Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes, à France Info le 2 juillet 2020, sur les violences sexuelles dans le sport, les cas de harcèlements sur Tik Tok et la parité aux élections municipales.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Il y a six mois l'ancienne championne de patinage Sarah ABITBOL dénonçait l'omerta et les violences sexuelles dans le monde du sport professionnel, aujourd'hui votre collègue des sports Roxana MARACINEANU vient de livrer un premier bilan, 170 signalements sont remontés, ça ne veut pas dire évidemment qu'ils sont tous coupables, mais c'est davantage que ces 10 dernières années, écoutez ce qu'en disait ce matin sur France Info Sarah ABITBOL.

SARAH ABITBOL
Ces comportements, malheureusement, existent aujourd'hui, mais maintenant les athlètes, ou même les victimes qui ne sont pas issues de sport, osent enfin parler, et c'est ce qui compte, il vaut mieux tard que jamais comme on dit. Maintenant la honte doit changer de camp, ce ne sont pas nous les victimes qui devons avoir peur et honte, mais ce sont les prédateurs qui sont dehors qui doivent avoir honte.

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, est-ce qu'on en est encore au tout début de la vague ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi ce que j'observe c'est que, il y a encore quelques années, effectivement, c'était, comme l'a très bien expliqué Sarah ABITBOL, une honte d'expliquer qu'on a été victime de violences sexuelles, et d'ailleurs moi j'ai invité Sarah ABITBOL dans mon ministère et elle m'expliquait qu'elle était pétrifiée juste avant la sortie de son livre et qu'elle avait eu un moment de « on arrête tout », avec son éditeur, et qu'elle avait très peur des réactions…

MARC FAUVELLE
Elle a failli ne pas le sortir.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, et en fait elle s'était aperçue, m'a-t-elle dit, qu'elle avait eu des réactions très positives, d'ailleurs son livre a été un grand succès, comme le livre de Vanessa SPRINGORA également, « Le consentement », dans un autre domaine, et je crois que d'ailleurs la concomitance de ces deux livres et le succès de ces deux livres, dans deux domaines différents, nous montre que le problème ce n'est pas les violences sexuelles dans le sport, les violences sexuelles dans la littérature, les violences sexuelles je ne sais où, c'est les violences sexuelles de façon générale, et que chaque milieu, les jeux vidéo qu'on peut évoquer aussi, dans chaque milieu il y a une question de violences sexuelles à combattre, et des enfants à protéger, parce qu'elle était enfant quand ça lui est arrivé.

MARC FAUVELLE
Ce qu'on découvre, à travers ces chiffres, c'est qu'environ 20 % de ces affaires sont extrêmement récentes, de cette année, ou de l'an dernier, ça vous a surpris ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, parce qu'on sait très bien que, quelle que soit la volonté politique que l'on impulse, les violences sexuelles ne se sont pas arrêtées du jour au lendemain. En revanche, moi je voudrais me permettre de dire aux gens qui écoutent France Info, qui regardent France Info, que nous avons allongé les délais de prescription, nous avons fait voter une loi qui a permis de les allonger, et donc désormais vous avez 30 ans après votre majorité pour déposer une plainte, donc jusqu'à l'âge de 48 ans. Donc pour les affaires de violences sexuelles qui sont récentes, il est tout à fait possible de saisir la justice, via une plainte, et quand on ne se sent pas tout à fait à l'aise pour aller tout de suite dans un commissariat, nous avons mis en place, avec Christophe CASTANER et Nicole BELLOUBET, une plateforme qui s'appelle « arretonslesviolences.gouv.fr », et qui permet 24/24 heures, 7/7 jours, de saisir des forces de l'ordre formées spécialement sur ces questions.

RENAUD DELY
Dans le monde du sport, Marlène SCHIAPPA, est-ce que vous souhaitez qu'à la rentrée, après l'été, quand les clubs sportifs, notamment dans le monde amateur, dans toutes les disciplines, vont reprendre, est-ce que vous souhaitez que ce sujet soit abordé, avec y compris les enfants d'ailleurs qui seront inscrits, et qu'est-ce que vous dites aussi aux parents qui peuvent hésiter, redouter, d'inscrire leurs enfants dans certains clubs de sport ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, mais je voudrais d'abord, saluer si vous me le permettez, le courage ma collègue Roxana MARACINEANU, ministre des Sports, qui a décidé de s'emparer très courageusement de ce dossier et de ne pas mettre la poussière sous le tapis, et certains lui disaient « Ah oui, mais les parents vont avoir peur, ils ne mettront plus leurs enfants dans les clubs de sport », et nous on en a parlé. Et moi je dis que c'est l'inverse, au contraire, je crois que les parents savent très bien qu'il peut y avoir des violences sexuelles, partout où il y a des enfants, il y a des pédocriminels et des prédateurs qui savent où trouver ces enfants, et justement je crois que c'est le rôle du politique que de prendre des mesures, c'est pour ça que nous travaillons, également avec le secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance, avec des associations, je pourrais citer e-Enfance, ou par exemple l'association Les papillons, qui met en place des boîtes aux lettres dans les écoles, ce qui permet, pour les enfants qui n'osent pas parler à des adultes, de mettre un petit mot dans la boîte aux lettres et d'être ainsi protégés, qu'il y ait une intervention…

MARC FAUVELLE
Pour en revenir à la question de Renaud DELY, vous souhaitez qu'il y ait un temps formel à la reprise des entraînements dans les clubs de foot, dans les piscines, dans les gymnases ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr, mais je crois que ce temps formel c'est ce qu'a organisé à la ministre des Sports, avec une grande convention, à laquelle j'ai participé, dans lequel il y avait les directeurs des fédérations, et elle leur a…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas la même chose que de se réunir dans chaque club, dans chaque ville, dans chaque village.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais ça ensuite il faut que ça redescende, ce n'est pas le gouvernement qui va aller dans chaque village, mais néanmoins, quand la ministre des Sports réunit les directeurs, les présidents des fédérations, c'est pour leur demander de s'emparer de cette question, et bien évidemment que cela soit abordé dans chaque club au moment de la rentrée, et à tout moment d'ailleurs.

RENAUD DELY
Et dans les écoles aussi d'ailleurs, vous évoquiez la rentrée, à la rentrée scolaire dans les écoles il faudrait une communication formelle pour les enfants ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, nous avons commencé à y travailler avec Jean-Michel BLANQUER, notamment…

RENAUD DELY
Il faut la systématiser ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense, oui, je pense qu'il faut aller plus loin. Nous avons commencé à travailler, avec Jean-Michel BLANQUER, nous avons eu un long échange de travail ensemble pendant la période du déconfinement, en partant du principe que pendant le confinement, manifestement, il y aurait eu davantage de violences intrafamiliales, et donc j'ai demandé au ministre de l'Education nationale, qui a bien voulu le mettre en place, qu'il y ait des communications à l'endroit des professionnels et, par leur intermédiaire, des parents bien évidemment, pour rappeler les numéros de téléphone qui existent, je rappelle, le 39 19 pour les violences sexuelles, le 119 pour les violences contre les enfants, et je pense que c'est important que ces dispositifs soient mieux connus et mieux partagés, oui.

MARC FAUVELLE
Vous parliez, il y a quelques instants Marlène SCHIAPPA, des jeux vidéo, vous faites allusion à l'enquête publiée ce matin par Libération, qui révèle, des témoignages à l'appui, des pratiques sexistes au sein du fabricant de jeux vidéo français UBISOFT, vous étiez au courant ou vous avez tout appris ce matin en lisant la presse ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, comme je vous le disais tout à l'heure, moi je suis toujours frappée, dès lors qu'il y a des révélations de violences sexuelles dans un domaine, qu'on tombe des nues et qu'on dise « ah bon, on ne savait pas », etc. Il y a du sexisme, il y a des violences sexistes et sexuelles dans la société, les jeux vidéo, comme la politique, comme le sport, ne sont pas en dehors de la société, et donc, oui, manifestement c'est un endroit… d'ailleurs il y a beaucoup de femmes dans les jeux vidéo qui le dénoncent de longue date, donc je salue le fait que, une fois encore, grâce à la presse, et grâce là en l'occurrence à Libération, cela puisse être mis au jour, et maintenant il faut que chacun prenne ses responsabilités. On ne peut pas faire comme si ça ne nous concerne pas, et donc il y a des employeurs, des organismes au sein desquels cela se passe, et ils doivent y mettre fin, c'est leur responsabilité.

MARC FAUVELLE
Vous dites dans la politique, qu'est-ce qu'on vous a dit de plus sexiste à vous, dans votre parcours ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors là, comme ça, vous prenez au dépourvu, parce que j'ai fait une petite constellation dans un livre qui s'appelait « Le Deuxième sexe de la démocratie », parce que, avec l'avènement des réseaux sociaux, évidemment, quand on est une femme politique on a toujours des commentaires existants sur, notre apparence, notre vie privée, réelle ou supposée, notre coiffure, on est souvent ramenée à notre apparence. Si vous voulez, je trouve que pour les hommes il y a une présomption de compétences, quand un homme arrive on se dit « celui-là il est sûrement expert de quelque chose et c'est pour ça qu'il est là », quand une femme arrive il faut qu'elle passe le chiffre de « elle a du maquillage, elle a une robe, qu'est-ce qu'elle fait là », il y a une présomption d'incompétence.

RENAUD DELY
C'est toujours le cas aujourd'hui ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, c'est toujours le cas, on l'a vu pendant. la pandémie de coronavirus, et c'est pour ça que j'ai confié une mission à la députée Céline CALVEZ sur la place des femmes dans les médias, parce que les femmes ont été extraordinairement absentes de beaucoup de débats, pendant le confinement, et je trouve que leur place, leur parole, a été diminuée, en tout cas pendant la crise, et c'est la fameuse phrase prophétique de Simone de BEAUVOIR qui disait qu'il suffirait d'une crise religieuse, économique, sociale, pour que les droits des femmes reculent et que nous avons ce besoin de vigilance, et la députée Céline CALVEZ a documenté cela très précisément en listant, en quantifiant, le temps de parole des femmes, scientifiques, politiques, etc., et c'est assez édifiant de voir à quel point, encore maintenant, on part du principe qu'un homme est un expert et qu'une femme il faut qu'elle fasse ses preuves.

MARC FAUVELLE
Dans un instant Marlène SCHIAPPA on va parler d'un réseau social que tous les parents d'ados, a priori, connaissent, c'est le réseau TikTok, ce sera juste après le fil info 8h40.

(…) Fil info.

MARC FAUVELLE
Toujours avec la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, et dans cet ordre, Marlène SCHIAPPA, et avec Renaud DELY.

RENAUD DELY
Depuis 2 semaines, Marlène SCHIAPPA, il y a des milliers de témoignages qui dénoncent des cas de harcèlement donc sur cette plateforme, cette plateforme TikTok, qui est un réseau social très prisé, en particulier des adolescents, on va dire, des 13 jusqu'à 25 ans ; il y a un mot clé : balance ton TikTokeur, voilà, par rapport…

MARLENE SCHIAPPA
TikTokeur…

MARC FAUVELLE
On va y arriver…

RENAUD DELY
Décidément, j'ai du mal, on voit bien que j'ai dépassé largement l'âge de TikTok, un mot clé sous lequel donc ces témoignages sont balancés, ils sont souvent extrêmement violents, extrêmement perturbants, des témoignages sur des chantages, des emprises, des demandes de photos dénudées aussi, vous avez rencontré, c'était lundi, je crois, les responsables français de cette plateforme TikTok, qu'est ce qu'ils font pour lutter contre ce harcèlement ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, ils ne font pas assez, et c'est la raison pour laquelle je les ai convoqués. D'abord, vous disiez : TikTok, c'est une plate plébiscitée par les 13- 25 ans, vous avez raison, et ça, c'est la théorie, dans la pratique, TikTok nous dit : il y a une barrière d'âge à l'entrée, ce n'est pas une barrière, c'est une case à cocher. Donc vous avez beaucoup d'enfants qui ont 10 ans, 11 ans qui ont déjà accès à des écrans et qui se rendent sur TikTok, voire, pour certains, qui créent des comptes, et donc moi, j'ai dit à TikTok : voilà, il y a plus de 80.000 tweets et signalements qui dénoncent tous les faits que vous avez évoqués, qui sont assez scandaleux, et de surcroît, quand ils se produisent sur de très jeunes enfants ou adolescents, et en fait, TikTok, ils m'ont expliqué les mesures qu'ils mettent en place, qui sont toutes très techniques…

RENAUD DELY
Ils vous ont convaincue ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, il y a des mesures techniques qui sont mises en place, c'est la moindre des choses, c'est le minimum syndical si me vous passez l'expression, elles sont très peu connues des parents, donc, moi, je leur ai demandé de toutes me les communiquer afin que je puisse les relayer auprès des parents, mais il n'y a aucune mesure humaine. Vous avez par exemple sur TikTok une TikTokeuse, comme on dit, qui a 456.000 personnes qui la suivent, et qui explique qu'elle a été harcelée pendant le confinement avec des gens qui sont même venus jusque sous sa fenêtre lui crier des mots, des insultes, etc, et que ça s'est ensuite poursuivi par du cyber-harcèlement. Que fait TikTok pour accompagner cette jeune femme, qui grâce à la plateforme, a pu acquérir une notoriété en ligne, mais qui n'a aucun accompagnement psychologique. Par ailleurs, que fait TikTok pour les jeunes garçons adolescents ou très jeunes adultes qui prennent de la même manière une influence colossale, dont nous, on ne se rend peut-être, en tant que parents, pas toujours compte, mais qui sont des stars chez les enfants et chez les adolescents et qui profitent de ce statut et qui à aucun moment n'ont eu une formation, un dialogue, une mise en lien avec des associations pour leur expliquer : que pouvez-vous faire et que ne pouvez-vous pas faire…

RENAUD DELY
Donc ils ne font rien ? Les responsables de la plateforme ne font rien…

MARLENE SCHIAPPA
Ils ne font pas assez !

RENAUD DELY
Et donc qu'est-ce que vous, vous pouvez faire, justement, pour les contraindre à agir ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, d'abord, je leur ai demandé de se mettre en lien avec des associations, je leur ai donné des coordonnées d'associations pour qu'ils se mettent en lien avec elles et qu'ils mettent en place des partenariats pour former les TikTokeurs, pour expliquer aux jeunes filles quels sont leurs droits, tout simplement, et aux jeunes garçons aussi, au demeurant, et expliquer à ceux qui deviennent des stars de TikTok, ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas faire. Ensuite, nous avons convenu ensemble d'un partenariat pour mettre en place des liens vers les numéros d'écoute et d'accompagnement, mais aussi vers les plateformes de police et de gendarmerie pour saisir la justice, parce que je voudrais dire à tous les parents qui nous écoutent, je lance un appel aux parents : évoquez la question de TikTok avec vos enfants, peut-être que vous pensez que vos enfants n'ont pas de compte, n'ont pas accès à des écrans ou à Internet, que vous surveillez très bien…

MARC FAUVELLE
Vous pensez que les enfants le diront toujours ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, c'est pour ça que j'appelle à un dialogue avec les enfants, et je pense que les enfants et les adolescents, quand les parents initient un dialogue avec eux, eh bien, ils peuvent se confier, et au moins expliquer quel est l'usage qu'ils et elles font de cette plateforme TikTok, parce que, pour l'instant, sur TikTok, c'est la jungle. Et d'ailleurs, je rappelle que j'ai demandé également à TikTok de bannir tous les comptes qui sont mis en cause pour des questions de chantage aux photos dénudées ou de harcèlement sexuel, c'est un endroit où il y a des enfants, je crois qu'il doit y avoir un principe de précaution, moi, je ne laisserai pas mes enfants aller sur un réseau social où il y a des prédateurs et des gens qui vont leur demander des photos et leur faire du chantage aux nudes, comme on appelle ça maintenant…

RENAUD DELY
Et donc, ils vont revenir vous voir, les responsables de la plateforme ? Quand ?

MARLENE SCHIAPPA
Je leur ai demandé de revenir me voir à la fin de l'été, fin août, avant la rentrée, pour savoir quelles sont les mesures qui auraient été prises…

MARC FAUVELLE
Vous n'avez pas envisagé d'interdire ce réseau social ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors vous savez qu'aux Etats-Unis, ça a été le cas, d'ailleurs, aux Etats-Unis, TikTok a eu une très forte amende, parce qu'ils captaient les données des moins de 13 ans, alors TikTok nous dit que c'était avant la fusion, les rachats, etc, peu importe, en tout cas, c'est le cas. Et là, récemment, la semaine dernière, en Inde, il y a une très célèbre Tiktokeuse qui s'est suicidée dans des conditions terribles, bien évidemment, qui était très jeune également. Donc on voit que partout dans le monde, il y a des questions qui se posent, aux Etats-Unis, des sénateurs veulent interdire TikTok, moi, ce n'est pas le chemin que je prends, je préfère le partenariat et la coopération…

MARC FAUVELLE
Et le dialogue, que la pression sur l'entreprise…

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, mais j'exige que TikTok prenne des mesures pour protéger les ados et les enfants qui sont dessus.

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, vous étiez candidate aux municipales sur les listes d'Agnès BUZYN à Paris, elle a fait 13 %, vous avez fait un peu plus de 8 % vous-même, avec un peu de recul, on est 4 jours maintenant après le second tour, comment vous qualifiez, d'abord, ça, c'est un échec, une débâcle ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, ce sont des résultats mauvais, oui, vous avez rappelé les scores des uns et des autres, je m'étais engagée avec le candidat Benjamin GRIVEAUX, qui n'a pas pu aller au bout pour les raisons que l'on connaît, Agnès BUZYN a ensuite pris la suite pour conduire ces listes…

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce qui n'a pas marché ?

MARLENE SCHIAPPA
Dans l'arrondissement dans lequel j'étais, je rappelle qu'il y avait un candidat dissident se présentant comme de la République En Marche, qui d'ailleurs n'a pas été élu au demeurant ni au Conseil de Paris ni au conseil d'arrondissement…

MARC FAUVELLE
C'est Cédric VILLANI…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

RENAUD DELY
Même s'il est arrivé devant vous au second tour…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, absolument, mais il n'a pas été élu non plus, et donc la division est un poison, on le dit depuis le début, c'est très compliqué d'arriver avec des listes divisées et d'espérer passer devant qui que ce soit…

MARC FAUVELLE
C'est VILLANI qui vous a fait perdre Paris ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne dirais pas ça, moi, vous savez, KENNEDY disait, en termes d'élections, la victoire a cent pères et la défaite est orpheline, je crois que c'est trop facile de blâmer les autres, je pose un contexte, mais j'observe qu'en fait, la vraie gagnante de cette élection, c'est l'abstention, et que nous, nous n'avons pas réussi à mobiliser suffisamment notre propre électorat…

MARC FAUVELLE
Vous avez félicité Anne Hidalgo pour sa réélection ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, oui, oui, oui, absolument, moi, je suis très respectueuse de la démocratie, la démocratie s'exprime, même avec beaucoup d'abstentions, il y a des résultats, ils sont très nets, Anne HIDALGO est maire de Paris. Je lui souhaite le succès pour elle, et bien sûr, pour les Parisiennes et les Parisiens, je crois que quand quelqu'un est élu, il faut le soutenir et souhaiter que ce soit une réussite, parce qu'à la fin, c'est tout le monde qui en bénéficie.

RENAUD DELY
Agnès BUZYN n'a pas été élue au Conseil de Paris, vous non plus, d'ailleurs Marlène SCHIAPPA, qui va porter la voix de La République En Marche dans la capitale, vous disiez : la défaite est orpheline, les Marcheurs aussi à Paris sont orphelins ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, parce qu'à Paris, vous savez, nous avons plusieurs députés qui sont toujours très actifs dans leurs différentes activités, et puis, nous avons eu des élus au Conseil de Paris, je pense à la maire du 9ème arrondissement, Delphine BURKLI, et je pense à Hanna SEBBAH qui était notre tête de liste dans le 16ème, je pense à Catherine IBLED, qui était notre tête de liste dans le 15ème arrondissement. Donc il y a des élus de La République En Marche au Conseil de Paris…

RENAUD DELY
Il y a encore des Marcheurs à Paris ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, il y a encore des Marcheurs, mais je pense qu'il faut nous interroger pour nous remobiliser, puisque, là, manifestement, il n'y avait pas suffisamment de mobilisation dans le cadre de cette élection.

MARC FAUVELLE
Aujourd'hui, Marlène SCHIAPPA, ce sont des femmes qui dirigent la moitié des 10 plus grandes villes de Franc, 5 sur 10, est-ce qu'on peut imaginer qu'un jour, une femme pour la deuxième fois de l'histoire de la 5ème République arrive à Matignon ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, très probablement, il n'y a rien qui l'empêche, encore heureux…

MARC FAUVELLE
Non, ça, à part celui qui le décide peut-être…

MARLENE SCHIAPPA
Alors, sur les villes, moi, je voudrais être quand même très prudente parce qu'en 2014…

MARC FAUVELLE
Ma question était sur Matignon, mais vous répondrez sur les villes…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais je vous répondrai sur Matignon, également, pas de problème, mais sur les villes, en 2014, vous savez, tout le monde nous disait : vague de maires en Europe, Barcelone, Paris, etc, Nantes, vague de femmes maires, ce n'est pas vraiment une vague, c'est simplement qu'il y a tellement peu de femmes qui ont des responsabilités en politique que quand il y en a 5, on a l'impression que c'est un tsunami. En fait, si on regarde la réalité, on est encore, je crois, on était à 16 % avant les élections, je crois qu'on est encore en dessous de la barre des 20 %, me semble-t-il, de femmes…

RENAUD DELY
Il y avait à peine un quart de femmes têtes de liste chez les Marcheurs, d'ailleurs, c'est un des partis qui a fait le moins bien…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, je vais vous dire, moi…

RENAUD DELY
40 % chez les écologistes, moins d'un quart chez les Marcheurs…

MARLENE SCHIAPPA
Je crois que la République En Marche gagnerait peut-être à renouer davantage avec son ADN, qui était aussi le renouvellement de la vie politique, une forme de féminisation, et moi, vous savez que je n'ai eu de cesse de plaider pendant les investitures pour que nous ayons des investitures paritaires, ce que nous montre…

MARC FAUVELLE
C'est le moment de le faire, là, vous avez tout perdu, et il va falloir trouver des nouveaux candidats pour les prochaines élections, ce sera plus facile.

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas si ce sera plus facile, mais ce que nous montre Europe Ecologie-Les Verts, par exemple…

MARC FAUVELLE
Il n'y a pas de sortants, c'est ce que je veux dire…

MARLENE SCHIAPPA
Et ce que nous montre d'ailleurs le contexte, la conjoncture, c'est qu'il n'y a aucune ville qui ne soit pas prête à élire une femme, il y a des gens qui disaient à Marseille : vous savez, Marseille, c'est une ville de droite, conservatrice, ils n'éliront jamais une femme, etc.

MARC FAUVELLE
Il y en a deux…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, il y en a même trois, là, on a dans le jeu encore Martine VASSAL, madame RUBIROLA…

MARC FAUVELLE
Il y en a tellement qu'il n'y a pas de maires pour l'instant à Marseille…

MARLENE SCHIAPPA
Et Samia GHALI. Donc là, on voit que les trois personnes qui sont… et à Paris, c'est la même chose, on avait trois femmes au second tour, Anne HIDALGO, Rachida DATI, Agnès BUZYN. Donc je crois que les Français sont prêts à élire des femmes, à faire confiance à des femmes, peut-être que ce sont les partis politiques…

RENAUD DELY
Y compris à Matignon, donc ?

MARLENE SCHIAPPA
Peut-être que ce sont les partis politiques qui ne sont pas encore prêts à investir des femmes, et à Matignon, rien ne l'empêche.

MARC FAUVELLE
Et le chef de l'Etat ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, le chef de l'Etat, vous savez que c'est lui qui a fait pour la première fois de l'égalité femme-homme la grande cause de son quinquennat, jamais autant n'avait été fait pour l'égalité femme-homme que depuis qu'Emmanuel MACRON et président de la République ; donc bien évidemment, il est important qu'il y ait un gouvernement paritaire et qui porte surtout cette cause, et d'ailleurs, Edouard PHILIPPE, qui est un homme, mais qui est Premier ministre, est également un Premier ministre qui s'est extraordinairement engagé, je rappelle que c'est lui qui a porté le Grenelle pour les violences conjugales, qui était une mobilisation inédite de tout son gouvernement pour protéger les femmes.

MARC FAUVELLE
Et on va parler de ce remaniement à venir dans quelques instants avec vous, Marlène SCHIAPPA.

(…) Fil info.

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, le mois dernier, dans une interview au journal Le Parisien Aujourd'hui en France, vous avez dit « je veux faire plus et porter davantage de choses », est-ce que c'est un appel du pied ou est-ce que vous vous ennuyez en ce moment au gouvernement ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, je ne m'ennuie pas, mais comme beaucoup de personnes qui sont engagées dans des causes on a toujours envie de faire en sorte que ça avance plus, et donc de faire plus, donc ce n'est absolument pas un signe d'ennui.

MARC FAUVELLE
Faire plus ça veut dire quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça veut dire porter aussi d'autres chantiers, d'autres dossiers, je crois qu'il reste 2 ans pour le quinquennat. Parfois, quand on entend les commentateurs on a l'impression que le quinquennat touche à sa fin, est terminé, etc., je pense qu'il reste au président de la République suffisamment de temps pour faire encore beaucoup de choses et pour transformer encore le pays, tout simplement.

MARC FAUVELLE
Vous l'avez dit à Emmanuel MACRON ou vous le dites uniquement aux journalistes dans les interviews, ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais je m'exprime bien évidemment auprès du président de la République, et du Premier ministre, mais…

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce qu'ils vous répondent ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne vais pas vous faire le débrief des échanges ici sur le plateau de France info, mais je crois qu'on est là dans une période importante, le président de la République a appelé chacun à se réinventer, il n'est pas incohérent que chacun fasse des propositions, je suis une parmi beaucoup d'autres. Vous avez vu que le président de l'Assemblée nationale a formulé ce matin un certain nombre de propositions, qui me semblent très intéressantes, qui rejoignent le constat qu'il faisait dans son livre « Nos lieux communs », sur la décentralisation, ou plus exactement la territorialisation, le lien entre les Français et les services publics, donc je pense que nous sommes prêts à nous réinventer collectivement.

MARC FAUVELLE
L'hebdomadaire Valeurs actuelles disait il y a quelques jours « l'Elysée cherche en ce moment une Marlène SCHIAPPA de droite », c'est quoi une Marlène SCHIAPPA de droite ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est une très bonne question, je suis dans l'incapacité de vous répondre, on n'est jamais juge de soi-même, donc je ne peux pas…

MARC FAUVELLE
Vous avez des clones à droite, que vous voyez comme ça, ou… ?

MARLENE SCHIAPPA
Je n'ai pas le sentiment qu'il y ait d'autre Marlène SCHIAPPA, mais… vous savez, c'est Oscar WILDE qui disait « ce qu'on te reproche cultive-le, c'est toi », donc je ne sais pas si être issu de la gauche est un défaut ou une qualité, en tout cas c'est un signe.

MARC FAUVELLE
En tout cas il n'y a qu'un seul Renaud DELY et c'est lui qui vous pose la question suivante.

RENAUD DELY
Pour se réinventer le président de la République a aussi mis le cap sur l'écologie, ce qui est une des leçons aussi du deuxième tour des municipales avec cette vague verte qu'on a notée dans un certain nombre de grandes villes. Dès lundi, il s'est engagé, Emmanuel MACRON, à reprendre 146 des 149 propositions issues de la Convention citoyenne pour le climat, et voici ce qu'en disait ce matin sur France Info un ancien ministre, que vous avez côtoyé, l'ancien ministre de la Transition écologique Nicolas HULOT, disons qu'il est assez sceptique sur les engagements d'Emmanuel MACRON.

MARLENE SCHIAPPA
Ah !

NICOLAS HULOT, ANCIEN MINISTRE DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE
Je ne vais pas faire de procès d'intention, j'ai entendu son discours et son propos, comme souvent, à l'oral, on est dans une forme, j'allais dire de, d'ambition bien entendu, mais j'ai appris, pardon, à être prudent, donc moi je dis chiche, et nous saurons très rapidement, parce qu'il ne faut pas attendre. Il ne faut pas tout remettre soit à un référendum, soit à une loi, il y a déjà énormément de choses qui peuvent être mises en action.

RENAUD DELY
Il est échaudé Nicolas HULOT. Pourquoi est-ce que cette fois-ci Emmanuel MACRON passerait aux actes ?

MARLENE SCHIAPPA
Parce que c'était déjà un acte. Enfin, je ne sais pas si on mesure bien le caractère inédit et fort de la chose, du fait que le président de la République reçoive à l'Elysée ces citoyens de la Convention citoyenne pour le climat, qui ont planché, à la demande du président, pendant des mois, pour lui faire des propositions, et que le président…

MARC FAUVELLE
Ça, pour reprendre les mots de Nicolas HULOT, c'est l'oral, c'est en travaux pratiques qu'il lui reproche…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien ça s'appelle des engagements en fait, donc l'acte il commence par un engagement, à un moment. On ne peut pas à la fois reprocher au président de ne pas assez s'exprimer sur l'écologie, et quand il s'exprime lui reprocher qu'il s'exprime…

RENAUD DELY
Ce n'est pas ce que dit Nicolas HULOT, il ne lui reproche pas de ne pas s'exprimer sur l'écologie, au contraire…

MARC FAUVELLE
Il dit « il est bon à l'oral. »

RENAUD DELY
Oui, il est très bon à l'oral, il est moins bon à l'écrit si j'ose dire, en tout cas dans les actes.

MARLENE SCHIAPPA
Mais, qu'a dit le président de la République ? Il a dit « vous m'avez formulé des propositions, sur 146, je vous dis banco, sur 146 je vous dis allons-y, et immédiatement je les transmets au gouvernement et je vous propose même de rentrer dans… d'être l'inspecteur des travaux finis et de rentrer dans le processus avec le gouvernement et le Parlement pour bien vérifier que vos propositions ne soient pas dénaturées », je ne vois pas ce qu'il pouvait faire de plus.

MARC FAUVELLE
Il n'y a pas de loup ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument pas, et sur ces 146 propositions, il y a des choses, me semble-t-il, très concrètes. Moi j'ai échangé avec des membres de la Convention citoyenne pour le climat, qui étaient des citoyens qui avaient eu cet engagement pour la première fois, qui ne sont pas forcément, voilà, qui n'avaient pas forcément d'autre engagement, et certains ont dit qu'ils avaient été agréablement étonnés du fait que le président dise « banco. » Quand il dit, par exemple, « un moratoire sur l'extension des nouveaux centres commerciaux dans les zones aux abords des villes, etc., allons-y, banco », et là chacun attend le « mais la suite, etc. », mais il n'y a pas de « mais », « allons-y, allons-y, banco, faisons-le ».

MARC FAUVELLE
Il n'y a pas de « mais », il n'y a pas de loup ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument pas, au contraire, je crois que c'est très clair et c'est un engagement fort du président de la République.

RENAUD DELY
Vous évoquiez un moratoire, il y a une demande qui monte chez les élus écologistes, notamment certains nouveaux maires écologistes, c'est un moratoire sur le développement de la 5G. Est-ce que ça vous seriez favorable aussi à ce qu'il y ait un moratoire sur la mise en oeuvre de la 5G en France ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je suis très opposée à toute forme d'idéologie, de dogme et de réflexe de Pavlov dans la politique, c'est-à-dire, on est écolo, la 5G, mal, on n'est pas écolo, la 5G, bien, moi je pense qu'il faut sortir de ça et se dire, est-ce que la 5G pose des questions, manifestement certains le pensent, et donc répondons-y, sur la base de la science et de la raison, et non pas sur la base de croyances, donc réfléchissons-y…

RENAUD DELY
D'où l'idée d'un moratoire le temps d'avoir les réponses.

MARLENE SCHIAPPA
Moi je pense que les réponses, très sincèrement, je vous donne mon avis personnel, moi je suis assez favorable au progrès, au développement technologique, et il me semble que la 5G est quelque chose de plutôt positif, maintenant si des élus veulent que la question se pose dans les villes dans lesquelles ils ont été élus, eh bien que la question se pose et qu'on puisse faire la lumière sur toutes les questions qui seront posées en matière de consommation, même si, là encore, des réponses ont déjà été apportées, ça serait plutôt moins consommateur d'énergie, mais enfin, on peut en débattre. On nous dit la 5G tue les insectes. Ah bon ! Où, quand, pourquoi, comment est-ce qu'on peut le documenter et est-ce qu'on peut simplement sortir des dogmes et rester sur quelque chose de très rationnel ? Je crois que ça me semble souhaitable.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Marlène SCHIAPPA.

RENAUD DELY
Merci.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Et bonne journée.

MARLENE SCHIAPPA
A vous également.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 juillet 2020