Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes, à Radio Classique le 25 mars 2020, sur les questions de propagation du virus et l'accompagnement des parents pendant la période du confinement.

Texte intégral

RENAUD BLANC 
Bonjour Marlène SCHIAPPA 

MARLENE SCHIAPPA 
Bonjour. RENAUD BLANC Secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité femmes, hommes. Le conseil scientifique souhaite un allongement et un durcissement, depuis le début de la crise, vous dites que vous suivez les médecins. On va donc vers un confinement renforcé, Marlène SCHIAPPA ? 

MARLENE SCHIAPPA
 Ecoutez, je crois que dans la période que nous traversons, il est important effectivement que les décisions politiques soient éclairées par des conseils scientifiques, et c'est pour ça que le président de la République, mais aussi le Premier ministre et le ministre de la Santé, Olivier VERAN, ont souhaité installer ce conseil scientifique. Donc là, il a proposé une recommandation, basée sur une estimation scientifique, et nous verrons si le président de la République et le Premier ministre utilisent cette orientation à la lettre ou si elle est adaptée.

 RENAUD BLANC 
Mais la décision sera prise très, très rapidement, dans les heures qui viennent, j'imagine ? 

MARLENE SCHIAPPA
 Oui, en tout cas effectivement, la durée du confinement, je crois que ce qui est important de comprendre, c'est qu'elle dépend de nous, en réalité, c'est-à-dire, est-ce que nous avons un confinement qui est respecté, que nous ne sortons pas ou peu ou le moins possible, est-ce que véritablement, nous limitons ces fameuses interactions sociales sanitaires, et que, du coup, nous permettons au virus de ne pas circuler, et dans ces cas-là, le confinement sera peut-être moins long, ou est-ce que, à l'inverse, nous sortons, nous circulons, nous ne respectons pas les mesures barrières, nous nous serrons la main, nous nous embrassons, nous nous parlons à moins d'un mètre, nous nous tenons proches dans les files d'attente quand nous faisons des courses, et là, ça veut dire que le virus continue à circuler avec des conséquences graves, et que donc le confinement durera plus longtemps. Donc les options sont sur la table, et tout cela dépendra de l'évolution en réalité de ce virus. 

RENAUD BLANC
 Marlène SCHIAPPA, le confinement, seule solution aujourd'hui pour combattre le virus, le confinement qui peut aussi générer un terrain propice aux violences intrafamiliales.

 MARLENE SCHIAPPA 
Oui, c'est ma crainte dès lors que les mesures de confinement ont été annoncées, j'ai commencé à travailler avec les services de l'Etat et avec les acteurs de terrain sur un plan de lutte contre les violences conjugales, et j'ai échangé également avec mon homologue italienne, puisque l'Italie est confinée depuis un peu plus longtemps que la France, pour avoir des retours d'expérience, donc nous avons maintenu, transféré à distance, en télétravail, et maintenu le numéro du 39 19. 

RENAUD BLANC
 Il fonctionne, il fonctionne aujourd'hui ? 

MARLENE SCHIAPPA 
Il fonctionne, tout à fait, il fonctionne de 9h à 19h tous les jours de la semaine, et je voudrais aussi partager avec les gens qui écoutent Radio Classique la plateforme qui s'appelle « arrêtons les violences.gouv.fr » et qui permet, via une plateforme anonyme, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, de dialoguer avec des policiers et des gendarmes formés sur la question des violences. 

RENAUD BLANC 
Et c'est très difficile, j'imagine, quand même, d'appeler au secours avec son conjoint ou sa conjointe à quelques mètres, ça rend la situation encore plus difficile pour de nombreuses femmes. 

MARLENE SCHIAPPA 
Oui, vous avez tout à fait raison, j'ai fait un bilan avec la Fédération Nationale Solidarité Femmes qui gère le 39 19, qui me dit qu'on a divisé par 6 ou par 7 le volume d'appels par jour reçus au 39 19, et on observe la même chose dans les autres pays confinés, qui disposent d'un numéro de téléphone. Ça veut dire que le numéro de téléphone n'est pas la réponse la plus adaptée, c'est pour ça que je veux vraiment partager cette plateforme qui, elle, permet de signaler discrètement, depuis un ordinateur, sans faire de bruit, 24h sur 24 et 7 jours sur 7, ces violences… 

RENAUD BLANC 
Marlène SCHIAPPA, vous publiez un guide des parents confinés, c'est à l'Etat, à votre avis, d'expliquer aux parents comment s'organiser à la maison ? 

MARLENE SCHIAPPA 
Moi, vous savez, dans cette période inédite de crise que nous sommes en train de vivre, je crois que le rôle de quelqu'un qui est secrétaire d'Etat chargée de l'égalité femmes, hommes, et qui a présidé pendant 10 ans un réseau de mères de famille, c'est aussi d'accompagner les parents, parce que j'ai reçu des centaines de questions de parents qui demandent comment s'organiser très concrètement dans la vie quotidienne, et donc ce petit guide, c'est un guide sans prétention, mais nous sommes allés contacter 50 experts et expertes, orthophonistes, directrices d'école, psychologues, coachs sportifs, cuisiniers de l'Elysée, etc, et éducateurs, et chacun partage une astuce qui permet de s'organiser quand on est confiné avec ses enfants, parce que c'est une situation difficile et c'est une épreuve collective qui vient percuter notre histoire et notre vie familiale à chacun. 

RENAUD BLANC 
Mais on préférerait peut-être avoir des masques plutôt que des guides. 

MARLENE SCHIAPPA 
Chacun son rôle, le ministre de la Santé est pleinement mobilisé 24 heures sur 24, pour faire en sorte qu'il y ait toujours davantage de masques, et qu'ils soient toujours fléchés et organisés dans les bonnes directions. Moi, en tant que secrétaire d'Etat, chargée de l'Egalité femmes, hommes, je crois que l'un n'est pas exclusif de l'autre, et qu'un accompagnement des parents est aussi bienvenu si j'en juge par le nombre très élevé de téléchargements de ce guide par les parents. 

RENAUD BLANC 
Marlène SCHIAPPA, on attend le gouvernement aussi sur la question du traitement, il y a la chloroquine, dont on parle beaucoup, on accuse les autorités d'être trop prudentes, votre réponse ? 

MARLENE SCHIAPPA 
Moi, je crois qu'encore une fois, toutes les décisions qui sont prises par les responsables politiques doivent se faire sur la base de la science. Donc il y a ce conseil scientifique qui existe, par ailleurs, le président de la République avec le Premier ministre et le ministre de la Santé et la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche ont souhaité qu'il y ait un deuxième conseil, un CARE, qui est un conseil qui travaille justement sur la recherche, qui est présidé par Françoise BARRE, prix Nobel de médecine, qui a beaucoup travaillé et beaucoup fait avancer la recherche sur les questions du sida. Et je crois que ces deux conseils sont en train de travailler pour faire en sorte d'avancer sur les questions de traitement, et notamment celui-ci. 

RENAUD BLANC 
Oui, mais le temps manque, Marlène SCHIAPPA, il faut aller très, très, très vite. 

MARLENE SCHIAPPA 
Le temps manque, je ne le vous fais pas dire, et c'est pour ça que le gouvernement est pleinement mobilisé avec les scientifiques, et que la communauté scientifique se mobilise pour aller aussi vite que possible, mais aller vite, ça ne veut pas dire faire n'importe quoi, et en disant cela, je ne porte vraiment aucun jugement, parce que n'étant pas scientifique, moi-même, je ne me permettrai pas d'avoir un avis, je crois que dans la période, on entend beaucoup de commentaires de gens qui se présentent comme des experts sur différents sujets quand ce n'est pas le cas, moi, je ne suis pas scientifique, je ne suis pas médecin, donc je ne vais pas donner un avis en opportunité sur un soin, il y a un conseil scientifique, un conseil de recherche, un ministre de la Santé, un Premier ministre, un président de la République, qui sont tous à pied d'oeuvre, 7 jours sur 7, pour faire en sorte de faire avancer la question notamment des traitements. 

RENAUD BLANC 
Une dernière question sur un possible suivis par GPS des personnes infectées, on en est bien sûr au stade de la réflexion, qu'en pensez-vous ? 

MARLENE SCHIAPPA 
Le secrétaire d'Etat au Numérique, qui était là, je crois, tout à l'heure, Cédric O, est en train de regarder… 

RENAUD BLANC 
Oui, oui, l'invité de Dimitri PAVLENKO, effectivement…

 MARLENE SCHIAPPA 
Absolument, il est en train de regarder ce qui se fait chez nos partenaires dans d'autres pays, pour l'instant, aucune décision n'a été prise, nous regardons vraiment très sérieusement ce qui a été retenu chez les pays partenaires, parce que c'est vrai que les nouvelles technologies peuvent permettre de partager beaucoup d'informations et d'avancer sur les questions de propagation du virus, mais ça ne doit pas empiéter sur les questions de liberté individuelle, et donc tout cela est regardé avec beaucoup de sérieux par le secrétaire d'Etat au Numérique. 

RENAUD BLANC 
Mais vous personnellement, mettre la démocratie – je mets entre parenthèses, justement – de côté pendant un mois, ça vous choquerait ? 

MARLENE SCHIAPPA 
Je crois que personne en France ne propose de mettre la démocratie de côté…

 RENAUD BLANC 
Non, mais c'est une image pour dire qu'effectivement, nos libertés seraient un petit peu limitées pendant un temps voulu, juste pour combattre le coronavirus, est-ce que vous, à titre personnel, ça vous choquerait ? 

MARLENE SCHIAPPA 
Je ne crois pas que ce soit l'idée, moi, à titre personnel, je suis tout à fait en phase avec ce que fait le secrétaire d'Etat au Numérique, c'est-à-dire qu'on regarde très sérieusement ce qui est fait à l'étranger et on trouve une ligne de crête pour ne pas renoncer aux libertés individuelles de chacun, mais pour pouvoir également protéger nos concitoyens du coronavirus, chacun voit le décompte des morts chaque jour, chacun connaît maintenant quelqu'un qui a été touché, qui a été infecté par le Covid-19, je crois que nous sommes dans une situation particulière, mais qu'il ne faut évidemment pas mettre la démocratie de côté. D'ailleurs, les questions au gouvernement se poursuivent, l'activité parlementaire dans ce cadre-là se poursuit, et je pense que c'est très sain aussi. 

RENAUD BLANC 
Merci beaucoup, Marlène SCHIAPPA, d'avoir été ce matin sur l'antenne de Radio classique, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité femmes, hommes  

MARLENE SCHIAPPA 
Merci à vous surtout.   


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 mars 2020