndicats sont là, la CGT y compris, et on voit des protocoles sanitaires, donc ce n'est pas le cas partout, mais là où ça a lieu, ça pose question.

 ELIZABETH MARTICHOUX 
Muriel PENICAUD, au nom de la préservation de l'emploi, vous parliez des intérimaires, vous voulez détendre les règles au bénéfice de l'entreprise, les règles qui régissent les contrats courts, les CDD, l'intérim, voilà, vous voulez permettre aux entreprises d'en faire davantage, de renouveler davantage ce type de contrat, pour le coup, est-ce que vous ne risquez pas de crisper les syndicats, vous en avez parlé avec Laurent BERGER ? 

MURIEL PENICAUD 
Non, oui, bien sûr, j'en ai parlé avec toutes les organisations syndicales et patronales, tout ce qu'on fait, on en parle d'abord, il ne s'agit pas de changer durablement les règles, il s'agit, dans l'instant T, il y a des entreprises qui repartent, qui avaient des CDD et des intérimaires, qu'on a protégés par le chômage partiel, mais qui, du coup, pendant le chômage partiel, sont arrivés à échéance de leur contrat, si on ne change pas le droit, même provisoirement, ils perdent leur emploi. Et donc l'idée, c'est qu'ils puissent prolonger quelque temps, et évidemment, les durées vont être définies par décret, sur lesquelles je vais discuter avec les partenaires sociaux, mais je crois que là, c'est une mesure d'urgence qui n'est valable que pour la période de crise, évidemment, qui n'est valable que donc pour les mois qui viennent, qui va permettre de prolonger des contrats existants qui, sinon, iraient au chômage. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Et c'est une disposition qui pourrait courir, parce que c'est complètement à rebours de tout le discours de la CFDT qui précisément était très à cheval par exemple sur les contrats courts, pour pouvoir les réduire au maximum, là, on va pouvoir les multiplier, jusqu'à quand, jusqu'à… 

MURIEL PENICAUD 
Non, c'est l'inverse, moi, je suis la première à me battre contre les contrats courts, c'était la raison principale de la réforme de l'assurance chômage, donc l'excès de contrats courts, je me bats contre ça. Mais là, c'est des salariés qui avaient un contrat court qui n'a pas pu s'exercer à cause jusqu'au bout et qui a été finalement stoppé par la crise épidémique. Donc on leur a déjà permis d'avoir le chômage partiel pour qu'ils soient protégés pendant cette période-là, et l'idée, là, c'est qu'ils puissent continuer quelque temps, mais ça va être quelques semaines ou quelques mois, on va en discuter avec les partenaires sociaux pour qu'ils puissent continuer leur activité le temps que l'activité reprenne et qu'ils aient des chances d'avoir un autre emploi, je crois que c'est la protection aussi des plus vulnérables dont il est question. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Muriel PENICAUD, vous parliez du chômage partiel, pour l'instant, le reste à charge pour les entreprises est de 0 euro, jusqu'au 1er juin, à partir du 1er juin, vous souhaitez que ce soit augmenté, ce reste à charge, pour inciter à la reprise, j'imagine, dans quelles proportions, l'augmentation ? 

MURIEL PENICAUD 
Alors, aujourd'hui, maintenant, les conditions de la reprise, sont là, donc il n'y a pas tellement de raisons que ça soit l'Etat qui continue à payer l'intégralité des salaires de 12 millions de salariés en France, on va, je pense, tous être d'accord là-dessus, c'est 6 emplois sur 10 du secteur privé qui sont payés par l'Etat, et encore une fois, on a bien fait de le faire, chômage partiel massif, inédit, protecteur, comme on n'a jamais fait, pour sauver l'emploi, mais maintenant que l'activité reprend, il y a un moment donné où il faut aussi faire évoluer le système en fonction de la situation, et donc, c'est pour ça qu'on va définir, je pense, dans la semaine, quelle est la quote-part, quelle est la part de salaire que paiera l'entreprise, elle sera modique… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Jusqu'où ça pourrait aller ? 

MURIEL PENICAUD 
Nous ne l'avons pas encore décidé… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Jusqu'où pour vous, ça peut aller ? 

MURIEL PENICAUD 
Nous ne l'avons pas encore décidé, mais ça sera modeste dans un premier temps, et il sera progressif.  

ELIZABETH MARTICHOUX 
Modeste dans un premier temps, un premier temps qui durera jusqu'en septembre par exemple ? 

MURIEL PENICAUD 
Je j'annoncerai quand je l'annoncerai. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Donc à la fin de cette semaine ? 

MURIEL PENICAUD 
Mais ça va être progressif. E je pense que d'ici la fin de la semaine, oui… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Vous le saurez. Il y a une décision qu'on n'a pas toujours comprise, c'est que vous ayez interdit aux entreprises de tester leurs salariés, pourquoi ? 

MURIEL PENICAUD 
Alors dans le cadre du protocole de déconfinement, donc on valide, ministère du Travail, et le ministre de la Santé, nous avons vu avec le ministère de la Santé qu'on ne pouvait pas imposer des tests aux salariés, pour deux raisons, la première, c'est que ça ne sert à rien, parce qu'il faudrait faire le test tous les jours, vous pouvez être négatif un jour, positif le lendemain, donc il faudrait tester tous les salariés tous les jours. Donc ce n'est pas efficace. Et la deuxième raison, c'est que c'est un acte médical, une entreprise ne peut pas prescrire un acte médical, parce que ça revient à le prescrire indirectement, et prescrire un acte médical, c'est une intrusion dans la vie privée des salariés. Donc je crois qu'il faut faire très attention, les entreprises prennent les mesures qu'il faut pour protéger les salariés dans le champ de leurs responsabilités, en décalant les horaires de travail pour qu'on ne soit pas trop nombreux en même temps et dans les transports ou sur le lieu de travail, en changeant l'organisation du travail, en mettant en place les gestes barrières, en mettant en place les lavages de mains, les masques là où on ne peut pas être à plus d'un mètre, donc ça, c'est le rôle des entreprises, et puis, le rôle de la médecine, c'est de s'occuper de l'épidémie. Mais il ne faut pas mélanger les rôles, parce que c'est une intrusion dans la vie privée des gens, et d'autre part, ça ne sert à rien, parce qu'il faudrait le faire tous les jours. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Il y a quelques semaines, Bruno LE MAIRE, collègue du gouvernement, avait dit : il faudra faire des efforts, et il l'avait dit pour les salariés, pour les entreprises, qu'est-ce que vous dites, quels efforts il faut produire à partir d'aujourd'hui ? 

MURIEL PENICAUD 
Eh bien, pour les entreprises par exemple, c'est un effort de mettre en place les mesures sanitaires, ça ralentit la productivité, donc c'est un effort, mais qui est nécessaire. Mais pour les salariés aussi, vous savez, c'est comme pour les citoyens, c'est quand même des contraintes tous ces actes sanitaires, mais c'est des contraintes qui sont nécessaires, nécessaires pour sauver des vies, pour continuer à lutter contre la contagion du virus, donc, oui, c'est beaucoup de contraintes au quotidien, mais je crois qu'une grande majeure partie des Français est prête à le faire… 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Ce n'est pas tout à fait ça qu'il voulait dire, il ne parlait pas tout à fait de ce type d'efforts, il parlait par exemple d'une augmentation du temps de travail, c'est plutôt ça qu'il soulignait, Bruno LE MAIRE… 

MURIEL PENICAUD 
Alors, il y a des entreprises où ça se négocie, moi, je crois encore une fois au dialogue social, c'est sur le terrain que ça se négocie. Dans la plupart des entreprises, aujourd'hui, on est plutôt en sous-activité, donc la priorité, c'est que les 12 millions de personnes puissent retrouver leur emploi, aujourd'hui, leur contrat de travail est suspendu, elles n'ont pas perdu leur emploi, mais elles ne travaillent pas. Donc pour moi, la priorité, c'est que tout le monde puisse avoir un emploi. Et puis après, il y a certains secteurs qui vont être soumis à un rattrapage, et donc à beaucoup, beaucoup de commandes, beaucoup de travail, et là, les dispositions qu'on a prises permettent aux partenaires sociaux, dans le dialogue social, de discuter si on fait plus d'heures supplémentaires, si on organise le travail différemment, évidemment, les heures supplémentaires sont payées plus, je ne rappelle pas tout le droit du travail, mais ça, je crois beaucoup à cette discussion entreprise par entreprise, elle est nécessaire dans certains cas, et dans d'autres lieux, elle ne l'est pas. 

ELIZABETH MARTICHOUX 
Merci beaucoup Muriel PENICAUD d'avoir été en direct du ministère du Travail avec Sylvain GUYOT pour LCI ce matin, donc sur notre antenne, à l'heure où encore une fois, c'est le déconfinement ou la fin d'un confinement, et on verra comment ça se passe dans les jours qui viennent, on va suivre ça évidemment heure après heure sur LCI. Bonne journée à vous. 

MURIEL PENICAUD 
Merci. 

Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 mai 2020